IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUE. INTOXICATION
condition de ne les amener que lentement et pour ainsi dire à la longue.
Cette dernière circonstance distingue l'intoxication de l'empoisonnement. Celui-ci, en effet, est caractérisé par la rapidité de l'action de Tagent morbide, et, lorsqu'il n'entraîne pas promptement la mort, il laisse quelquefois après lui des altérations dont j'aurai à m'occuper de quelques-unes, alors que j'examinerai l'impuissance consécutive.
En cette place, mon attention ne doit être acquise qu'à l'/mjmissance-Sjjmptôme.
A l'occasion du mot virus, que j'ai écrit plus haut, je n'entrerai pas dans une discussion stérile ici, sur l'existence, la nature, les propriétés, etc., des virus : je prends, je le répète , le mot intoxication dans son acception la plus large, soit que l'agent morbide tombe sous nos sens, comme l'arsenic, le plomb, etc., soit qu'il déjoue toute analyse, comme le virus syphilitique ; soit qu'il pénètre dans l'économie par la respiration , par les premières ou les secondes voies, etc.
1° Intoxicaiioii syphilitique.
L'action que le virus syphilitique exerce sur la fonction génitale, tantôt est limitée aux organes génitaux, et tantôt ne retentit sur eux qu'après avoir pénétré l'organisme tout entier.
Il ne peut être ici question de l'action purement locale . qui m'occupera dans l'un des paragraphes suivants, et je ne dois m'arreter, en cette place, qu'à l'imprégnation générale de l'économie.
L'intoxication syphilitique se manifeste sous des formes diverses dont la majeure partie a une importance à peu près nulle au point de vue qui m'occupe. Si l'on excepte, en effet,
les exostoses intracrâniennes qui, par la compression qu'elles exercent sur le cerveau, troublent les facultés intellectuelles, amènent des paralysies soit générales, soit partielles, et, par suite, l'impuissance ; si l'on excepte encore, avec les accidents limités aux organes génitaux et dont j'ai remis à plus loin l'examen, la chlorose, dont parle M. Ricord, et la cachexie, dont je vais m'occuper, nous n'avons que faire de tous les accidents secondaires et tertiaires, adoptés par les syphiliographes.
Les faits de cachexie syphilitique ne sont pas rares, mais il en est bien peu qui attaquent profondément la fonction copulatrice; quelquefois, il est vrai, le malade perd ses propriétés fécondantes, mais le sens génital est respecté dans ses désirs et dans son énergie.
Cependant il est des cas où la faculté copulatrice participe elle-même à l'altération générale, et je ne sais pas, sous ce rapport, d'exemple plus frappant que celui que M. Bourguignon, alors interne des hôpitaux, communiqua à l'Académie de médecine, le 12 juillet 18Zi2.
Cette observation, excessivement curieuse, mérite de trouver place ici ; qu'on me permette de la transcrire en entier et dans toute son intégrité :
» Le nommé Prince (Charles), âgé de trente ans, est couché à l'hôpital des vénériens, dans la salle 8, lit h, service de M. Puche.
» A vingt ans, en 1830, après trois jours d'un coït suspect, douleurs dans le canal de l'urèthre, plus vives dans l'excrétion des urines. Quatre jours après l'apparition de ces douleurs, une ulcération se montre au méat urinaire, et plusieurs autres, quelques jours après, à la base du gland. — Entrée à l'hôpital des vénériens. Traitement : injections d'un liquide caustique dans le canal de l'urèthre, suivies d un bain de siège pendant quinze jours, jusqu'à cessation des douleurs ; charpie sèche sur les ulcères ; frictions mercurielles sur la
IMPUIS. SYMl'TOMATIQUE. — INTOXICATION SYFHILITIOUK. 233
partie interne des cuisses pendant vingt jours; la salivation les fait supprimer ; cicatrisation et sortie de l'hôpital après deux mois de séjour.
