‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 84 sur 164 · IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. — FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. — FACULTÉS INTELLECTUELLES

facultés intellectuelles facultés affectives; facultés de r entendement et facultés de la sensibilité morale.

C'est sous chacune de ces deux faces que je vais examiner 'influence morbide exercée sympathiquement par l'élément moral sur le^sens gcnésique.

A. — Facultés intelleciu elles

Dans la thèse inaugurale que je soutins, en 18â/i, devant la Faculté de médecine de Paris, je trouve les lignes suivantes qui, à de longues années de distance, sont encore l'expression de ma pensée : « Quelles sont les propriétés de l'âme, ou, pour nous conformer à la langue des philosophes, quelles sont les facultés de l'âme relatives à Tcntendement? Le cadre de ce travail ne nous permet pas d'entrer dans le domaine de la psychologie. . . Cependant deux mots nous semblent nécessaires, caries psycliologiètes nous paraissent avoir confondu les facultés primitives de l'entendement avec les résultats de ces mêmes facultés, alors que l'encéphale a dcjà ressenti l'action de la force morale; ainsi le jugemxent, le raisonnement, la mémoire, etc., supposent une opération préalable; ils ne sont donc que des résultats secondaires et non des facultés primitives, comme on a voulu le dire. Pour nous, nous renfermant dans l'étude des phénomènes généraux, nous avons cherché quels étaient les hommes qui manifeslaient au plus haut degré les actes intellectuels, et nous n'avons trouvé que des artistes ou des savants. Nous avons été ainsi conduit à n'admettre que deux facultés primitives de l'entendement : l'imagination et la raison. Tout ce que les psycliologistes ont décoré du nom de facultés primitives de l'entendement ne constitue que les attributs de l'imagination et de la raison ; ce sera, si l'on veut, des facultés secondaires, mais jamais des facultés primitives : art et

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science, voilà tout l'entendement; imagination et raison, voilà les deux piliers de l'édifice (1). »

L'imagination est cette faculté éminemment créatrice, qui fait revivre les souvenirs du passé, donne un corps aux désirs du présent et anime les espérances de l'avenir ; elle est en toutes choses distincte de laraisonqui, elle, nous fournit les moyen s de connaître et d'apprécier la réalité ; tandis que l'une nous ouvre sans cesse des horizons immenses et nous découvre des mondes remplis de fantômes gracieux ou terribles, l'autre, au contraire, nous enserre dans les liens d'une réalité brutale,^ et nous montre la vie sans prisme trompeur, comme sans voiles séduisants.

Ces deux facultés, dont l'empire s'exerce sur des domaines si différents, ne sauraient être atteintes de la même manière, c'est-à-dire que les troubles de l'imagination et de la raison ne sauraient découler de la même source : les premiers, participant de l'essence même de la faculté qu^ils agitent, s'inspirent d'un rêve, d'une croyance purement gratuite, en un mot, d'une idéalité ; les seconds, au contraire, ont pour incitateur la réalité qui leur sert à la fois de fondement et d'excuse.

Je m'explique.

Deux hommes, au moment d'accomplir le coït, se trouvent tout à coup frappés d'impuissance : l'un se croit sous l'influence d'un sortilège, l'autre s'est aperçu que la femme avait ses règles. Chez le premier, le trouble naît d'un mensonge ; chez le second, le trouble a la réalité pour point de départ; chez celui-ci, l'imagination s'en est laissé imposer par un fantôme ; chez celui-là, la raison a plié sous le poids de la vérité •

La distinction, que je m'étudie à étabUr ici, est importante au point de vue de ce livre; plus je réfléchis au parti que l'on

(1) Roubaud, Des passions, p. 27.

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en peut tirer pour le diagnostic, le pronostic et surtout ie traitement de rirapuissance, plus je m'étonne de ne pas la voir, je ne dirai pas indiquée, mais môme soupçonnée chez ceux-là mômes qui ont fait une étude toute spéciale de l'influence du moral sur le physique.

