IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. — FACULTÉS AFFECTIVES
lut pas pour lui la contrainte à laquelle il était auparavant condamné.
Dans les Essais de médecine d' Edinihoury, on trouve rapporté, par le docteur Cockburn, un exemple d'autant plus remarquable de l'effet anaphrodisiaque de l'excès d'amour, que impuissance qui en fut la suite se traduisit, non par le défaut d'érection de la verge, ce qui est le cas le plus commun, mais par)'irapossibilité del'éjacidation, par ce que j'ai nommé V aspermatisme ,
Ou on me permette de rappeler unje partie de ce fait curieux dont j'ai précédenunent donné la narration entière (1) : « Un noble Vénitien, dit-il, épousa à l'clge où l'amour favorise un homme ave€ complaisance une jeune demoiselle très-aimable, avec laquelle il se comporta assez vigoureusement ; mais l'essentiel manquait à son bonheur : tout annonçait dans ses rapports le moment d'extase, et le plaisir qu'il croyait goûter s'échappait. L'illusion lui était plus favorable que la réalité, puisque les songes qui succédaient à ses efforts impuissants Je réveillaient par des sensations délicieuses, dont les suites n'étaient pas équivoques sur sa capacité. Cet époux malheureux, rassuré sur son état, voulait-il prouver efficacement sa puissance et réaliser ses plaisirs, il en procurait sans pouvoir les partager; en un mot, l'érection la plus forte n'était pas accompagnée de ce jaillissement précieux qui fait connaître toute l'étendue de la volupté. »
Il est probable, comme je l'ai dit précédemment, que cet aspermatisme tenait à un état spasmodique des conduits éjaculateurs, lequel reconnaissait lui-même pour cause un excès d'amour, puisque cette difficulté d'éjaculation ne paraîtpas avoir existé avant le mariage du malade qui ne serait pas, à coup sûr, entré dans la couche nuptiale, avec une semblable infirmité.
(1) Voyez la page 188.
380 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
L'aspermatisrae, dans le sens rigoureux que j'ai donné à ce mot, est la forme la plus rare de l'impuissance par excès d'amon'r : en dehors des cas exceptionnels comme celui cité par Gockl.urn, cette variété d'anaphrodisie se traduit, ou par le manque d'érection, ou jjar une énergie, au contraire, qui n'est autre chose que le priapisme; mais quel que soit le caractère qu'elle revête, sa durée est ordinairement assez courte, et, sous ce rapport, Montaigne a pu dire avec raison aux époux trop amoureux l'un de l'autre : « Les mariez, le temps estant tout leur, ne doibvent ny presser ny taster leur entreprinse, s'ils ne sont prests. Et vault mieulx faillir indécemment à estreiner la couche nuptiale, pleine d'agitation et de fiebvre, attendant une et une aultre commodité plus privée et moins allarmée, que de tomber en une perpétuelle misère, pour s'estre estonné et désespéré du premier refus. Avant la possession prinse, le patient se doibi à saillies et divers temps, légierement essayer et offrir, sans se piquer et opiniastrer à se convaincre définitivement soy-mesme (1). »
L'impuissance par excès d'amour mériterait à peine de nous arrêter si elle n'avait pas secondairement une influence fâcheuse sur l'imagination : elle est souvent, en effet, le point de départ d'appréhensions qui, bien que chimériques, jouent, ainsi que nous l'avons vu, un rôle très-important dans l'acte copulateur, en paralysant toute énergie virile. Par coiiséquent, il est utile, surtout chez les esprits facilement impressionnables, de prévenir un premier échec; si la morale et les devoirs du mariage ne réprouvaient formellement un semblable expédient, je dirais avec Montaigne, qu'on ne peut trop se lasser de citer en pareille matière : « J'en sçay à qui il a servy d'y apporter le corps mesme, demy rassasié d'ailleurs, pour endormir l'ardeur de cette fureur : et
(1) Montaigne, EamU, t. I, cli. xx, p. 107, édit. 1793.
iMPUlSïJANCE SYMPATHIQUE. — l'ACULTÉS AFFECTlVEi^. 381
qui, par l'aage, se trouve moins impaissant de ce qu'il est moins puissant ('!)• »
Les bains prolongés, la diète, le régime lacté, l'habitation à la campagne, le calme de l'esprit et les distractions suffisent d'ordinaire pour ramener l'éiiuilibre dans l'exercice de toutes les fonctions; chez les individus pléthoriques, on peut aller jusqu'à la saignée générale, ou se contenter de l'application de quelques sangsues à la nuque, ou de fomentations froides sur la partie du crâne correspondant au cervelet. Chez les personnes nerveuses, au contraire, les opiacés, les bromures ou les antispasmodiques, ou les uns et les autres combinés ensemble, rendent de très-grands services ; mais tous ces moyens doivent céder le pas au raisonnement, et, avant de recourir h. une thérapeutique quelconque, le médecin doit toujours faire un appel pressant à la raison de son malade.
3° Affections (uitipathiques. — Planque rapporte d'après Blegny [Journal de médecine^ t. I, p. /i39), qu'une femme éprouvait pour son mari un tel sentiment de répulsion, qu'elle était prise de mouvements spasmodiques, et tombait môme en syncope à la vue seule de l'homme qu'on lui avait fait épouser.
Si l'antipathie est capable de pi oduire chez la femme de semblables effets, on comprend sans peine l'action débilitante qu'elle doit exercer sur les organes de l'homme, si directement soumis à l'empire de l'âme.
Certes, les exemples de cette influence néfaste ne manquent pas, et ils expliquent, sans les légitimer pourtant, les demandes si nombreuses de nullité de mariage paf l'épreiive du congrès.
Est-il besoin d'insister sur cette cause si manifeste d'îm- I)uissance, quand on connaît l'essence de l'amour et les lois
(1) Loc. cit., \>. m.
• 382 IMPUISSANCE C]IEZ l'hOMME.
qui président au rapprochement des sexes? Ne suffit-il pas d'énoncer cette proposition comme un axiome, à savoir : que .toutes les nuances, si nombreuses et si variées qu'elles soient, du sentiment répulsif, depuis la simple froideur jusqu'à la haine la plus profonde, sont les ennemis les plus implacables des excitations génésiques.
Si dans ces conditions fâcheuses le coït doit être exercé — et il est malheureusement des circonstances sociales qui exigent un pareil sacrifice — la médecine ne peut intervenir, car elle n'a dans son arsenal thérapeutique une arme ni assez fortement ni assez finement trempée pour éteindre ou même calmer la haine dans un cœur qui s'en enivre. C'est à l'amitié qu'il faut confier le soin de la médication, pour le succès de laquelle le temps et les distractions sont aussi de puissants auxiliaires.