» En 183-2, uréthrite (Prince est entré au service, il va au Val-de-GrAce) : traitement émollient, puis antiblennorrhagique. — Guérison.
> En 1833, ulcère de l'impasse du prépuce. Traitement : onguent mercuriel, bains locaux avec solution d'acétate de plomb. Guérison en quatre jours ; mais une marche forcée amène une adénite volumineuse. — Entrée à l'hôpital. Traitement : ponction du bubon ; liqueur de Wan-Swieten à la dose d'une cuillerée à bouche pendant ving-quatre heures, jusqu'à salivation ; frictions mercurielles sur les cuisses quelques jours après. — Guérison. — Durée du traitement : soixante-trois jours.
» A la fin de 1833, mal à la gorge. — Traitement : gargarismes acidulés, tisane de Feltz, cautérisation de la gorge avec un pinceau trempé dans un acide. — Guérison après trois semaines de traitement.
» En 18;^5, après deux ans d'une santé parfaite (Prince est Gn garnison à Alger), nouvelle infection ; les ulcères siègent sur le corps du gland. Le malade les conserve trois semaines sans songer à les guérir. — Entrée à l'hôpital. Traitement : bains locaux, charpie avec onguent mercuriel; prompte cicatrisation des ulcères. — Mais pendant le traitement, éruption de boutons sur le cuir chevelu; des croûtes leur succèdent. Huit jours de frictions mercurielles, après avoir au préalable rasé la tête, en font justice. •
» En 1836, réapparition de l'éruption pustuleuse; d'abord bornée à la tête, elle gagne bientôt le tronc et les membres. — Entrée à l'hôpital. Traitement : frictions mercurielles de lalôte aux pieds, pendant dix-huit jours ; tisane de salsepareille, pilules de 1 à 8 (le malade ne sait pas dire quelle était leur nature et pendant combien de temps il les a prises) . — Guérison.
)) En 1838, céphalalgie des plus vives, d'une activité extrême la nuit. — Entrée ù l'iiôpital du Dey. Traitement : vésicatoirc à la nuque, vésicatoire monstre sur toute la tête ; leur effet est nul, et déjà commence pendant ce traitement letonnante transformation qui doit s'opérer chez Prince.
)> Il était bien développé, vigoureux ; sa barbe était noire, longne et bien fournie, et cependant, au bout d'un mois, ses formes athlétiques ont disparu, ses membres sont chétifs et grêles ; sa barbe s'en est allée poil à poil ; ses favoris, ses moustaches ne laissent plus trace de leur existence. Le principe morbifique porte encore plus profondément son action destructive : Prince voit ses organes génitaux menacés d'une atrophie presque complète. Il en est des poils du pubis comme de ceux de la face; ils tombent tous, sans exception. Sa verge^ d'une dimension autrefois ordinaire, perd surtout de son volume, et ses bourses jadis grosses et pendantes, sont petites et fortement revenues sur elles-mêmes. Ce travail atrophique dure ainsi plusieurs mois, sans que la céphalalgie perde de son intensité; elle ne cède qu'à l'apphcation d'un moxa derrière l'oreille droite, au sixième mois environ.
)) Déhvré de ses douleurs céphaliques, Prince reprend des forces, et obtient son congé définitif à la fin de 1839; il revient à Paris, où sa santé s'améliore encore. Mais son étrange caractère, sa répulsion pour les plaisirs de son âge, contrastent d'une manière étrange avec ses antécédents. Chacun, s'en étonne et le lui fait remarquer ; il le voit, il le comprend, veut prendre sur iui de se faire l'homme d'autrefois, et sesefforts ne lui font que mieux sentir son impuissance.
