‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 93 sur 164 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

VICES I)E conformation DES ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION

A. — Anomalies de la vulve.

Je comprends sous le nom de vulve : i" l'ouverture inférieure du canal vaginal ; 2" les grandes et petites lèvres ; 3" le clitoris. — Je laisse u dessein, comme ne rentrant pas dans mon sujet, le méat uriiiaire qui s'ouvre, comme on le sait, au milieu des nymphes. ^

J'examinerai séparément les vices de conformation des divers organes qui composent la vulve ; mais je dois, avant d'aller plus loin, signaler une anomalie excessivement rare, et qui s'accompagne, lorsqu'elle existe, de malconformations trèsgraves des organes internes de la génération ; je veux parler de l'absence complète de la vulve. Les annales de la science offrent très-peu d'exemples de ce vice de conformation, dans lequel n'existent des traces ni des grandes ni des petites lèvres ni du clitoris, ni de l'ouverture vulvairc, et dans lequel

DÉFAUT d'intromission. — ANOMALIES DE LA VULVE. 367

cette partie pl'éseiite une surface unie, sans poils, et comme Ja continuation de l'abdomen.

II suffit d'indiquer, saas s'y arrêter davautao-e, l'existence possible de cette anomalie, car, en de pareilles circonstance^ la médecine est désarmée et l'abstention est la seule ressource de notre art.

i° Anomalies de touuerture vulvaire. — Ces anomalies consistent surtout dans l'obliLération complète ou dans un simple rétrécissement de l'ouverture; mais au point do vue où nous sommes placé, il importe peu que l'occlusion soit entière ou partielle, pourvu qu'elle soit suffisante pour empêcher l'introduction de la verge dans le vagin.

Sans doute, sous le rapport de la santé générale dépendant de la rétention mécanique des règles, si je puis ainsi dire, la distinction à faire entre ces deux états pathologiques est importante; car si le simple rétrécissement qui permet au san^catamémal de s'écouler au dehors, ne réclame pas impérieu"^ ment 1 intervention de l'art, il n'en est pas de môme de l'oblitération complète qui peut mettre en danger les jours de la malade, mais qui, dans tous les cas, s'accompagne de symptômes étranges et toujours douloureux.

Je ne ferai de l'occlusion complète et du rétrécissement de 1 ouverture vulvaire qu'une seule anomalie, parce que, h notre point de vue, les conséquences amenées par chacun de ces deux états sont identiques, c'est-à-dire que l'un et l'autre s'opposent à l'entier et facile accomplissement de la copulation

L'occlusion de l'orifice vulvaire peut dépendre ou des parties dures ou des parties molles.

Dans le premier cas, elle s'accompagne toujours d'une vi cieuse conformation du bassin, caractérisée surtout par une dépression considérable du pubis. Quelquefois le bassin est bien conforn,é, et ce sont des exostoses qui obstruent l'entrée du conduit vaginal ; mais comme .j'aurai plus loin l'occasion

38S IMPCISSANCI! CHEZ lA l'KMME.

de parler des exostoses occidciUelle?, je reviendraî, ù leur sujet, sur les exostoses coogénU.les, Quant aux vices de coniormatio. du bas,in, il faut se résigner à ne rien faire, le mal est au-

dessus des ressources de notre art.

L'oedusion delà vulve par les parties iTioUes a sons.ege,

tantôt aux lèvres génitales, tantôt aux parois mêmes de 1 onlice

vulvaire, et tantôt à la membrane men.

Je vais rapidement examiner chacune de ces variétés. Lorsque rocclusion, qu'elle soit complète ou mcomp ete,

dépend des lèvres génitales, leur adhérence peut être modrale

OU immédiate.

La première de ces variétés n'est pas signalée par les auteurs ; cependant, quoique infiniment plus rare que l'adhérence .mm diate, elle se rencontre quelquefois, et, pour mon compte, "n pourrais citer un ou deux exemples. Dans ces cas, u existe entre les deux petites lèvres une membrane i.lus ou moins résistante qu'il ue faut pas confondre avec l'hymen car on rctrouve celui-ci, quand il existe, au fond de la vulve, ap.è= U déchirure de la première membrane.

La membrane supplémentaire n'a ordinairement que quelques lignes d'étendue, est plus ou moins épaisse, et occupe tantôt la totalité et tantôt quelques points seulement^ de 1 oi^ vei ture vulvaire. Il est toujours facile de la reconnaître soit a l'espace qu'elle laisse entre les deux petites lèvres, et qu, permet de glisser entre elles le doigt ou une sonde cannelée, soit ù h résistance moins grande qu'elle oppose à la pression.

Q^Ïradhérence des petites lèvres se tait d'une manière immédiate, leurs parois, ainsi que le dit Amussat, sont collées ou soudées, comme eliez les jeunes garçons dont le prépuce est

adhérent au gland. w.

Mais quel que soit le mode suivant lequel l'adhérence s et - Misse il est d'une saine pratique d'opérer de bonne heure le d brideraent ; cependant lorsque le canal de l'urèthre ne parti-

DÉl'ALT k'iNTUOMISSION. AiXOMAl.lHS DE LA VULVE. 389

cipo pas à roblitorntion, le chirurgien, qui a par devers lui un temps assez long, peut attendre Tépoque qu'il croit la plus convenable, quoique les faits cités par Amussat ue laissent aucun doute sur le succès de l'opération pratiquée de bonne heure, puisqu'il a pu déchirer les adhérences pendant le sommeil de l'enfant, et sans que celle-ci s'aperçût même delà présence du chirurden.

Amussat est d'avis de proscrire le bistouri de ces sortes d'opération, surtout chez les très-jeunes filles. Il suffit, selon lui, d'opérer des tractions pour décoller les membranes muqueuses, et il dit avoir employé deux fois ce procédé avec un entier succès (1).

Quand on songe cà l'analogie qu' Amussat établit lui-même entre les adhérences des grandes lèvres et celles du gland et du prépuce, on se demande, si dans les deux faiLs qu'il cite dans son mémoire et auxquels je viens de faire allusion, ce praticien n'aurait pas eu affaire a des adhérences médiates, auxquels cas la membrane supplémentaire se déchire'en effet très-facilement, et d'autant mieux que l'obstacle est moins ancien.

Gesonttoutàla fois les termes de la comparaison d'Amussat et son procédé opératoire qui m'ont conduit, quand une occlusion vulvaire se présentait à mon observation, à y regarder de plus près, et finalement à admettre l'adhérence médiate.

Dans ce dernier cas, en effet, il suffit d^opérer des tractions pour obtenir la désunion ; mais si l'adhérence est immédiate, si les deux muqueuses sont collées ensemble, à la manière dii gland et du prépuce, les traclions non-seulement sont insuffisantes, mais encore elles peuvent devenir dangereuses par les déchirures qu'elles sont susceptibles de déterminer aux lèvres. Il faut alors recourir à l'instrument tranchant.

