IMPUISSANCE CONSÉCUTIVE. — ABUS ET EXCÈS
'Cellules du tissu érectile ; j'ai eu occasion d'observer plusieurs fois les tumeurs qui en résultent, mais toutes celles que j'ai vues n'étaient plus assez volumineuses pour entraîner une courbure de la verge;.je me rappelle, entre autres faits, celui d'un commissaire-priseur chez qui toute blennorrhagie (et il en avait souvent) était annoncée par la présence, au corps spongieux de l'urèthre, d'une de ces petites tumeurs qui disparaissait à la suite du traitement antiblennorrhagique, sans jamais avoir inquiété le malade.
Cependant on comprend que la courbure de la verge puisse être amenée par l'inflammation de l'urèthre ou du pénis, c'est-à-dire par les adhérences que ces états déterminent; l'observation de J.-L. Petit reste tout entière, et, dans ce cas, les indications thérapeutiques sont conformes à celles que j'ai indiquées plus haut, à l'occasion des courbures de la verge succédant à des opérations ou à des accidents traumatiques sur cet organe.
§ II. — Impuissance consécutive à des excès.
Toujours dépendantes de la volonté, les circonstances qui vont faire le sujet de ce paragraphe se distinguent, par ce caractère, des états morbides dont je viens de parler, qui, eux, ne ressortent pas de la conscience, comme les maladies graves, aiguës ou chroniques, affectant l'économie générale ou limitées à quelque point de l'appareil génital.
Mais ce caractère, excellent sans doute pour déterminer leur physionomie, ne suffît pas pour les faire mettre parmi les causes de l'impuissance; il faut, pour qu'elles aient cette influence, que leur action se soit répétée souvent et pendant un laps de temps plus ou moins long; en d'autres termes, il faut qu'il y ait excès dans l'exercice de la fonction mise en jeu par
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ces circonstances, et par conséquent abus de la circonstance morbifique elle-même.
Les mots excès et abus ne doivent point être pris dans un sens ai)solu; leur histoire pathologique est liée à tant de circonstances diverses, physiologiques et morbides, que ce qui est excès pour l'un est simplement usage pour l'autre. L'âge, le tempérament, la constitution, les habitudes, l'état de santé ou de maladies, etc., jouent nécessairement un grand rôle dans l'histoire des excès et des abus; aussi par cela même que les excès se rangent parmi les causes les plus fréquentes et les mieux connues de l'impuissance, il faut, dans l'étiologie de cette dernière, pour ne pas tomber dans des erreurs regrettables, tenir grand compte de toutes ces influences et ne pas adopter sans examen la conviction des malades, surtout de ceux qui ont des prétentions médicales ou qui lisent les livres relatifs à notre art.
A. — Excès médicamenteux.
Les substances dont l'usage abusif peut entraîner l'impuissance seraient, s'il en fallait croire les anciens, aussi nombreuses que variées. Peu d'auteurs se sont tenus dans la réserve qu'observe Venette sur ce point, et il est peut-être utile de rappeler ici rapidement quelques-uns de ces agents dont la réputation fut anciennement très-grande.
En première ligne se place le vitex ou agnus castus^ avec les branches et les feuilles duquel les dames d'Athènes, selon Dioscoride (J) se dressaient des lits pendant les fêtes consacrées à Gérés. Arnaud de Villeneuve va même plus loin que son devancier; il prétend que, pour apaiser les aiguillons de la chair, il suffit de porter un couteau dont le manche
{{) Commentaire de Mattliiole, sur le V' livre de Dioscoride, ch. cxvi.
IMl'lIISSANCE CONSÉCUTIVE. — EXCÈS MÉDICAMENTEUX. 281
serait fait avec le bois de cet earbrisscau. C'est sur la foi de ces témoignages que l'agnus castus était employé dans les monastères, à l'anéantissement des désirs coniraires à la chasteté de ces saints lieux.
Le nénuphar doit sa réputation à Pline, qui assure « que ceux qui en prendront pendant douze jours, se trouveront incapables de contribuer à la propagatiorr de l'espèce ; et que si l'on en use l'espace de quarante jours, on ne sentira plus les aiguillons de l'amour (1). »
La laitue, dont ou a tant vanté les vertus anaphrodisiaques, doit tout l'honneur dont elle a joui à un charmant épisode de la fable. Vénus, d'après le récit des poètes, voulant oublier ses amours adultères, ensevelit Adonis sous une feuille de laitue, et garda, dès lors, grâce à cette plante, une chasteté peu compatible avec ses goûts et ses habitudes.
