C. — Excès digestifs
S'il est un ensemble d'organes qui entretienne avec toutes les autres parties de l'économie, des relations intimes et constantes, c'est à coup sûr l'appareil qui sert à la nutrition et partant à la conservation de l'individu ; aussi les excès dont la nutrition peut être l'objet, qu'ils soient en deçà ou au delà du type normal, exercent-ils une influence manifeste sur toutes les fonctions tant organiques qu'animales.
La fonction génitale, en dehors même des sympathies spéciales qu'elle entretient avec les fonctions digestives, devait plus que toute autre peut-être se placer sous la dépendance de l'appareil nutritif, puisque son énergie et sa fmahté sont proportionnelles, sauf quelques cas pathologiques exceptionnels, à la force de développement général, qui se règle elle-même sur l'état de la nutrition.
Cet état, en dehors du type normal, s'offre, comme je le disais plus haut, sous deux formes entièrement opposées, c'est-à-dire avec excès en moins, ou avec excès en plus, et dont l'influence est, dans les deux cas, également funeste au sens génital. C'est donc à ce double point de vue que nous devons considérer les excès de la nutrition qui s'appellent, d'une part, tempérance, jeûne, macération, et, d'autre part, intempérance ou goinfrerie, quand il ne s'agit que des aliments, et ivrognerie, quand il s'agit de liqueurs spiritueuses.
1° Excès de tempérance. — LUiistoire de toutes les religions qui ont fait de la chasteté une vertu glorifiée dans leurs dogmes, nous a conservé le nom de pieux solitaires qui, par des jeûnes et des macérations de toutes sortes, parvenaient àdompter l'aiguillon de la chair et à triompher dans les luttes que leur fanatisme engageait contre la nature. C'est ainsi que les saint Antoine et les saint Jérôme purent résister aux sédui-
IMPUISSANCE CONSÉCUTIVE. — EXCÈS d'iNTEMFÉRANCE. 289
sanls fantômes qui les venaient tenter pendant leur sommeil, et que tant de fervents cénobites rapportèrent à Dieu une virginité qu'ils avaient promis de respecter.
Sine Cerere et Baccho friget Venus est un vieil adage dont la vérité ne saurait être mise en doute; mais il y a loin de la modération des ardeurs amoureuses causée par la tempérance, à rétouffement des désirs vénériens et à l'impuissance de l'organe copulateur, amenés par les excès de jeûne et de macération.
La tempérance, unie surtout à la continence, loin de porter atteinte à l'énergie virile, lui donne, au contraire, une force nouvelle; pour qu'elle produise les désordres génésiques dont nous parlons, il faut qu'elle soit poussée à l'extrême, et qu'elle détermine cet état d'affaiblissement général que j'ai précédemment étudié sous le nom de consomption.
Je ne reviendrai pas ici sur ce point, d'autant mieux que les exemples d'anaphrodisie par excès de tempérance sont des mythes dans nos sociétés modernes, et qu'il est plus utile de nous étendre sur les infirmités causées par les excès d'intempérance dont tous les jours, hélas ! nous avons le triste spectacle.
2° Excès d' intempérœice . — Quoique l'intempérance affecte spécialement le sens du goût (1), elle présente deux physionomies tellement tranchées, selon qu'elle dérive des excès de nourriture ou des excès de boisson, qu'il est indispensable de l'étudier séparément sous chacune de ces deux faces. Nous
(1) Quelques auteurs, Virey entre autres, clans l'article Intempérance du Dictionnaire des sciences médicales, comprennent sous le nom à' intempérance les excès du sens du goût et ceux du sens génital. Cette confusion est regrettable, parce que le même mot ne peut et ne doit servir à exprimer des faits si éloignes les uns des autres. Les moralistes, en désignant sous les noms de continence et iV incontinence les excès du sens génital, me paraissent plus logiques et me forcent ainsi à me ranger à leur opinion.
290 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
aurons donc à examiner l'intempérance par excès d'aliments et l'intempérance par excès de boissons.
'1° Intempérance par excès aliments. — Les excès d'aliments, considérés au point de vue de l'impuissance, ont un triple mode d'action : *
1° Ils amènent l'obésité, qui, ainsi que nous l'avons vu, constitue quelquefois un obstacle mécanique à la copulation.
2= Ils absorbent, au profit d'une seule passion, tous les stimulants de la vie morale.
3» Enfin, ils enlèvent à l'appareil génital tout ou partie de l'énergie vilale.
L'obésité m'a longuement occupé dans une autre partie de cet ouvrage (1), je n'y reviendrai pas ici.
Je ne m'arrêterai qu'aux deux autres modes d'action des excès de table, que l'on peut réunir dans le même cadre, parce qu'ils découlent de la même loi physiologique.
Cette loi est la suivante :
Tout organe ou tout appareil d'organes fonctionnant avec excès, a besoin d'un surcroît d'activité qu'il enlève aux autres organes, et plus spécialement à ceux qui entretiennent avec lui des rapports sympathiques, ou qui, déjà affaiblis, ont moins de force pour lui résister.
J'ai déjà dit, et j'exposerai plus longuement tout à fheure, que les organes qui ont avec l'appareil génital les relations les plus intimes sont l'estomac et le cerveau, en tant que ce dernier organe est considéré comme le siège des facultés intellectuelles.
Je n'ai donc à m'occuper ici, d'une part, que des rapports de sympathie qui unissent l'estomac et les facultés morales d'où naissent les désirs vénériens, [et d'un autre côté del'in-
{{) Voyez la page 203.
IMPUISSANCE CONSÉCUTIVE. — EXCÈS b'iNTEMPÉR ANCE. 291
fluence qu'exerce l'organe digestif sur l'appareil de la copulation.
Sous le premier rapport, les excès de table, répétés d'une manière continue, agissent de deux manières sur l'organe de la pensée : tantôt en lui enlevant et en appelant vers l'estomac une grande quantité d'influx nerveux, afin de débarrasser les voies digestives des aliments qui les surchargent ; .et tantôt en déterminant dans la masse cérébrale de petites congestions qui, souvent renouvelées, finissent par porter un trouble profond dans les fonctions de l'encéphale. Les grandes idées et les nobles passions sont incompatibles avec les plaisirs exagérés de la table. Les gastroldtres, pour me servir de l'heureuse expression de Rabelais, arrivent, à la longue, à perdre le sentiment de leur personnalité et à se dépouiller de tous les nobles attributs qui distinguent l'homme de la brute. Voyez dans quel profond avilissement tombent les Romains, lorsque, abandonnant les vertus antiques, ils s'asseyent aux tables somptueuses de leurs empereurs. Vainement l'amour les sollicite, la beauté les appelle ; leurs pensées, leurs désirs, leurs passions sont ailleurs et poursuivent un autre but ! Semblables au Grec Philoxène, qui ne formait plus que le vœu d'avoir un gosier long comme l'oie, afin de mieux savourer les mets, les gastrolAtres concentrent dans un seul de leurs organes toutes leurs sensations, tous leurs plaisirs, toutes leurs voluptés; si quelquefois leur imagination engourdie éclaire leur pensée d'un faible et fugitif éclair, ils s'en servent, non pour ressaisir un lambeau de leur individualité perdue, mais pour se replonger, avec une nouvelle ardeur, dans leur crapuleuse débauche, en rêvant, comme disait d'Aigrefcuille, une Académie de la guetde.
La diminution et quelquefois môme l'étouCfement des désirs vénériens, amenés par les excès de table, ne sont certainement pas sans influence sur l'énergie de l'organe copulateur lui-
292 IMPU[SSANCE CHEZ L*HOMME.
même ; ils suffiraient à eux seuls pour rendre compte de l'impuissance qui succède à ces abus, si d'autres circonstances, que les plus simples notions de la physiologie nous enseignent, ne concouraient aussi à produire l'anaphrodisie.
Tout le monde sait, en effet, qu'après un copieux repas, surtout si l'on a fait usage de liqueurs spiritueuses, les forces génitales sont loin de répondre à l'ardeur des désirs; ceux-ci sont le résultat de l'exaltation de l'imagination, née sous l'empire de l'excitation des voies digestives, et sont des amorces trompeuses sur lesquelles l'homme prudent se garde de fonder de trop grandes espérances.
Nul n'ignore que pendant le travail de l'estomac, toutes les fonctions animales, c'est-à-dire toutes les fonctions de relation semblent s'anéantir et abandonner leur vitalité à l'organe digestif, qui, lui, a besoin d'un surcroît de forces pour se débarrasser des aliments qui le remphssent. L'homme qui digère ne pense plus, se meut difficilement, et ne jouit, pour ainsi dire, que d'une sensibilité obtuse; en un mot, le roi de la création descend au niveau de la brute.