(I) Amussat, Observation sur une opération do varjin arlificid, lac ù 1 Academio des sciences le 2 novembre 1835, p. 2S.

390 IMPUISSANCE CHEZ l.A FEMME.

Quand l'occlusion est incomplète, l'opération est simple : il suffit d'agrandir une ouverture qui existe déjà. C'est un débridement que l'on pratique avec un bistouri conduit par la sonde cannelée, et dirigé quelquefois en haut, le plus souvent en bas.

Quand l'occlusion est complète, l'opération, sans être aussi simple que la précédente, n'offre pas de très-grandes difficultés. On incise d'abord, couche par couche, les tissus qui se trouvent sur la ligne médiane, en suivant la direction du raphé périnéal, etquand un point de l'occlusion est ouvert, on termine comme si l'on avait affaire à une occlusion incomplète, et de la même façon qu'il a été indiqué tout à l'heure.

Il est inutile, ne faisant point ici un traité de chirurgie, de recommander de prévenir une nouvelle occlusion, déterminée cette fois par la cicatrisation des tissus divisés, en introduisant entre les lèvres de la plaie, soit une canule, soit une mèche de charpie, soit tout autre corps étranger.

Quand l'occlusion de la vulve a son siège sur les parois mêmes de l'ouverture de ce canal, la conduite à tenir est identique avec celle que je viens d'indiquer. Ledébridement n'offre pas de particularité à noter, d'autant mieux que cette variété d'occlusion est rarementindépendante de l'adhérence des lèvres.

L'hymen peut être également la cause de cette occlusion ; son imperforation est tantôt complète, et alors la coi)ulation et l'excrétion cataméniale sont impossibles ; tantôt elle est incomplète et forme simplement obstacle, par la résistance de son tissu, à l'accomplissement de l'acte copulateur. — Il est bien entendu qu'il ne s'agit point ici de fécondation, car la science possède plus d'un exemple de grossesse, avec un hymen dont l'ouverture presque imperceptible laissait à peine passer un stylet.

Quand l'ouverture de l'hymen est incapable de permettre l'introduction de la verge, et que les premières approches de

ni' FAUT d'intromission . — ANOMALIES HE LA VULVE. 391

riionimo n'ont pu l'agrandir d'une manière notable, il suffit d'un coup de ciseaux ou de bistouri, dirigé soit en haut, soit en bas, mais dans le sens de la ligne médiane, pour ouvrir un passage convenable et rendre ainsi possible la copulation.

Quand l'hymen est imperforé, au lieu d'une incision longitudinale, il convient mieux de faire une ouverture en T, dont les lambeaux sont ensuite taillés, afin que par leur longueur ils ne rendent pas le coït, sinon réalisable, du moins douloureux pour les deux conjoints. On peut même, dans les cas d'imperforation incomplète, donner cette forme à l'ouverture artificielle, surtout lorsqu'on a à craindre que les lambeaux de l'hymen incisé ne se rôunissen,t pendant le travail de la cicatrisation, ou ne restent durs et pendants, comme dans l'imperforation complète.

2° Anomalies des lèvres. — Je ne reviendrai pas ici sur l'adhérence des grandes et des petites lèvres entre elles, dont je viens de parler ; je ne m'arrêterai pas davantage à l'absence ou à la petitesse de ces organes, parce que ces anomalies n'empêchent point la copulation, et je n'indiquerai, comme vice de conformation susceptible de s'opposer au rapprochement sexuel, que le volume, quelquefois énorme, que présentent les petites lèvres.

Ce n'est guère que dans les pays chauds, et surtout en Afrique, que les petites lèvres acquièrent ce développement considérable; dans ces contrées, l'excision de ces parties constitue une règle d'hygiène comparable à la circoncision, et, de même que cette dernière opération est sortie du domaine purement chirurgical, l'ablation d'une portion dos petites lèvres est la spécialité de certains hommes étrangers à notre art, et qui s'en vont par les rues en criant : Quelle est celle qui veut être coîfpée (1) ?

(I) Aiub. P;irô, OEnvrcs rompides, f. lit, p. 10, ôdii. ,1e J.-F. Malgaigne. Paris, 184.1

?,92 iiMi'i:issAA"Ci' (H!:z la I-EMMI"..

Cet usage a disparu dos pays où s'est ctalilic la civilisation européenne, mais le fait anatomiqiie qui lui avait donné naissance existe toujours, ainsi que l'a constaté M. le docteur Duchesne, en visitant les prostituées mauresques de la ville d'Alg-er (1).

On rencontre rarement une semblable anomalie dans nos climats tempérés, et si quelques femmes présentent un volume des nymphes plus considérable que dans l'état normal, ce volume n'atteint jamais desproportions incompatibles avecle coït.

Cependant, si une pareille conformation existait, il serait facile de la faire disparaître en pratiquant l'excision des petites lèvres, qui s'exécuteavec de grands ciseaux ; l'hémorrhagie qui en résulte n'exige, pour s'arrêter, que l'emploi de compresses d'eau froide ou de glace, et l'inflammation s'éteint d'elle-même par quelques jours de repos au lit.

3° Anomalies du clitoris. — Ces anomalies sont de deux sortes : ou cet organe manque complètement, ou bien il acquiert des dimensions assez considérables pour lui donner les apparences d'une verge véritable.

Dans le premier cas, l'introduction du membre viril dans le vagin n'en est pas empêchée; seulement, les plaisirs du coït dévolus à la femme, s'ils ne sont pas entièrement abolis, en sont profondément atteints. Le clitoris, en effet, n'est pas le siège exclusif de la volupté chez la femme, comme le gland chez l'homme-, l'entrée du vagin est garnie de follicules sensitifs qui contribuent à cette volupté. Mais cependant le clitoris a, dans le développement des sensations cyniques, une supériorité incontestable, ainsi que je le ferai voir plus loin, alors que j'examinerai les circonstances auxquelles doit être rapportée la frigidité.

(1) Duchesne, De la prostiintion dans la ville (V Alger depuis la conquête. Paris, 1853, p. 124.

DKFAIT k'iNTUOMISSION. — ANOMALIES DE EA VULVE. 393

En cotte place, je ne veux m'occuper que de la copulation proprement dite, c'est-à-dire de cette partie de Tacte caractérisée par l'introduction de la verge dtins le vagin, et je dois, par conséquent, remettre à plus tard les considérations que je me propose de présenter sur l'absence et la petitesse, congénitales ou acquises, du clitoris.

Je ne parlerai ici que de son volume extraordinaire.

