RAPPORTS AVEC. LA VIE ANIMALE
tion, en un mot à la partie intellectuelle de notre être. La femme\ iolée ou contrainte au coït avec un homme que son cœur repousse est passive dans l'acte qu'elle laisse accomplir sans volupté ; cependant le stimulus extérieur ne lui a pas manqué : les frottements de la verge contre ses parties génitales ont eu lieu, et ces frottements qui, en d'autres circonstances, l'eussent plongée dans le ravissement, la trouvent maintenant froide et insensible, parce que l'incitation morale lui a fait défaut. On a dit que les préludes du coït valaient mieux que le coït luimême, et cela est vrai jusqu'à un certain point, parce que la perte de la semence d'un côté, et Varrosement du museau de tanche par le sperme de l'autre, en noyant la raison dans la tempête qu'ils excitent, lui enlèvent la conscience du stimulus intérieur, et ne lui laissent qu'une conception troublée et affaiblie des sensations vénériennes.
L'âme, le sens intime, l'intellect, comme on voudra l'appeler, et qui comprend Timagination, les facultés attractives et répulsives, a non-seulement des rapports très-intimes avec le génésique, mais encore est indispensable à son exercice. Ces rapports, auxquels je reviendrai tout-à-l'heure, ne se bornent pas à la partie immatérielle de notre âme ; ils existent aussi avec sa partie matérielle, si je puis ainsi dire, avec le cerveau, que les philosophes et les physiologistes s'accordent à lui donner pour siège.
Par l'exaltation momentanée que révèlent les facultés morales sous l'empire des désirs vénériens ou du coït , on peut conclure que le cerveau prend une large part à l'acte de la copulation, et que, pendant l'exercice de cette dernière, il est le siège d'une congestion passagère, d'un afflux plus considérable de sang ; c'est ce qui arrive assez fréquemment chez les vieillards , pour qui des épanchements sont plus à craindre , à cause de l'inertie de réaction de la force vitale. De plus, les excès de coït et l'onanisme sont presque
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toujours suivis de céphalalgie, de vertiges, d'hallucinations , quelquefois môme de dégénérescence du cerveau, notamment de la suppuration et de l'induration. La compi-ession des testicules occasionne une stupeur qui peut devenir mortelle, comme des faits trop nombreux l'ont prouvé, et qui a été mise à profit pour se rendre maître des animaux les plus indomptables. Le cerveau lui-môme ne réagit pas moins sur la fonction génératrice : on a vu la lubricité être produite par l'enfoncement des os du crâne, par l'hydrocéphale ou le ramollissement du cerveau, tandis que l'impuissance venait à la suite de plaies de tête ou de la suppuration de l'encéphale; enfin Burdach assure que l'hydropisie chronique des ventricules occasionne l'imperfection du développement des organes génitaux, le peu d'abondance des règles et l'absence de désirs \énériens (1).
Mais de tous les points du centre encéphalique, le cervelet est celui qui entretient avec la fonction génitale les rapports les plus intimes. C'est lui que Gah avait noté comme le siège du sens génésique; et, en effet, le développement du cervelet et des muscles de la nuque est presque toujours en proportion directe avec l'énergie de la faculté procréatrice, car tandis que Yon trouve la nuque large et bombée chez les individus qui font preuve d'une grande virilité, on la constate étroite et aplatie chez les hommes et les animaux qui ont subi la castration.
Plusieurs fois je suis parvenu à calmer le priapisme ou à éteindre des érections fatigantes au moyen d'applications froides à la nuque, tandis que, d'autre part, Serres a démontré, par une série d'observations, qu'un épanchement du sang au cervelet s'annonce par une turgescence des parties génitales,
(1) Burdach, Vom Ban und Leben des Gehirns. Leipzig, 1825, t. III, p. 75.
RAPFOlvrS AVEC LA VIE ANIMALE.
qui est parfois accompagnée de pollutions, et qui dure même après la mort. La pathologie est remplie d'exemples de pareilles sympathies, et Bardach prétend même que les ulcères delà matrice font naître des douleurs à l'occiput et des spasmes dans la nuque (1 ).
La moelle épinière, elle aussi, entretient avec la faculté 'génitale les relations les plus intimes. Depuis Hippocrate, qui l'a si admirablement décrite, tout le monde connaît la consomption dorsale qu'entraînent les excès vénériens et l'onanisme. La suppression des règles détermine quelquefois dans cet organe des congestions , des phlegmasies, des épanchements de sang; et les organes génitaux se flétrissent lorsque le cordon rachidicn est frappé de phthisie. Ces relations, qu'indiquent les notions anatomiques les plus superficielles, sont quelquefois invoquées par la débauche et la vieillesse avides de luxure, qui cherchent, dans la flagellation, une énergie et des voluptés qui les fuient.
Les sens, qui sont sous une dépendance si complète du cerveau, partagent avec [lui les relations qu'il nourrit avec la fonction génitale.
La vue, en portant à l'âme l'image de l'autre sexe, éveille et exalte le sens génésique. Les excès vénériens et l'onanisme diminuent la faculté visuelle, dilatent la pupille, ternissent le regard, et cernent l'œil d'im cercle bleu et profond. Au moment du coït, la vue acquiert une telle sensibilité que la moindre lumière l'impressionne d'une manière désagréable.
L'odorat exerce sur les organes génitaux une action que l'on ne peut méconnaître : l'odeur qui s'exale de ces organes est, pour les deux sexes, un stimulus puissant; les courtisanes et les roués se servent, avec avantage, de certains parfums que je nommerai volontiers aphrodisiaques, tels que la vanille, l'œillet, le girofle, etc.
(1) Rurdacli, Loc. cit., p. i'io.
iMl PHYSIOLOGIE DE L ESPÈCE.