)) Chose étrange ! quoique la convalescence et l'embonpoint se maintiennent, l'atrophie des organes génitaux n'en marche pas moins activement. Inquiet sur les suites de cette diminution progressive de ses organes sexuels, Prince se décide à faire l'épreuve de ses moyens, à constater ce qui lui
IMPUIS. SY.Ml'TOMATlQn:. — INTOXICATION SVl'HlLlTIOri:. iOi^
reste de ses vertus prolitiqiies. Il se rend dans une maison publique, y rencontre une ancienne connaissance qu'il choisit de préféience, comme il le faisait dans des temps meilleurs. Mais aujourd'hui c'est pour un tout autre motif : il a besoin de sa discrétion, peut-être de sa complaisance. En effet sa nature lui fait complètement défaut ; une masturbation ])rolongée a pu seulement lui procurer une légère sensation voluptueuse sans la moindre éjaculation.
» Quelques mois se passent ainsi sans apporter de changement à son état; mais au commencement de I8Z1O, une tumeur lacrymale se montre à gaucho; de vives douleurs, plus intenses la nuit, se font sentir au niveau des os propres du nez; enfin il rejette, au milieu du mucus nasal, des débris osseux, noirs, infects, sortant par la ntirine droite. — Tisane de Feltz; guérison. — Durée du séjour à l'hôpital : deux mois.
» En octobre, môme année J8Ù0, la céphalalgie reparaît plus intense qu'elle n'a jamais été; la tumeur lacrymale se montre de nouveau ; des exostoses se sont développées sur le front à droite et à gauche, ainsi que sur les os propres du nez, et sont le siège de douleurs lancinantes. — Entrée du malade â l'hôpital ; traitement : sangsues sur la tumeur lacrymale,, tisane sudorifique, iodure de potassium (110 gr. dans l'espace de six semaines). Le malade sort notablement soulagé de ses douleurs; les exostoses se sont affaissées.
» En 18/il, après dix mois d'une santé passable, les exostoses déjà existantes reviennent à leur premier volume ; elles sont aussi douloureuses qu'autrefois. — Entrée à l'hôpital. Au dire du malade, Cullerier aurait fait remarquer aux élèves un ramollissement du frontal ; les doigts, en comprimant le front au niveau des exostoses, faisaient céder la table externe. Traitement : frictions d'onguent mercuriel sur le front, pilules de Vallet. Les accidents sont palliés pour huit mois, et c'est le 26 janvier 18i2 qu'il entre à l'hôpital des Vénériens pour la
236 IMPUISSANCE CHEZ l'homme.
cinquième fois, et toujours pour ses exostoses, et de plus pour des douleurs ostéocopes générales, plus prononcées la nuit. C'est alors que le malade s'est présenté à notre observation, — Disons un mot de son état général, en passant en revue les différents organes et leurs fonctions; cet examen est digne d'intérêt.
)) Prince est d'une taille moyenne; il est bien développé; il était, dit-il, vigoureusement constitué; nous pouvons le croire : il était autrefois garçon de pharmacie à l'hôpital, et les infirmiers qui l'ont connu alors certifient qu'il était un fort gaillard. Quel changement aujourd'hui dans toute sa personne! Ses traits portent l'empreinte d'une vieillesse précoce; ils ont une douce expression oii perce l'insouciance; son regard est craintif, sa démarche chancelante; ses mouvements lents et mesurés ; il y a de la femme dans son allure. C'est qu'en effet il en a pris toutes les formes : la peau est d'une parfaite blancheur^ douce au toucher; un léger duvet la recouvre à peine dans les régions où le système pileux était fort développé autrefois. Un tissu cellulaire abondant donne atout son corps de gracieux contours ; les extrémités supérieures et inférieures ont acquis des formes inconnues à notre sexe. La main, surtout chez un individu occupé plus d'une fois à de rudes travaux, a subi une transformation surprenante; l'artiste la trouverait irréprochable : à ne voir que le doigt, l'anatomiste nierait le sexe. Les organes génitaux sont aussi ceux d'un enfant de cinq ans : leur blancheur, leur forme, leur volume, tout le ferait croire. Le toucher perçoit deux apparences de testicules de la grosseur d'une petite noisette. La verge a peut-être proportionnellement éprouvé une atrophie moins considérable; le canal de l'urèthre a conservé en largeur les dimensions de celui de l'homme adulte ; le méat urinai re de Prince est même plus large que chez beaucoup d'autres malades couchés dans la même salle que lui.