Quelques auteurs portent ce volume à des proportions exorbitantes : Cùlumbus cite un clitoris dont la longueur égalait celle du petit doigt; Haller donne à un autre 7 pouces, et l'on va mémo jusqu'à l'égaler au volume de la verge, que dis--je? on ne recule pas jusqu'à lui accorder 12 pouces !

Ces proportions sont évidemment exagérées, ou du moins les exemples de semblables clitoris sont excessivement rares; les cas les plus ordinaires sont des clitoris de la longueur du pouce, tel que celui observé et décrit par Moreau (1) .

Les femmes qui présentent un pareil vice de conformation ont été accusées, de tout temps, d'un penchant très-prononcé, non-seulement pour la luxure, mais encore pour la iribadie, ce vice honteux qui fait rechercher aux femmes les individus de leur sexe : « Les doctes africains, dit Ambroise Paré, appellent telles femmes sahacat, qui vaut en latin fricatrices, parce qu'elles se frottent l'une l'autre par plaisir; et véritablement elles sont atteintes de ce méchant vice d'user charnellement les unes avec les autres (2). »)

Les observations de Parent-Duchàtelet ne permettent ])lus d'ajouter foi à ces croyances populaires. Cet auteur, dont la véracité est au-dessus de tout soupçon, assure que le développement du clitoris est rare chez les prostituées; que ce développement, quand il existe, ne coïncide pas chez elles avec des

(1) Moreau, Traité pratique des accoucheiuenis. Varl^ 1838 I I p 105. ' ' ■ '

(2) Ambroise Paré, toc. cit., p. 18.

penchants contre nature, et que les tribades n'ont, dans la conformation de leurs organes sexuels, rien qui les distingue de ceux des autres femmes (1). S'il m'était permis de me citer après Parent-DuchAtelet, je dirais que les hasards de la vie ou les nécessites de ma profession m'ayant fait connaître plusieurs tribades, je les ai très-attentivement examinées et n'ai signalé chez elles rien d'anormal dans les parties externes de la génération. Seulement, elles étaient à peu près toutes remarquables par une absence à peu près complète des seins et par un penchant très-prononcé pour l'cquitation.

Assez généralement les tribades éprouvent de l'éloignement pour le commercé des hommes, et sont frappées à leur endroit d'une sorte de frigidité qui légitime les courtes considérations que je viens de présenter et sur lesquelles j'aurai à revenir plus longuement ailleurs.

Il faut que le clitoris atteigne des dimensions assez considérables pour s'opposer à la copulation, et si l'excision n'en était pratiquée que dans ce but, elle serait à coup sûr, dans nos contrées, une des opérations les plus rares de la chirurgie. Mais il est incontestable qu'un clitoris volumineux, exposé dans la marche à un frottement continuel de la part des vêtements, ou par toute autre cause, entretient un orgasme qui peut conduire la femme à la nymphomanie et à toutes les fâcheuses conséquences qui en découlent.

Quoi qu'il en soit, et quel que puisse être le but que l'on se propose en excisant le clitoris, l'opération est très-simple. Si l'organe est volumineux, on le prend avec la main gauche et on le tranche d'un coup de bistouri, et s'il est moins fort, on le saisit avec une pince, et on en opère la section, soit avec un bistouri, soit avec des ciseaux. — Il ne convient pas, dans

(1) Parent Ducliàlclot, De la proslilalion dans la ville île Paris. Paris, t. ï, p. 220 el suiv.

DÉFAUT d'intromission. — AN0MA1>IES DU VAGIN. 395

rintontion de prévenir une liémorrhagie que l'on peut arrêter avec la cautérisation, de lier l'organe, et d'en déterminer ainsi la mortification et la chute. Ce procédé, outre qu'il est long et douloureux, expose à des accidents de gangrène qui ne sont pas à craindre avec l'emploi du bistouri et des ciseaux. Si une menace d'hémorrhagie existait réellement, et si le clitoris était assez volumineux, on pourrait lier ou tordre les artériolcs qui alimentent cet organe. Mais, je le répète, la glace, et au besoin la cautérisation, répondent, dans la presque totalité des cas, à toutes les indications.

i>. — Anomalies du vagin.

Les anomalies du vagin sont nombreuses et fort diverses; toutes ne constituent pas une impossibilité radicale à la copulation, mais celles qui la permettent encore la rendent ou douloureuse ou difficile.

Pour mettre quelque ordre dans l'examen des vices de conformation de cet organe, je les classerai sous les cinq chefs priiidpaux suivants : 1" absence du vagin; 2" rétrécissements; 3° obturation; !\' bifidité; 5° communication avec les organes voisins.

Quelque. -uns de ces vices de conformation s'opposent à la fécondation, d'autres, au contraire, permettent encore cet acte, mais apportent plus ou moins de difficultés à la sortie du produit de la conception.

On me permettra, pour ne pas scinder cet article intéressant, d'anticiper sur la partie de cet ouvrage consacrée à la stérilité de la femme, et d'indiquer à chacune des anomalies que je vais examiner les particularités qui s'y rattachent.

Absence du vagin. — Si on se rappelle que le vagin est formé, dans sa partie utérine, par le creusement en canal des conduits de Muher, et dans sa partie vnlvaire, par la résorption

396 IMPUISSANCE CHEZ LA l'EMME.

(lu feuillet tégumentaire et la perforation de la partie périnéale du cloaque, on comprendra que l'absence du vagin peut présenter, et présente en effet les trois variétés suivantes :

V Absence complète de l'utérus et du vagin, avec existence normale des parties génitales externes ;

2° Occlusion et absence de la partie inférieure du vagin, avec intégrité de l'utérus et parfois aussi de la portion utérine du vagin ;

3" Terminaison du vagin en cul-de-sac à une profondeur plus ou moins grande, avec absence ou atropine de l'utérus.

Dans cette dernière variété comme dans la première, les annexes de la matrice pement également manquer partiellement ou d'une manière complète.

Lorsque l'utérus manque ou est atrophié, les règles font défaut, et il ne se forme pas une accumulation de sang qui peut mettre en danger la vie de la malade et qui, dans tous les cas, est la cause de souffrances périodiques. Dans ces circonstances, alors que la procréation est impossible et qu'il n'y a ni douleurs à soulager, ni existence à sauvegarder, le chirurgien doit-il tenter une opération dans le seul but de facilité la copulation ?

