IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. — FACUJ.TÉS INTELLECTUELLES
lumière sur leur histoire, et ne révélerait aucune variété du type, qui est constamment le même.
Les divisions que j'ai établies me paraissent suffisantes pour formuler un bon diagnostic différentiel entre les troubles si divers de l'imagination, et pour leur opposer une médication convenable, si je puis me servir de ce mot.
Qu'on me permette, pourrinlelligence de la thérapeutique, de rappeler ces divisions.
Les troubles de l'imagination, dont une erreur ou une fausse croyance sont essentiellement la cause, se distinguent :
1° En troubles objectifs ;
2° En troubles subjectifs.
Ces derniers se rapportent :
Ou à une erreur que rien n'autorise ;
Ou à une erreur qui a pour fondement un fait réel actuellement existant ou disparu depuis un temps plus ou moins long.
Évidemment, si l'on saisit bien toutes les nuances qui séparent ces états divers, on conviendra qu'une même thérapeutique n'est pas applicable partout, et que la conduite du médecin ne peut être identique dans tous les cas.
Et d'abord, en thèse générale, est-il opportun de commencer par dissuader le malade, par attaquer de front et de prime abord ses fausses croyances, ses erreurs ? Je ne le pense pas ; avant toutes choses, il importe de capter la confiance du malade; il faut que de son confident, le médecin, devienne son ami, et qu'il subjugue plutôt par des paroles de commisération que par le ton impératif de l'autorité scientifique. En rompant trop vite en visière, il s'expose, presque à coup sûr, à faire douter de ses connaissances, et souvent alors tout est compromis, caria suspicion dans l'esprit d'un malade imaginaire, d'un hypochondriaque, est une cuirasse terrible dont il est difficile de triompher.
J'estime donc que l'on doit, en thèse générale, commencer
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par sembler croire à la réalité de l'impuissance, par prescrire môme une médication en apparence active, et, dans ce cas, il faut insister sur les espérances que font concevoir le pronostic porté et le traitement ordonné.
Chez quelques malades, il importe de soutenir cet innocent mensonge jusqu'au bout, principalement chez ceux qui se croient atteints de quelque maladie grave ; c'est en pareille occurence qu'il faut savoir rattacher l'impuissance à l'affection imaginaire et paraître accorder toute son attention à cette dernière, dont la guérison doit fatalement restituer aux organes génitaux leur énergie copulatrice.
La même règle de conduite est également prescrite dans les circonstances analogues au fait raconté par Montaigne : à une superstition il faut opposer une superstition plus grande; on ne tue la magie que par des moyens magiques.
Quand le malade a acquis en son médecin une foi inébranlable, ou même une confiance assez vive, et si la raison est accessible par quelque point au milieu des fantômes que lui crée l'imagination, on peut aborder son erreur et la combattre soit par l'absurde, soit par des arguments sérieux, soit par tous autres moyens qu'inspirent les circonstances. Mais gardez-vous d'entrer trop hardiment dans cette voie : avant de vous y engager, sondez, connaissez bien les dispositions de votre malade ; le moindre écart peut tout perdre, car l'imagination soucieuse s'effraie d'une ombre, s'épouvante d'un soupçon.
Quand le premier pas est franchi, il faut marcher résolument dans le sentier tracé ; il faut prendre l'erreur corps à corps, l'étreindre, la serrer, la frapper avec toutes les armes; aucun coup n'est trop rude. Malheur au médecin qui faiblit I qu'il use largement de toute son autorité, de tout son ascendant ; il doit aller jusqu'à faire comprendre au malade que ses devoirs lui imposent l'obligation de ne prescrire aucun traite-
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ment, car la médecine a pour mission de rétablir et non de troubler les fonctions de l'organisme.
Ce terrain est glissant ; il faut, pour s'y engager, être sûr tout à la fois de la confiance et de la raison de son malade, double condition difficile à rencontrer dans les conditions morales que j'examine; le plus généralement contre les troubles de riraagination, il faut savoir se condamner à un mensonge, que le but légitime et que la science autorise, et le soutenir le plus souvent pendant tout le cours de la médication.
Telle est la base de cette sorte d'impuissance par sympathie morale ; fondement bizarre qui distingue la thérapeutique des troubles de l'imagination de celle des troubles delà raison, et surtout aussi de celle des troubles des facultés affectives, comme je le montrerai tout à l'heure, et qui justifie, s'il en est besoin encore, les divisions et les subdivisions que j'ai précédemment admises. On va voir, en effet, que si l'imagination, môme dans ses écarts, a horreur de la vérité, la raison, au contraire, ne peut être ramenée dans sa voie que par les conseils et le spectacle de la réalité. A chaque élément de notre âme conservons son essence : à l'imagination le mensonge, à la raison la vérité.
11. — Troubles de la raison. — La raison n'est jamais la dupe d'une chimère; elle n'est que la victime de la réalité. C'est là la physionomie propre qui caractérise les troubles de cette faculté, el qui les doit toujours et facilement faire distinguer des troubles de l'imagination que je viens d'étudier.
A proprement parler, la raison, et il ne s'agit ici en aucune manière de la folie, la raison ne s'altère pas; plus que toute autre faculté peut-être, elle subit, dans le choix de ses déterminations, l'empire de toutes sortes d'influences physiques, organiques, morales ou sociales, et cette subordination explique les différences si tranchées 'que l'on observe dans les rai-
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sonnements et les jugements, par exemple, du jeune homme et du vieillard, du lettré et du paysan, etc., etc.
Celte dépendance de la raison n'est pas, en réalité, constituée par un affaiblissement ou un dérangement de ses moyens d'action, mais bien par un effacement, si je puis m'exprimer ainsi, de sa personnalité; en d'autres termes, les influences, dont je parlais tout à l'heure, agissent primitivement sur une ou plusieurs des facultés intellectuelles ou affectives, lesquelles, par les troubles dont elles sont susceptibles, masquent les déterminations de la raison, étouffent sa Yoix, et, par suite, la rendent impropre à réagir contre la réalité. Ainsi, au moment du coït, la vue des règles, un bruit inattendu, éveillent dans l'imagination mille fantômes hideux qui, bourdonnant autour de la raison, empêchent l'homme de se rendre un compte exact du sang qu'il aperçoit et du bruit qu'il entend ; de même pour les facultés affectives : l'annonce subite, au moment de l'acte, d'un malheur ou d'une grande joie, remplit l'âme d'un sentiment si énergique que la raison, comme submergée dans un océan de douleur ou d'ivresse, ne parvient même plus à se faire entendre.
En conséquence de cette subordination, les troubles de la raison doivent être distingués, selon qu'ils sont sous la dépendance de l'imagination ou sous l'empire des facultés affectives ; la physionomie qu'ils empruntent à l'une ou à l'autre de ces deux interventions les fait assez facilement reconnaître, pour qu'il soit inutile d'entrer ici dans des détails qui, peutêtre fastidieux, seraient nécessairement incomplets.
La distinction que j'établis peut, au premier abord, paraître bien métaphysique pour un ouvrage de la nature de celui-ci ; mais si l'on considère à combien de sources s'alimente l'impuissance par sympathie morale, si l'on réfléchit combien ces sources sont parfois mystérieuses et secrètes, et si l'on se rappelle combien est indispensable, pour le traitement de Fana-