IMPLIS. SVMPTOMATIQUE. — INTOXICATION SYPHILITIQUE. 237
)) Du reste, le moral s'est montré esclave du physique : en perdant les organes, il a perdu les fonctions. Son tempérament est le type du lymphatique; son caractère est fort doux, son intelligence obtuse, et la mémoire, fort bonne autrefois, est toujours très-infidèle. Les fonctions organiques n'offrent rien de particulier, seulement les liqueurs le mettent dans une excitation nerveuse remarquable. Deux verres de vin blanc, pris à différentes époques, lui ont donné des attaques épileptiformes. — Dans notre examen nous n'avons point oublié les organes de la voix ; leur corrélation avec les organes génitaux nous le rappelait suffisament; mais la voix n'est que légèrement modifiée.
* Tel était l'état de Prince en janvier dernier. Aujourd'hui sa constitution s'est améliorée; il semble se régénérer sous l'influence du traitement qu'il a suivi et que nous noterons en quelques mots. M. Puche lui fait prendre son sirop antisyphi-litique composé, dont voici la formule :
pour 500 parties. — Dose du sirop de 25 à 100 grammes.
D Jusqu'à ce jour le malade en aurait pris ali total environ 600 grammes. G'estensubordonnant le traitement aux symptômes, c'est en veillant surtout à l'alimentation du malade, que M. Puche est parvenu à arrêter les progrès effrayants de cet étiolement général. Aujourd'hui Prince est plus dispos, il se sent plus fort, il semble remonter peu à peu les degrés qu'il a descendus ; toutes ses douleurs ont disparu. Les fosses nasales sont le seul point en souffrance, et, là encore, la nature prend le dessus. En effet, la nécrose élimine de temps en temps de petites esquilles, et le malade s'en trouve mieux.
lodhydrargyratc neutre île potassium.
Iode pur
Protoiodure de potassium
Eau distillée
1 gramme.
238 IMPUISSANClî CIIKZ 1,'homme.
Notons cependant que l'apophyse montante de l'os maxillaire supérieur droit a presque entièrement disparu par suite de ces éliminations.
» Le léger duvet qui recouvrait les régions autrefois abondamment pourvues de barbe, devient plus touffu ; il noircit ; cela se voit surtout aux moustaches. Les organes génitaux eux-mêmes reviennent de leur inertie. Le mois dernier, Prince a eu deux érections; ce sont les seules qu'il ait éprouvées depuis le jour de ses fameux exploits ^ en un mot, notre malade marche incontestablement vers la conquête delà première nature.
» Nous n'avons rien dit de la chute des cheveux : le rasoir l'ayant plus d'une ibis artificiellement produite, cet accident perdrait par ce fait beaucoup de sa valeur (1). »
Après cette intéressante communication, M. Bourguignon présenta à l'Académie le malade qui en était l'objet, et il fut ■facile de se convaincre de l'exactitude du récit que nous venons de rapporter.
Il n'entre pas dans mon sujet d'exposer les ressources qu'offre la thérapeutique contre la syphilis ; mais je dois noter, sans m'y appesantir, que le traitement de l'impuissance produite par le virus vénérien doit se confondre, comme dans l'observation précédente, avec la médication antisyphilitique ^Ue-même. •
2" Intoxication saturnine.
L'intoxication saturnine ne se produit que par suite de Vabsorption, par les membranes muqueuses^ de préparations de plomb sous forme moléculaire. (( Le plomb, dit Orfila, n'est point vénéneux tant qu'il est en masse ou en poudre
(i) Bulletin (le l'Académie de médecine. Paris, 1842, l. VII, p. 974.