Évidemment aucun chirurgien honnête ne se prêtera à des désirs de débauche ; mais il peut y avoir des occasions où l'humanité lui fait un devoir de conserver au moins à de malheureuses femmes le titre d'épouse, alors qu'elles ne peuvent aspirer à celui de mère. Sous ce rapport M. le professeur Le Fort donne de sages conseils qu'il importe de livrer aux méditations du praticien : « Il est des circonstances où une opération de complaisance est presque une opération de nécessité, et nous connaissons des cas où le chirurgien a dû se rendre aux désirs de sa malade qui, tout en sachant bien ne pouvoir pas devenir mère, voulait au moins rester épouse, ce qu'eUe n'avait pu encore devenir dans l'acception matériehe du mot;

1)ÉFAUT D'LNrRO:MISSION. — A^'OMALIES DU VAGIX. «"97

nous connaissons môme un cas, où un chirurgien des plus expérimentés a du céder aux prières et aux larmes de sa malade, créer un vagin artificiel, en ouvrant le canal del'urèthre jus([u'au col vôsical exclusivement, de telle sorte que ce vagin arlitîciel n'avait pour aboutissant que la vessie.

» L'humanité dans ses défaillances, exige quelquefois, à l'insu de celui qui les provoque, des résolutions héroïques de la part d'une épouse. Le chirurgien doit-il se faire le sauveur ou le complice de la malade qui l'implore? Il n'y a pas ici de lôgles à poser, c'est dans chaque cas particulier une question de circonstance que le chirurgien doit juger dans sa conscience (1). »

Ainsi donc, si la matrice manque ou est atrophiée, si les régies font défaut, cl si la santé générale est bonne, tout se réunit pour s'opposer à une opération ; le chirurgien, sauf les cas 011 l'humanité lui commande d'agir, ne doitjaniais compromettre son art pour faciliter un coït dont le but final, la fécondation, ne peut être atteint.

Quand la matrice existe, mais lorsque les menstrues n'ont donné aucun signe de leur présence et que la santé générale n'est pas altérée, la prudence et l'honneur de l'art exigent une sage réserve; la temporisation me semble alors de toute rigueur.

Enfin quand l'utérus existe, quand on peut en constater la présence, soit par le loucher rectal, soit par la palpation abdominale, et quand les règles, retenues dans son intérieur, l'ont forcé à un développement anormal, il est de toute évidence, qu'à moins de contre-indications trop formelles, l'opération doit être tentée.

(1) be Fort, Des vices de conformation de ViUénis ci du vagin et des moyens d'y remédier, lUùsc de concours pour l'agrégation. Pai-is, 1863, p. 144.

Mais après avoir bien limité les cas dans lesquels l'opération est praticable, les chirurgiens se sont demandé à quelle époque l'opération devait être entreprise. Il me semble qu'une bien grande incertitude ne peut régner à cet égard. Si le chirurgien, averti de bonne heure, opère avant l'entier développement des organes, il double les chances malheureuses de l'opération, en augmentant les facilités d'intéresser ie rectum ou la vessie, et en se privant, comme point de repère pour conduire le bistouri, de la tumeur sanguine produite par les règles accumulées dans la matrice.

Cependant, s'il attend trop tard, c'est-à-dire s'il attend que plusieurs mois se soient écoulés depuis l'établissement des menstrues, l'opération, il est vrai, en sera peut être plus facile, mais les accidents consécutifs seront à coup sûr et plus nombreux et plus formidables.

11 con\'ient donc d'attendre l'approche des premières règles, mais il importe aussi de ne pas temporiser au point de permettre leur accumulation dans la matrice.

Une fois l'opération résolue, le chirurgien, avant de s'armer du bistouri, doit bien se convaincre qu'il Ya porter l'instrument tranchant entre deux organes importants, très-rapprochés, et dont la lésion est toujours grave; on a vu la mort résulter de la blessure de la vessie, ou tout au moins s'établir des fistules très-difficiles à guérir.

Pour se mettre en garde contre de pareils accidents, les précautions les plus minutieuses sont indispensables : il faut d'abord introduire une sonde dans la vessie, et ensuite l'index de la main gauche dans le rectum, avec lequel on va à la recherche delà sonde à travers les tissus dont on peut ainsi mesurer Tépaisseur; de cette façon, on s'assure si l'oblitération du vagin est complète, ou si ce canal forme le cul-de-sac qui reçoit le col utérin.

Dans ce cas, le cul-de-sac oETre une résistance assez considé-

DKI'AIT d'lN'I'KOMI.SSION. ANOMALIES DU VAGIN. 309

rable par suite de raccumulatioii du sang menstruel qui s'y est faite.

Quand toutes ces précautions ont été prises, et quand la vessie est Vidée, l'opérateur confie la sonde à un aide, et laisse son index gauche dans le rectum, afin d'avoir un guide dans la voie qu'il va tracer.

A quelques lignes au-dessous du méat urinaire dont la position lui est indiquée par la sonde, le chirurgien pratique une incision dans le sens des lèvres géiutalcs, et pénétre plus avant dans la direction du vagin," selon l'axe du petit bassin, et va à la recherche du col de l'utérus.

Cette partie de l'opération, véritable dissection, est faite lentement et avec précaution ; on comprend la prudence qui doit présider à chaque coup de bistouri, afin d'éviter les deux organes entre lesquels on chemine, et pour ne pas intéresser le col de l'utérus lui-même. La main de l'opérateur, quittant le bistouri, doit souvent explorer la plaie et s'assurer de la position de la sonde et de l'index resté dans le rectum. Si la nature des adhérences le permet, il vaut mieux déchirer avec le doigt le tissu cellulaire qui unit les parois vaginales, que de le disséquer avec le bistouri, car quelque attention que l'on apporte, on n'est jamais sûr de ne pas toucher la vessie ou le rectum.

Enfin, si le cul-de-sac existe, et si l'on a constaté l'existence d'une tumeur sanguine, il convient de ne pas ouvrir cette dernière par une large incision qui laisserait sortir tout à coup tout le sang accumulé. Vidal (de Cassis) propose de faire une petite ponction avec un de ces trocartsà robinet ou ù soupape, qu'on a imaginés pour vider les empyèmes sans permettre l'introduction de l'air dans les cavités pleurales. Après l'écoulement de tout le liquide, on fait usage de corps dilatants, pour agrandir le canal que l'on a creusé, et lui permettre de compléter ses parois.

/jOO liMl'LlSSANCE ClIliZ LA FEMME.

Gomme on le doit comprendre, le rétablissement du vagin est une opération excessivement grave, à ce point , que Boyer, malgré les dangers que fait courir à la femme la rétention du sang menstruel, conseille de s'abstenir. « J'ai vu pratiquer trois fois cette opération, dit Vidal (de Cassis), et trois fois la mort en a été la conséquence plus ou moins prompte. Les malades ont succombé à une espèce de fièvre qui avait la plus grande analogie avec la fièvre de résorption. Il paraît qu'après l'évacuation prompte de l'humeur qui était depuis longtemps accumulée dans la matrice, cet organe ne revient pas assez promptcment sur lui-même; l'air pénètre dans sa cavité ; de là des accidents qui ont une grande analogie avec ceux qui succèdent à l'inertie delà matrice après l'écoulement, et avec ce qui arrive à la suite de l'ouverture de certains abcès symptomaliques à larges poches (1). »

L'accident signalé par Vidal, s'il n'est complètement prévenu, est au moins assez considérablement affaibli par la modification que cet auteur lui-même propose, pour qu'il ne soit pas une contre-indication formelle à l'opération.