L'ouïe agit quelquefois sur la fonction génitale d'une manière étrange. J'ai connu une personne dont le sens génésique s'éveillait au seul frôlement d'une robe de soie, et une autre à qui ce même frôlement produisait un effet tout contraire; il est vrai de dire que chez ce dernier individu la sensibilité générale était douloureusement affectée par la vue, le toucher ou le bruit de la soie, comme quelques personnes le sont par la peau \'eloutée de la pêche ou le brillant raboteux du satin. L'ouïe, après le coït, supporte avec peine le moindre bruit, et les excès vénériens déterminent des bourdonnements d'oreille et quelquefois la surdité!
Le goût n'a pas de relations directes avec la génération, mais ses organes accessoires, tels que les glandes salivaires et parotides, la langue elles lèvres, en entretiennent de trèsintimes : tous ces organes entrent en turgescence quand les désirs vénériens se font sentir; le développement des glandes salivaires est en rapport avec l'énergie génitale, et leur sécrétion augmente pendant le coït et à l'époque des règles. Burdach cite l'observation d'une mélancolie produite par des désirs non satisfaits, et guérie parla salivation. Souvent avec l'orchite, quelle que soit sa nature, apparaît l'inflammation des parotides. Desportes assure que l'angine couenneuse amène parfois un état d'orgasme des parties génitales, même avant la manifestation ou après la disparition de la faculté procréatrice (i).
Le toucher a une telle influence sur le sens génésique, qu'il est, pour ainsi dire, le compagnon inséparable de lacopulation, dont les baisers sont les préludes, le complément et la fin. La main de l'homme caresse avec volupté les seins et les formes arrondies de la femme, et ces attouchements envoient à l'âme des deux conjoints des excitations plus vives, quiap-
(1) Desporles, Revue médicale, 18:28, t. III, p. 184.
UAIM'ORTS AVI'C l.A VIK ANIMALK. 05
pellent la volupté et hâtent la formation d'un nouvel ôfre.
Enfin, et pour en finir avec les organes dépendant des centres nerveux, l'appareil musculaire jouit de sa plus grande énergie pendant l'existence de la faculté procréatrice : sans force chez l'enfant et alfaiblis chez le vieillard, les muscles sont flasques et pâles chez le castrat qui, comme triste compensation, est à jamais exempt de la goutte.
L'àme, dont j'ai déjà parlé tout ù l'heure, a toutes ses facultés en rapports intimes avec la g.'nération. L'acte procréateur trouve dans la joie et dans toutes les dispositions à rallégresso une excitation heureuse, tandis qu'il est en quelque sorte paralysé par les chagrins, les soucis, la crainte, la frayeur et les préoccupations trop prononcées de l'esprit.
Le pouvoir de l'imagination est ici immense : c'est par elle que naissent les désirs vénériens, que se produit l'érection, et que s'accomplissent plusieurs autres actes de l'appareil générateur. Pichon rapporte qu'une femme de quarante-huit ans, dont l'âge critique avait passé depuis quatre ans et dont la sensibilité était fort exaltée, fut prise, en assistant cà l'accouchement long et pénible d'une de ses sœurs, de douleurs semblables à celles de la parturition; que quelques heures après se déclara une hémorrhagie par les parties génitales, qui dura pendant plusieurs jours, et que trois jours après la cessation de cet écoulement les seins non-seulement se tuméfièrent, mais encore fournirent une sécrétion de lait (1). Si la puissance de l'imagination n'est pas en rapport direct avec l'énergie de la génération, on peut dire que la première ne peut guère exister sans la seconde, car on ne connaît aucune production intellectuelle portant le cachet de l'originalité, qui soit émanée d'un eunuque.
La raison, cette faculté mère, si je puis ainsi ra'exprimer
(1) Archives générales de médecine, f. XVII, p. 125.
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dans laquelle viennent se conlbudre la mémoire, le jugement, la volonté, etc., entretient elle aussi des relations réciproques avec la faculté génitale. Les imbéciles, les crétins surtout, s'adonnent ardemment à l'onanisme (1), et les excès vénériens ou la masturbation conduisent ceux qui s'y abandonnent tautôt à l'imbécillité, tantôt à la manie du suicide, et tantôt à la démence (2).
Le caractère n'est pas à l'abii de l'influence de la génération : l'impuissant et le masturbateur tombent dans une mélancolie profonde, deviennent timides, sont faibles de volonté, montrent de l'indifférence pour tout, et nourrissent un amer dégoût de la vie (3) ; les eunuques sont pusillanimes, lâches et ne savent pas mourir ; Riclierand a fait la remarque que les amputés de la verge sont pris d'une mélancolie qui les dispose éminemment aux fièvres de mauvais caractère, et les conduit souvent à la mort, tandis que les hommes auxquels on coupe un membre supportent gaiement cette mutilation {h).
Enfin, et pour en linir, le génosique développe chez les deux sexes lo sentiment de la sociabilité, puisqu'il exige le rapprochement de deux individus. C'est également sous son influence que se perfectionnent les peuples, et que la civilisation marche toujours vers de nouvelles et plus brillantes destinées.
(1) Esquirol, Maladies mentales, I. Il, p. 353 et suiv.
(2) Esquirol, Maladies mentalex, l. Il, p. 219.
(3) VounVuiv, Dr ioiuuiisme, causes, damjerii, inconvénienls iiour les individus, la famille et la société, '"2.'^ édit. Paris, 187G.
[i) lUchcraïul, Diction, des sciences viédicales, t. XL, p. MJ3.
'CIRCONSTANCES INHÉRENTES A l'iNDIVIDU.
CHAPlTHi: IV
CIRCONSTANCES 1»IVERS::S OUI INFLl IùNT SI K LE J)É VELOl'l'KMENT El' l'exercice DE LA GÉNÉRATION.
Ces circonstances sont de deux sortes: A, celles qui sont inhcrentes à l'individu; B, celles qui sont en dehors de lui. •C'est dans cet ordre que je vais les examiner.
§ I. — Cirouiistaiiccs iiiliérciitcs à rintlîvi<lu.
Les principales de ces circonstances sont l'âge, la constitution, le tempérament, les passions, les habitude?, le régime, les professions et les travaux.