IMPI IS. SYMPTOMATIQI E. — INTOXICATION SATURNINE. 239
yrossiè/'c, et qu'il ne se triinslbrme pas dans le canal digestif en oxyde ou en sel (1). »
Lïntoxication saturnine que l'on appelle maladie de plomb^ revêt des formes caractérisées par des symptômes 'particuliers à chacune d'elles ; ces formes sont : la colique^ Varthralgie, la parali/^ie, Vanesthésie et Vencéphalopalhie saturnine.
Qu'on ne s'attende pas ti trouver ici la description de tous ces accidents; contenu dans les limites de cet ouvrage, je ne dois qu'exposer l'état des organes génitaux pendant l'intoxication saturnine.
A cet effet, Tanquerel des Planches, qui a porté sur la maladie de plomb une attention toute spéciale, va nous faire le tableau dos désordres qui se passent dans les organes de la génération : u Nous avons déjà parlé, dit-il, des douleurs qui attaquent quelquefois les organes génitaux. Les testicules, le cordon spermatique, la verge, l'utérus, le vagin et les seins, peuvent en être le siège. Ces douleurs font éprouver une sensation de tiraillement, de dilacération et de constriction.
» Le plus souvent, la douleur occupe les deux testicules à la fois; très-rarement, un seul d'entre eux se trouve affecté. Mais plusieurs fois nous avons observé que l'un était plus douloureux que l'autre. Le plus ordinairement, lorsque la douleur est forte, il y a en môme temps rétraction de ces organes vers l'aine au moment de ces exacerbations. Si le gauche se trouve seul endolori, il vient occuper une position plus rapprochée de l'anneau que celui du côté droit, ce qui est l'inverse de la disposition normale. La compression diminue assez souvent la douleur; aussi plusieurs malades serrent avec les mains leurs testicules ou les soutiennent; presque toujours la suspension produit en effet le même résultat. Quelquefois aussi le scrotum se ride au moment des accès de douleurs, et
(1j Orfila, Traité de ioxicoloyic, 5" édil. i. I, p. 822
2/l0 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
se relâche pendant la rémission. Je n'ai jamais observé de rougeur ou de tuméfaction des testicules devenus douloureux.
» Dans sept cas, nous avons constaté que la douleur siégeait à la base de la verge; toute l'étendue de cet organe était douloureuse chez vingt-quatre malades. Nous avons déjà parlé de la rétraction du pénis ; lorsqu'il se trouve retiré sur luimême, il est comme caché dans la peau du scrotum quand celui-ci n'est pas contracté. Les désirs venéfiens paraissent ayiéantis^ et nous n'avons iklslkX^ observé cV érection ni d'évacuation de sperme pendant les plus violents accès de douleur, même lorsque les testicules étaient fortement tirés vers l'anneau inguinal.
» Plusieurs fois il nous a semblé que la douleur occupait le trajet du cordon spermalique, et qu'elle remontait vers l'aine (1). »
L'impuissance que signale Tanquerel des Planches peut se montrer avec toutes les formes de l'intoxication saturnine. J'ai connu un malheureux atteint d'arthralgie, par suite de l'usage d'une bière qui avait fermenté dans des vases de plomb, et qui, pendant tout le temps que dura son intoxication, même alors qu'il était en convalescence, fut incapable d'exercer le coït. Un de nos confrères, qui me Ta rapporté lui-même, éprouva la même impossibilité pendant un temps assez long qu'il subit l'influence saturnine.
Il est nécessaire de rappeler ici les professions qui exposent à l'intoxication dont je parle, car dans quelques circonstances, alors que les accidents toxiques sont peu prononcés, elles peuvent mettre sur la voie de la cause de l'impuissance.
Ces professions sont :
Ouvriers cérusiers, ouvriers des fabriques de minium, de (1) Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb. Paris.