Ces excès, longtemps continués, en enlevant journellement une partie de leurs forces aux organes génitaux, les appauvrissent suffisamment pour les empêcher de remplir convenablement leurs fonctions.
La gastronomie poussée à l'excès agit donc de deux manières différentes sur le sens génésique ; en d'autres termes, elle porte atteinte à deux conditions du coït 1» aux désirs vénériens, 2° à l'érection de la verge.
C'est donc par conséquent sur ce double terrain que doit marcher la thérapeutique.
Mais avant de rien entreprendre, il est d'une absolue nécessité qu'une vie régulière et frugale ait succédé aux excès qui ont donné naissance à l'impuissance; la fonction digestive sera ramenée à un type normal, et pour cela faire, le régime ali-
IMPUISSANCE CONSÉCUTIVE. — EXCÈS d'iNTEMPÉRANCK. 293
mentaire sera réglé sur l'état sain ou morbide des voies digestives.
Cette condition remplie suffit, dans beaucoup de cas, pour réveiller tout à la fois les désirs vénériens et l'énergie de la verge ; il ne faut plus que savoir attendre et persister dans la sage et prudente hygiène qui constitue la médication.
Quelquefois cependant ces prescriptions sont insuffisantes, et alors il faut que la thérapeutique intervienne d'une manière plus active.
Pour rappeler les désirs éloignés, on recourt aux excitants moraux de toutes sortes : les conversations et les livres badins, les tableaux, les gravures et les marbres représentant des scènes d'amour, les spectacles grivois,, les théâtres, les bals, les concerts, sont tour à tour mis en usage, et leur emploi judicieusement réglé sur les goûts du malade. Cette dernière circonstance est plus importante qu'on ne peut le croire, caria médication atteint un but diamétralement opposé à celui que l'on poursuit, si elle froisse un sentiment ou un instinct quelconque. J'ai vu l'exhibition que l'on faisait autrefois, à Paris, de femmes complètement nues, sous le nom de tableaux vivants, non-seulement inspirer une profonde répulsion pour ces femmes, dont la beauté des formes était cependant manifeste, mais encore produire une véritable anaphrodisie que perpétuait le souvenir de ce spectacle. J'ai également connu un malade qui, malgré son vif désir de lire le roman de Jiistine, de M. de Sade, n'a jamais pu surmonter le dégoût qu'il éprouvait dès les premières lignes de cet ouvrage.
Il faut donc, sous peine de manquer complètement son but, apporter une certaine circonspection dans le choix des excitants moraux, et ne se décider qu'après avoir minutieusement consulté les goûts, les habitudes et les tendances moraies du malade.
En même temps que les désirs vénériens sont ainsi solli-
29/i 1M1'UISSÂ^•CE CHEZ l'homme.
cités, on s'occupe à rappeler dans l'organe copulateur la virilité qui l'a fui, et l'on demande les indications de cette thérapeutique au mode de production, ou, si je puis amsi dire, au mécanisme du mal qu'il s'agit de combattre.
L'impossibilité de l'érection est due, on se le rappelle, à la soustraction d'une partie de la vitalité qui anime les organes génitaux; le traitement doit donc se proposer de rendre à ces organes la vitalité perdue.
Tous les moyens capables d'attirer le sang vers les parties inférieures du tronc, et conséquemment dans l'appareil copulateur, doivent être mis en usage, car une circulation active et luxuriante porte avec elle la vie et l'énergie. C'est ici que la thérapeutique de Cliaptal et de Gesner, dont j'ai déjcà parlé (i), trouve une indication formelle, et que les immersions répétées de la verge dans une décoction de semence de moutarde, employées avec succès par ces praticiens, amènent les résultats les plus heureux; on peut même, ainsi que je l'ai fait plusieurs fois, substituer à ces lotions, dont l'action n'est pas assez rapide, de véritables sinapismes appliqués sur le périnée, et môme sur la verge; il suffit de produire une simple rubéfaction, et l'on renouvelle tous les jours l'emploi de ces cataplasmes de moutarde.
Le même effet est également obtenu par la chaleur, soit sèche, soit humide, et sous ce rapport on doit avoir garde de se priver des bénéfices des bains chauds. Les bains froids, surtout au début de la médication, sont essentiellement contreindiqués, à moins que quelque circonstance spéciale n'en réclame l'usage.
La flagellation, l'urtication, le massage et les frictions sèches sur les lombes font également partie de l'arsenal thérapeutique où le praticien peut puiser.
(i) Voyez la page 154.
Tous ces moyens ne doivent point être employés simultanément; on les appelle tour à tour à son aide, au fur et à mesure que l'un d'eux échoue. Il est aussi telle disposition individuelle qui peut décider le choix du médecin, et il faut laisser à la sagacité de celui-ci les soins que cette décision comporte.
2" Intempérance par excès de boissons. — Les boissons se partagent en deux grandes classes : 1° les boissons fermcntées ; 2° les boissons non fermentées.
Les premières se subdivisent à leur tour en boissons fermentées simples et en boissons fermentées distillées ; et les secondes en boissons aqueuses rafraîchissantes et en boissons -aqueuses stimulantes.
Au point de \'ue spécial qui nous occupe, les boissons non fermentées ne sauraient m'arrêter longtemps, car si l'on comprend que les boissons aqueuses, prises en très-grande abondance, soient capables de débiliter Torganisme au point de produire l'impuissance, on conçoit difficilement les motifs qui pourraient amener de tels excès : le temps de l'inquisition et des pénitences exemplaires est bien loin de nous, et ce serait poursuivre un fantôme que de rechercher l'anaphrodisie par abus de l'eau introduite, bien entendu, dans les voies digestives.
Mais il n'en est pas de même pour les boissons alcooliques, au nombre desquelles je comprendrai toutes les boissons fermentées simples ou distillées, parce que leur action sur le goût et sur les facultés intellectuelles sollicite l'homme à en faire un usage trop souvent abusif.
L'alcool introduit dans l'estomac agit d'abord d'une manière irritante sur la muqueuse de ce viscère, et secondairement d'une manière excitante sur le système nerveux encéphalique ; en conséquence et eu égard aux sympathies que j'ai déjà signalées comme reliant entre eux le cerveau, instru-
ment de la vie morale, l'organe digestif et le sens génital, on doit comprendre la doubla influence exercée sur celui-ci par les excès de boissons alcooliques.
« Ceux qui boivent beaucoup de vin, mesmem.ent tout pur, » dit Plutarque, sont lâches à l'acte de la génération, et ne » sèment rien qui vaille, ni qui soit de bonne trempe pour bien » engendrer ; ains sont leurs conjonctions avecque les femmes, )) vaines et imparfaites (1). » Cette observation est bien plus vraie que celle de Pline, qui prétend que le vin rend gentil compagnon à Vendroit des dames. L'enquête ordonnée à Londres en 1720, sur les causes de la diminution considérable que l'on avait constatée dans le nombre des naissances, et de laquelle il résulta que l'ivrognerie en était la cause principale, vient à l'appui de l'opinion de Plutarque, alors même que la science ne lui donnerait pas entièrement raison.
Et en effet, les excitations successives et souvent répétées que laissent après eux les excès alcooliques (2), finissent par émousser la sensibilité générale, de telle sorte que le sens génital se perd tout à la fois par l'abolition des désirs et par l'anéantissement de l'organe sensitif lui-même. L'ivrogne de profession n'a plus de goût que pour son vice, et le penchant qui l'entraîne le pousse à une brutahté dont la source n'est ni dans son cœur, ni dans son imagination, ces deux foyers du sens génésiaque.
Quelle que soit la boisson fermentée dont l'ivrogne fasse abus; que l'alcool soit à l'état de presque pureté, comme dans l'eau-de-vie et le trois-six ; qu'il soit mélangé à des substances
(1) Traduction d'Amyot.
(2) L'alcoolisme aune physionomie dont j'ai parlé page2i6, et qu'il ne faut pas confondre avec ses conséquences dont il est ici question. Aupomt de vue de 1 impuissance, il importe de bien distinguer Vetal actif de l'alcoolisme qui peut exalter le sens génital, et Yétat consécutif, qui amène toujours un affaiblissement de l'appareil copulaleur.
plus OU moins astringentes, comme dans le vin ; qu'il soit mêlé à des substances qui en relèvent le goût, comme dans toutes les liqueurs dont le nombre est considérable, les résultats définitifs sont les mômes. La physionomie des ivrognes peut différer, ainsi que le montrent les buveurs de vin, de bière, d'absinthe, etc.; mais les conséquences, sous le rapport qui nous occupe, sont parfaitement identiques : tous perdent, avec le sentiment de leur dignité, le stimulant moral qui pousse un sexe vers l'autre, et en môme temps la sensibilité physique sans laquelle nos organes restent sourds aux impressions extérieures.