D'ailleurs, à côté des cas malheureux notés par les auteurs, la chirurgie compte des succès qui peuvent au besoin engager à l'opération.

Mais si ces considérations étaient insuffisantes pour lever tous les scrupules, on pourrait recourir au procédé en plusieurs temps qu'employa Amussat dans l'observation dont j'ai déjà parlé.

Voici ce procédé tel que le décrit Malgaigne : « Une jeune fille de quinze ans et demi avait le vagin olilitéré au moins dans les deux tiers de son étendue; au-dessus, les règles accumulées formaient une tumeur fluctuante. La malade ayant

(1) Vidal (de Cassis), Traité de pathologie externe, l. V, chap. iv, art. m, t^dit. Paris, 1855.

DÉFAUT d'intromission. — ANOMALIES I)D VAGIN. ÂOl

été préparée par un bain, un lavement et un cataplasme sur la vulve, le 'chirurgien, armé d'une grosse sonde droite, en appuya l'extrémité au-dessous de l'urèthre, là où l'orifice du vagin aurait dû se trouver, et poussa dans la direction du vagin, de manière à refouler la muqueuse et à produire un léger enfoncement. Il répéta cette manœuvre avec le petit doigt, après avoir mis au préalable un autre doigt dans le rectum pour servir de conducteur; la pression fut douloureuse, mais déjà efficace, et l'impression du petit doigt resta. Pour mieux atteindre soii but, il attira alors le périnée en arrière, en le pinçant avec un doigt dans l'anus et le pouce dans la vulve, tandis que, d'antre part, il cherchait à attirer en haut l'urèthre pour l'écarter du rectum et laisser plus d'espace entre eux. Il resta un trou sans déchirure ni effusion de sang. Pour conserver cette dilatation, on plaça dans ce petit enfoncement, en forme de doigt de gant, une éponge préparée. Trois jours après, on répéta l'introduction et l'impulsion du doigt ; on introduisit deux doigts pour opérer une distension phis forte; il y eut en effet un véritable éraillement dans la muqueuse avec effusion de sang. On remit l'éponge préparée. Après cinq autres tentatives ainsi faites à un ou deux jours d'intervalle, on avait créé un conduit artificiel de près de 6 centimètres de longueur : alors, au fond de ce conduit, on dirigea sur l'indicateur un trocart qu'on plongea dans la tumeur. Puis on remplaça le trocart par le bistouri garni de linge dans les cinq sixièmes de sa lame ; il n'y avait plus qu'une épaisseur de 12 à 15 millimètres à traverser. Il sortit de 360 à 380 grammes d u il sang gluant et noirâtre. On introduisit dans ce vagin nouveau une grosse canule en gomme élastique ; et après divers accidents la guérison s'acheva, et elle dure déjà depuis plusieurs années. »

A cet exposé de la conduite d'Amussat, Malgaigne ajout 3 son expérience personnelle : « J'ai eu à faire, poursuit-il,

ROUBAUD. (oa

/l0'2 l.Ml'LloSANCE CIll.Z i.A FEM-MK.

une opération analogue sur une femme qui avait eu le vagin oblitéré à la suite d'un accouchement. Je commençai par diviser la cicatrice extérieure qui arrivait presque au niveau de la vulve; puis, après la première émission, je déchirai les parties avec l'indicateur poussé en avant, en élargissant la voie de droite à gauche jusqu'à ce qu'enfin je tombai dans une petite cavité oii je reconnus le col utérin. 11 fallut maintenir le vagin dilaté pendant plus d'une année avec des tentes de gentiane ; mais enfin il persista et se prêta parfaitement aux relations conjugales. La femme n'est pas devenue enceinte jusqu'à présent (1). »

Nous venons de voir trois procédés mis en usage pour la création de vagins artificiels : 1" le bistouri, 2" le décollement, 3° l'alliance du bistouri et des doigts.

Ce dernier procédé, procédé mixte, est le plus sûr des trois et est aussi celui qui a donné les meilleurs résultats^

Mais qu'on ne se fasse pas de trop grandes illusions ; quand on lit toutes les observations publiées, on acquiert la triste certitude que les résultats obtenus avec tant de peine ne sont pas toujours durables, et que l'opération doit être recommencée au bout d'un temps plus ou moins court, à moins que les malades ne continuent longtemps l'emploi des moyens de dilatation.

Atrésie ou étroitesse du vagin. — L'altération de la capacité du vagin ne porte pas seulement sur son diamètre transverse ; toujours ce canal oblitéré ou rétréci a une longueur bien inférieure à celle qu'il présente dans l'état normal ; Ic:^ faits observés et rapportés par Baillie (2), Morand (3), Cail-

(1) Malgaigne, Manuel de médecine opératoire, édit., p. 702-703. Paris, 1854.

(2) Baillie, Anatomie pathologique.

(3) Morand, Opuscules de chirurr/ie. Paris, 1768.

ni^l AUl IMN'IROMISSIOX. AiNO.MAIJKS J)i; VAGIN. /|05

lût(l), Cliaussier ("2) ne laissent aucun doute à cet égard; j'ai constaté moi-même cette diminution dans la longueur du vagin chez une jeune fille de dix-neuf ans, qiie Ictroitesse de cet organe empêchait do se livrer à la prostitution.

L'étroitesse du vagin est (pielquefois limitée sur un point; mais le plus ordinairement elle occupe le canal tout entier. Nysten a inséré, dans le Journal de inédecine de Corvisart et de Leroux, une observation sur laquelle je reviendrai ailleurs, et de laquelle il résulte que l'orifice du vagin présent;iit seul un resserrement énorme.

Mais, ainsi que je viens de le dire, c'est le plus ordinaii-emcnt sur toute la longueur du canal que porte l'étroitesse ; les faits de ce genre ne sont pas très-rares ; je n'en rapporterai que deux exemples remarquables, le premier par sa disparition naturelle, et le second par le traitement mis en usage et dont le succès doit engager à imiter l'auteur en de semblables circonstances.