Le café, que ses propriétés excitantes eussent dû mettre à l'abri de tout reproche d'anaphrodisie, a été vivement attaqué dans une thèse, restée célèbre, et soutenue, en 1695, à la Faculté de médecine de Paris; il a été accusé de rendre les hommes et les femmes inhabiles à la génération. Stenzel, venu ensuite, compte aussi Timpuissance parmi les maladies qu'entraîne l'usage immodéré du café, et, à cette occasion, il raconte une histoire qui, malgré son authenticité apocryphe, mérite d'être connue : « L'usage modéré du café, dit-il, loin d'affaiblir la force de ceux qui sont d'un tempérament vif et robuste, et qui ont les parties de la génération en bon état, sert au contraire à les exciter à l'amour. Il produit des effets contraires chez les personnes faibles qui abondent en phlegme, qui ont beaucoup de particules terrestres superflues, et dont les organes de la génération sont languissants. De ce nombre était Mahmud Kasnin, roi de Perse, qui était grand preneur de café et qui
(1) Pline, Histoire du monde, liv. XXV, chap. vu.
282 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
se trouva hors d'état de s'acquitter du devoir conjugal. Sa femme attribua son impuissance à l'usage immodéré qu'il faisait du café; et elle en était tellement persuadée, que voyant un jour de sa fenêtre un cheval qu'on allait châtrer, elle dit à ceux qui le menaient, qu'ils pouvaient se dispenser de faire souffrir à cet animal une opération aussi cruelle, puisqu'en lui donnant seulement du café, on pourrait le rendre aussi énervé que le roi (1). »
Le nitrate de potasse a été également accusé de produire l'anaphrodisie, et l'usage qui s'en répandit en Angleterre, lorsque Bacon l'eut mis en faveur, attira au chancelier les malédictions des dames : « Le nitre, dit l'auteur anonyme des Anecdotes de médecine^ est un sel dont l'usage ne dispose pas à l'amour. C'est un puissant remède dans les cas où il faut s'opposer à une disposition inflammatoire du sang. Le chancelier Bacon avait conçu pour cette substance saline une sorte d'affection. Il fit tous ses efforts pour en accréditer l'usage : il engagea tous les médecins d'Angleterre à concourir à son dessein. Le nitre devint à lamode. Sur la parole d'un aussi grand homme, on le prodigua dans presque toutes les maladies. On le prenait même dans la meiUeure santé, comme un préservatif; mais les femmes proscrivirent bientôt ce remède. Elles trouvèrent que leurs maris étaient moins portés à satisfaire leurs désirs depuis qu'ils en usaient. Elles s'en prirent au chancelier qui l'avait répandu. Quelques-unes, apparemment plus sensuelles que raisonnables, allèrent même jusqu'à crier à la sorcellerie, au maléfice, etc., etc. (2). »
Je n'en finirais pas, si je voulais rapporter toutes les substances que la crédulité ou l'ignorance ont accusées , soit d'anéantir les désirs, soit d'abattre l'énergie virile. J'estime
(1) SlPiizel, Toxicologia, lil). I, Coffœa.
(2) Anecdote de médecine, 2'' partie, anecd. cxxxii, p. 28.
qu'il n'y a pas plus d'anaphrodisiaques que d'aphrodisiaques vraimeut dignes de ce nom. Le sens génital est, comme tous les autres sQns, soumis aux lois de la sensibilité générale, et, à ces conditions, accessible aux moyens ordinaires de la thérapeutique. Quant à sa sensibilité spéciale, qui le distingne et le constitue ce qu'il est, ayons le courage de reconnaître notre ignorance, qui n'a peut-être pas toute la gravité que l'on serait tenté de lui attribuer de prime abord. Dans l'amaurose, dans la surdité, s'occupe-t-on de la sensibilité spéciale qui constitue la vision ou l'ouïe? Évidemment non; les moyens thérapeutiques les plus certains et les plus usités contre ces affections, ne sont pas des spécifiques; ils sont tous tirés du cadre de la thérapeutique générale.