Deux indications se présentent donc à la thérapeutique de l'impuissance par excès de boissons alcooliques : 1° rappeler les désirs mis en fuite; 2° ranimer la sensibilité locale engourdie.
Il est bien évident qu'avant d'entreprendre la médication spéciale au sens génital, il faut que le malade ait renoncé à ses habitudes de buveur, et qu'un traitement approprié et que je n'ai pas mission d'exposer ici, ait heureusement combattu les accidents généraux que l'ivrognerie détermine, tels que paralysie, démence, amaigrissement, cachexie, etc.
Quelquefois le retour à la sobriété et le traitement des accidents généraux suffisent pour ramener l'exercice normal des facultés ;génitales; ce résultat s'obtient surtout chez les malades dont l'intempérance n'a pas eu une longue durée, et dont la transformation s'est opérée au milieu do l'air pur et vivifiant de la campagne.
Cependant, malgré ces conditions favorables, l'impuissance survit quelquefois à toutes les autres conséquences de l'ivrognerie, et il est alors nécessaire de réveiller, comme chez les buveurs de profession, les désirs vénériens et la force virile engourdis.
Pour remplir la première indication, on recourra aux excitants moraux dont j'ai déjà parlé plusieurs fois, et l'on obser-
vera dans leur mise en pratique les conditions que j'ai indiquées comme indispensables à leur succès (1).
Quant à l inertie de l'organe génital lui-même, il faut, pour la pouvoir combattre heureusement, se rendre compte des modifications pathologiques qui l'ont produite. S'il m'était permis de détourner un mot de sa signification précise, je dirais que, dans le cas dont il s'agit, l'affection est une phlegmasie ?ie?'vei(se chronique déterminée, comme beaucoup de phlegmasies chroniques, par une succession plus ou moins rapide de stimulations.
Par conséquent, toute nouvelle stimulation, quelle que soit sa nature, est formellement contre-indiquée.
Mais si l'on réfléchit que les stimulations alcooliques se sont presque exclusivement fait sentir dans les centres nerveux, et surtout au cerveau, et que l'affaiblissement des extrémités a pu être amené par la privation de l'influx nerveux, dont le centre faisait une dépense trop grande par suite des stimulations dont il était le siège, on comprendra qu'il ne faut tenir dans une proscription absolue que les excitateurs généraux.
Et en effet la strychnine, la brucine, la voix vomiquc, etc., n'ont aucune action dans les circonstances qui nous occupent, quand elles n'aggravent pas les accidents qu'il s'agit de combattre.
Les excitateurs locaux, tels que l'électricité et l'acupuncture, ont une action plus certaine que les excitateurs généraux, mais il ne faut pas croire qu'ils réussissent d'une manière constante ; je les ai vus échouer assez souvent.
La médication qui a paru me donner les résultats les phis satisfaisants est la médication parle calorique, appliquée localement, soit sous forme de bains, soit sous forme de fumigations simples ou aromatiques. Pour obtenir ce dernier effet, le
(1) Voyez les pages 17î2 et 202.
malade est assis sur une chaise percée, au-dessus d'un réchaud contenant quelques charbons enflammés sur lesquels on verse la poudre des aromates dont on veut faire usage. Ce mode d'excitation, dont j'ai déjà parlé ailleurs (1), doit être rappelé toutes les fois que l'occasion s'en présente, car il rend d'éminents services dans le traitement de diverses formes d'impuissance.
Quelle que soit la médication que l'on ait appelée à son aide, et quelque assurée que paraisse la guérison obtenue, on ne doit jamais oublier que de tous les accidents produits par l'ivrognerie, l'affaiblissement génital est peut-être celui dont la récidive est la plus constante au moindre retour vers la vicieuse habitude. J'ai donné des soins à un sommelier de restaurant qui, à chaque excès de liqueurs alcooliques qu'il commettait, perdait tout énergie virile, et qui ne la recouvrait qu'avec la sobriété et après une ou deux fumigations aromatiques. Je le répète donc, la guérison n'est durable qu'au prix de la tempérance, et le médecin, ménager de son honneur, ne s'exposera pas aux chances d'une médication presque à coup sûr inutile, si le malade, en réclamant ses soins, ne fait qu'un serment d'ivrogne.
1). — Excès intellectuels.
« On a observé, dit de Lignac, que les mariages des gens de lettres n'étaient pas ceux qui rapportaient le plus à l'Etat : j'ai lu dans une fable inconnue aux anciens, a dit Dufrcsni, qu'Apollon s'étant marié un jour, l'Hippocrène tarit le lendemain. Un génie marié est un génie stérile. En effet, continue Dufresni, les productions de l'homme sont bornées ; il faut opter, de laisser à la postérité ou des ouvrages d'esprit
(1) Voyez la page 1 17.
300 iMPUissANCt: CHEZ l'homme.
ou des enfants. [Amusements sérieux et comiques^ amusement 11') (1).
La fable imaginée par Dufresni confirme l'allégorie des anciens, qui, pour exprimer l'éloignement des lettres pour les plaisirs de l'amour, ont représenté comme vierges Apollon et les neuf Muses, ses sœurs.
La Fontaine, fort compétent en ces sortes de matières, dit que :
Un muletier, ù ce jeu, vaut trois rois.
L'observation médicale est ici entièrement conforme à l'opinion des poètes; s'il est vrai que les travaux de l'intelligence, poursuivis dans une mesure raisonnable et au milieu d'heureuses conditions hygiéniques, soient pour l'organe cérébral une bienfaisante stimulation dont l'influence se fait sentir jusqu'aux dernières ramifications du système nerveux, il n'est pas moins certain que les excès dans les travaux de l'esprit amènent, en dehors d'une foule d'actions qui peuvent plus ou moins retentir sur le sens génital, une débilité nerveuse générale, à laqueUe les fonctions génératrices ne peuvent se soustraire.
Parmi les causes qui président aux maladies des gens de lettres, Tissot en mentionne deux principales qui doivent également m'arrêter un instant ; ce sont : 1° la contention de l'esprit ; 2" l'inaction du corps.
La contention d'esprit a deux modes d'action parfaitement distincts, et s'adresse tantôt à la partie morale et tantôt à la partie physique du sens génital.
Dans le premier cas, la contention d'esprit a pour résultat de détourner l'imagination du but que l'amour se propose, comme dans l'exemple suivant cité par l'auteur de l'article Impuissance du Dictionnaire des sciences médicales : « Peyrilhe
(1) De Lignac, De l'homme et de la femme, clc. 1774, t. II, p. 47.
rapportait dans ses cours robservalion suivante : Un mathématicien, profondément occupé de certains problèmes qu'il ne pouvait résoudre, s'oubliait près de son épouse chaque fois qu'il allait partager ses feux avec elle, c'est-à-dire que son imagination le reportant sur ses problèmes pendant l'acte, il lui était alors impossible d'éjaculer. Sa femme vint consulter ce médecin habile qui lui conseilla de produire chez son mari une ivresse joyeuse, et de saisir ce moment comme étant le plus propre à recevoir ses caresses. L'avis de M. Peyrilhe, ri- .goureusement observé, vint combler l'espoir des deux époux ; en un mot, le mari, arraché à ses profondes méditations, rentra dans tous ses droits. » (Maur, thèse, Paris, 1805.)
Quoique l'auteur de cette observation soit d'une sobriété de détails désespérante, on ne saurait admettre que l'impossibilité de l'éjaculation dont il parle fût analogue à cet état que j'ai appelé aspermatisme ; il est à croire, au contraire, qu'elle était due à la flaccidité de la verge, qui se produisait au moment où l'imagination cessait de présider à l'acte copulateur. Cet effet est très-commun, et il est peu d'hommes qui ne l'aient éprouvé, quel que fût le motif qui détournât l'esprit de l'opération amoureuse. L'impuissance qui en résulte, quoique très-réelle, est essentiellement passagère, et l'imagination, ramenée sur le théâtre de l'amour, peut incontinent reprendre ses droits et faire oublier son moment d'absence.
Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi, et les préoccupations intellectuelles peuvent à ce point absorber l'esprit que l'imagination soit sans images et le consensus sans désirs. Newton et W. Pitt moururent vierges ; Kant haïssait les femmes ; Bacon remarque qu'aucun grand homme de l'antiquité ne fut très adonné aux plaisirs sexuels ; et les anciens, cachant les plus grandes vérités sous les plus ingénieuses allégories, avaient donné à Minerve, la déesse de la science, le surnom
302 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMiME.
de femme sans mamelles^ et ils la garantissaient des traits de l'Amour avec la tête de Méduse.
Cette influence de la contention d'esprit sur les désirs Yé~ nériens est connue de tout le monde, et beaucoup d'hommes, au milieu des circonstances de toutes sortes qui, dans le& grandes villes surtout, les sollicitent à la débauche, ne doivent faire honneur de leur continence qu'aux préoccupations fiévreuses qui remplissent leur existence.