Age. — La vraie maturité procréatrice, dit Mende (1), est l'état de la vie dans lequel les fonctions génitales peuvent s'accomplir sans porter atteinte à la santé de l'individu, ni sous le rapport physique, ni sous le point de vue moral, et de telle sorte, en outre, que le caractère de l'espèce soit imprimé au.-v produits de la manière à la fois la plus profonde et la plus com plète. En un mot, c'est l'opoquc où l'individu, parvenu au point de pouvoir se conserver lui-même, devient apte à concourir au maintien de l'espèce.
Cette époque n'est pas celle de la puberté. Une fonction, sm'tout la génération, n'acquiert pas toute son énergie au moment de son apparition ; il faut, comme l'observe judicieusement Burdacli, que la puissance existe pendant (juelque temps sans entrer en exercice, pour qu'elle puisse se déveloj)per parfaitement, déployer en entier ses effets, et se répandre sur tout ren>emble de l'organisme. Chez les animaux, la na-
<1) Meiulo, Handlmch dcr (jcrichtlkhcn Medicln. Leipzi^j, t. IV, p. -1\±
68 PHYSIOLOGIE DE l'eSPÈCE.
turc a pris soin d'empêcher l'accouplement immédiatement après l'éveil du sens génital : sans parler de la loi du plus fort, qui donne aux mâles seuls complètement développés la puissance de repousser les rivaux et de conquérir la femelle, je citerai l'exemple du cerf qui à trois ans entre bien en rut, mais qui est dépourvu de la voix propre à attirer la femelle ; celte voix commence à se faire entendre l'année suivante, mais faible encore, et ce n'est qu'à cinq ans qu'elle acquiert toute sa force.
A la puberté, c'est-à-dire à l'époque de l'éveil du sens génital, l'érection chez l'homme semble ne pas être complètement encore sous l'empire de l'âme ; elle se produit, qu'on me passe le mot, à tort et à travers, sans but bien déterminé et sous l'inflaence de circonstances diverses ; chez la femme, le plaisir ne paraît pas atteindre les limites de la volupté, et ce n'est pas sans raison que les hommes véritablement sensuels préfèrent la femme de vingt à trente ans.
D'un autre côté, les enfants dont les parents sont trop jeunes, la mère surtout, ont rarement une complexion robuste. Comme toutes les autres, la faculté procréatrice s'accroît jusqu'à un certain point par l'exercice, et l'on a remarqué que les produits d'une conception trop hâtive sont fréquemment d'une constitution plus frôle et plus délicate, toutes choses égales d'ailleurs, que ceux qui correspondent au milieu de la vie productive; on a également noté que le premier accouchement a ordinairement lieu avant l'expiration complète du temps de la grossesse. Enfin les glandes mammaires parlicipent aussi à cette inertie de l'appareil génital, et sécrètent beaucoup moins de lait qu'à une époque ultérieure de la vie utérine.
Lorsque la puissance a suffisamment accru l'énergie de la fonction génitale, l'homme et la femme deviennent nubiles ; c'est alors que les organes dans toute leur force accomplissent
CIRCONSTANCES INHÉRENTES A l'iNDIVIDU. (50
la génération sans péril pour l'individu et sans doramai^c pour l'espèce. La nubilité, qu'il fout avoir soin de distinguer de la puberté, commence à vingt ans pour les femmes et à vingtquatre ans pour les hommes; l'usage la recule même presque toujours de quelques années, et les législations ont varié à l'infini pour la fixation de l'époque du mariage. Lycurgue voulait que les hommes se mariassent à trente-sept ans et les femmes à dix-sept ; Platon prescrivait aux premiers l'ûge de trente ans, et aux autres celui de vingt ; Solon fixa le mariage des hommes à trente-sept ans, et à Rome il ne leur fut, pendant quelque temps, permis de se marier qu'à quarante ans. Aujourd'hui les lois sont moins sévères, mais les mœui's et les usages font qu'en moyenne, en France du moins, les hommes s^ marient de trente à quarante ans, et les femmes de dix-huit à vingt-six.
La faculté procréatrice s'éteint, chez la femme, avec la menstruation ; je ne reviendrai pas ici sur ce que j'ai dit précédemment de cette fonction. Chez l'homme, la retraite de la même faculté est moins liée que chez la femme à une époque déterminée, et ne présente pas, comme chez l'autre sexe, des accidents plus ou moins fimestes. En général, cà partir de la cinquantième année, la faculté génitale diminue, et cet abaissement va en augmentant graduellement jusqu'à la soixantedixième, où les désirs ont même en général disparu. Je dirai ailleui-s les caractères que présente le sperme des vieillards, mais on peut déjà pressentir que les produits de la vieillesse sont cacochymes, délicats, et plus que tous les autres soumis à l'influence des causes morbifiques.
Constitution; temprrament. — Bien que les mettant sous la môme rubrique, je dois me garder de confondre la constitution et le tempérament, comme l'ont foit et le font encore quelques auteurs. La constitution, éminemment sous l'empire de la plasticité, exprime le degré de développement et d'acti-
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vitédes organes, landis [que le tempérament désigne la prédominance et l'influence d'une partie de l'organisme sur toutes les autres, coïncidant d'ailleurs avec un état parfait de santé.
On comprend dès lors quels sont, d'un côté la constitution, et de l'autre le tempérament qui favorisent et secondent le plus heureusement l'éveil et l'exercice de la génération.
La l'acuité procréatrice, par les lois mômes qui président à sa destinée, ne doit entrer en action qu'aprôr, l'entier développement de tout l'organisme, ainsi que je lai dit en ])arlant de la nubilité, et s'éteint lorsque la vitalité générale dimirme, lorsque les forces plastiques et animales commencent à perdre de leur intensité; par conséquent, il doit exister une relation intime entre la fonction génitale d'une ])art et la constitution, de l'autre, qui mai-que précisément le degré de développement et d'activité de toutes les parties de l'organisme.
C'est ce qui arrive en effet.
