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manifeste le premier, est un affaiblissement de la virilité; mon grand-père l'éprouva quelques mois avant sa trentième année; mon père le ressentit, au contraire, quelques mois après le même âge; et moi j'en ai constaté l'existence quinze jours avant le trentième anniversaire du jour de ma naissance. — Et cependant, comme son grand-père et son père, le malade qui me consultait n'avait perdu ni les désirs vénériens, ni la faculté érective, ni la faculté éjaculatrice; seulement l'érection et l'éjaculation ne se produisaient que dans le silence de la solitude, soit sous forme de pollutions, soit amenées par la masturbation. Le souvenir de la prétendue infirmité héréditaire inspirait au malade un tel sentiment de honte, et lui donnait une telle certitude d'un échec, que la terreur, en face d'une femme, remplaçait le désir et glaçait l'énergie de l'organe copulateur.
Comme on doit le comprendre, les sujets d'effroi que peuvent invoquer les malades sont aussi innombrables que les fantômes que leur imagination peut créer, et le domaine de l'imagination est infini.
Mais quand ces troubles se rattachent à une erreur dont l'objet est un fait réel, accompli depuis un temps plus ou moins long, ou actuellement existant, on peut concevoir des limites aux causes de ces troubles, parce que la réalité est finie et bornée.
La nosologie est lamine féconde oii les malades vont encore puiser leurs prétextes; on se fait difficilement une idée des relations absurdes, extravagantes, qu'on me passe le mot, qu'un esprit troublé et ignorant des choses de notre art, établit entre les organes génitaux et les affections les plus étrangères à cet appareil.
Je fus un jour très-sérieusement consulté par un jeune homme que son tempérament lymphatique et sa constitution malingre condamnaient à de faibles désirs vénériens et à
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une virilité paresseuse, et qui attribuait, avec une conviction profonde, cet allanguissement du sens génital à une déviation congénitale du sternum dont il était affecté. Un autre, ayant eu connaissance des fables répétées depuis Hippocrate, qui, le premier, en fait mention, sur les rapports sympathiques des oreilles et des organes génitaux, s'imagina qu'il serait atteint d'impuissance (et cette crainte ne tarda pas à amener cet état) parce que, suivant la coutume de son pays, on lui avait percé les oreilles pour y suspendre un bijou.
Mais c'est surtout vers les lésions de l'appareil génital que se portent les préoccupations du malade ; sous ce rapport, les névralgies urcthrales, et celles du col de la vessie jouent un rôle très-important. Ici, les appréhensions du malade ont un prétexte réel, la douleur, et, pour les personnes étrangères à la médecme, la douleur est toujours le symptôme d'une lésion anatomique, d'une affection organique; l'intermiltence même qu'affectent les douleurs névralgiques est, pour une imagination troublée, un motif plus grand d'effroi et de terreur ; c'est dans des circonstances semblables que les malades songent aux dégénérescences de toutes sortes, aux désordres les plus affreux : les ulcérations dans l'urèlhre, sur la prostate, dans les vésicules séminales, sont la menue monnaie dont les plus courageux se contentent; mais le plus ordinairement, et après l'incubation d'une nuit d'insomnie, c'est le cancer, c'est*le carcinome, ce sont des tubercules qu'ils disent avoir envahi leur appareil génital et avoir desséché en eux toute source de virilité. C'est l'hypochondrie avec toutes ses étrangetés, avec toutes ses terreurs.
D'autres fois, aucun état ^morbide n'existe actuellement, et l'imagination du malade est troublée par la crainte des conséquences lâcheuses qu'a pu amener, et qu'a amenées en effet, une affection antérieure, quelque ancienne et quelque béni-
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gno qu'elle ait pu être. Le tabescent guéri croit difficilement au retour de sa virilité; le niasturbateur dont les manœuvres ont cos^é depuis loni^temps entrevoit l'impuissance comme un triste et certain héritage de lonani.-^me ; la syphilis a, chez l'un, tari la sécrétion spermatique, et, par suite, la source de l'excitation génésiaque; chez l'autre, fixée sur quelque point de Tappareil générateur, elle empêche le jeu régulier des rouages et s'oppose d'une façon quelconque au libre exercice de la fonction copulatrice, etc. Mais de tous ces motifs, il n'en est peut-être pas de plus fréquent, et l'on peut môme dire de plus commun, qu'un échec copulateur précédemment essuyé en présence d'une femme. Une mésaventure de ce genre, quelle qu'en soit la cause, laisse dans l'esprit une préoccupation fâcheuse, qui, entretenue et aggravée par l'imagination, détend, pour ainsi dire, les désirs vénériens, et les empêche de réagir suffisamment sur l'appareil copulateur.
Il n'est pas toujours aussi facile qu'on le pense de triompher de semblables appréhensions. Quand le malade s'imagine que son premier échec est sous la dépendance d'une affection quelconque, on peut, en feignant le traitement de cette affection, ramener peu à peu le calme dans son esprit troublé ; mais quand l'erreur porte sur l'énergie copulatrice elle-même, c'est-à-dire quand le malade se croit atteint d'une impuissance essentielle, sans relation avec une altération organique quelconque, les difficultés sont énormes. Si l'on se contente de vouloir rassurer le moral du malade, et que l'on essaye de lui prouver que l'appareil génital n'a rien perdu de son énergie, on ne dissipe qu'à moitié, si môme on y parvient, ses craintes chimériques; si, au contraire, feignant de partager son erreur, on prescrit, non une médication, mais un aphrodisiaque, .on s'expose à déplacer ou môme à augmenter les préoccupations du malade, qui, au moment du coït, alors que l'attention doit être complètement absorbée dans l'ivresse des désirs,
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analyse ses moindres sensations pour s'assurer de l'effet de l'agent prescrit.
Cependant celte dernière méthode est la moins incertaine; mais en l'employant, le médecin doit absolument user de toute son autorité ; il doit promettre le triomphe, non plus avec le doute scientifique, mais avec l'assurance d'une conviction profonde. En pareille occurence, l'hésitation est funeste. La nature de la prescription importe peu ; il faut, avant tout, paraître assuré de son efficacité. M. le docteur Amédée Latour a rapporté, dans la séance du 3 janvier 18A3 de la Société médicale du Temple^ un exemple de ce geni-e : « Comme chez la plupart des gens du monde, dit-il avec raison, les conseils les plus sages et les plus opportuns perdraient de leur prix s'ils n'étaient corroborés par quelque prescription pharmaceutique, je crus devoir prescrire quelques toniques, et je fis choix du .quinquina et du safran. Mais surtout, la saison étant encore convenable, j'engageai fortement les deux époux à aller prendre quelques bains de mers. J'annonçai avec assurance la guérison pendant le voyage (1). »
Ce fut cette assurance qui constitua la partie réellement active de la médication.
Les faits de cette nature se rencontrent tous les jours dans la pratique, que les causes de l'impuissance se rattachent ou à un état morbide antérieur, ou à l'affaiblissement prétendu de l'appareil génital, ou à toute autre chimère de la folle du logis.
Je n'ai pu rapporter ici, on le comprend, que les circonstances les plus ordinaires, que les sujets d'effroi les plus communs ; mais on conçoit que leur catalogue puisse être plus étendu et embrasser le cadre tout entier de la nosologie. Lerir énumération, fastidieuse au dernier point, ne jetterait aucune'
(1) Gazette des hôpitaux, 1842, p. 95.