Au point de vue purement physique, les excès de travaux intehectuels exercent sur l'organisme une action débilitante constatée par tout le monde : « Le travail du cabinet, dit Rousseau, rend les hommes délicats, affaiblit leur tempéramment, et l'âme garde difficilement sa vigueur quand le corps a perdu la sienne. L'étude use la machine, épuise les esprits, détruit les forces, énerve le courage, rend pusillanime, incapable de résister également à la peine et aux passions (1). » Ramazzini n'est pas moins explicite : « L'union de l'âme et du corps, dit-il, est telle qu'ils partagent réciproquement le bien et le mal qui leur arrive; l'esprit est incapable de s'occuper quand le corps est fatigué par les exercices excessifs, et une application trop soutenue à l'étude détruit le corps, en dissipant les esprits animaux qui sont nécessaires à sa réparation (2). » ^ Tissot, si compétent en pareille matière, explique, comme il suit, l'action du travail inteUectuel sur le dépérissement de l'organisme : « Pour comprendre, dit-il, ces influences du travail de l'esprit sur la santé du corps, il suffit de se rappeler : 1° un fait que j'ai déjà indiqué, et que le sentiment apprend à toute personne qui pense et qui s'observe penser, c'est que le cerveau est occupé pendant que l'on pense ; 2° que toute partie du corps qui est occupée se fatigue, et que si le travail
(J) Préface de Narcisse, œuvres diverses, I. J, p 172. (2) Ramazzini, Opéra omnia, p. 648.
dure trop longtemps, ses fonctions se dérangent; 3" que tous les nerfs partent du cerveau, et de cette partie précisément du cerveau qui est l'organe de la pensée et qu'on appelle le sensorium commune; à" que les nerfs sont l'une des parties principales de la machine humaine, qu'il n'y a aucune fonction à laquelle ils ne soient nécessaires, et que, dès que leur action est dérangée, toute l'économie animale s'en ressent.
» D'après ces principes simples, chacun sentira que quand le cerveau est épuisé par l'action de l'âme, il faut nécessairement que les nerfs souffrent et que leur dérangement entraîne celui delà santé, et détruise enfin le tempérament sans qu'aucune autre cause étrangère y ait part (1). »
Il est donc incontestable que sous l'influence des excès du travail intellectuel, outre l'éloignement des désirs vénériens, la force virile s'affaiblit elle-même, et cela en vertu de la loi physiologique générale si bien indiquée par Tissot.
Mais, outre ces deux caractères qui sont communs à plusieurs autres espèces d'anaphrodisie, l'impuissance des hommes de cabinet s'accompagne, pour le moral, d'une hypocondrie, et, pour le physique, d'accidents du côté du système génito-urinaire, auxquels ne sont pas étrangères, ccmme l'indique Tissot, l'inaction et la position assise que les ouvriers de la pensée gardent trop longtemps.
L'inaction amène, en effet, des troubles dans les digestions qui réagissent sympathiquement sur l'organe cérébral ; et la position assise livre aux congestions sanguines les organes contenus dans le bassin, par suite de l'obstacle matériel qu'elle oppose à la libre circulation dans les parties inférieures ; aussi a-t-on toujours mis au nombre des maladies des lettrés, la dyspepsie, l'hypocondrie, la gravelle, les hémorrhoïdes, les
(i) Tissot, De la santé des gens de lettres. Nouvelle édition augmentée de notes, par F.-G. Boisseau Paris, 18"26, page 24.
30Zi IMPUISSANCE CHEZ l.'lIOMME.
engorgements de la prostate, etc., etc., affections qui ont toutes, comme on le sait, une influence fâcheuse sur l'énergie virile.
Au moment où j'écris ces lignes, disais-je dans la première édition de cet ouvrage, je donne mes soins à un jeune homme de Bruxelles, âgé de vingt-sept ans, d'un tempérament biliososanguin, dont l'impuissance s'accompagne d'accès assez fréquents de gastralgie, d'une hypocondrie profonde poussée jusqu'à des idées de mort, et de douleurs sourdes du côté du col vésical, suivies assez fréquemment d'une perte blanche que le malade confond avec des pertes séminales, et qui n'est que le résultat d'une sécrétion plus abondante de la prostate. Ce jeune homme a quitté, il y a dix-huit mois, le service militaire pour se livrer à des études métaphysiques ; comme il obéissait, m'a-t-il dit, à une vocation irrésistible, il a sacrifié, avec toute l'ardeur d'un néophyte désireux d'apprendre, sa vie active et son sommeil réparateur, à la lecture des ouvrages de Leibnitz, Descartes, Malebranche, Spinosa, etc., etc. Après six mois d'un changement aussi radical dans les habitudes et le mode d'existence, des douleurs vagues d'abord, mais ensuite plus prononcées, se firent sentir du côté de la prostate, et leur plus grande acuité, qui correspondait toujours à une augmentation des excès du travail intellectuel, était tout à la fois le signal d'une sécrétion plus abondante de mucus prostatique, et d'une impossibilité d'érection, malgré l'aiguillon de désirs vénériens très-réels. Bientôt des accidents nerveux apparurent du côté de l'esprit et furent promptement suivis d'un amaigrissement général, d'une teinte terreuse de la peau et d'un changement complet dans le caractère gai et les idées riantes du malade.
Fidèle au précepte de Tissot et à celui de tous les auteurs qui ont écrit sur la santé des gens de lettres, j'arrachai le malheureux à ses livres et à ses philosophes favoris ; j'exigeai le
IMPUISSANCE CONSÉCUTIVE. — EXCÈS IN lELLECTUELS. 305
retour à la vie active d'autrefois, j'imposai les exercices corporels en plein air et surtout à la campagne, et je prescrivis un régime analeptique, secondé par une cure aux eaux de Spa. Sous l'influence de cette simple hygiène, une saison d'été suffit au malade pour renaître au monde, à ses espérances et à ses plaisirs ; malheureusement l'hiver, en le chassant de la campagne, l'a ramené à Paris, où il a retrouvé ses livres, qu'il a cru pouvoir reprendre sans crainte d'une rechute; mais cette confiance ne s'est point justifiée, et dans le courant de mars, c'est-à-dire trois mois après la reprise de ses études, le malade vint de nouveau réclamer mes soins et m'accusa les mômes accidents que ci-dessus, mais à un degré moindre.
Les moyens hygiéniques précédemment employés furent repris, et amenèrent des résultats aussi heureux que la première fois.
A défaut de cette observation, l'expérience et la raison commandent de n'entreprendre aucune médi; r.tion, si, au préalable, on n'a pas enlevé le malade à ses hvres, à ses méditations, en un mot à la cause même de son mal. Cette condition indispensable est, il en faut convenir, la plus difficile de toutes ù réaliser. Tissot, dont le témoignage est d'un grand poids en pareille matière, ne cache pas ses craintes à cet égard : « La première difficulté, dit-il, qu'on a à vaincre avec les gens de lettres, quand il s'agit de leur santé, c'est de les faire convenir de leurs torts ; ils sont comme les amants qui s'emportent quand on ose leur dire que l'objet de leur passion a des défauts; d'ailleurs, ils ont presque tous cette espèce de fixité dans les idées que donne l'étude, et qui, augmentée par cette bonne opinion de soi-même, dont la science enivre trop souvent ceux qui la possèdent, fait qu'il n'est point aisé de leur persuader que leur conduite leur est nuisible : avertissez, raisonnez priez, grondez, c'est souvent peine perdue. Ils se font illusion à eux-mêmes de mille façons différentes : l'un compte sur la
'lOUBAUD. «)A
300 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
\igiicur de son tempérament, l'autre sur la force de l'habitude ; celui-ci espère échapper à la punition, parce qu'il n'a pas encore été puni; celui-là s'autorise d'exemples étrangers qui ne prouvent rien pourlni; tous opposent au médecin une obstination qu'ils prennent pour une] fermeté dont ils s'applaudissent, et dont ils deviennent les victimes ; bien loin de redouter le danger à venir, ils ne veulent quelquefois pas même sentir le mal présent, ou plutôt, le plus grand des maux pour eux, c'est la privation du travail ; ils ne comptent pour rien les autres, moyennant qu'ils se soustraient h celui-là (1). »
Lorsque la raison a triomphé de cette obstination fâcheuse et aplani cette première diriiculté, il suffit, dans la majorité des cas, de suivre la conduite que j'ai tenue dans l'observation citée plus haut; les forces se rétablissent à mesure que les digestions deviennent meilleures, et l'énergie physique s'accroît de tout ce que ne dépense plus l'élément moral.