1839, 1. 1, p. nt.
IMl'UISSANCE SY.MPTOMATIQIIE. INTOXICATION ANTIMOiMALK. 2/| 1
fabriques de litharge, peintres en bâtiments, peintres d'attributs, de voitures, doreurs sur bois, vernisseurs de métaux, fabricants de papiers peints, broyeurs de couleurs, fabricants de cartes d'Allemagne, ceinturonjiiers, potiers, faïenciers, verriers, ouvriers des mines de plomb, affmeurs, plombiers, fondeurs de cuivre, fondeurs de bronze, fondeurs de caractères d'imprimerie, imprimeurs, fabricants de plomb de chasse, lapidaires, tailleurs de cristaux, ouvriers des manufactures de glaces, ouvriers des fabriques de nitrate, de chromate, d'acétate de plomb.
Quand l'absorption du plomb est la cause de l'impuissance, celle-ci n'exige pas d'autre traitement que celui de l'intoxication saturnine dont je ne dois point m'occuper ici, et pour laquelle je renvoie le lecteur aux traités spéciaux sur la matière.
3° Intoxication antimoniale.
Dans son Traité de toxicologie, en parlant de l'action des vapeurs antimoniales, Orfila s'exprime ainsi : « M. Lohmcrer a vu quatre individus qui étaient fréquemment exposés à des émanations antimoniales dans un établissement où l'on préparait en grand du tartre stibié, du beurre et du verre antimoniés, où Ion fondait de la poudre d'Algaroth, et où il se dégageait surtout des vapeurs d'acide antimonieux, d'acide antimonicjue et de chlorure d'antimoine. Il a observé les symptômes suivants : douleurs de tête, difficulté de respirer, point de côté et douleur pongitive dans le dos; râle muqueux et sifflement dans la poitrine, expectoration difficile de quelques grumeaux tenaces ; insomnie, sueurs abondantes et abattement général; anorexie, diarrhée, dysurie avec écoulement de mucosités causant un sentiment de brûlure dans l'urèthre • flaccidité de la verge, dégoût du coit, impuissance complète; pustules sur différentes parties du corps, mais principalement
ROUBAUD. .o
2/l2 IMPUISSANTE CHEZ l' HOMME.
sur les cuisses et sur le scrotum ; douleurs dans les testicules, atrophie de ces organes ainsi que du pénis (1). » Mais Oriila ajoute :
(( Il n'est pas douteux que l'action prolongée de ces vapeurs ne puisse amener la mort ; mais il n'est pas encore démontré que les accidents dont il vient d'être fait mention ne soient dus, en partie du moins, aux vapeurs arsenicales que fournissent la plupart des antimoines du commerce, lorsqu'ils sont chauffés ou traités par quelques agents énergiques (2). »
D'après M. Lohmerer, l'intoxication antimoniale, et, par suite, l'impuissance qu'elle produit, doivent être combattues par les antiplilogistiques, le lait, et plus tard par l'opium, le tannin, et surtout le quinquina à l'intérieur et en lotion.
A° Intoxication arsenicale.
On vient de voir qu'Orfilamet l'impuissance au nombre des phénomènes qui accompagnent la respiration des vapeurs arsenicales.
Cependant tous les auteurs ne sont point de cette opinion, et plusieurs môme assurent que l'arsenic soutient la fonction génitale : Muller lui attribue cette propriété quand l'arsenic est longtemps continué à petites doses, tandis qu'à des doses plus élevées il acquiert une propriété contraire, c'est-à-dire déprimante. M. Devergie a vu une excitation génésique chez une jeune fille qui prenait de l'arsenic pour une maladie herpétique; enfin M. Delioux de Savignac pense que 2 ou 3 milligrammes d'acide arsénieux déterminent un chatouillement de lurèthre avec tendance à l'érection et à un véritable éréthisme génital.
