‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 46 sur 164 · MÉDICAMENTS EXCITANTS · texte numérisé non relu

MÉDICAMENTS EXCITANTS

Dioscoridc et Galien ne sont point de cet avis, et accordent à la menthe des propriétés aphrodisiaques.

Quoi qu'il en soit, l'infusion théiforme, ou quatre ou cinq gouttes de son huile essentielle dans un verre d'eau, constituent une boisson doucement excitante, fort utile dans des cas d'irritabilité nerveuse. On peut mettre sur la même ligne les lavandes: lavande mâle ou aspic et lavande stœchas, dont l'huile essentielle produit de bons effets, en frictions sur les organes génitaux ; la sauge et enfin la marjolaine, avecles fleurs de laquelle les juifs couvraient la couche des nouveaux époux.

Je ne puis oublier ici les bains et les litières que l'on compose avec les labiées les plus aromatiques, telles que la saiige^ la menthe, le thym, le romarin^ la lavande, le serpolet, et qui sont d'une si grande utilité dans tous les états de l'organisme, caractérisés par la faiblesse générale et le relâchement des solides.

Lauracées. — Cette famille est presque entièrement composée de plantes aromatiques dont les écorces sont singulièrement cxciiantes, malgré le camphre que beaucoup d'entre elles renferment. Il faut citer, en première ligne, la cannelle trop connue pour nous arrêter longtemps ; le Ciililawan qui fournit une huile volatile que l'on emploie en frictions sur les organes génitaux, et avec laquelle les Chinois composent un onguent, le bohori, qui jouit chez eux d'une immense réputation ; X avocatier dont le fruit a été particulièrement recommandé par Scaliger pour l'usage qui nous occupe; le muscadier qui fournit deux excitants énergiques : 1" la semence appelée muscade ou simplement muscade; 2" le macis, sorte de cupule qui entoure l'amande à la base; enfin, cette liste se dot par deux excitants plus faibles : le sassafras et le laurier natiiraUsé dans nos contrées.

Légumineuses. — \J arachide et la caroube ont des propriétés excitantes trop douteuses pour que je ne les aie pas passées

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sous silence, et uvec elles la famille des légumineuses, si le souvenir de Pythagore ne me faisait un devoir de rappeler les fèves dont il dofeudait l'usage à ses disciples auxquels il prêchait la chasteté.

Lilllacées. — Les bulbes de quelques lilliacées, Yail, Voignon et ses congénères, ont été consacrés comme aphrodisiaques par Martial, qui ne faisait que traduire les idées de son temps, quand il dit de l'ail et de l'oignon :

Qui preatare virum q/priœ certamine ncscit, Manducet bulbos et bene fortis erit.

Quant au poireau, l'École de Salerne le recommande dans son 51^ aphorisme commençant ainsi :

'Pornim fecundas rcddit persœpe pucllas (1),

Magnoliers. — Cette famille ne contient que la badiane ou -unis étoile, dont l'huile essentielle, la badianite, la rapproche de l'anis dont je parlerai tout à l'heure.

Meliacées. — Cette famiUe ne contient guère, à noire point de vue, que la cannelle blanche que l'on confond assez souvent avec l'écorce de Winter, et qui jouit, mais à un moindre degré, des propriétés excitantes de la cannelle de Ceylan,

Mijrtacées. — La plante qui a donné son nom à cette famille, le mijrlhe, était autrefois consacrée à Vénus, et trèsvantée pour ses propriétés aphrodisiaques. Garidel qui écrivait son histoire des plantes de la Provence, en 1723, indique une liqueur huileuse, préparée avec les baies de myrthe pilées et un peu d'eau-de-vie, comme propre à raffermir les organes génitaux relâchés. On trouve encore dans cette famille , comme très-excitants , les fruits de quelques espèces, tels que le clou de girofle, qui n'est autre chose que la

{{) Édition Ciiarles Meaux Saint-Marc avec le texte latin en regard^ précédée d'une Introduction par Ch. Daremberg. Paris, 1861.

