IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. — FACUJ.TÉS INTELLECTUELLES
phrodisic, la connaissance des causes qui ont fait naître et enlretiennent l'affeclion, on me pardonnera Texcursion que je me suis permise dans le domaine de la psychologie, car, ainsi qu'on va le voir, elle trace au praticien une route moins obscure et moins épineuse que celle de mes devanciers.
Dans la majorité des cas, la raison ne perd que momentanément ses droits, et l'impuissance qui en résulte est, comme les troubles de cette faculté, essentiellement fugace et passagère. Les exemples que j'ai rapportés plus haut, tels que ceux de l'impuissance amenée par la vue des règles, par l'audition d'un bruit inattendu, par la nouvelle d'un malheur ou d'une grande joie, etc., font comprendre que la force virile, un instant suspendue, rentre bientôt dans toute la plénitude de ses prérogatives, sans que la médecine ait jamais à intervenir.
Cependant la cause première de ces troubles, exaltation de l'imagination ou émotion des facultés affectives, peut avoir été si profonde qu'elle survive au fait qui lui donna naissance, et se perpétue pendant un temps plus ou moins long. Je me rappelle un malade dont l'impuissance datait du jour de la mort de son fils, et qui échouait à chaque tentative du coït, parce que son imagination, établissant une espèce de rapport entre l'acte qu'il allait accomplir et la perte qu'il avait faite, lui rappelait, avec l'image de l'enfant, toute l'étendue de sa douleur.
J'ai précédemment rapporté le fait de ce malheureux devenu impuissant à ia suite de la frayeur qu'il éprouva pendant l'accident survenu, en 1839, sur le chemin de fer de Versailles (rive gauche), sans que quelque autre symptôme, soit moral, soit physique, fît soupçonner une lésion des centres nerveux.
Bien évidemment, selon que les troubles de la raison sont sous la dépendance de l'imagination ou des facultés affectives, la conduite à suivre est différente. Dans le premier cas, le
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médecin demande à l'esprit ses moyens d'action ; dans le second, au contraire, il ne les trouve que dans le cœur. — On dissipe les fantômes de l'imagination, non par des larmes de joie ou de douleur, mais par le contraste d'autres fantômes, par la raillerie, par le raisonnement, etc., tandis que ces armes s'émoussent contre une âme ivre de bonheur ou brisée par le chagrin.
Ces considérations doivent suffire pour indiquer la conduite que le médecin doit tenir; cependant ne peut-on pas demander si, comme dans les troubles de l'imagination, il n'est pas nécessaire de recourir à quelque prescription pharmaceutique, pour contenter au moins les exigences quelquefois absurdes
des gens du monde ?
On peut répondre, en thèse générale, que les prescriptions pharmaceutiques sont toujours d'un effet salutaire dans l'impuissance par sympathie morale, parce que le malade, dans la très-grande majorilé des cas, n'a recours à notre art que pour les médicaments qu'il donne. 11 faut donc établir, comme règle générale, dans les circonstances dont je parle, la nécessité d'une ordonnance pharmaceutique ; mais il faut prendre garde aussi de ne pas tomber dans un écueil contraire, et de ne pas se faire accuser d'erreur par ceux qui, se rendant parfaitement compte de leur état moral, ne \iennent demander au médecin que les règles d'une conduite à suivre ou les conseils de l'amitié.
A moins de spécifier tous les troubles moraux, ce qui est impossible, on ne peut rien prévoir ni préjuger d'avance. Les indications spéciales ressortent de circonstances individuelles dont l'appréciation est entièrement abandonnée au tact et au jugement du médecin. C'est dans cette appréciation, bien plus que dans des préceptes formulés dans un livre, que l'homme de l'art doit chercher ses inspirations et trouver sa règle de conduite.