Le sujet de la première observation, consignée dans les Mémoires de r Académie des sciences de Paris, est une jeune personne dont le vagin pouvait à peine admettre une plume à écrire. A chaque époque menstruelle, elle éprouvait dans la matrice une tension douloureuse très-forte^ et les règles coulaient avec une très-grande difficulté. Mariée à l'âge dd seize ans ùun homme jeune et vigoureux, elle ne put recevoir ses embrassements, et, visitée par des médecins, elle fut déclarée par eux impropre à la copulation. Cependant, après onze années d'impuisssance et de stérilité, et sans que le vagin eût acquis une capacité plus grande, cette femme devint enceinte ; son état, onle comprend, inspirales plus vives craintes, car on prévoyait que raccouchemcnt serait impossible par les

(1) Caillot, Mémoires de la Société médicale d'émulation. Chaiissier, Bnllciin de la Faculté de médecine de Paris.

!\Oll IMi'l ISSANClî t:lIEZ LA FEMME.

voies naturelles. Mais, vers le cinquième mois de la grossesse, le vagin commença à se dilater, et sur la fin, il avait acquis les dimensions convenables pour permettre la sortie de l'enfant (J).

Ce fait est excessivement remarquable par la terminaison qu'il a présentée; il est peut-être le senl dans la science, et eu face d'une exception aussi rare il y aurait folie à s'abstenir et à compter sur la nature.

Dans les cas de ce genre, il faut que l'art intervienne, et je vais dire, en racontant le second fait que j'ai choisi, de quelle manière se doit faire cette intervention.

Le vagin de la femme en question était à ce point resserré dans toute son étendue qu'il pouvait à peine admettre le tuyau d'une plume à écrire. Mariée à un homme dont la force virile u'était pas douteuse, cette infortunée ne put lui faire goûter les plaisirs de la couche nuptiale, et elle allait voir son mariage déclaré nul, quand Benevoli consulté mit en usage la médication suivante : il employa d'abord les fomentations émollientes ; ensuite il i]itroduisit un pessaire de racine de gentiane dans toute la longueur du canal, comme s'il se fût agi d'agrandir une fistule, et il augmenta progressivement le volume de ce pessaire jusqu'à ce qu'il pût le remplacer par la moelle d'une tige de maïs, et arriver ensuite à l'éponge préparée. Ces diverses substances, en s'impfégnant des mucosités vaginales, se gonflèrent, dilatèrent progressivement le vagin, et le rendirent apte à remplir ses fonctions (2).

Il suffit d'indiquer cette médication pour que tout le monde en comprenne les avantages, et qu'en semblable occurrence on suive l'ingénieuse et sage conduite de Benevoli.

Dans un cas pareil, Demarquay se servit d'un cylindre creux,

(1) Mémoires de r Académie des sciences de Paris, (i) Van Swieten, Comment, in aphorism. Boerliaave, § 1290, et Boyer, Maladies chirurgicales, 1" édit., t. X, p. 340

DÉFAUT n'iNTHOMlSSION. — ANOMALIES ]>U VAGIN. 505

construit en buis, divisé en deux valves, comme un spéculum, et enveloppé d'une chemise de caoutchouc vulcanisé; quand le cylindre fut engagé dans le rétrécissement, on écarta les valves au moyen d'un mandrin dont on augmenta la grosseur à mesure que la dilatation devenait plus considérable, et la malade guérit au bout d'un temps assez court.

Obturation du vagin. — Cette anomalie est constituée par la présence d'une membrane plus ou moins résistante et placée plus ou moins haut dans l'excavation vaginale. C'est une véritable cloison qui coupe le vagin en deux : une partie supérieure et une partie inférieure. Nous verrons tout à l'heure, dans les cas de bifidité, celte cloison se diriger dans le sens vertical, et diviser le vagin en deux portions latérales.

La cloison obturatrice dont j'ai à m'occuper ici est tantôt incomplète et tantôt complète. La distinction, on le comprend, est de la plus haute importance sous le rapport de la stérilité.

Une des observations les plus remarquables de cloison incomplète que possède la science est colle que rapporte J.-L, Petit.

Le sujet est vuie jeune femme que notre chirurgien a^ait examinée alors qu'elle était encore fille, dans le but de constater les dimensions du bassin. Après avoir reconnu la bonne conformation de cette partie, J.-L. Petit se refusa de visiter les organes internes de la génération, ne voulant pas détruire les signes de la virginité.

La jeune fille s'étant mariée, et le motif allégué par le chirurgien n'existant plus, celui-ci reprit l'examen interrompu, et constata ce qui suit : « Je trouvai, dit-il, au-dessus de l'orifice du vagin, une tumeur de la grosseur d'un œuf, laquelle s'élargissait en montant; comme la malade ne souffrait point, je portai mon doigt au^^si avant qu'il me fut possible, et, comme si j'avais percé une poche, il sortit en abondance du sang

llOQ IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

roiigc et fluide, pais des caillots noirs, et en pressant tout l'espace qu'occupait la tumeur je la vidai tout entière; puis, portant mon doii^t au-dessus, à droite et à gauche, je reconnus que cette poche avait la forme d'un pa7îie?' de pigeon, ayant son fond en bas, et son ouverture, qui était fort grande, était en haut, de manière que le sang menstruel, au lieu de sortir, tombait dans cette poche et la remplissait au point qu'elle formait une tumeur qui bouchait tout le vagin. Tout ce que je viens de dire se passa sans douleur. Pour remédier à cet accident, quoique la membrane qui formait cette poche eût l'épaisseur d'un écu, je fus d'avis de la fendre dans presque toute sa longueur ; et si l'on m'avait cru, cette dame ne serait pas morte.

)) On consultai! mon insu diflerentes personnes, qui rejetèrent bien loin l'idée de cette opération , et en firent une description telle, que la mère, le gendre et la fille en furent effrayés.

» On conseilla un pessaire, qui, introduit et placé à propos, au commencement des règles, presserait la poche et la tiendrait appliquée contre le vagin, pour empêcher qu'elle ne se remplît, pendant que le sang coulerait librement par l'ouverture du pessaire. Cette idée fut suivie. La malade eut ses règles ; le pessaire réussit parfaitement, et l'on crut la malade guérie. La dame devint grosse; la grossesse se passa sans incommodité ; l'accouchement ne se passa pas de même ; la poche en forme de panier de pigeon, à laquelle on ne songeait plus, et dont la sage-femme ne fut point prévenue, retarda longtemps l'accouchement, et s'élant enfin déchirée, on tira heureusement l'enfant, que l'on trouva mort; mais la tête avait été retenue si longtemps au passage que la poche, le vagin et la vessie, qui avaient été fort comprimés contre le pubis, tombèrent en gangrène; je fus appelé à ce désastre : le déchirement et la pourriture régnaient dans tout levagiu et la vessie,

PÉl-AIT It'iXTROMTSSIOX. — ANOMAIJKS Kl VAGIN. /t07

et la gangrène attaquait même riiroLliro, le clitoris, les nymphes et rintérieur des grandes lèvres, etc. (1) . »

Comme le voulait faire J.-L. Petit, qui se trouvait en préseuce d'une véritable valvule, l'excision de la cloison est la seule ressource que l'art mette à notre disposition.