La médication hydro-minérale et l'hydrothérapie offrent ici des ressources précieuses qu'il n'est pas permis de dédaigner : les eaux alcalines, quand il n'y a aucune complication de diathése, seront opposées aux troubles dyspeptiques, et parmi elles on donnera la préférence aux sources froides acidulés et dans lesquelles se rencontre un élément réparateur, comme le fer, le manganèse, etc.; Pougues, quelques sources de Vais et de Vichy, Luxeuil, Spa, Orezza solliciteront le choix du médecin, selon les phénomènes prédominants; les douches froides, d'une durée très-courte, seconderont admirablement l'action des eaux alcalines, et concourront, avec une meilleure assimilation amenée par la boisson des eaux minérales, à relever les forces de l'organisme et, par suite, ce lés de l'appareil génit;U.
Quand la plasticité est assez complète pour n'avoir plus à redouter un excès d'excitabihtc nerveuse, on recourt avec avan-
(IJ Tissot, loc cil i p: 136
IMPUISSANCE (.'.ONSÉCUTIVE. — EXCÈS DE COiXTINENCE. 307
tage aux bains de mer ou de rivière, dont on détermine le nombre et la durée d'après la constitution et l'état nerveux du malade.
Dans tous les cas, je le répète, la médication par excellence, celle dont on doit attendre le plus de succès, est le repos de l'esprit, l'exercice corporel en plein air, un régime analeptique, tonique, Ibrtitiant et quelquefois excitant.
E. - Abus de Cappared génital.
Le sens génital, co;nme tous les appareils de l'économie animale, est appelé à remplir une mission à laquelle, saui quelques cas exceptionnels, nous ne pouvons nous soustraire. C'est en vain que l'homme essaie de se révolter contre l'empire de cette loi ; la nature, plus forte, brise la résistance de sa volonté, ou lui impose des maux infinis comme châtiment de sa désobéissance. Buffon raconte les souffrances d'un curé de la Réole, victime de la chasteté, et dont l'histoire trop connue ne saurait ici trouver place.
Dans l'intérêt de l'harmonie physiologique, qui n'est pas autre chose que l'énergie relative de toutes les fonctions, a nature a établi pour chacune d'elles un type normal, différent, il est vrai, selon les individualités, mais basé sur l'ensemble de toutes les fonctions, et en deçh. et au delà duquel apparaît le désordre, la maladie.
La fonction génitale ne fait pas exception à cette règle immuable, et son abstention absolue ou son exercice immodéré, que l'on désigne sous les noms de continence et d'incontinence, entraînent h leurs suites des désordres nombreux, dont je ne dois ici considérer que ceux dont l'action néfaste s'exerce sur la puissance virile.
1° Excès de continence. — Les excès de continence, et même la continence absolue, n'ont pas, chez tous les hommes
308 IMPUISSANCE CHEZ l'iIOMME.
la môme infliienco sur le sens vénérien : chez les uns, cette continence irrite les désirs, tandis qu'elle les abat chez les autres. C'est affaire de tempérament et de constitution. Chez les individus d'un tempérament énergique, chez ceux dont l'imagination a des élans irrésistibles, les désirs vénériens ont une puissance étrange qui s'alimente de rêves incessants dans le silence de la solitude, et qui trouve, dans les combats mêmes que la raison livre à la folle du logis, comme dit Montaigne, des excitants nouveaux à l'œuvre de la chair. L'histoire de toutes les religions nous offre des exemples de martyrs de leur foi, et, dans l'Ihade chrétienne, saint Jérôme est resté comme le type des tristes victimes de la continence et de la chasteté.
Cependant les constitutions les plus vigoureuses ne sont pas toujours une garantie contre les atteintes anaphrodisiaques de la continence ; Galien avait déjà remarqué que les chanteurs et les athlètes, qui, de son temps, se vouaient à la chasteté pour conserver leurs forces, avaient les parties géninitales exilia et rugosa comme les vieillards. « Un de mes amis, dit-il, étant venu me consulter à l'occasion d'un priapisme, suite d'une continence prolongée, s'étonna de ce qu'un athlète se trouvait placé, par la môme cause, dans une circonstance toute opposée. Miror, inquit, quod huic {athlctain indicans) oh conlinentiam rugosus, collapsusque pénis évasent : mihi vero ex quo continentiam servare stiidui, evenerit contrarium. Galien ajoute que ceux, au contraire, qui, dans leur jeunesse, s'étaient abandonnés sans réserve aux jouissances de l'amour, avaient les parties génitales extrêmement
développées (1). »
Le médecin de Pergame ne fait qu'affirmer une loi physiologique dont la vérité n'est contestée par personne, et qui fixe
(1) Dictionnaire des sciences médicales, ai-l. Chasteté; Paris.
l'iiitiaie corrélation existant entre le développement d'un organe et l'exercice de sa fonction, ('ette loi, dont un exemple frappant est le défaut de symétrie parfaite entre les deux parties latérales du corps par suite du plus grand usage d'un côté que de l'autre, peut se traduire de la manière suivante : Plus un organe ou un appareil d'organes fonctionne, plus il possède une nutrition active, et plus, par conséquent, il s'accroît en volume et en énergie ; vice versa, moins un organe ou un appareil d'organes fonctionne, et moins il jouit d'une nutrition abondante, et plus, par conséquent, il est exposé au dépérissement et à l'atrophie.
Si cette loi physiologique n'est pas un mensonge, il faut en faire l'application à l'appareil génital : chez les individus, en effet, qui n'exercent point les organes copulateurs et dont même l'imagination paralysée n'éveille pas le feu sacré des désirs dont la présence supplée, jusqu'à un certain point, l'exercice de la fonction, en entretenant dans les organes l'excitation et la vie, chez ces individus, dis-je, lâches de corps et d'esprit, l'appareil génital, par suite du repos forcé auquel il est condamné, éprouve une sorte d'arrêt de développement, et reste, comme chez les enfants, à l'état embryonnaire.
J'ai raconté ailleurs (i) un exemple de petitesse extrême de la verge, à laquelle je parvins cependant à donner un volume convenable par le seul exercice de la fonction copulatrice, grâce à la persistance, chez le malade, des désirs vénériens. Mais cette circonstance heureuse ne se rencontre pas toujours, et il est assez ordinaire que, dans l'espèce d'impuissance qui m'occupe, on ait à réveiller tout à la fois l'activité génésique du moral et la force annihilée de l'organe copulateur.
Cette disparition des désirs et cette inertie du pénis peuvent se produire, sous l'empire de la continence, sans atro-
(i) Voyez la page 93.
310 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
phio de la verge et des testicules, comme on va le voir par l'exemple que j'ai sous les yeux, au moment où je rédige cet article.
M. X..., d'un tempérament lymphatico-nerveux, grand, d'une bonne constitution et d'une santé parfaite, après plusieurs années passées dans l'état militaire, se retira dans ses terres, dans le district de Moscou, vers l'âge de vingt-sept ans. Il ne tarda pas à se marier; il n'a jamais éprouvé pour sa femme que des sentiments d'estime, car son mariage, ainsi qu'il arrive souvent dans les aristocraties de tous les pays, avait été dicté, moins par l'amour et les sympathies, que par des convenances de fortune, de position et de nom.
Cependant il remplit ses devoirs d'époux qui furent suivis de la naissance d'une fille.
A la suite de ses couches, la femme fit une longue maladie qui, pendant près de deux ans, éloigna l'époux de la couche conjugale ; cet isolement du mari ne fut distrait par rien, ni par les charmes de l'intimité, ni par les plaisirs de la vie du monde ; éloigné de tout centre d'habitation, enfermé dans une propriété dont Tétendue ne permettait aucun rapport de voisinage, M. X... fut condamné non-seulement à une continence complète, mais encore au manque absolue de toute excitation morale.
De plus, cet isolement fut aggravé par de graves préoccupations causées par l'infidélité d'un intendant, dont la gestion déloyale faisait craindre à M. X... la perte d'une partie de sa fortune.
Deux années se passèrent ainsi, au bout desquelles, rassuré sur sa position financière et sollicité parle retour de sa femme à la santé, M. X... voulut reprendre ses droits et ses devoirs d'époux.
Malheureusement cette volonté n'avait pour mobile que l'ambition de perpétuer un nom et d'avoir un enfant mâle ; elle ne
trouva à sa disposition ni désirs vénériens, ni énergie copulatrice.
M. X... était impuissant au moral et au physique.
Cette impuissance était d'autant plus complète qu'elle ne s'accompagnait ni de rêves lascifs, ni, par conséquent, de pollutions voluptueuses, ni d'érection anormale, pas môme par suite de la plénitude de la vessie.
Un médecin de Moscou, après un traitement insignifiant qui ne produisit aucun effet, m'adressa le malade qui, depuis trois semaines, est soumis à mes soins.
Le traitement, jusqu'à présent, a eu essentiellement pour but de réveiller l'excitabilité morale, et je me suis conformé à la règle que j'ai indiquée au chapitre de l'impuissance idiopalliique avec absence de désirs (1).