Les individus dont toutes les fonctions s'exécutent non-seulement avec régularité, mais encore avec énergie, comme ceux qui sont doués d'une constitution athlétique, sont les plus aptes tout à la fois à la copulation et à la fécondation ; les Messalines choisissent de préférence les hommes de cett^ trempe, et les amis de la santé publique doivent souhaiter à tous les enfants des pères et des mères aussi heureusement dotés.
Les constitutions faibles, cacochymes, qu'elles soient le résultat d'un vice héréditaire ou d'un mal acquis, retentissent profondément sur la génération. Moins tourmentées de désirs, moins impressionnables aux sensations voluptueuses, elles semblent accomplir l'acte, non comme un plaisir, mais comme un devoir, et cette nonchalance, cette froideur dans le coït est incapable d'imprimer une énergie bien vive au produit de la conception, sans parler des affections héréditaires que cette
CIRCONSTANCES INHKRENTES A l'i.NDIVIDU. 71
absence de vitiilité chez les parents est loin de contrc-balancer et de détruire.
Quelquefois même l'apathie générale se communique à la fonction génitale elle-même, et alors, selon qu'elle frappe plus particulièrement les oi-ganes de la copulation ou ceux de la fécondation, elle (h'terminc l'impuissance ou la stérilité. Ce n'est pas ici le lieu de parler de ces états pathologiques, et je renvoie le lecteur aux chapitres de cet ouvrage qui les concernent.
Au point de vue génital, plus encore que sous tout autre rapport, !e tempérament joue un rôle de la plus hante importaïu'e ; c'est [)ar le mot tempérament que le monde exprime Taptitude ou l'inhabilité aux plaisirs de Véims : Cette fenune n\a point de tempérament, dit-on ; cette autre a un tempéraluent de feu.
1. 'observation journalière vient confirmer la vérité du langaize populaire; quoiqu'il soit difficile d'établir une ligne de d('marcaUon bien tranchée entre les tempéraments, on les distiuiiue d'ordinaire par une habitude extérieure particuMè-"^, (Ku- un éiat spécial des fonctions physiques et des facultés morales, par un genre propre de maladies, en un mot, par un ensemble de phénomènes physiologiques, psychiques et pathologiques faciles à saisir et à classer.
Les anciens, doiit la délicatesse d'observation était infinie, avaient admis quatre tempéraments ])rimordiaux : le bilieux ou colérique, le saurjuin, le inékmcolique ou alrahilaire, et le pituitcux ou phlcfjmnlique. Mais comme la prédominance de l'activité porte rarement sur un seul système, il suffit de combiner ces expressions deux à deux (;u trois à trois pour peindre toutes les nuances que présente la nature.
Afin de mieux faire saisir l'empire des tempéraments sur la génération, je rappellerai les considérations que j'ai déjà présentées sur l'action des climats et des ûges, en exposant
72 PHYSIOLOGIE DE l'eSPÈCE.
les ingénieux rapprochements que les anciens établissaient entre ces diverses conditions d'influence. A cliacun des tempéranienls primordiaux que j'ai énoncés plus haut, nos pères rattachaient nn des quatre âges de la vie, une des quatre saisons de l'année et un des climats du globe : au tempérament bilieux correspondaient l'âge adulte, l'été et les climats chauds; le tempérament sanguin était celui de la jeunesse, du printemps et des pays tempérés ; le tempérament atrabilaire était celui de l'âge mûr, de l'automne et des contrées équatoriules ; enfin, le tempérament pituiteux était celui des \ieillards, de l liiver, et des pays humides et froids.
Ces rapprochements, grâce aux notions ([ui précèdent, expliquent mieux que je ne le pourrais faire l'influence des tempéraments sur la génération; ainsi la mollesse des tissus et l'inertie des fonctions qui caractérisent le tempérament lymphatique étant peu compatibles avec les ardeurs de l'amour, les anciens l'avaient fait l'apanage des vieillards, dont la puissance génératrice est nulle; de l'hiver, dont les frimas glacent les désirs, et des pays froids et humides, dont l'action est tout aussi débilitante que celle de l'hiver. Au contraire, l'âge adulte, l'été, les climats chauds, toutes choses favorables aux plaisirs sexuels, sont le propre de l'homme bilieux, « dont le tempérament est si chaud et si amoureux, qu'il aurait beau avoir la vertu des personnes les plus saintes, sa nature lui donnera toujours une pente à l'amour des femmes. On aurait plutôt éteint un grand feu avec une goutte d'eau, et l'on oljligerait plutôt un fleuve rapide à remonter vers sa source, que de corriger l'inclination ] de cet homme (1). »
Avec de pareilles données, il est facile d'établir la gradation des tempéraments qui éveillent et surexcitent la faculté
(1) VeiieUe, Tableau de Umoiir conjiKjal, 2" partie, ch;q). IV, art. 1".
(. IRCONSTANCKS LMIKRENTKS A l'iNDIVIDU. /
procréatrico, et de notev ceux, au contraire, qui tenip^rent ou éteignent- les désirs de l'amour.
Facultés morales; passions. — Plus que toute autre partie de l'organisme, l'appareil génital subit Tinfluence du moral. En ce qui concerne les facultés intellectuelies, on peut dire, toutes choses égales d'ailleurs, que l'étendue de l'esprit et l'ardeur de l'imagination agissent plus vivement sur le sens génital que les intelligences bornées et paresseuses ; c'est à ce titre, plusencore peut-être qu'au point de vue de leur vanité, que les femmes recherchent l'amour des artistes, dos savants et des littérateurs ; malheureusement, les travaux abstraits et les méditations auxquels cette classe d'hommes est soumise, surtout les savants, diminuent beaucoup riieureuse influence de leur esprit, et frappent quelquefois même leurs organes sexuels d'impuissance et de stérilité, ainsi que nous le verrons ailleurs (1).