MÉDICAMENTS EXCITAKTS.

fleur du giroflier, cueillie et séchée avant son épanouissement; le piment ou poivre de la Jamaïque^ fourni par le fruit du Myrtus pimenta, desséché avant sa maturité.

Ombellifcres. — Il faut mettre en tête de cette famille un« plante que l'on trouve rarement en Europe, mais qui jouit, en Chine, d'une réputation immense ; c'est le gemj-senij ou ginseng que l'on confond presque toujours avec le ninzin, ninsi ou nindsin qui nous arrive du Japon, et qui mérite moins que le ginseng, la qualification d'esprit de la terre, recette d'immortalité. Je citerai, comme plus à notre portée, le chcrvi que Tibère, pour satisfaire ses débauches, exigeait des Allemands sous forme de tribut, et que les Suédoises, au dire de Venette, font prendre à leurs maris pour les exciter à l'amour ; le panicaut dont Tournefort vante la racine préparée avec du sucre et du miel, et que l'on mâche, comme Vangélique qui appartient à la même famille et qui jouit des mômes vertus, mais à un moindre degré; enfin le daucus de Crète dont le fruit n^est pas sans quelque valeur.

Les O.nbellifères contiennent aussi des plantes alimentaires excitantes, telles que carottes, panais, fenouil ni céleri, que nous retrouverons dans l'hygiène des impuissants*

Orchidées. — La plante qui a imposé son nom à cette famille, Yorchis, a des tubercules qui affectent la forme du scrotum, ce qui lui a valu la réputation d'aphrodisiaque dont elle a joui dans l'antiquité, et qu'elle conserve encore en Perse oii l'on fabrique, avec l'espèce satyrion, un électuaire capable, au dire de certains voyageurs, de faire faire des prodiges en amour. On prépare avec les orchidées que l'on cultive en Europe, une espèce de fécule appelée salep, qui n'a que des propriétés analeptiques. Mais à côté des orchis dont les vertus stimulantes sont fort douteuses, nous trouvons la vanille, dont les propriétés doucement excitantes sont connues de tout le monde, et diverses espèces poivre, tels que le hétel, le

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pinaiig qui, mâchés par les peuples de l'Orient, éveillent et soutiennent chez eux l'appétit vénérien.

Papavéracées. — Uopium jouit dans l'Inde d'une grande réputation d'aphrodisiaque. Les Chinois préparent avec lui une espèce d'électuaire appelé aff ion, et une liqueur connue sous le nom de maslach; les femmes, dit-on, redoutent les approches des hommes qui font usage de ces préparations. Sans aller aussi loin que les Chinois, il faut reconnaître que l'opium, associé aux aromates et surtout à l'ambre gris, donné à petites doses et pendant un temps limité, possède une action excitante dont on peut tirer parti.

Rutacces. — Nous appliquerons à la rue les observations que j'ai faites à l'occasion du safran et de la sabine ; quant à la fraxinelle ou dictame blanc ^ c'est un aromate qui peut être employé comme le thym et le romarin.

Solanées. — La mandragore doit sa réputation aphrodisiaque à la ressemblance que sa racine affecte avec la cuisse; elle entrait anciennement, avec Valhéhenge et peut-être aussi avec quelque datura, dans la composition des philtres amoureux dont les fables ridicules ne doivent pas nous arrêter plus longtemps.

Synanthérées. — Presque tous les végétaux de cette famille nombreuse ont des propriétés stimulantes et toniques qu'ils doivent à l'huile volatile et au principe amer qu'ils contiennent; cependant chez les uns, l'action stimulante prédomine, tandis que' l'action tonique est plus marquée chez les autres; tous appartiennent à des tribus distinctes; en effet les carduacées se distinguent par une amertume plus prononcée qui les fait employer comme toniques, alors que les corijmbifères sont plus actives comme stimulantes, à cause de l'huile essentielle qu'elles contiennent. Je me contenterai donc de citer parmi ce dernier groupe : Vabsvithc, Varmoise et la malricaire^ dont les propriétés emménagogues nous rappel-

MliDICAMENTS EXCITANTS.

lent les considérations que j'ai fait valoir à l'occasion de la Sabine; puis viennent la camomille^ la balsamite et la 7nillefeuilley dont les infusions tliéiformes peuvent seconder l'action d'agents plus actifs.