Mais par cela même que je conteste Texistence de substances anaphrodisiaques proprement dites, j'adrhets l'action débilitante de certains agents sur les organes génitaux ; tels sont ceux qui dans la matière médicale portent les noms de narcotiques^ de sédatifs, de stupéfiants^ etc.
11 est incontestable, en effet, que l'usage longtemps prolongé de l'opium, du datura, delajusquiame, des bromures, etc. , ne puisse amener l'impuissance; les Orientaux, qui font abus des préparations opiacées et du chanvre indien sous le nom de haschich, leur doivent attribuer autant, sinon plus, qu'aux excès vénériens, la débilité précoce qui les frappe.
A côté des stupéfiants proprement dits, viennent se placer tous les agents qui exercent une action sédative sur le système nerveux, et qui, par conséquent, est analogue à celles des narcotiques. Fodéré mentionne sous ce rapport le fait suivant : « L'asphyxie par la respiration de gaz impropres à cette fonction, dit-il, cause quelquefois une impuissance temporaire par suite de l'impression sédative que ces gaz produisent sur le système sensitif, et qui assimile leurs propriétés à celles de l'opium, de la jusquiame, etc. J'ai traité un homme. Agé d'en-
2Sll IMPUISSANCE CHEZ l'iI03IME.
Yiron quarante ans, qui, ayant échappé à un état apoplectique occasionné par la vapeur de charbon, resta tellement impuissant pendant six mois, qu'il était absolument insensible à toutes les caresses que sa femme, qu'il aimait jusqu'à la jalousie, mettait en usage pour l'exciter. 11 reprit complètement ensuite son état naturel (1). »
L' impuissance produite par l'abus des narcotiques ou des agents dont l'action est analogue à celle des stupéfiants, respecte d'ordinaire les désirs vénériens, et n'est caractérisée que par l'impossibilité de l'érection. Le système nerveux est seul atteint, c'est sur lui seul qu'il faut agir.
Mais ici une difficulté se présente : convient-il de s'adresser aux masses encéphalique et spinale, ou ne faut-il porter sa thérapeutique que sur l'appareil génital même? Quelques expériences que j'ai faites, et quelques observations que j'ai recueillies, m'ont convaincu que, dans la majorité des cas, il fallait s'abstenir de tout excitateur général, surtout des moyens internes, tels que la brucine, la strychnine, la noix vomique,
Au contraire, l'électricité, limitée aux organes génitaux, me paraît, dans les cas dont il s'agit, d'une efficacité bien supérieure à toute autre médication. On ne dédaignera pas les frictions sèches ou excitantes tout le long du rachis, car elles peuvent être considérées comme les succédanés de la flagellation.
Il est inutile de marquer que toute thérapeutique est vaine, si l'usage des substances qui ont amené l'impuissance, n'est pas complètement suspendu. C'est une condition sine quâ non de réussite, et toute médication doit commencer par là.
11 est une autre classe d'agents, dont l'action, toute diffé-
(1) Fodéré, Traité de médecine légale, etc. Paris, 1813, t. I, p. 382.
rente de celle des narcotiques et des sédatifs peut cependant aussi produire l'impuissance.
Ce sont les fondants.
Tout le monde sait rinfluence exercée sur les glandes par le mercure, l'iode, le brome, l'or, l'argent, etc., influence qui peut aller jusqu'à l'atrophie de ces organes. J'ai interrogé un très-grand nombre de syphilitiques soumis, soit aux mercuriaux, soit aux préparations d'iode, et presque tous m'ont avoué un afTaiblissement de l'organe sexuel, après une durée plus ou moins longue de leur traitement. De plus, j'ai constaté plusieurs fois l'impuissance complète et absolue chez des phtliisiques rendus à la santé par l'inhalation souvent répétée des vapeurs d'iode (1).
Aucun doute ne saurait s'élever sur la réalité de l'action anaphrodisiaque des fondants, d'autant mieux que l'anaphrodisie se trahit quelquefois par l'atrophie même des testicules. Cette dernière altération n'est pas constante ou du moins n'est pas toujours appréciable, soit que l'on n'ait pu tenir compte de l'état antérieur du testicule, soit que l'épaississement ou VinQltration de quelque tunique redonne à l'organe le volume qu'il aperdu, soit par tout autre motif.