Je vais donc, contrairement à mes devanciers, examiner séparément l'empire exercé sur le sens génital, et par les troubles de l'imagination et par ceux de la raison.

I- — Troubles de limagination. — S'il m'était permis de me servir ici du langage philosophique, je dirais que ces troubles sont ou objectifs ou subjectifs.

Ils sont objectifs, qi.and ils ont leur source en dehors de celui-là môme qu'ils affectent ; ils sont subjectifs, quand ils découlent de celui-là même qui les éprouve.

Les premiers sont incontestablement les plus nombreux, car ils embrassent le temps, l'espace, les lieux, tous les objets de la création : tel homme croit à l'influence fâcheuse d'une lune, d'un saint du calendrier, d'un jour dans le mois, ou d'un mois dans l'année; tel autre s'imagine que la lumière, que le plein air paralysent ses organes ; celui-ci ajoute foi aux diseurs de bonne aventure, aux esprits malins qui jettent des sorts et qui nouent V aiguillette ; celui-là, interprétant à sa façon un sourire, un regard, une parole de la femme aimée, ou môme par l'effet seul de son imagination, se dit victime de l'indifférence, du dédain et môme du mépris de l'objet de son amour, etc., etc.

Certes, les exemples de ces sortes d'impuissance fourmillent partout: tantôt fugitive, tantôt plus tenace, elle est indistinctement l'apanage des intelligences d'élite ou des esprits bornés et crédules ; le catalogue des faits de ce genre rapportés par les auteurs serait pour moi une mine féconde, si je me proposais d'amuser bien plus que d'instruire. Cependant, je dois faire une exception en faveur de Montaigne, dont on me

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repvoclierail .ans doute d'avoir tu le nom dans un sujet qu'il a si savamment et si galammenl traité, d'autant mieux que cette exception sejuslilie elle-mcnie par le haut enseignement qui en découle : « Un comte de très-bon lieu, dit-il, de qui festoy fort privé, se mariant avec une belle dame qui avoit esté poursuivie de tel qui assistoit à la teste, mettoit en grande peine ses amis : et nommément une vieille dame sa parente, qui présidoit à ces nopccs, et les faisoit chez elle, craintive de ces sorceUeries : ce qu'elle me feit entendre. Je la priay de s'en reposer sur moy. J avoy de fortune en mes coffres certaine petite pièce d'or platte, où estoyent gravées quelques fioures célestes, contre le coup du soleil, et pour oster la douleur de teste, la logeant à poinct sur la cousture du Ic^t : et pour l'y tenir, elle c=toii cousue à un ruban propre a rattacher soubs le menton. Resverie germaine à celle de quoy nous parlons. Jacques Peletier, vivant chez moy, m'avoit faict ce présent singulier : j'advisay d'en tirer quelque usage, et dy au comte qu'il pourroit courre fortune comme les aultres, y ayant là des hommes pour luy en vouloir prcster une; mais que hardiment il s'allast coucher : que je luy feroy un tour d'amy, et n'espargneroy à son besoin un miracle qui estoit en ma puissance : pourveu que sur son honneur, il me promist de le tenir très-Mellement secret. Seulement, comme sur la nuicton iroitluy porter le resveiUon, s'il luy estoit mal aile, il me feit un tel signe. Il avoit eu l'âme et les oreihes si battues qu'il se trouva lié du trouble de son imagination : et me feit son signe à l'heure L..isdicte. Je luy dis lors à Toreille, qu'il se leivast, soubs couleur de nous chasser, et prms en se jouant la robbe de nuict que j'avoy sur moy (nous estions de taille fort voisine) et s'en vestit, tant qu'il auroit exécuté mon ordonnance, qui feut, quand nous serions sortis, qu'il se rctirast à tomber de l'eau : dict trois fois telles paroles, et feit tels mouvements. Qu'à chacune de ces trois fois, il ccignist le

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