Mais, d'un autre côté, on fournit des faits quiprouvent.que
(1) Journal de chimie médicale, année 18i0, p. 620. (-2) Oi-fila, Traité de toxicologie, 1. 1, p- 650 et 651.
IMPUIS. SYMPTOMATIQUE. — INTOXICATION SULFO-CARBONKE. 2^3
l'impuissance fait partie du cortège de l'arsénicisme. Rayer et Biett en ont, chacun, rapporté un exemple, et M. Gharcot en a publié deux cas dans le Bulletin de thérapeutique.
Sans doute l'impuissance amenée par l'usage de quelque préparation arsenicale est rare ; mais il suffit qu'elle puisse se produire et qu'elle ait été observée pour que j'eusse Je devoir de consigner cette action de l'arsenic et de ses composés.
5" Intoxication par le sulfure de carbone.
C'est à M. Delpech, médecin distingué de l'hôpital Neckor, que nous devons la connaissance de l'action toxique du sulfure de carbone sur les organes génitaux; il lui a consacré deux mémoires intéressants d'oii je vais extraire ce qui suit :
Dans la première période de l'empoisonnement, les fonctions génératrices sont fortement surexcitées d'une manière le plus souvent passagère et fugace; ce n'est que dans la seconde phase que l'anaphrodisie se montre complète, c'est-àdire avec absence de désirs vénériens et impossibilité d'érection. « C'est là, dit M. Delpech, l'un des caractères les plus formels de l'action du sulfure de carbone, seul ou additionné de chlorure de soufre; et dans les ateliers il n'est mis en doute par personne. » {Nouvelles recherches sur l'intoxication sjKciale que détermine le sulfure du carbone^ p. 2/i).
L'intoxication par le sulfure de carbone a, sur le sens génital, une action analogue à celle que nous avons notée pour la castration avant ou après la puberté : « lorsque cette action dépressive s'exerce cliez des adultes, dit M. Delpech, on peut avec le temps et par un traitement convenable, en faire disparaître le plus souvent, en totalité ou en partie, les conséquences; mais celles-ci sont beaucoup plus graves chez les sujets exposés de très-bonne heure à l'action du sulfure de carbone » et l'analogie entre l'action du sulfure de carbone et la castration est d'autant plus réelle que l'une et l'autre
IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
agissent sur les organes testiculaires, la première par l'atrophie, et la seconde par l'ablation des testicules.
Quoi qu'il en soit, le médicament qui a le mieux réussi à M. Delpech pour dissiper les phénomènes d'intoxication sulfo-carbonée, est le phosphore à la dose de 1 à 3 milligrammes par jour ; cet agent agit-il comme stimulant ou reraplacet-il les graisses phosphorées dont le sulfure de carbone a dépouillé la substance cérébrale? On ne sait, mais toujours est-il que le phosphore, soit en pilules, soit incorporé à des huiles, semble le spécifique de l'intoxicalion dont sont atteints les ouvriers qui travaillent le caoutchouc soufflé.
6° Intoxication iodique
Comme tous les agents actifs delà matière médicale, l'iode a été loué et attaqué outre mesure. Parmi les reproches qu'on lui a adressés les accidents du côté du système nerveux et la fonte des glandes, par conséquent cehe des testicules, sont les plus graves; comme ses partisans ne pouvaient nier ces faits, ils ont prétendu que ces accidents étaient excessivement rares, et que « c'est à peine si un médecin, dans le cours d'une longue pratique, a l'occasion d'observer un ou deux faits
de ce genre (1). »
Je ne sais jusqu'à quel point on peut et l'on doit partager la confiance des partisans de l'iode, car il m'a été donné, dans l'espace de moins de dix-huit mois, d'observer quatre cas d'impuissance, avec atrophie plus ou moins considérable des testicules, survenant pendant ou immédiatement après le traitement de la 'phthisie pulmonaire par l'absorption des vapeurs d'iode.