Cependant, avouons-le, pour que le genre d'impuissance dont il s'agit se produise avec une certaine gravité, il est nécessaire que l'usage des fondants ait été contiiuié longtemps, comme, par exemple, dans le traitement de la phthisie pulmonaire par la méthode de MM. Piorry et Chartroule. C'est ainsi que certaines professions exposent ceux qui les exercent à perdre leur virilité, comme on peut s'en con- \aincre chez les ouvriers qui manient le mercure et ses préparations. J'ai examiné un certain nombre de miroitiers et de doreurs sur métaux, et, chez presque tous, j'ai constaté
(1) Voyez la page 2U.
des testicules moins volumineux que chez les autres hommes.
Dans cette sorte d'impuissance, les malades sont peu sollicités par les désirs vénériens. Ils montrent de l'indifférence pour les plaisirs sexuels, et quand ils veulent s'y abandonner,, ils trouvent presque toujours un organe indocile et peu actif.
Quand ces dispositions morales et physiques atteignent certaines limites, il est à craindre que les organes testiculaires aient éprouvé une altération profonde et se soient atrophiés, auquel cas les ressources de la médecine sont complètement nulles.
Mais il est rare, je le répète, que l'usage des fondants ait pu être poussé assez loin pour déterminer une pareille impuissance, sans avoir au préalable occasionné des désordres assez graves qui en font suspendre l'emploi. Aussi, dans la plupart des cas, on n'a affaire qu'à un simple affaiblissement du sens génital, et alors un bon régime analeptique et l'air de la campagne suffisent, avec le temps, pour ramener toute l'énergie virile.
B. — Excès de Texercice musculaire.
On peut comparer les effets des exercices musculaires immodérés à ceux des sécrétions trop abondantes ; ils se traduisent, comme dit Londe (1), par l'épuisement du système nerveux cérébral et rachidien, par l'épuisement des organes de relation et des viscères, le trouble des digestions, soit que ce trouble se manifeste sous l'influence d'une alimentation stimulante ingérée après une grande fatigue, soit qu'il résulte de l'inertie de l'estomac, dont les plans musculeux ne se contractent plus qu'imparfaitement, bien que la membrane muqueuse se trouve dans un état tout à fait normal.
(2) Londe, Gymnastique médicale, Varis, 1821.
L'épuisement, qui, par la fatigue, se produit dans l' innervation, et l'état atonique de restomac, rendent parfaitement compte de l'impuissance qui succède aux excès de marche, de course, etc., mais cette impuissance est essentiellement passagère, et le repos et le sommeil, en réparant les pertes de l'influx nerveux, ramènent l'énergie dans l'appareil générateur.
Cependant, si les excès de l'exercice musculaire se prolongent d'une manière continue, de façon que l'épuisement nerveux ne se répare qu'imparfaitement, il peut arriver que les organes reproducteurs soient affectés de ce manque d'équilibre et participent pins ou moins à la caducité précoce qui frappe tout l'organisme.
Pourtant il faut reconnaître qu'une semblable impuissance est excessivement rare, et que l'action des excès des exercices actifs se porte plutôt sur le consensus moral que sur l'appareil génital lui-même. La fatigue corporelle allanguit l'esprit et émousse les passions; la force vitale, consacrée tout entière à réparer les pertes éprouvées, semble n'avoir plus assez d'énergie pour seconder l'imagination dans ses rêves amoureux et ses images lascives. Près d'un homme épuisé par la marche ou tout autre exercice, la femme étale en vain les séductions de ses caresses et de sa beauté ; ses charmes ne reprennent tout leur empire que lorsqu'un repos et un sommeil réparateur ont redonné à l'imagination la vigueur qui engendre les désirs.
Presque toujours le régime alimentaire doit venir au secours de cette première condition de succès ; on donne, au début, la préférence aux aliments dont la digestion est facile et aux sucs nutritifs. L'état de l'estomac, on le comprend, détermine la nature de ce régime, car, nul ne l'ignore, une substance est d'autant mieux assimilée qu'elle est plus facilement digérable. On ne peut donc, sous ce rapport, tracer une règle à priori.
IMPUISSANCE CHEZ LHOMMR.