IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUE. — INTOXICATION ALCOOLIQUE
c'est-à-dire variables et changeants avec chaque sujet d'observation.
Il n'en peut être autrement, puisque, je le répète, l'alcoo- Hsme ne constitue pas par lui-même une entité morbide, ainsi qu'il ressort, je le dis encore, des nombreux travaux publiés sur la question.
Mais si l'alcoolisme ne peut être considéré comme un état pathologique distinct, il est un danger réel pour les états morbides en germe ou en éclosion.
Je m'explique en prenant mes exemples dans le sujet même de ce livre.
Si un individu est atteint: de ce que j'ai précédemment appelé une impuissance idiopathique native, c'est-à-dire d'une faiblesse naturelle de l'appareil copulateur, l'abus des liqueurs fermentées, incapable d'amener par lui-même l'impuissance, accroîtra cette disposition native et rendra le coït impossible, alors que sans lui il eût été quelquefois praticable.
Autre exemple :
Un individu a une préoccupation, n'importe laquelle, de travail intellectuel, d'ambition de fortune, contraire, on le sait, aux pensées d'amour; sous l'influence de l'alcoolisme cette préoccupation va s'accroître et l'indifférence génitale sera augmentée au point que les désirs seront éteints et que le coït sera impossible.
C'est dans cette aggravation des dispositions morbides individuelles que réside le danger des liqueurs fortes.
Au contraire, si un individu a une grande propension pour les femmes, l'alcoolisme accentuera d'avantage encore cet instinct et cette force virile, et le malade montrera, comme dans quelques observations, une lubricité allant môme jusqu'au satyriasis.
Il n'est donc pas exact de dire que l'abus des liqueurs fermentées amène par lui-même l'impuissance et la stérilité, pas
2/iS IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
plus que les troubles de la vue, de l'ouïe et des autres sens.
Cet article trouve son excuse, non dans la place que je lui donne, puisque je conteste à l'intoxication aricoolique d'être une cause d'impuissance, mais dans le besoin de réagir contre des banalités sans fondement, comme je le ferai à l'endroit de tous les préjugés et de toutes les erreurs dont notre sujet fourmille.
8° Intoxication médica7ne?iteuse.
Ceux qui reconnaissent à certains agents des propriétés excitantes spécifiques à l'appareil génital, sont naturellement conduits à trouver à d'autres agents des propriétés essentiellement contraires, et à admettre l'existence de médicaments qui domptent l'amour.
Les anciens avaient une foi égale aux aphrodisiaques et aux anaphrodisiaques ; parmi ces derniers le nénuphar, l'agnuscastus, le camphre, le nitre, la mandragore, le datura etc., occupaient la première place; il est vrai que les commentateurs n'étaient pas toujours d'accord, et que la même substance, l'opium, le camphre, le nitre, par exemple, figuraient alternativement parmi les remèdes capables d'exciter ou d'amortir l'orgasme vénérien; l'esprit reste confondu quand on lit toutes les fables débitées sérieusement par Dioscoride, Matthiole et surtout Arnaud de Villeneuve.
Heureusement la science aujourd'hui ne se contente plus de ces histoires oii le merveilleux jouait le principal rôle, et, moins crédule qu'autrefois, elle n'admet que des observations exactes et des expériences positives.
Or, l'observation et l'expérience de tous les jours prouvent qu'aucun agent n'a wwQaction spécifique sur l'appareil génital, soit pour l'éveiller soit pour l'endormir, et que la matière médicale ne possède aucun remède auquel on puisse rigoureusement donner le nom aphrodisiaque ou à!anaphrodlslaque.
IMPUIS. SYMPTOMAÏIQUE. — INTOXICATION MÉDICAMENTEUSE. 2/i9
Mais pour n'avoir pas un spécifique, la médecine n'est pas désarmée et trouve dans la thérapeutique el l'hygiène les éléments de médications tour à tour aphrodisiaque et anaphrodisiaque.
Sans doute l'innervation ou la circulation de l'appareil génital sont modifiées par certains agents ; mais elles le sont au même titre que les autres fonctions de l'économie, soitprimitiv3ment si le remède est local, soit secondairement si le médicament est donné par les premières voies.
Les onctions, les frictions, les suppositoires, les lavements, etc., avec des antispasmodiques et des narcotiques, agissent sur l'innervation génitale comme sur tous les autres points du système nerveux oii ils sont appliqués; de même les émollients pour la circulation.
Les sédatifs généraux tels que les bromures, le cliloral, le liaschicli, les narcotiques, l'opium, la belladone, le daturaetc, portent sur l'innervation génitale l'action qu'ils exercent sur toutes les autres parties du système nerveux ; de même que le nitre, la digitale, l'aconit, les boissons délayantes, secondés par la diète et un régime végétal, ralentissent la circulation génitale, parce que la* circulation générale est elle-même ralentie.
Il est vrai que ces agents peuvent amener l'impuissance si leur usage est continué longtemps, comme il arrive chez les orientaux, mangeurs d'opium ou de haschich; mais dans ces cas on a affaire à une impuissance consécutive à des abus dont l'examen doit m'occuper plus loin.
§ — D'une affection de Tapparell génifo-urinairc.
Il eût été plus logique d'examiner séparément les maladies des organes urinaires et celles des organes génitaux; mais si l'on réfléchit que ces deux appareils ont les rapports les plus
250 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
intimes de voisinage, on conviendra qu'il était difficile de les séparer dans un examen pathologique ; cette nécessité de les comprendre dans le même cadre ressortira bien manifestement à l'occasion des maladies de la prostate et du canal de Turèthre.
