IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUE. — VÉSANIES
fixes de l'ûme, les troubles de la digestion, les excès de toute nature, etc.
Il est également hors de toute discussion que certains symptômes de vésanie peuvent, par leur présence seule, jeter l'organe copulateur dans l'anaphrodisie, comme cet hypocondriaque dont parle Belhomme qui, se croyant impuissant, l'était en réalité.
Par conséquent étant donnée une névrose de l'intelligence, la manie, la nostalgie, l'hypocondrie, par exemple, trois hypothèses se présentent :
1° Ou l'impuissance est liée à la névrose et en est un symptôme ;
2° Ou rimpuissa[ice est une affection intercurrente à la névrose ;
3° Ou l'impuissance est un épiphénomène de la névrose. Est-il possible d'établir entre ces trois origines de l'impuissance un diagnostic différentiel qui, tout à la fois, satisfasse l'esprit et mette sur la voie des indications pratiques?
Je crois la solution de ce problème possible, mais non facile.
Deux circonstances doivent surtout attirer l'attention : IMes causes de la vésanie, 2" la nature objective des désordres de l'intelligence.
Sous le premier point de vue et en y comprenant toutes les formes de vésanie, depuis la simple ilkision des sens jusqu'à la folie la mieux caractérisée, les causes se partagent en morales et en physiques, les premières bien plus fréquentes que les secondes. Selon Parchappe ( J), les dix causes les plus fréquentes de l'aliénation mentale se classeraient de la manière suivante pour les hommes : 1° abus de boissons alcooliques,
(1) De la prédominance des causes morales dans la génération de la folie. [Annales medico-psijchologiqiies, tome XI, p. 358).
ROUBVUD. AK
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2° revers de fortune, 3' perte d'une personne aimée, h" frayeur, 5° idiotie, 6° chagrins donnestiques , 7° colère, 8" dévotion exaltée, 9° amour contrarié, 10" inquiétude à propos d'argent.
Parmi ces dix causes d'aliénation mentale, il en est certainement six qui peuvent à leur tour produire Timpuissance, ce sont : les abus de boissons, la perte d'une personne aimée, la frayeur, les chagrins domestiques, la dévotion exaltée et l'amour contrarié.
Voici, en effet, un exemple dans lequel les mêmes causes, perte d'une personne aimée et chagrins domestiques, ont donné lieu simultanément à l'impuissance et à l'hypocondrie, sans que la première fût sous la dépendance de la seconde.
Un homme de lettres avait épousé, quelques mois avant la révolution de février, une jeune personne qu'il aimait passionnément; jusqu'à l'avènement de la république, le nouveau ménage ne connut aucun chagrin, car le mari, grâce à un travail fructueux et abondant, pouvait satisfaire les goûts et même les caprices de sa femme. La révolution de février brisa tout ce bonheur; en tarissant les sources du travail du mari, elle apporta dans le ménage d'abord la gêne et ensuite la misère. La jeune femme n'eut le courage ni de supporter ce revers de fortune, ni d'accepter des espérances en un avenir meilleur. Un jour, elle quitta la maison conjugale, et l'on apprit qu'elle vivait à Londres, an milieu du luxe et de l'opulence que lui fournissait un généreux amant.
L'époux abandonné fut si affecté de cette découverte qu'il tomba dans une misanthropie profonde, et fut en même temps frappé d'impuisssance.
Voici à quelle occasion il vint réclamer mes soins.
Une jeune veuve, par conséquent maîtresse de ses actions et juge de sa conduite, était, de tous les amis de l'homme de lettres, restée à peu près seule fidèle à son revers de fortune
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et à son malheur domestique. Les consolations qu'elle avait îipportées au jeune ménage lorsque la gône et la misère avaient successivement envahi son intérieur, devinrent plus pressantes et plus affectueuses lorsqu'un plus grand chagrin frappa le mari délaissé.
Celui-ci, soit par un effet de son imagination malade, soit que les attentions de la veuve dépassassent réellement les bornes d'une simple amitié, vit un sentiment et des sollicitations d'amour dans les prévenances dont il était l'objet.
Il s'assura que, si ses suppositions étaient exagérées pour le présent, il pouvait du moins former les espérances les plus douces, car la pitié, dans le cœur de la femme, est déjà une nuance de l'amour.
Malheureusement, le souvenir de la fugitive était sans cesse présent à son esprit, et toutes les fois qu'il lui eût été permis de prouver à son amie qu'il avait oublié l'infidèle, ce souvenir jetait le trouble en son âme et glaçait ses organes.
C'est dans cet état qu'il se présenta à moi.
En véritable hypocondriaque qu'il était, il me raconta dans leurs moindres détails toutes les circonstances de sa vie : les ' joies de son mariage, les tortures de son abandon et les douceurs de l'amitié de la jeune veuve. Un double sentiment le poussait vers la possession de celle-ci : un sentiment de reconnaissance et un sentiment de vengeance ; malheureusement, il lui était impossible de prouver autrement que par des paroles, la gratitude dont son cœur était rempli pour son amie, et le mépris dont il se croyait animé contre sa femme. Malgré lui, le souvenir, tantôt agréable, tantôt mauvais de cette dernière, l'obsédait sans cesse, remplissait son esprit des idées les plus tristes, et étouffait tous les désirs de son imagination et tous les efforts de sa volonté.
Bien évidemment, dans ce cas, Pimpuissance et l'hypocondrie avaient la même cause; mais c'était là leur seul point de
contact. Après cette origine commune, les deux affections devenaient si parfaitement distinctes, que l'une pouvait disparaître et l'autre persister : tels deux cours d'eau partis de la même source, dont un, après quelques sinuosités, se perd au milieu du sable de la route, et dont l'autre poursuit sa marche jusqu'à la rivière prochaine.
Le raisonnement, les distractions, un voyage à la mer et le retour au travail, secondés par une hygiène convenable, rendirent au malade ses facultés viriles sans le débarrasser des tristes préoccupations qui l'obsédaient. Bientôt même l'orgasmc vénérien devint assez impérieux pour faire craindre que tous ses désirs ne fussent pas l'expression d'un état normal et régulier.
Cependant cet orgasme était quelquefois terrassé, et l'impuissance rendait alors illusoires les apprêts à de nouvelles voluptés. Cette inertie, me disait le malade, se produit tantôt à la vue d'un objet qui fut cher à ma femme, et tantôt au simple souvenir des caresses que j'échangeais avec elle; aussi, pour prévenir le retour de ce souvenir, avait-il soin de ne jamais coucher avec sa maîtresse dans la chambre et surtout dans le lit qu'il avait partagés avec la fugitive.
Celte impuissance n'était que passagère; elle s'évanouissait avec l'émotion produite par l'impression ou le souvenir, et n'avait, comme au début, qu'un point de contact avec l'hypocondrie.
Dans cet exemple, comme dans quelques autres que je pourrais rapporter, la cause de l'impuissance n'était pas dans la vésanie elle-même, puisque la première avait cessé ou ne se produisait qu'accidentellement, alors que la seconde persistait toujours.
Les excès de travaux intellectuels et les excès de coït et de masturbation amènent aussi fréquemment les affections délirantes que les chagrins et les abus des boissons alcooliques.