L'amélioration qui s'est déjà produite dans la tournure d'esprit de M. X..., si je puis ainsi dire, soutient l'espoir que j'ai puisé dans l'état antérieur du malade, puisqu'il est père d'une petite jQlle.
Cependant les antécédents copulateurs ne sont pas toujours un indice pour les résultats de la thérapeutique ; j'en donnerai pour preuve le fait suivant, relatif à un malade qui, nonseulement n'avait jamais exercé le coït, mais qui s'était livré à la masturbation, et qui pourtant guérit dans un espace de temps relativement court.
M. X..., d'origine anglaise, grand, fort, bien constitué, s'était modérément adoimc à l'onanisme pour éviter, par crainte de la syphilis, le commerce des femmes, quand à l'Age do vingt-deux ans,' toujours vierge et toujours aussi pusillanime à l'endroit de la vérole, il fut envoyé dans les Indes, pour diriger une vaste plantation. Éloigné de toute ville, n'ayant des rapports qu'avec des nègres et des négresses, il persista plus
(1) Voyez la page 130.
312 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
que jamais dans sa continence, toujours par la peur de la syphilis, et aussi pour ne pas compromettre son autorité. Au début de son exil . il se livra quelquefois, comme en Angleterre, aux pratiques de la masturbation; mais bientôt il les abandonna complètement, soit par l'effet de l'absence de toute excitation extérieure, soit à cause de ses occupations fatigantes, soit par l'effet même de sa continence.
Cet état dura dix ans au bout desquels il revint en Europe, toujours fort, n'ayant subi aucune maladie, et indemne de cette décrépitude précoce qu'amène souvent le séjour trop prolongé dans les pays chauds.
Seulement il avait complètement perdu l'appétit vénérien, et, malgré sa volonté d'entrer en commerce avec les femmes, il n'éprouvait qu'une indifférence profonde, .qu'une grande apathie morale, mêlée de regrets.
Pourtant la compagnie des femmes et les attouchements amoureux ne trouvaient pas ses organes entièrement insensibles; mais ces excitations étaient insuffisantes, en l'absence de l'incitateur intime, à produire l'érection et, par suite, la volupté.
C'est dans cet état qu'il vint me consulter.
Tout l'appareil génital était parfaitement constitué, et aucune partie, ni testicules ni verge, ne portait la trace d'une atrophie qu^une si longue continence pouvait produire.
La médication à instituer devait s'adresser tout à la fois au moral et au physique du malade.
Sous le premier rapport, j'observais une gradation lente dans le choix des excitants, afin de prévenir le dégoût qu'inspirent toujours, aux esprits froids, des conversations trop libres, des lectures trop licencieuses, des peintures trop nues et des spectacles trop décolletés; ce ne fut que peu à peu et après de longs tâtonnements, que je permis la fréquentation des femmes galantes qui devaient réaliser, en les complétant, les premières
IMPUISSANCE CONSÉCUTIVIi. — EXCÈS DE CONTINENCE. 31 S
incitations amoureuses, nées sous des influences progressivement excitatrices.
Comme médication pliysique, je m'adressai d'abord à l'élec- ' tricité, dans la pensée d'activer le travail sécrétoire des testicules, et, par suite, d'éveiller tout à la fois le sens génital et son incitateur interne.
Au bout de quelques séances, pendant lesquelles j'avais promené le pinceau électrique sur les testicules d'abord, et ensuite sur la face dorsale de la verge et surtout à la base du pénis, entre celle-ci et le scrotum, une demi-érection se produisait sous l'instrument môme, bien avant que les désirs vénériens fussent sortis de leur torpeur.
Je persévérais dans cette médication que je complétais par le phosphore à l'intérieur, et par des fumigations aromatiques que je faisais diriger sur le périnée et les organes génitaux.
A[)rès deux mois environ de ce double traitement, moral et physique, poursuivi avec prudence et régularité, le malade sortit de l'indifTérence amoureuse dans laquelle il avait si longtemps vécu, et recouvra toutes ses facultés copulatrices qui devinrent, comme je l'ai su plus tard, d'autant plus énergiques qu'elles avaient été condamnées à un long repos.
Les deux observations que l'on vient de lire montrent que l'impuissance, caractérisée surtout par l'absence des désirs vénériens, exige, avant toutes choses, un traitement moral sagement et méthodiquement dirigé.
Je ne reviendrai pas ici sur les moyens d'excitation morale que j'ai longuement exposés dans un autre chapitre de cet ouvrage; mais je ferai remarquer que si la continence est le résultat, non de la volonté, mais de l'apathie du tempérament, il faut de toute nécessité recourir, en môme temps, h une médication fortifiante, dans laquelle le fer et le quinquina à l'intérieur, et les douches et les bains froids dans l'eau courante, et surtout dans la mer, occupent une large place.
Z I h IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
Quant h lu médication locale, à celle qui a plus spécialement pour ()l)jet de relever les forces viriles affaiblies, je n'en sais pas de meilleure que l'exercice même de la fonction.
Cependant, pour arriver à la possibilité de cet exercice, à la réalisation du premier coït, on se trouve bien de recourir à l'intérieur et en frictions, concurremment avec la médication générale par les ferrugineux et les toniques, aux agents que les anciens désignaient plus spécialement sous le nom d'aphrodisiaques : le phosphore, l'acide formique, l'aristoloche, l'armoise, la garauce, la myrrhe, la rue, la sabine, le safran, etc.; on peut, dans quelques circonstances, mettre à profit la stimulation que quelques agents exercent sur les organes urinaires, tels que les cantharides, les acétates de chaux, de potasse et de soude, l'alkékenge, le câprier, la racine de fenouil, etc., etc.
Mais il ne faut pas se faire illusion et placer trop d'espérances sur une médication dont les effets sont souvent douteux et toujours lents à se produire ; car chez les natures apathiques, qu'on ne l'oublie pas, la continence prolongée a souvent déterminé un arrêt de développement de l'appareil génital, auquel il n'est pas toujours facile de remédier, surtout quand l'imagination du malade ne seconde pas la médication ou que le sujet a atteint déjà un certain âge.
2° Excès d'incontinence. Excès vénériens. — Les excès vénériens sont de toutes les causes physiques d'anaphrodisie la plus fréquente, sinon la plus terrible. L'impuissance qu'ils déterminent n'est quelquefois que passagère, mais dans quelques autres circonstances, au contraire, elle persiste plus ou moins longtemps, et peut même devenir définitive, si les organes testiculaires sont épuisés et flétris.
Je vais examiner les conditions diverses de chacun de ces états ; mais il me paraît utile, avant d'entrer en matière, de vider une question, à laquelle les gens du monde et beaucoup
(le médecins attachent un certain intcrôt : je veux parler de la différence des résultats amenés par les excès de coït et par les excès de mastnrbation.
S'il en fallait croire à peu près tous les auteurs qui ont écrit sur l'onanisme, les excès de ce vice seraient beaucoup plus funestes que les excès de coït; les raisons qu'ils font valoir en faveur de cette opinion ne me paraissent ni réelles ni fondées, et l'on peut môme dire que, toutes choses égales d'ailleurs, la copulation détermine une excitation générale, un ébranlement dans tout le système nerveux que la masturbation ne saurait produire dans le silence de son isolement.
Il est incontestable que l'on rencontre un plus grand nombre de victimes de l'onanisme que du coït, mais cette différence en faveur de la masturbation tient à plusieurs causes : 1" Parce que la masturbation est le plus fréquemment exercée à un âge où les organes génitaux n'ont point encore acquis leur développement complet, et que, par conséquent, ils n'ont à opposer à la fatigue qu'on leur impose qu'une très -faible force de résistance ; tandis que le coït est ordinairement l'apanage de l'homme arrivé, sinon à une évolution parfaite, du moins à un degré suffisant d'énergie;
2'* Parce que les excès d'onanisme sont plus facilement exécutables que les excès du coït, en ce que pour les premiers une volonté seule suffit, alors que poin- les seconds il faut l'accord de deux volontés et la réunion de certaines circonstances dont le masturbateur parvient facilement à s'affranchir ; ainsi, le masturbateur n'a pas toujours besoin de la solitude pour satisfaire ses vicieux penchants ; on en a vu qui contentaient leurs habitudes sous les yeux de leurs maîtres ou de leurs parents, soit en croisant leur jambes et en balançant leurs corps, soit avec la main placée dans la poche de leur pantalon, soit en frottant Torgane voluptueux contre un coussin, un meuble, etc., etc.; le coït, au contraire, exigeant l'isolement le
316 IMPUISSANCE CHEZ l'homme.
plus absolu, a bien moins que l'onanisme d'occasions de se satisfaire, sans parler de l'accord parfait qui doit exister entre l'homme et la femme.
