‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 94 sur 164 · C. — Anomalios multiples de l'appareil copulateur · texte numérisé non relu

C. — Anomalios multiples de l'appareil copulateur

Moins que chez l'homme les anomalies multiples de l'appareil copulateur de la femme peuvent induire en erreur sur le sexe de la personne ; en dehors du fait rapporté par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire de ce moine qui donna des preuves manifestes du sexe féminin (2), la science ne connaît qu'un fait unique d'une femme mariée comme homme et ayant toujours vécu comme tel; c'est celui du nommé Valmont, dont l'observation a été publiée par MM. Bouillaud et Mauec, et sur laquelle je reviendrai tout à l'heure (3).

(1) Pougens, Dictionnaire de médecine pratique, t. IV, p. 162G, 2^ édit.

(2) Isidore GeofTroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière (les anomalies de l'organisation chez l'Iionme, 1832-1836.

(3) Exposition raisonnée d'un cas de nouvelle et singulière variété

/jj/l IMl'l'lSSANCr: CHEZ LA l'liMME.

Les anomalies qui, extérieurement, peuvent induire en erreur sur le sexe d'une femme portent tout à la fois sur le clitoris, sur le canal de l'urèthrc et sur la vulve, compliquées quelques fois par la présence d'un ovaire.

Le clitoris peut avoir des dimensions qui se rapproclient de la verge d'un adolescent de douze à quinze ans; il est alors pourvu d'un gland et d'un prépuce proportionnés au volume de l'organe, et entre en érection sous l'influence d'idées las-

cives

Le gland du clitoris n'est jamais percé à son extrémité, comme chez l'homme; mais le canal de l'urèthre, au lieu de se terminer, comme chez la femme, sous l'arcade pubienne, peut se prolonger plus ou moins loin, sous le clitoris, et simuler un véritable hypospadias.

Si, d'autre part et en môme temps, l'ouverture vulvaire est oblitérée par l'adhérence des deux grandes lèvres, on a le simulacre d'un scrotum, avec un raplié un peu plus accentué, il est vrai, qu'à l'état normal; ce faux scrotum est vide, il ne contient ni testicules, ni c:r..lon sperrnaliquc; c'est l'image de

celui du cryptorchide.

Cependant un corps ovoï.lc, de la forme et de la grosseur d'un testicule, peut se rcr.conlrcr dans une des grandes lèvres, et alors, on est porté à croire à une monorchidie. M. Léon Le Fort rapporte une ob.servalion curieuse de ces dispositions, relative à une jeune fille de vingt ans, dont Debout présenta, on 1859, à la Société de chirurgie, le moule en plâtre des parties externes de l'appareil génital, et opérée avec succès par Hu^uier, qui lui fit un vapjn artificiel.

Je ne rapporterai de cette observation intéressante que les ttnomalieB qui rentrent dans le cadre de cet article : » Le

d'hermaphrodisme obserm chez Hiomme [Journal uniursel et hehdo^ madaire de médecine et de chirurgie pratiques. Pans, 1833.)

DÉFAUT d'intromission. — ANOMALIES MULTIPLES. /il 5

cliloris, dit M. Le Fort, du volume du petit doigt, long- de h il 5 centimètres, se termine par un gland à la base duquel, comme dans les cas d'iiypospadias, il existe une ouverture })ar laquelle s'écoule rurine; en arrière de la couronne du gland, sur le corps de l'organe, existe un repli cutané qui simule un prépuce refoulé. Sous l'influence de la moindre idée lascive, et souvent môme spontanément, cet organe entre en érection d'une façon désagréable pour la malade.

» De chaque côté du clitoris existent les grandes lèvres dont le développement est normal; celle du côté gauche offre à sa partie moyenne un relief dû à la présence de l'ovaire, sorti de la cavité du bassin par le canal inguinal. Cette saihie de la grande lèvre lui donne l'aspect de l'une des bourses. Une particularité ajoute un nouveau litre à cette ressemblance : chaque lois que le clitoris entre en érection, on voit un mouvement ascensionnel se produire dans les grandes lèvi'es, comme si elles étaient doublées d'un muscle crémaster.