Les sentiments de l'âme exercent sur la génération un empire à peu près absolu, et l'on ne comprendrait pas qu'il en fût autrement, puisque c'est dans l'âme que réside le consensus intime qui éveille et anime le sens génésique. Mais, de même que les sentiments ou les facultés de l'âme se peuvent ranger en deux groupes distincts et opposés, de même l'influence qu'ils exercent sur l'activité génitale est contraire ; car tandis que les facultés affectives la favorisent, les facultés répulsives en éteignent l'ardeur et en glacent les voluptés.
Les passions, qui ne sont que les facultés de lame surexcitées, élevées à une haute puissance d'expression, agissent dans le môme sens que les facultés auxquelles elles répondent, mais seidement avec plus d'énergie et de vivacité.
Cependant cette énergie et cette vivacité des sentiments affectifs, (pii sont sans contredit des excitants heureux du
(1). Heveillé-Parisc, Physiolofiie et Injfjii'ne des hommes livrés uu v travaux de Vesprit, Paris, l(Sr,3.
7A PHYSIOLOGIE DE l'eSPÈCE.
génésique, doivent être contenues dans do certaines limites. — Les extrêmes se touchent, dit-on. — Jamais maxime ne fut plus applicable qu'en cette circonstance. — Un amour violent, longtemps réprimé dans ses désirs, plonge tout l'organisme, au moment de sa réalisation, dans une espèce d'extase où 1 ame, c'est-à-dire la partie immatérielle de notre être, semble concentrer en elle toute force et toute vitalité, et paraît oublier les organes qui lui servent d'ordinaire pour transmettre ses volitions. Le consensus s'est replié en lui-même, et comme le sens génital ne s'éveille qu'aux excitations de ce consensus, il faut attendre, pour que tout rentre dans l'oi'dre, que la surexcitation morale ait cessé, ou qu'elle soit reveime du moins au type normal de la simple excitation. Le plaisir qui suit cette détente générale et qui succède à cette impui^:sauce momentanée est d'ordinaire plus ardent et la fécondation plus facile. « J'en sçay, dit Montaigne, que j'aurai plus d'une fois occasion de citer à propo.; de l'influence du moral surle génésique, j'en sçay à qui ila servy d'y apporter le corps môme, demy-rassasié, d'ailleurs, pour endormir l'ardeur de cette fureur, et (\\ù, par l'aage, se trouve moins impuissant de ce qu'il est moins puissant (i) . »
Habitudes. S'il est vrai que l'habitude soit une seconde nature, il est facile de comprendre, par ce que j'ai dit précédemment de la constitution, du tempérament et des facult(''s de l'dme, l'empire qu'elle peut exercer sur la génération.
Mais en dehors des habitudes physiques et morales dont je parlerai tout à l'heure, et qui modilient plus ou moins les prédispositions de l'organisme et les tendances de respi it,il est une habitude spéciale au sujet qui m'occupe, et qui doit par cela môme fixer la première mon attention. Je donne à
(1) Moiilnione, E^$nh, t t, j«. lOi, édil de 1703. Paris.
CIRCONSTANCES INHÉRENTES A l'iNDIVIDU. ^
cette liahitiule l'épitliète de copulatrice, parce qu'elle résulte de l'exercice longtemps prolongé du coït entre deux individus.
L'liai)itude copulatrice ne produit pas les mêmes effets sur toutes les personnes, ou du moins les manifestations de ces effets uesont pas identiques dans tous les cas.
Le plus généralement, runiformité des nipports engendre une espèce de satiété qui enlève au consensus l'aiguillon d(^ la nouveauté, et au plaisir le charme de l'imprévu ; en l'absence de ces excitants, le sens génital languit, devient paresseux, et se refuse quelquefois même à accomplir sa fonction. Onand un poëte a dit que l'iiniour mourait de nourriture, il a nécessairement voulu parler de Thabitude copulatrice, qui pousse tant de maris hors de la couche conjugale, et qui rompt tant de liens formés sous les plus favorables auspices.
Quelquefois, au contraire, I habitude copulatrice produit un etfet diamétralement opposé à celui que je viens de signaler; non-seulement elle éveille les désirs et soutient l'éréthisnie génital, mais encore elle glace toute ardeur génésique, et repousse tout excitant qui n'ont pas leur source dans la [)ersonne ([ui est l'objet de cette habitude. Je possède dans mes notes une curieuse observation qui trouvera ailleurs sa place, mais que je crois utile d'analyser brièvement ici, jtour montrer jusqu'où peut aller l'empire de cette hal)itud(\ Marié à vinut-deux ans à une femme qu'il aimait profondément, '\\. X... devint veuf à l'âge de trente-sept ans, sans jamais avoir éprouvé aucune défaillance dans ses fonctions génitales et sansjaniaisavoir déserlé la couche conjugale. La mort, en frappant sa femme, sembla avoir glacé ses organes génitaux, et malgré des désirs réels, il ne put, à partir de son veuvage, obtenir une érection suffisante pour le coït. C'est alors qu'il vint me consulter, et qu'il m'avouîi qu'il n'obtenait une demi-érection qu'auprès des femmes qui, par leur tournure, la couleur de leurs cheveux et la forme de
7i) PHYSIOLOGIR DE l'eSPÈCE.
leur taille, lui rappelaient le mieux celle qu'il pleurait; de plus, CCS demi-éi-ections n'étaient possibles qu'au lit, alors que la femme était dans le simple appareil de la couche maritale. Mais l'illusion du malheureux ne pouvant aller plus loin, a cause de l'absence de ces mille petits riens qui, tous les jours répétés, engendrent l'habitude, l'érection s'arrêtait aussi, et le coït devenait impossible.
L'impuissance de ce malade tenait bien évidemment à la cause que je signale, car après une année laborieusement employée à oublier le souvenir de sa femme, M. X... recouvra toute sa virilité, ayant toutefois conservé une préff'rence très-marquée pour les personnes du sexe ({ui, par leurs qualités physiques, lui rappelaient quelques traits de celle qu'il regrettait toujours.
Les habitudes physiques sont tellement liées au régime et à la profession, et les habitudes morales au genre de travail des individus, que ce que j'ai à dire des mies et des autres trouvera naturellement sa place dans les articles suivants.