C'est surtout à ces deux circonstances, et non à une différence d'action du coït et de la masturbation, qu'il f-iut rapporter les résultats notés par les auteurs ; pour moi, je suis parfaitement convaincu qu'au milieu de conditions égales, les excès d'onanisme et les excès de copulation amènent des effets identiques, soit sur l'économie tout entière, soit seulement sur l'appareil de la génération.
D'ailleurs, plus qu'en toute autre occurrence, l'appréciation de ces effets ne peut être établie d'une manière absolue, car telle incontinence qui sera excès pour l'un, sera pour l'autre le simple exercice de la fonction. Les tempéraments, l'état de santé ou de maladie et les passions jouent ici un très-grand rôle, et sollicitent toute l'attention du médecin.
Je me suis déjà sufûsamment expliqué ailleurs (1) sur la valeur de chacune de ces circonstances, pour qu'il soit inutile d'y revenir ici.
En cette place, je dois admettre que l'acte vénérien a été accompli d'une manière abusive, c'est-à- lire en dehors des limites posées à l'individu ou par les t'orci^s de son organisme, ou par l'existence d'une maladie, ou par l'état de ses facultés intellectuelles, etc., et que ces excès ont amené l'impuissance.
L'impuissance produite par une pareille cause est rarement indépendante de tout autre phénomène morbide : tantôt elle est liée à un affaiblissement général de l'économie, et tantôt elle est accompagnée de lésions anatomiques locales dont elle paraît n'être qu'une conséquenee.
La première, presque toujours passagère, est rarement audessus des ressources de l'art ;la seconde, au contraire, ré-
(1) Voyez les pages 67 et suivantes.
IMPUISSANCE CONSÉCUriVfc:. EXCÈS VÉiSÉUIENS. 317
siste davantage aux moyens thérapeutiques, et peut mcaie, dans quelques cas, les défier complètement.
Je vais examiner à part ces deux formes d'anaphrodisie ; car leur distinction, au point de vue du traitement, est de la plus haute importance.
A. Impuissance par excès vénériens sans lésions anatomiques locales. — Il ne peut être question ici, on le comprend, de cette impuissance qui suit une ou plusieurs luiits de débauche ; l'impossibilité du coït n'est point alors une maladie qui réclame les secours de la médecine; c'e.-^t pour le i)hvsique une fatigue que le repos fait disparaître, et pour le moral une satiété que la continence dissipe ; la sécrétion spcrmatique, il l'âge surtout oii elle est la plus active, a bientôt réparé les pertes auxquels ces excès ont entraîné l'orranisme, et l'individu ne tarde pas à rentrer dans toute la plénitude de ses droits.
Cependant ce retour à la vie sexuelle se fait quelquefois attendre, et le malheureux dont l'espoir est déçu tombe alors dans un découragement qui peut à lui seul amener l'impuissance.
Dans ces cas, moins rares qu'on ne croit, l'impossibilité du coït ne se trahit par aucun autre symptôme que par la nonérection de la ve.ge : les désirs n'ont pas fui, et l'émaciation et le dépérissement dont je parlerai tout à l'heure n'existent pas. Le médecin n'a, pour éclairer sa religion, que les seuls aveux du malade, dont la véracité d'ordinaire ne saurait être mise en doute.
Cet état, par lui-même, n'a aucune gravité, et disparaît assez facilement par le repos de l'organe et l'emploi de quelques moyens excitants chez les malades dont l'esprit est resté inaccessible à la crainte; mais il peut se prolonger plus ou moins longtemps chez ceux dont le moral est troublé par les appréhensions d'une impuissance complète.
Plus qu'en toute autre circonstance, les gens du monde dont la verge entre difficilement en érection après des excès vénériens, s'abandonnent à des terreurs imaginaires et se croient atteints de toutes les infirmités dont quelques auteurs, et Tissot entre autres, leur ont fait un si lugubre tableau. Le médecin ne doit point partager de semblables appréhensions; il les doit attaquer en face et les combattre avec toute l'autorité que fui donne la science. S'il caresse les terreurs de son malade, celui-ci, soyez-en convaincu, se croit bientôt la victime de toutes sortes de fléaux ; son imagitiation troublée lui fait voir des flocons blanchâtres dans ses urines ; elle lui fait prendre pour une perte séminale le mucus 'prostatique qui vient humecter le méat urinaire sous l'empire d'une excitation amoureuse; elle lui crée mille fantômes plus absurdes les uns que les autres et qu'il est quelquefois très-difficile de dissiper. Je me rappelle un de ces malheureux qui se croyait atteint d'un sarcocèle, parce que, me disait-il, les abus qu'il avait faits de ses organes génitaux avaient amené dans les testicules, par suite du travail forcé de la sécrétion spermatique, une inflammation chronique qui avait bien pu dégénérer en cancer.
Il faut, en pareille occurrence, je le répète, que le médecin ne s'abandonne à aucune faiblesse, à aucune condescendance ; il ne doit point, comme dans quelques occasions que j'ai eu soin de spécifier, user de ruse; la ruse est ici funeste, parce qu'elle fortifie la croyance du malade en des lésions profondes et presque inaccessibles aux ressources de l'art.
D'ailleurs, quand son effroi ne lui a pas créé des images trop sombres, le malade ne tarde pas à revenir de son erreur, et la confiance la plus entière renaît en son âme au plus petit retour de la force virile.
Pour obtenir ce résultat, la première condition est de soustraire le sens génital aux excitations amoureuses; tout ce qui
IMPUISSANCt: CONSÉCUTIVE. — EXCÈS VÉNÉRIENS. 319
peut éveiller les désirs vénériens, moralement ou physiquement, est éloigné, et l'on respecte, avec un soin égal, la quiétude de l'âme et le repos des organes.
Concurremmentavec ce calme général, et comme pour forcer la nature à en sortir elle-même, une nourriture fortifiante, analeptique, est employée; on se trouve bien de l'usage des gelées de viande ou de volailles aromatisées avec des épices, du chocolat à la vanille, du sagou, du salep assaisonnés avec le vin, la cannelle, la muscade, les clous de girofle, etc., des rôties au sucre ou au vin, etc., etc. Des promenades à la campagne, surtout à cheval ou en voiture, complètent cette hygiène, qui suffit, dans la majorité des cas, pour rendre au malade toute sa vigueur première.
Cependant, si ces moyens sont insuffisants, et s'il faut recourir à une médication plus active, on commence par administrer, en guise de tisane, une décoction de bois de quin quina, et on soumet pendant quelque temps le malade à l'hydrothérapie.
Enfin, s'il est nécessaire d'agir d'une manière plus énergique encore, on peut, selon l'occurence, avoir recours à l'acide formique, au phosphore et même aux cantharides, soit à l'intérieur, soit en frictions sur le périnée et à la base de la verge. Mais, je le répète, cette impuissance sans altération générale, sans lésions anatomiques, et produite seulement par quelques excès vénériens, est essentiellement passagère et réclame rarement une médication active.
Il n'en est pas ainsi de celle qui, découlant de la même source, s'accompagne du dépérissement de l'organisme, et semble être une conséquence fatale de l'anéantissement qui frappe toutes les fonctions ; c'est qu'en effet l'impuissance, dans ce cas, est autant le résultat de l'affaiblissement général que de la fatigue des organes génitaux, et l'on peut dire que, si elle a son point de départ dans les excès vénériens, elle est
320 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
entretenue et singiilièrement aggraYée par l'état déplorable de l'économie tout entière.
Le sysiènie nerveux est alors malade par les secousses successives que lui ont d'abord imprimé les abus du sens vénérien, et ensuite par l'excitabilité qui ne fait jamais défaut aux états anémiques.
Mais ces désordres, en dehors de l'affaiblissement génital auquel n'est pas étranger l'excès même de cette excitabilité, peuvent se limiter aux fonctions organiques du système, et laisser dans leur intégrité les facultés intellectuelles et affectives. Aussi n'est-il pas rare de voir persister les attributs de l'esprit chez ceux-là même qu'une trop fréquente satisfaction des désirs vénériens a conduits au marasme et à l'impuissance.