Chez l'un de ces quatre malades, malgré l'impossibilité de
(1) Trousseau el Pidoux, Traité de thérapeniiqne et de matière médicale,9' édit. Paris, 1875, t. I, p. 324.
IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUE. — INTOXICATION lODIQUE. 2/|5
l'éreclion de la verge, les désirs vénériens étaient conservés elles testicules avaient leur volume à peu près normal. Chez les trois autres, qui offraient une bien évidente atrophie des testicules, l'indifférence pour le coït était assez marquée pour ne leur pas faire regretter les voluptés perdues, et ils ne venaient réclamer mes soins que pour satisfaire soit le devoir conjugal, soit le désir d'avoir un enfant.
D'autres composés d'iode, sans avoir une action aussi délétère que celle des vapeurs de cette substance, n'en agissent pas moins sur les organes génitaux. Un de mes amis qui, à la suite d'accidents syphilitiques assez graves, avait pris l'ha- Litude d'user, au printemps et en automne, de l'iodure de potassium à dose dépurative, m'a avoué que, pendant tout le temps qu'il faisait usage de ce médicament, il était moins porté vers les plaisirs de l'amour et perdait sensiblement de son énergie virile.
Au moment où j'écris ces lignes, un de mes malades, dans toute la force de l'âge, à qui je fais prendre du protoiodure de mercure contre des accidents secondaires de la syphilis, m'a accusé une certaine défaillance dans sa virilité et une froideur pour les plaisirs vénériens, qui ont porté le trouble dans son imagination.
Dans les deux cas que je viens de citer, il est impossible d'attribuer à la syphilis les accidents qu'éprouve le sens génital, car il n'existe ni cachexie vénérienne ni désordre local qui les puissent expliquer.
Quand l'action de l'iode se traduit simplement par une diminution dans les forces génitales, sans atrophie des testicules, il suffit ordinairement de suspendre l'emploi du médicament pour voir revenir les choses à leur état normal.
Quand les testicules sont entièrement atrophiés, la médecine doit déclarer son incompétence ; elle ne peut refaire des organes perdus.
2/l(5 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
Mais il est rare que l'intoxication iodique atteigne ces limites extrêmes du côté des organes génitaux, avant d'avoir produit des désordres graves du côté de quelque organe important à la vie, de telle sorte que l'on a presque toujours affaire à une atrophie incomplète des glandes spermatiques, quand un malade réclame des soins contre l'impuissance,
Dans ce cas, un régime analeptique, le séjour à la campagne et l'exercice au grand air, sont de toute nécessité, et font la base de la médication. Plus tard, et si aucun trouble n'existe du côté du tube digestif, les martiaux et le quinquina peuvent rendre des services; mais, je le répète, il faut, avant toute chose, s'attacher à un régime reconfortant, et ne recourir que plus tard aux agents médicamenteux proprement dits.
7° Intoxication alcoolique.
Quand on connaît l'action toxique de l'alcool sur le système cérébro-spinal, on est porté à croire que l'intoxication alcoolique doit exercer une action fâcheuse sur les facultés intellectuelles, sur la sensibilité et la motilité générales, et par suite sur le concensus érotique, sur la sensibilité et la motilité de l'appareil générateur.
Cependant quand on lit attentivement tous les travaux qui, depuis quelques années, se sont succédé sur cette question, on cherche vainement à grouper un ensemble de symptômes qui fasse de l'alcoolisme une entité morbide.
Je ne veux pas dire. Dieu me garde ! que l'abus des liqueurs fermentées soit sans inconvénients et sans périls ; au contraire, il constitue un danger réel contre lequel on ne saurait trop réagir, môme au point de vue qui nous occupe.
L'alcoolisme, soit aigu, soit chronique, n'a point une physionomie propre et distincte qui lui mérite une place dans la classification des maladies ; ses symptômes n'ont point un caractère général qui s'impose; ils sont toujours individuels -,