Je ne puis quitter cette famille sans rappeler qu'elle renferme des végétaux comestibles, tels que Vartichmit, les hélianthes, €t entre autres le topinambour, dont les préparations culinaires un peu aromatisées sont assez excitantes.

Valérianacées. — MM. Trousseau et Pidoux indiquent , d'après Agricola, la valériane comme étant capable de doubler les forces aux combats amoureux, et ils ajoutent : « Il ne serait pas impossible, à la rigueur, que son odeur seule ait pu légèrement exciter le système nerveux. » Il faudrait alors attribuer la même propriété à l'assa-fœtida dont l'odeur est -encore plus forte.

Verbénacées. — Nous terminons cette longue énumération par la plante que les anciens avaient consacrée à Venus, à cause de ses propriétés aphrodisiaques, herba veneris, et dont nous avons fait t'ert'eme. L'expérience n'a pas justifié l'enthousiasme des anciens ; mais comme léger rubéfiant, la verveine est utile en topique, et je l'ai souvent employée à la place de la moutarde, quand je ne voulais produire qu'une faible irritation.

RèGxXE andial. — Les anciens avaient prêté à certaines productions animales, telles que les bézoards et Vhippomane , des vertus merveilleuses que l'expérience n'a pas confirmées. Nous reléguerons donc leurs récits au nombre des fables qui ne doivent pas nous occuper.

Quadrupèdes. — Mais si les bézoards et l'hippomane doivent rester dans l'oubli où ils sont tombés, il est d'autres productions, fournies par quelques quadrupèdes, dont la valeur thérapeutique incontestable leur donne une place légitime dans le cadre qui m'occupe.

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Je veux parler du musc^ de la civette et du castoréum.

Ce sont des excitants généreux diffusibles dont on peut souvent mettre à profit l'action antispasmodique.

En dehors de ces productions animales, la classe des quadrupèdes ne naus offre plus que la chair des animaux qui font partie de notre alimentation. Sans nous arrêter à ce que les anciens ont écrit sur l'action aphrodisiaque de la chair du lion et du cerf^ il est constant que certaines viandes sont plus excitantes que d'autres, telles que celle du 'porc et de presque tous les animaux qui vivent à l'état sauvage, le sanglier, le chevreuil, le lièvre, etc., dont l'étude est plutôt du domaine de l'hygiène que de celui de la thérapeutique.

Oiseaitx. — Cette classe que réclame de préférence l'art culinaire, ne nous offre guère aussi que des mets plus ou moins excitants, tels que la bécasse et d'autres espèces que l'on accommode avec des aromates ou avec des truffes.

Insectes. — Dans le sujet qui nous occupe, cette classe nous offre deux espèces intéressantes, la cantharide et le carabe doréy la première surtout invoquée par la débauche et à laquelle on donne toujours la principale place parmi les médicaments dits aphrodisiaques.

Et cependant nul agent n'est moins digne de cette appellation que la cantharide, dont l'action sur le système génital n'est que secondaire et consécutive à l'action inflammatoire qu'elle exerce sur le réservoir urinaire. La cystite cantharidienne a été l'objet de nombreux travaux que je n'ai pas à étudier ici,, mais qui ne laissent aucun doute sur le mode d'action aphrodisiaque de la cantharide.

Soit que l'inflammation de la vessie, déterminée par la cantharide, se communique à l'appareil génital, soit que cette inflammation ne fasse qu'activer le système vasculaire des organes voisins, on ne peut et doit attendre une influence du méloé sur les organes génitaux, qu'après avoir déterminé une

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