D'autres fois, les facultés intellectuelles et affectives sont entraînées dans le naufrage des fonctions organiques, et seuls les désirs érotiques surnagent, comme chez quelques idiots et les crétins des Alpes. La position du malheureux ainsi frappé est bizarre : la mémoire est toujours plus ou moins profondément altérce; l'âme, châtrée de tout sentiment, languit dans l'indifférence, et l'organe sexuel, atteint dans sa force, ne peut plus réagir contre les excitations qui le sollicitent; aussi, dans cette absence des plus nobles attributs de l'homme, les désirs vénériens ont quelque chose de bestial qui, s'ils pouvaient être contentés, .ravaleraient celui qui les manifeste au niveau de la brute. L'irritabilité dans laquelle se trou\e le système nerveux aigi,illonne ces désirs et change en véritable torture l'impossibilité de les satisfaire. J'ai vu plusieurs de ces malheureux condamnés à fuir le monde, et à cacher leur hébétement dans une solitude où ils pouvaient tout h leur aise maudire leur fatale destinée. L'un d'eux, entre autres, portait des regards de convoitise sur toutes les femmes, laides ou jolies, qu'il rencontrait, et il lui était impossible de lixer dans ses souvenirs l'image de l'une d'elles. J'allai avec lui aux Tuileries un jour où
la mode fait de ce jardin public un lieu de réunion pour les femmes élégantes de Paris, et, pendant une heure à peu près que nous y restâmes, il éprouva des désirs constamment nouveaux : il lui semblait toujours voir pour la première fois les personnes devant lesquelles nous avions passé à plusieurs reprises, et sur lesquelles j'avciis attiré son attention dès notre entrée dans le jardin. L'émotion ne se prolongeait jamais au delà de la sensation ; l'impression produite par une femme s'effaçait presque instantanément par la vue d'une autre femme, et sa mémoire perdait le souvenir de celle-ci à la rencontre d'une nouvelle. Cette mobilité d'impressions faisait le désespoir du malade, et le força enfin à se retirer dans une campagne qu'il possédait dans le département de l'Oise, et dont la solitude, en lui permettant l'observation rigoureuse d'un traitement, le rendit plus tard au monde de Paris, auquel l'attachaient sa fortune et sa position sociale.
Dans d'autres circonstances enfin, les désirs vénériens ont subi la destinée de la force virile, et, comme elle, se sont noyés dans les excès de la luxure et du coït. L'homme n'est plus alors que l'ombre de lui-même; automate animé par un reste de vitalité, il n'ouvre ni son esprit, ni son âme, ni ses sens à ce que la nature a de plus sympathique, à ce que la femme a de plus séduisant. C'est à lui que peuvent s'appliquer, sans parabole, ces paroles de l'Écriture : Oculos habet et non vidit, awes habet et non audiit, etc.
Quels que soient les phénomènes qui, du côté du moral, accompagnent les actions vitales résultant d'excès vénériens, la première et la plus importante indication à remplir est la réparation des pertes éprouvées par l'économie; ce résultat n'est pas toujours facile à atteindre, surtout au début de la médication, parce que l'excessive irritabilité de l'estomac ne permet pas de recourir à une alimentation franchement analeptique. Il faut ordinairement commencer par un régime
322 IMPUISSANCE CHEZ l'hOM.ME,
lacté et n'arriver que proaressivement à une nourriture tout à la fois plus substantielle et plus excitante.
Tissot recommande de faire prendre au malade du lait froid coupé avec l'eau de Spa :« Un grand avantage, dit-il, des eaux de Spa et du quinquina, c'est que leur usage fait passer le lait. M. de la Mettrie nous a conservé une belle observation de M. Boerhaave. Ce duc aimable, je traduis mot à mot, s était mis hors du mariage, je l'ai remis dedans par l'usage des eaux de Spa avec le lait. [Amabilis ille dux se possuerat extra matrimonium; ego illum reposai intra (1). » (Supplément à l'ouvrage du Pénélope, ch. i, liv. XXXV.)
C'est dans les circonstances dont je parle que les anciens auteurs recommandaient de faire coucher le malade avec une personne saine et à vitalité exubérante, et de le nourrir avec du lait de femme. J'ai, dans un autre chapitre (2) , suffisamment fait ressortir l'inanité, le danger et l'immoralité de ce moyen, pouf qu'il soit inutile d'y revenir ici.
La médecine, grâce au ciel ! possède assez de ressources pour ne pas regretter de semblables expédients, et elle a, dans le quinquina, les toniques, les ferrugineux, les eaux minérales, l'hydrothérapie, les bains de mer, etc., des armes puissantes, si elle sait les manier avec prudence et avec fermeté. « Un homme, dit de Lignac, s'était tellement épuisé avec une courtisane, qu'il était incapable d'aucun acte de virilité ; son estomac était aussi extrêmement affaibli, et le manque de nutrition et de sommeil l'avait réduit à une grande maigreur. Voici la méthode qu'employa Tissot pour procéder à la curation de cette impuissance : A six heures du matin, le malade prenait six onces (180 grammes) de décoction de quinquina, à laquelle on ajoutait une cuillerée de vin de Canarie; une heure après,
(1) Tissot, Onanisme, avl. lii, sec. k, p. -20^2, 3" éclii. Lausanne, 1765.
(2) Voyez les pages 197 et 198.
IMl'UlSSANCIi CONSÉCUTIVE. — EXCKS VÉNÉRIENS. 323
il prenait dix onces de lait de chèvre qu'on venait de tirer, auquel on ajoutait un peu de sucre et une once d'eau de fleur d'oranger. Il dînait d'un poulet rôti, froid, de pain et d'un verre d'excellent vin de Bourgogne avec autant d'eau. A six heures du soir, il prenait une seconde dose de quinquina; à six heures et demie, il entrait dans un bain froid, dans lequel il restait dix minutes, et au sortir duquel il entrait dans son lit. A huit heures, il reprenait la même quantité de lait; il se levait depuis neuf heures jusqu'à dix. Tel fut l'effet de ces remèdes, dit M. Tissot, qu'au bout de huit jours il me cria avec beaucoup de joie, quand j'entrai dans sa chambre, qu'il avait recouvré le signe extérieur de lu virilité, pour me servir de l'expression de M. de Buffon. Au bout d'un mois, il avait presque entièrement repris ses anciennes forces (1). »
A côté de cette médication à laquelle je n'ai à adresser aucune critique, la médecine trouve aujourd'hui dans les eaux alcdines acidulés (Pougues, Alet, les célestins de Vichy, etc.) le moyen de réveiller l'appétit et de régulariser les fonctions digestives, et dans les eaux ferrugineuses (Orezza, Forges, Passy, Spa, etc.) un puissant auxiliaire du régime analeptique.
D'autre part, les bains froids, l'hydrothérapie, les bains de mer, etc., sont des toniques généraux d'autant plus précieux, qu'ils respectent l'estomac dont le bon fonctionnement est une des premières conditions pour le rétablissement du malade.
A ces moyens ne se bornent pas heureusement les res* sources de la thérapeutique, car ils ne sont applicables ni à tout le monde, ni en toutes saisons.
La matière médicale possède des apéritifs, des digestifs, des ferrugineux et des toniques qui peuvent marcher à côté des eaux minérales et de l'hydrothérapie ; ils sont trop familiers à tout le monde pour qu'il soit nécessaire de les énumérer • il ne faut que les énoncer. '
(1) De f.ignac, Le l'Iiomme et de la femme, elc. i. I, ,,. 300,
32/i. . IMPUISSANCE CHEZ l'iiom-ME.
Ge:> moyens, ioiiits à la privation totale des plaisirs vénéi-icns, suffisent, dans la majorité des cas, pour réparer les désordres, généraux et locaux, produits par les excès de l'amour. Mais l'impuissance est, de tous les accidents, le dernier à disparaître, parce que, comme dans l'évolution physiologique, le sens génital n'entre en exercice qu'après l'acquisition d'une suffisante énergie par toutes les autres parties de l'économie. Les bains froids de rivière et surtout les bains de mer,^ les douches ouïes lotions froides sur leslombes, le périnée et l'appareil génital, hâtent singulièrement le réveil de celui-ci ; quelquefois, mais bien rarement, quand la réparation générale a été suffisante, il est nécessaire de recourir à des excitants locaux plus énergiques : les frictions sèches ou aromatiques, le massage, et, au besoin, la flagellation, peuvent rendre quelques services ; mais rarement on a besoin de recourir aux cantharides, dont l'action sur la vessie est ici plus nuisible qu'utile.
Les agents ou moyens excitateurs ne doivent être mis en usage qu'avec la plus grande circonspection ; ils ne seraient pas sans une influence fâcheuse sur un système qui a été le théâtre de désordres quelquefois très-graves.
Quant à la médication morale excitante, qu'il faut appeler à son aide quand le retour des désirs vénériens se fait trop longtemps attendre, je l'ai suffisamment exposée dans plussieurs parties de cet ouvrage, pour qu'il soit fastidieux d'y revenir ici.
B. Impuissance par excès vénériens avec lésions anatomiques locales. — Je n'ai point à décrire toutes les lésions anatomiques qu'impriment à l'appareil génital les excès vénériens ; parmi ces lésions, les unes n'ont aucune influence sur l'énergie virile, et les autres affectent plutôt la fécondité que la puissance, et n'agissent que secondairement sur cette dernière.
Les premières, étrangères à mon sujet, ne doivent point trouver ici déplace; les secondes, naturellement désignées pour