Régiine. — On peut poser en règle générale que tout ce qui tend à établir la prédominance du système nerveux, ou plutôt du système nervoso-sanguin sur les autres parties de l'organisme, et à diminuer l'influence du système lymphatique, doit être considéré comme essentiellement favorable à l'exercice de la génération. Pourtant il est un précepte non moins général et non moins vrai, qui veut que la prédominance du système nerveux soit enfermée dans de certaines bornes, et que les fonctions de ce système, se substituant à toutes les autres, ne transforment pas les malheureux qui le possèdent en tristes sensitives qu'effraye le moindre bruit, qu'affecte l'odeur la plus douce, etc.
Le régime joue un très-grand rôlc,^ans le développement de ces pauvres natures. C'est parmi les femmes, surtout les femmes des capitales et des boudoirs parfumés, que se ren-
CIRCONSTAM'.IÎS INilÉUEN l ES A l'iNDIVIDU. 77
contrent ces êtres chétifs, maigres, dont tonte lu vitalité se concentre dans la figure qni, mnnie de qnelqnes muscles sans ampleur, jonit d'une expressioii saisissable seulement à la lumière des bougies. On les voit dans les salons toucher le piano, pincer de la harpe et chanter la romance ; et cependant, malgré soi, on se dit que la vie n'anime ni ce? mains, ni celle voix, et que ces accords et ces chants sont froids connue la mort et faibles comme le néant.
Ce n'est point au[)rès de ces femmes que la copulalion est riche de voluptés; ce n'est point avec elles que se perpétue l'espèce. iSi les habitants des petites villes et ceux do la caml»agne, au milieu desquels se rencontrent rarement de semblables organisations, ne venaient pas constamment remplir les ];laces vides dans les capitales, la population de celles-ci aurait bientôt disi)aru, laissant, après quelques générations, un désert à la place du bruit et du mouvement. L'assimilation des étrangers (jue liome opérait dans son sein n'avait évidemment pas daulrc but, et l'on a depuis longtemps remarqué que, sans ce systèuie, la capitale du monde alors coinui aurait péri après quelques générations.
Le régime, ou, pour mieux dire, la manière de vivre est donc, au point de vue qui nous occupe, de la plus haute importance ; mais comme je ne fais point ici un livre d'hygiène, et que, dans ces considérations générales surtout, il me doit suflire d'indiquer le but à atteindre, je répéterai que pour seconder eflicacement l'acte génital le régime doit iavori-er, dans de certaines limites, la prédominance du tempérament nervoso-sanguin, et combattre les tendances à la suprématie du tempérament lymphatique.
Profession ; travaux. — Les professions, que l'on ne doit pas s'attendre à voir passer ici en revue, se partagent en deux grandes classes : 1" celles qui n'exigent que les forces purement corporelles, et que l'on appelle métiers ; 2" celles qui
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réclament rintervention de l'intelligence, et que l'on nomme plus particulièrement professions. Les premières , toutes choses égales d'ailleurs, favorisent plus que les secondes l'acte vénérien : en activant la circulation, elles augmentent la nutrition, et partant toutes les sécrétions dont l'abondance, cependant, ne saurait troubler l'harmonie de l'économie, à cause de la transpiration plus considérable que déterminent les exercices du corps.
Mais tous les métiers ne sont pas dans ces heureuses conditions : les tailleurs, les bottiers, etc., renfermés presque touours dans des pièces sans air et sans lumière, accroupis sur des tables ou des escabeaux, et soumis en quelque sorte à un exercice négatif, arrivent, par toutes espèces de privations, à cet état maladif et nerveux dont je parlais tout à l'heure. C'est dans cette classe de la population ouvrière que se rencontre le plus grand nombre d'êtres malingres et difformes; c'est dans elle aussi que germent le plus de vices et que les mauvaises passions se recrutent. La fonction génératrice participe d'ordinaire à cette dégradation physique et morale, et si quelque maladie héréditaire ou cette sorte d'emprisonnement ne retentissent pas d'une manière suffisamment néfaste sur la génération, le contact journalier des deux sexes, desconversations ■et des exemples fatalement licencieux poussent* ces malheureux à des excès et cà des vices qui épuisent bientôt leur faculté génératrice.
11 en est à peu près de môme pour les ouvriers des manufactures, dont la vie s'étiole au milieu d'une atmosphère empestée et dans des habitudes crapuleuses.
Les professions libérales ou celles qui exigent l'intervention de l'intelligence sont, au contraire, éminemment favorables à l'acte de la génération. Par la politesse dentelles ont Tapanage, et par la culture des arts et des sciences, elles donnent au système nerveux une plus grande délicatesse de sensibi-
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litè, et par le travail auquel l'esprit est soumis elles ne laissent point s'atfaisser et doi'niii" le consensus qui tient sous sa dépendance le sens génésique.
Cette influence est encore plus marquée pour les professions qui s'adressent plus spécialement à l'âme et qui ont pour objet les beaux-arts. Cependant il est à remarquer que t(ais les grands artistes et les grands poètes ont eu fort peu d'enfants, et cette observation n'a pas échappé à Destouclies, qui la consigne ainsi dans son P/iilo^ophe marié :
On (lil (|u'oii n'a jamais tous les dons à la fois,
Et que les grands esprits d'ailleurs très-est iniables,
Ont tort jieu de talent pour former leurs semblables.
Les conceptions sublimes doivent être précédées de méditalions profondes, même chez les hommes de génie, qui subissent alors la loi commune, à savoir que Téiiergie de la (onction génitale est en raison inverse de la longueur et des difficultés des travaux intellectuels.
Je dirai en eîTet ailleurs que les études abstraites et trop longtemps prolongées constituent une cause assez fréquente d'impuissance et par suite de stérilité.
§ — Cireoiistaiiccs étrangères à l'individu.
