IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. — FACULTÉS INTELLECTUELLES
ruban que je Uiy mettoy en main, et coucbast bien soigneusement la médaille qui y estoit atlachée, sur ses roignons : la figure en telle posture. Cela faict ayant à la dernière fois bien astreint ce ruban, pour qu'il ne sepeutn'y desnoûer, ny mouvoir de sa place, qu'en toute asseurance il s'en rctournast à son prix faict : et n'oubliast de rejelter ma robbe sur son lict, en manière qu'elle les abriast tous deux. Ces singeries sont le principal de l'eCfect, nostre pensée ne se pouvant demesler, que moyens si estranges ne viennent de quelque abstruse science, leur inanité leur donne poids et révérence. Somme il feut certain, que mes charactères se trouvèrent plus vénériens que solaires, plus en action qu'en probibition (l). »
Le moyen mis en usage par Montaigne est incontestablement le plus propre à rendre l'ordre et le calme à une imagination ainsi troublée. A l'influence néfaste d'une lune, d'un saint du calendrier, de la lumière, etc., opposez une influence contraire dont vous ferez ressortir la supériorité de puissance, et, avec la confiance, vous ramènerez, presque à coup sûr, la possibilité du coït.
On ne croit guère plus, de nos jours, aux sortilèges et aux sorciers; les noueurs d'aiguillette ont perdu leur prestige et le sceptre de leur pouvoir; mais il est encore des esprits faibles ou ignorants qui portent des sachets et des amulettes, ou qui boivent des philtres enchanteurs pour conjurer l'infernale machination des mauvais génies. Respectez ces superstitions, ne détruisez pas ces erreurs; on ne discute pas avec la foi ; les objets de son culte sont ici sans danger, tandis que leur proscription amènerait à coup sûr l'accident qu'ils sont destinés à prévenir.
Je ne puis, on le comprend, passer en revue toutes les nuan-
(1) Montaigne, Essais, éd. de 1703, t. I, liv. I, ch. xx, p. 105 et lOG. De la force de l'imagination.
358 IMPUISSANCE CHEZ L''hOMME.
ces des troubles objectifs de l'imagination; l'imagination, cette folle du logis, comme l'appelle Brantôme, participe tellement à tous les actes de la vie, est à ce point tributaire de toutes les croyances et de toutes les superstitions, que prétendre énumérer ses mobiles serait vouloir analyser l'état moral de chaque individu du globe. Il m'a suffi d'avoir indiqué la nature de ces troubles, pour poser la limite de leur cadre et tracer la conduite à tenir en de pareilles circonstances.
Il me faut maintenant aborder les troubles subjectifs de l'imagination qui constituent, sons aucun doute, l'impuissance par sympathie morale, la plus difficile à guérir.
Ces troubles ont leur source dans la personne même qui les éprouve, en d'autres termes, ils ont pour cause et pour fondement une erreur sur l'énergie copulatrice de l'appareil génital.
Leur point de départ est tantôt dans une croyance purement imaginaire, et tantôt dans une erreur sur un fait réel, soit antérieur, soit actuellement existant.
Sous le premier rapport, une affection des organes génitaux est presque toujours le p-étexte derrière lequel s'abrite le malade : l'un se croit atteint de pertes séminales, et par suite d'impuissance; l'autre invoque une dégénérescence de la prostate; comment voulez-vous que j'éjacule, me disait un troisième, j'ai un rétrécissement de l'urèthre qui devient si formidable au moment de l'érection, qu'il est impos.^ble au sperme de s'écouler; et la crainte de l'aspermatisme glaçait ses sens au moment du coït. J'ai donné mes soins à un homme dont les motifs d'impuissance se rattachaient assez singulièrement à des souvenirs de famille : Depuis trois générations, me disait-il, nous sommes tous frappés, à trente ans, d'une maladie bizarre des organes génitaux; rien, dans l'aspect des organes extérieurs, ne dénote ce mal, et il faut même une grande attention et une certaine habitude pour en saisir quelques symptômes douloureux. Le signe principal, et celui qui se