Onelquelbis, surtout quand Tobturatcur n'est ni trop étendu ni trop épais, on peut se contenter de le fendre en deux, soit avec les ciseaux, soit avec le bistouri, et les lambeaux, en se rétractant, se perdent dans les plis du vagin et ne sont plus un obstacle à la copulation et à la sortie des règles.

Mais si la cloison est très-étendue, sans être cependant complète, et si elle est constituée par une membrane dure, épaisse, calleuse, il en faut faire l'extirpation entière, opération qui, grâce au spéculum, n'offre aucune difficulté.

Quand la cloison est complète, c'est-à-dire qnand elle produit l'effet d'un diaphragme placé en travers du vagin, le diagnostic, surtout à l'âge oij s'établissent les menstrues, ne peut s'égarer. Outre le sentiment de pesanteur que la malade éprouve du côté de la matrice, outre le développement de l'alDdomen dû à l'accumulation du sang dans l'utérus, les règles, pressant sur la membrane qui forme la cloison, la refoulent en bas, et constituent ainsi une tumeur fluctuante que Ton aperçoit à l'entrée de la vulve quand l'obstacle est placé assez bas, mais que l'on reconnaît toujours en introduisant le doigt dans le vagin.

L'indication à remplir se devine.

Quelquefois le sang accumulé brise par son propre poids la membrane, et épargne ainsi au chirurgien un coup de bistouri ou de trocart.

Mais le plus ordinairement l'art est obligé d'intervenir et

(I) J:-L VùWl, Œuvres complotes. — Traité des maladies chirurg. Paris, ISlï, p. ?J% é.Jit. de la Bibliothèque chirurgicale.

i!j08 IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

de donner issue au liquide, sauf à couper ensuite les lambeaux flottants dans le vagin.

Les exemples d'obturation vaginale sont moins rares qu'on ne pense : Ambroise Paré, Ruysch, Fabrice de Hilden, Benevoli, J.-L. Petit en rapportent plusieurs, et l'on en rencontre un assez grand nombre dans les recueils et les journaux de médecine.

Bifidité du vagin. — Ainsi que je le disais plus haut, la cloison dont je viens de parler, au lieu d'être transversale, diaphragmatique, peut être longitudinale, c'est-à-dire dans le sens de l'axe du vagin, et partager ainsi ce canal en deux portions latérales. Cette cloison est tantôt incomplète et tantôt complète.

Elle est incomplète quand elle n'occupe pas toute la longueur du canal, qu'elle commence à un point plus ou moins éloigné de la vulve.

Elle est complète, au contraire, quand elle divise le vagin dans toute son étendue; assez généralement alors, la matrice elle-même participe à cette anomalie, et présente une bifidité sur laquelle j'aurai à revenir plus tard. Dance a inséré, dans les Archives de médecine, une observation de ce genre, recueillie sur une femme morte à l'Hôtel-Dieu, et à laquelle je dois donner ici une place, pour mieux faire comprendre le vice de conformation dont il s'agit : « Une membrane continue, dit-il, divisait le vagin dans toute sa longueur, à partir du méaturinaireet de la commissure postérieure de la vulve jusqu'au milieu du col utérin. Cette cloison avait environ une demi-ligne d'épaisseur ; elle était ferme, résistante, tapissée de chaque côté par la membrane muqueuse vaginale, qui se continuait de part et d'autre sans interruption. Le col de la matrice ne formait point de saillie apparente dans la cavité de ce double vagin; son extrémité inférieure était plutôt aplatie qu'arrondie; à droite et à gauche de cette surface, on voyait

DÉFAUT d'intromission. — ANOMALIES DU VAGIN. /jOl)

deux simples trous de forme ronde, de la grandeur d'un petit tuyau de plume, n'élant point conronni's par dcnx lèvres, ne présentant point l'apparence de fente transversale comme dans l'état naturel. Ces trous aboutissaient isolément dans une loge correspondante de la matrice, dont la cavité était ain^i séparée en deux par un septum médian. Vers les angles supérieurs de cet organe existaient deux prolongements latéraux d'un pouce et demi à denx pouces de longueur, ayant le volume du doigt, une texture identique avec celle des parois utérines, dont ils étaient une continuation, une forme arrondie et conoïde, se terminant enfin par leur sommet en donnant naissance aux deux trompes. La longueur de ces derniers canaux était, à partir de ce point jusqu'à leurs pavillons, aussi grande que dans l'état naturel. Le corps de la matrice avait un très- petit volume; sa hauteur, jointe à celle du col, était seulement de deux pouces; sa texture ne différait point de celle d'une matrice ordinaire; elle ne paraissait point avoir été en aucun temps le siège de la fécondation. Les ovaires étaient petits et comme ratatinés, l'urèthre et le clitoris bien conformés (1). »

La bilidité, car, en définitive, c'est à ce point de vue qu'elle nous intéresse, pcuf-ellc empêcher la copulation? Rigoureusement, elle ne constitue pas une impossibilité absolue, un obstacle infranchissable, mais ol c est une gene et une source non douteuse d'ennuis et de douleurs pour les deux conjoints. Une jeune femme, dont la bifidité du vagin était incomplète, pouvait se livrer à la copulation, il est vrai, mais avec de telles précautions qu'elle réclama mes soins pour être débarrassée de cette infirmité. La verge, en pénétrant dans le canal, heurtait quelquefois le bord inférieur de la cloison, qui était à peu près à deux travers de doigt de l'orifice vulvaire, et ce choc n'ét'iit pas sansdouleur pour l'homme et surtout pour la femme ; dans

(l) Danro, Archives générales^ de médecine, ann. 1829, t. XX, p. 538.

/|10 IMIMUSSANCE (TIEZ LA VEM!ME.

tous les cas, quel que fût le côté où se logent la verge, la poche vaginale n'ayant plus que la moitié de sa capacité ordinaire, était distendue outre mesure, et cette distension faisait du coït un sujet constant de souffrances.

A ne considérer que l'acte copulateur, l'opportunité d'une opération ne saurait être douteuse; mais quand la bifidité du vagin se prolonge jusqu'au col de l'utérus et pénètre dans cet organe, il peut être utile de s'abstenir et de laisser subsister un obstacle au coït, afin de prévenir les accidents ultérieurs que déterminerait à coup sûr une grossesse ; en effet, le produit de la conception, en se développant dans une cavité trop étroite, s'il ne succombait pas lui-môme, pourrait déterminer la rupture de la poche utérine dans laquelle il serait contenu, sans parler des douleurs nombreuses qui accompagneraient cette distension forcée ; et puis, la cloison longitudinale partageant en deux, comme dans l'observation de Dance, l'ouverture inférieure de la matrice, on prévoit les difficultés que présenterait l'accouchement.