Ces circonstances sont nombreuses et se peuvent déduire <lc cette infinité d'accidents qui accentuent le cours de la vie; on comprend que je ne puis ici aborder une pareille énumération, et que je me dois contenter de signaler les causes les plus générales qui, n'ayant point un siège dans l'organisme ou n'étant point soumises à la volonté, exercent sur le développement et l'énergie de la fonction généiMtrice une influence marquée et incontestable. Parmi ces causes, je citerai les climats, les saisons, les années, le jour, la nuit, dans les considérations desquelles seront compris le froid, le
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cliaïul, rhumide, la latitude, la position géographique, etc.
CUinats. — J'ai dit, en parlant de la menstruation, que les femmes étaient réglées de meilleure heure dans les pays chauds que dans les contrées froides ou tempérées; cette influence de la chaleur ne peut être mise en doute , lorsqu'on voit les femmes des pays trôs-froids, comme les Bamoyèdes, vivant presque toute l'année dans des souterrains où règne une chaleur étouffante produite par de l'eau jetée sur des pierres rougies, quand on voit ces femmes, dis-je, être aussi précoces que cehes des tropiques.
Montesquieu, donnant à ce l'ait une importance plus que physiologique, le classe parmi les causes de la polygamie : «Les femmes, dit-il, sont nubiles, dans les climats chauds, à huit, neuf et dix ans ; ainsi l'enfance et le mariage y vont presque toujours ensemble ; elles sont vieilles à vingt ans. La raison ne se trouve donc jamais chez elles avec la beauté. Quand la beauté demande l'empire, la raison le fait refuser ; quand la raison pourrait l'obtenir, la beauté n'est plus. Les femmes doivent être dans la dépendance, car la rai&on ne peut leur procurer dans la vieillesse un empire que la beauté ne leur avait pas donné dans la jeunesse même. Il est donc très-simple qu'un homme, lorsque la religion ne s'y oppose pas, quitte sa femme pour en prendre une autre, et que la polygamie s'introduise (1). »
Ghervin, dans sa thèse inaugurale (2), a vivement combattu l'assertion de Montesquieu. Il est incontestable, en effet, par les rapports des voyageurs (3), que les hommes sont égale-
(1) Montnsquicu, Esprit des loi», 17G4, in-Ti, liv. XVI, cliap. ii.
(2) (ilicrviii, Reciu'irhcs mrdico-phllosopinques sur les causes physiques de la polijipunie dans Irs pays chauds. Paris, 1812.
(3) Voy. Saize, dans Histoire médicale de l'armée d'Orient, par Desgencttes. Paris, 1H02, in-8, II-^ partie, p. 125 ; et Histoire de l'Afrique franç.iise, })ar l'abbé Demanet, 1767, t. II, p. 60.
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ment pubères de meilleure heure dans les pays chauds que sous les climats tempérés, et qu'ils subissent profondément, au point de vue des plaisirs vénériens, l'influence excitatrice de la chaleur. Selon Niebuhr (1), Volney (2), et beaucoup d'autres voyageurs (3), rien n'est plus commun dans le Levant que de rencontrer des hommes de trente ans atteints d'impuissance. « C'est la maladie, dit Volney, pour laquelle les Orientaux consultent davantage les Européens, en leur demandant du Madjoun, c'est-à-dire des pilules aphrodisiaques (II). ))
L'empire des climats chauds sur la précocité du développement et sur l'énergie du génésique est donc incontestable, et l'influence contraire des pays froids est également mise hors de doute par toutes les relations des voyageurs.
Saisons. — D'après ce qui précède, il semblerait naturel de conclure que la saison la plus chaude de l'année doit être la plus favorable à l'exercice de la génération; pourtant il n'en est point ainsi, et l'influence du printemps est beaucoup supérieure à celle de l'été.
Ce fait, en rattachant l'excitation génitale de l'espèce humaine à la loi du phénomène du rut, était coimu dès la plus haute antiquité; mais il appartenait à notre époque de l'établir sur une base réellement scientifique, et ce progrès est dû aux travaux statistiques de Villermé, en France (5), et de Quetelet et Smits, en Belgique (6).
En compulsant les registres des naissances, et en marquant, pour chaque mois, le nombre des conceptions, Villermé a cru
(1) Nieburh, Description de l'Arabie, 1779, in-i, t. I. (-2) Volney, Voyage en Syrie, 1787, iii-8.
(3) Olivier, Voijage dans l'empire ottoman, an IX, in-8, t. I, p. 150; et Renati, dans Histoire médicale de l'armée d'Orient, 11= partie
(4) Volney, loc. cit., t. II, p. 445.
(5) Villermé, Annales d'Injfjiènc, Paris, 1832, t. VIII, 450. (0) Annales d'hygiène. Paris, 1833, t. IX, p. 308
nouBAun. a
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devoir classer les mois de l'année dans l'ordre suivant, en commençant par les plus féconds :
Mai.
Juin.
Avril.
Juillet.
Février.
Mars et décembre.
Janvier.
Août.
Novembre.
Septembre.
Octobre.
Comme on le voit, c'est à l'époque correspondant au rut des animaux, au printemps, alors que toute la nature semble renaître à la vie, que s'opère dans l'espèce humaine le plus grand nombre de conceptions. Les recherches entreprises, en Belgique, dans le même sens, ont donné des résultats parfaitement identiques avec ceux qu'avait obtenus Yillermé en
Cependant on pourrait se demander si l'action des premières chaleurs, limitée à la fécondation, s'exerce également sur la copulation, en d'autres termes, si cette action n'est pas spéciale à la fécondité, en donnant au sperme e» aux ovaires des propriétés reproductives plus énergiques.
Villermé, pour résoudre cette question, s'est adressé aux comptes généraux de la justice criminelle, et il a trouvé que l'époque de l'année à laquelle il se commettait le plus de viols et d'attentats à la pudeur était précisément celle du printemps, pendant laquelle se fait aussi le plus grand nombre de conceptions. Et que l'on n'invoque pas, pour expliquer la plus grande fréquence de ces crimes pendant le printemps, les circonstances des promenades solitaires, des vêlements légers, des rencontres dans les bois et lieux écartés, car les mêmes circonstances se reproduisent, ou à peu près, pendant les mois d'août et de septembre, classés des derniers pour les viols et les conceptions.