» Cet ovaire, que plusieurs confrères considèrent comme un testicule, est un corps ovoïde du volume d'une grosse amande. Il offre la consistance molasse des organes glandulaires ; une pression, même légère, y détermine de la douleur; à sa partie supérieure, à travers l'épaisseur de la grande lèvre, on constate l'existence d'un petit cordon fuyant sous la pression des doigts; ce cordon disparaît au niveau de la branche hori^ zontaledu pubis.

>' Lorsqu'on écarte les grandes lèvres, on ne trouve aucun vestige d'ouverture vulvaire; celle-ci est remplacée par une cloison, formée à lextéricur par une peau recouverte d'épithélium. Sur la ligne médiane existe un raphé qui se prolonge de la commissure des grandes lèvres à l'ouverture située en arrière du gland du clitoris (1). »

ris^^isr^^'^r^ol''"'''''^' ^onr.rm^/o» de l'utérus et du mrjin. l'a-

/llO IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

Malgré cette muUiplicitc de malformations le sexe de la malade ne fut pas m.îconnu, parce qu'il existait les caractères généraux delà femme : absence de barbe, développement des seins, formes arrondies, bassin évasé et surtout la menstruation.

Les fonctions génitales, comme copulation et comme fécondation, étaient compromises. Il est probable que l'opération pratiquée par Huguier a rétabli au moins la fonction copulatrice, puisque l'orifice vulvaire, au départ de la malade, permettait facilement l'introduction du doigt indicateur et du spéculum.

Le fait de M. Bouillaud, le seul, je le répète, d'un individu vraiment femme par les organes internes et essentiels, et dont le sexe fut méconnu pendant toute la vie, se rapporte à un malade, du nom de Valmont, tailleur de son état, marié et veuf comme homme, et qui mourut du choléra en J832, dans le service de M. Bouillaud, à la Pitié.

Voici la description que fait M. Bouillaud de l'appareil génital externe de cet individu : « Dans la région des organes génitaux externes, on voit une verge de grosseur moyenne terminée par un gland bien conformé, ainsi que le prépuce dont il est recouvert. L'ouverture du méat urinaire, au lieu d'occuper le centre même du sommet du gland, existe vers la partie inférieure de cette partie.

T> Les bourses sont petites, mais, d'ailleurs, très-reconnaissables;les téguments qui en forment la partie essentielle offrent la couleur brune et le froncement qui existent à l'état normal et sont ombragés de poils; elles sont divisées en deux parties symétriques par un raphé qui s'étend du prépuce à l'anus, et qui paraît un peu plus dur et saillant qu'on ne le rencontre ordinairement chez l'homme. Les bourses sont dépourvues de testicules; on n'y rencontre aucun vestige de ces organes; elles ne contiennent qu'un tis^u cellulaire lamelleux,

DÉFAUT d'intromission. — LÉSIONS ORGANIQUES. l\\7

semblable à celui que l'on trouve dans l'épaisseur des nymphes. ))

11 est malheureux que Tobservation de cet individu, offrant un utérus, des ovaires et des trompes parfaitement constitués, n'ait pu être complétée par des renseignements relatifs à ses mœurs, à ses habitudes et à son mariage. Il était veuf quand il entra à l'hôpital, et l'on ne découvrit son organisation que par l'autopsie.

Dans tous les cas, les facultés génitales, comme femme, étaient nulles chez Valmont : il n'y avait nul vagin pour recevoir la verge et pour communiquer avec l'utérus.

A-t-il exercé la copulation comme homme? c'est probable, puisque la verge était de grosseur moyenne.

En résumé, les anomaUes multiples de l'appareil externe de la génération chez la femme s'opposent à la copulation féminine et à la fécondation, mais donnent rarement lieu à des erreurs sur le sexe, comme les anomalies multiples de l'appareil génital externe chez l'homme.

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