Pour toutes ces considérations, dans les cas de bifidité du vagin et de l'utérus, j'estime qu'il convient de respectér l'obstacle apporté par la nature à l'entraînement de la passion, et de considérer la cloison vaginale comme une sage prévision de la providence.

Mais quand la bifidité n'intéresse que le vagin, quand la matrice reste étrangère à cette anomalie, on est autorisé à débarrasser la femme d'une infirmité qui, outre les ennuis dont elle remplit son existence, est, dans le cas de grossesse, la source de nombreux accidents au moment de la parturition.

Communication du vagin avec les organes voisins. — Les organes avec lesquels ces communications s'établissent sont l'urèthre, la vessie et le reclum ; elles s'opèrent par des solutions de continuité des parois vaginales, et constituent ainsi des fistules que l'art parvient souvent à guéi'ir, comme les fis-

DÉFAUT d'intromission. — ANOMALIES DU VAGIN.

tules accidentelle?, par des procédés Hivers que Joberl (de Lamballe) (1) etM.Marion Sims ont singulièrement perfectionnés.

Au point de vue exclusif de la copulation, les fistules ne sont pas dommageables, car le coït est toujours possible; seulement ces dispositions, en laissant sortir par le vagin, soit les urines, soit les excréments, soit les deux à la fois, inspirent le dégoût, et deviennent ainsi la source de répulsions morales.

Il n'en est pas de môme au point de vue de la fécondation qui, ainsi que je le dirai plus loin, peut être profondément atteinte.

Dans d'antres circonstances, c'est le vagin imporforé qui s'ouvre dans le rectum. Cette anomalie est assez rare, et de pareilles observations, d'après Boyer, n'ont été faites qu'un très-petit nombre de fois (2) : on en trouve un exemple dans le Journal des savants, année 1777, et un second dans les Mémoires de Berlin, année 177Z|. L'illustre secrétaire de l'Académie de chirurgie, Louis, en cite un troisième exemple sur lequel je demande la permission de m'arrêter un instant, à cause des circonstances qui l'accompagnèrent et de la discussion à laquelle il donna lieu, et qui est fort peu connue.

Dans une thèse soutenue sous sa présidence aux écoles de chirurgie, et dont les bibliophiles s'accordent à lui attribuer la paternité, Louis raconte qu'une jeune fille, chez laquelle il n'existait aucune trace des parties externes de la génération,

(1) Jobort, Traité des fistules vésico-ntérines, vésico-utéro-vaginales, cntei-o-vn(iinale)i et recto-vaginales. Paris, l(S5"2.

(2) M. Le Fort, dans sa thèse de concours, Des vices de conformation de l'utérus et du vagin, l(S('»;», rappelle que Barbaul en cih! (|uelques exemples dans son Traité d^iccouckenumls, 1. I, p. 59; que l'iizos et Grégoire assistèrent, en juin 17))!), à un accouchement en tout seml)lal)le à celui rapporté par liOuis; ([ue Devignc et Verniont furent témoins d'un accouchement opéré dans les mêmes circonstances; qu'enfin Rossi rapporte un cas (Archives générales de médecine, t. X, 18"27), dans lequel il avait cru d'abord avoir affaire à une rétention menstruelle, tandis qu'il s'agissait d'une grossesse.

/j12 IMPUISSANCE ClIKZ LA FEMME.

était réglée par l'anus. Son amant, poursuit-il, lui arracha l'aveu de ce vice deconfornnation, et, dans ses transports amoureux, il lii supplia de lui permettre de s'unir à elle par la seule voie qui lui restait : elle y consentit, devint enceinte et accoucha à terme, par l'anus, d'un enfant bien constitué (1).

Comme conséquence de celte observation, Louis demanda aux casuistes si une femme, privée de vulve, était, oui ou non, en droit de chercher dans l'anus la voie de la propagation. Les théologiens s'émurent, des cris de réprobation s'élevèrent contre le célèbre chirurgien qui ne tarda pas à avoir contre lui le Parlement et laSorbonne. Il fut interdit.

Cependant la question n'était pas neuve pour les casuistes et avait été, bien longtemps avant Louis, approfondie par les pères Gucufe et Tournemine. A ce problème : Animperforata mulier possit concipere? les deux savants pères que je viens de citer avaient décidé « qu'une fille, privée de la vulve en apparence, devait trouver dans l'anus des ressources pour remplir le vœu de la reproduction » . Sanchez, le fameux casuiste espagnol que tout le monde connaît, avait partagé l'opinion des pères Cucufe et Tournemine ; cependant, malgré cette unanimité de trois grandes lumières de la théologie, les papes avaient fait un cas réservé aux jeunes filles qui tenteraient cette voie.

(1) Voici en entier le texte même de cette curieuse observation « Alia imperforatioiiis apparentis species hic manel recensenda de quà » non ita pridem Parisiis vidimus exemplum noiatu dignum, vernacule » in academiarum commcntariis non tradcndum, ob verecundiam de re » pudendâ servandam. Adolescentula in quà nulhuii vulvœ et vaginal » vestigium, per anuin purgationcs menstruas palicbatur : eam vir » quidem adamavit, et huic quà data via se commisit, non langonda î transibens vada, quod alibi nefanda fuisset fœtidas in hoc casu fait î secundùm naturas inlentum. Gravida enim facta fœtum lempore opporî tuno enixa est, lacerato ani sphiuctore. hi uxore sic disposità, uti fas » sit, vel non, judicent theologi morales ? » {De paritum extermmm generntioni inserventium in mulierebus, etc.).

DÉFAUT d'un i UOMiSSION. ANOMALIES MULTIPLES. AÏS

Louis, par sa question indiscrète : In uxore sic dispositâ uti fas sit, vel non, judicent thcologi morales? mettait donc en suspicion les décisions de Rome, et justifiait, jusqu'à un certain point, les rigueurs exercées contre lui par la Sorhonne et le Parlement.

Cette afFaire, on le comprend, ne se passa pas dans le huis clos, et le problème, fort débattu en France, fut de nouveau soumis à la sagesse du souverain pontife. Le pape Benoît XIV, qui portait alors la tiare, plus philosophe et plus éclairé que ses prédécesseurs, permit l'usage de la parte-poste dans le sens du père Gucufe.

En présence d'une pareille décision et en souvenir du fait l'apporté par Louis, Pougens n'hésite pas à donner le conseil suivant : « Les jeunes femmes stériles seraient peut-être autorisées, ou devraient, au contraire, tenter les deux voies, pour s'assurer de la véritable route de la propagation (1) . )>

Comme on le voit, Pougens répudie cette maxime de la sagesse des nations : Dans le doute, abstiens-toi.

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