Cette influence du printemps n'est pas limitée aux pays
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tempérés; elle s'étend à toutes les zones, de telle sorte que l'on peut dire que l'homme est assujetti, jusqu'à un certain point, à une sorte de rut périodique dont le retour a lieu, chaque année, au printemps.
Mais de même que le rut cesse d'être périodiquement marqué chez les animaux qui, de l'état sauvage, passent à celui de domesticité, de même l'influence du printemps est moins manifeste chez les habitants des villes, et surtout des capitales, que chez les populations des campagnes. Chez les premiers, en efl*et, mille causes tiennent sans cesse en éveil le sens génital, sans parler du climat artificiel que la civilisation leur apprend à se faire, et qui rend compte du maximum, de conceptions que présentent en Suède, en Finlande, à Saint - Pétei-sbourg-, les mois de décembre et de janvier, les plus froids sans contredit de toute l'année.
— Pythagore, en proclamant sa doctrine des nombres, donna naissance aux cumées climatériques. Malgré l'empire que cette croyance a exercé sur l'esprit des anciens, les auteurs sont loin d'être d'accord sur les années qui méritent cette désignation. Suivant les uns, chaque septième année présente ce caractère, tandis que pour les autres, il ne faut regarder comme telles que cehes qui sont le produit de la multiplication du nombre 7 par les nombres impairs 3, 5, 7 et 9. La grande année climatérique est la 6.3-^ anure;. los 'autres années climatériques remarquables sont la 7% la r^l", la h^" et la hQ'^ année. Outre les changements dans le temp.'raujent, Ips maladies, la fortune, etc., que les années climatériques apportaient, les anciens étaient convaincus, et quelques esprits de nos jours partagent cette conviction, que les organes Génitaux externes de la femme se resserrent et reviennent à une espèce de forme virginale qui, tout en donnant un nouvel aiguillon aux voluptés de l'homme, augmente les désirs et lener-ie .génitale de la femme. ^
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Il est superflu de discuter l'inanité de pareilles assertions ; cependant il est incontestable que les désirs vénériens et l'ardeur copulatrice présentent, chez la femme, un surcroît d'intensité aux approches de l'âge critique; on dirait mie lampe qui, avant de s'éteindre, jette une dernière lueur plus vive et plus éclatante que celles qui l'ont précédée.
Il est également démontré que la fécondité de l'espèce humaine est très-considérable pendant les années qui suivent une disette, une famine, une épidémie et les discordes civiles qui jettent le trouble et la confusion dans les rapports sociaux, et qu'au contraire elle diminue considérablement pendant ces époques de calamité publique. Les pratiques religieuses du jeûne, que l'on observe pendant le carême, peuvent être assimilées à la disette, selon Villermé, et produisent les mêmes résultats (1). Cet auteur, à l'occasion des Recherches statistiques sur la ville de Paris et le déportement de la Seine, qu'a fait publier N. de Chabrol, a rédigé des Considérations sur la fécondité, où se trouve le passage suivant : « Il résulte de mon travail, qui est fondé sur plus de 13000000 denaissances énumérées mois par mois, que le très-petit nombre de naissances du mois de décembre, qui a pour neuvième antécédent ie mois de mars, est l'effet des abstinences du carême. Une circonstance curieuse, c'est que le mois de mars devient progressivement chargé de plus de conceptions à dater de la fin du règne de Louis XV, c'est-à-dire à dater du temps où le relâchement s'est progressivement introduit dans les mœurs, et un changement dans les idées et les pratiques religieuses. Enfin le mois de mars, qui était autrefois le dernier dans l'ordre des conceptions, est maintenant le septième. Les mœurs du peuple, la mesure de ses opinions, sont donc quelquefois
(1) De la distribution par mois, des conceptions et des nai^ssances de riiomme {Xnmlcs dliygiène publique. Paris, 1831, 1. V, p. 55).
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écrites dans les résultats de la statistique; il ne faut que savoir les lire (1) . »
Le jour ; la rniit. — On demandait un jour à Fontenelle s'il n'avait jamais songé à se marier : « Quelquefois, répondit le philosophe, le matin. » Est-ce que les désirs vénériens seraient plus énergiques après le repos de la nuit qu'à toute autre heure de la journée? Cependant un grand poëte, Victor Hugo, a dit :
Le plaisir, lils des nuits, dont l'œil brillant d'espoir S éteint vers le matin et se rallume au soir.
Qui a raison du philosophe ou du poëte? Je crains bien que l'un et l'autre aient tort, au point de vue oîi chacun d'eux s'est placé.
Le soir, avant l'abattement de l'excitation générale produite par la veille, avant le repos de l'imagination et le calme des sens, le stimulus, et partant les désirs, sont plus violents. Mais il faut se garder de conclure de la violence des désirs à une plus grande énergie dans la fécondité et le plaisir. Il est d'observation que les premiers temps des mariages d'amour ou d'inclination sont très-souvent stériles, et que cet état cesse avec l'affaiblissement des désirs, amené par la satisfaction ou l'habitude. Il est également d'observation que les désirs trop longtemps prolongés amènent momentanément l'impuissance chez l'homme, et changent quelquefois les voluptés en douleurs poignantes, dont une hémorrhagie parle canal de l'urèthre si-
(1) Sans contester d'une manière absolue l'influence du jeûne sur le nombre des conceptions, influence qui, si elle était admise aussi impor- . tante que le prétend Villermé, serait en opposition avec ce que j'ai dit, pages 5;j et suivantes, touchant les rapports de la nutrition et de la faculté génitale, je dois faire remarquer qu'au temps des pratiques sévères de la religion, le carême était une époque non-seulement d'ahstincnce, mais encore de continence, et que les mœurs se sont également relâchées sur le jeûne et sur l'œuvre de la chair.