J'aurai donc à passer en revue, sous le rapport de l'impuissance :
1° Les maladies des reins, des bassinets et des uretères ; 2° Les maladies de la vessie ; 3° Les maladies du col de la vessie et de la prostate ; li° Les maladies des vésicules séminales et des conduits éjaculateurs;
5° Les maladies du canal de l'urètlire ; 6° Les maladies de la verge ;
7° Les maladies du cordon spermatique et des testicules.
1" Maladies des reins, des bassinets et des uretères.
Diabète. — J'ai trop soutenu ailleurs (1) que le diabète était une manifestation de la diathèse urique, pour mettre le siège de cette afiection dans l'appareil urinaire; mais pour la facilité du discours et à l'ombre d'une convention que le lecteur voudra bien admettre, je fais ici abstraction des théories de Claude Bernard, de Marchai (de Calvi) de Mialhe, de Bouchardat et des miennes, et je laisse le diabète dans le cadre nosologique de l'appareil qui lui sert d'émonctoire.
Sans m'occuper, je le répète, de la nature du diabète, je veux établir la relation existant entre les troubles de la fonction génératrice et les altérations de la sécrétion rénane, c'est-àdire entre l'impuissance et la présence du sucre dans les urines.
(1) Roubaud, Identité d'origine delà gravelle, do la goutte, du diabète et de ralbuminurie, mémoire présenté à l'Académie des sciences, 1864.
LMPUISSANCE SYxMPTOMAÏIQUE. DIABÈTE. 2o\
« Les fonctions génératrices, dit Valleix à l'article Gliicosurie, sont profondément troublées. Les érections n'ont plus lieu ; il n'y a plus de désirs vénériens ; parfois môme, si l'on en croit quelques auteurs, le testicule s'atrophie et le scrotum devient flasque. Suivant M. Elliotson, cet état s'observerait neuf fois sur dix ; mais il eût été nécessaire de dire si les malades avaient été interrogés à ce sujet à toutes les époques de leur maladie ; car cette altération des fonctions génératrices, qui a été remarquée par tous les observateurs, ne survient que graduellement, et l'on conçoit très-bien qu'à une époque rapprochée du début, elle peut être très-faible et peu appréciable. Le môme auteur a noté que la sécrétion du sperme cessait de se faire (1). »
Je vais essayer de suppléer au silence dont se plaint Valleix.
Le diabète, outre les symptômes relatifs au produit urinaire, présente comme phénomène général et constant une diminution Jiotable, et même la suppression entière de toutes les sécrétions, à ce point qu'il semble que le système urinaire attire en quelque sorte à lui seul la plus grande partie des humeurs qui devinaient avoir une direction différente. Ainsi la respiration cutanée est suspendue et la peau présente une surface écaiileuse, sèche et aride ; la sécrétion des larmes, celle de la salive, éprouvent une diminution notable, et Dupuytren et Thénard ont môme observé que d'anciens ulcères aux jambes discontinuaient de suppurer et se séchaient spontanément.
Bien évidemment, la sécrétion spermatique n'est pas seule épargnée au milieu des troubles qui atteignent toutes les autres sécrétions, et l'observation de M. Elliotson sur la cessation de la fonction testiculaire est parfaitement exacte.
(1) Valleix, Guide du, médecin praticien, 5'' édit., parle docteur Lorain. Paris, 1866, t. I, p. 610.
252 IMPUISSANCE CHEZ l'iIOMME.
La sécrétion du sperme, sauf dans quelques rares exceptions, est, comme nous le verrons plusloin, une des conditions de la virilité ; par conséquent, cette sécrétion venant à diminuer d'une manière notable et même à cesser complètement, la puissance virile doit décroître et même s'anéantir entièrement.
Entre ces deux faits, c'est-à-dire la virilité et la sécrétion spermatique, il existe une telle corrélation que l'on peut juger de l'énergie de l'une par la nature de l'autre. Un sperme abondant, normal et bien lié est toujours l'indice d'une grande force copulatrice; je ne dis pas une éjaculation abo7ida7ite, qu'on le remarque bien, parce qu'au produit de l'éjaculation se trouvent mêlés des fluides bien différents du sperme
Il s'agit donc de savoir, pour marquer le commencement de la décadence virile, quand la sécrétion spermatique diminue d'une manière assez notable ou cesse de se faire.
Évidemment, le moment précis de cette diminution ou de cette suspension ne peut être noté ; mais tout porte à croire qu'elle suit la marche des autres sécrétions, ainsi qu il paraît résulter de la remarquable observation, communiquée à l'Académie de médecine par MM. Mialhe et Contour (1) , et avec laquelle concordent la plupart des faits que j'ai moi-même observés. Chez le malade de ces deux auteurs, l'anéantissement de la force virile n'avait pas attendu, pour se produire, l'amaigrissement et le marasme ; l'impuissance s'était montrée quelques mois à peine après la diminution des sécrétions, et comme rien ne décelait la continuation de la sécrétion spermatique, il est permis d'admettre que les testicules avaient suivi l'exemple des glandes lacrymales, salivaires, etc., etc., et que cette inaction avait enchaîné l'exercice de la virilité.
(t) Bulletin de VAcadémie de médecine, jmWet 1844, t. IX, p. 977.