CHAPITRE II
LÉSIONS ORGANIQUES DE l'aPI'AREIL COPULATEUR.
Ce chapitre sera court, car si les diverses affections qui peuvent y figurer ont une importance assez grande dans la pathologie générale des organes génitaux de la femme, elles ne présentent qu'une valeur secondaire au point de vue qui nous intéresse.
Ces affections sont toutes plus ou moins douloureuses, et l'augmentation des souffrances que déterminerait, h coup sùr, la présence d'un corps étranger mis en contact avec les parties malades, est un motif suffisant pour faire redouter aux femmes l'acte du coït. Cette abstention est, il est vrai,
ROUBAUD. ->-j
/l18 1MPUISSA>XE CHEZ LA FEMME.
momentanée, et prend sa source dans une série d'accidents qui ne rentrent que d'une manière subsidiaire dans le cadre de mon sujet.
Je ne m'y arrêterai donc pas davantage.
Mais si ces phénomènes morbides, en tant qu'ils constituent par eux-mêmes un obstacle à la copulation, méritent à peine d'être mentionnés dans un ouvrage de la nature de celui-ci, il n'en est plus de même quand on les étudie dans leurs conséquences et qu'on les considère comme des causes prochaines de l'impuissance chez la femme.
Et, en effet, un des résultats les plus fâcheux, à notre point de vue, que ces affections peuvent produire est le rétrécissement ou l'oblitération du vagin ou de la vulve, soit par l'agglutination immédiate des parois vulvaires ou vaginales, soit par la formation de brides ou de callosités.
Les plaies, les ulcérations, les excoriations, les déchirures, l'inflammation, etc., peuvent amener l'un ou l'autre des accidents que je viens de signaler; les exemples n'en sont pas
rares dans la science.
Paul de Sorbait raconte qu'une jeune fille s'étant endormie sur un vase dans lequel elle avait placé des charbons pour se chauffer brisa ce vase et se brûla toute la région du périnée, delà vulve et du pubis. Cet accident, mal soigné, détermina la réunion des grandes lèvres et ne laissa plus entre elles que deux petites ouvertures, l'une près de l'anus et l'autre audessous du pubis. La femme devint plus tard enceinte, et il fallut, pour que l'accouchement s'effectuât, inciser la cicatrice.
Arnaud cite le fait d'une jeune fille qui, à la suite d'une course à âne, éprouva aux parties génitales externes une inflammation avec excoriation des grandes lèvres ; celles-ci, abandonnées à elles-mêmes, s'agglutinèrent, en respectant toutefois le méat urinaire, et en laissant un trou par lequel s'écoulaient les règles. Gomme dans l'observation précédente, la jeune
DÉFAUT d'intromission. — LÉSIONS ORGANIQUES. /il 9
ûlle se maria, devint enceinte et dut subir l'incision de la cicatrice pour permettre le passage à l'enfant.
Les ulcérations syphilitiques sont souvent la cause d'une semblable adhérence, et il arrive quelquefois alors que la preuve manifeste d'une faute antérieure au mariage devient pour l'époux un signe non équivoque de virginité. Dupuytren fut appelé un jour pour détruire une de ces adhérences qui avait résisté à toutes les approches conjugales, et se garda bien, comme on doit le comprendre, de dissiper l'heureuse erreur du mari.
Ladiathèse scrofuleuse, de son côté, détermine parfois un ulcère rongeant auquel Huguier, qui l'a le premier décrit, donne le nom A'Esthiomène de la vulve. Outre les souffrances que le coït détermine pendant la période d'état de l'ulcère, la cicatrisation de l'esthiomèiie, sous l'influence de moyens appropriés, peut amener des adhérences soit à la vulve, soit au vagin, qui rendent les rapprochements sexuels ou impossibles ou tout au moins difficiles. La conduite à tenir est celle que je viens d'indiquer pour les ulcérations syphilitiques.
L'ouverture vulvaire peut être encore rétrécie à la suite de la déchirure du périnée, que cette déchirure arrive d'une manière traumatique ou qu'elle soit produite par un accouchement. Les cas de ce genre se rencontrent assez fréquemment dans la pratique et sont en nombre assez suffisant dans tous les ouvrages d'obstétrique, pour qu'il soit inutile d'en rappeler ici quelques-uns.
Les déchirures traumatiques du vagin offrent une gravité qui les éloigne de mon sujet; cependant je rappellerai, comme circonstance intéressante pour nous, que cet accident peut nléjne se produire pendant l'acte du coït. Dieraerbroeck rapporte l'observation d'une déchirure du vagin, amenée par la présence de la verge, et qui détenuina une hémorrhngie mortelle; Dugés cite un exemple du même genre, dans le Diction^
/,«20 IMl'UISSANCE CHEZ LA 1-EMMÈ .
naire de médecine et de chirurgie pratiques ; Plazzoni a rencontré nne lésion analogue, due à la même cause, etc.; mais, je le répèle, ces accidents, malgré l'intérêt qu'ils présentent, ne méritent ici qu'une simple mention.
Mais le vagin peut être rétréci et même oblitéré à la suite d'un accouchement long et pénible, sans solution de continuité des tissus. Moreau cite l'observation d'une dame anglaise dont le rétrécissement vaginal, à la suite d'un premier ciccouchement, ne laissait même plus passer les menstrues.
Les injections vaginales caustiques sont la source à laquelle il faut le plus -fréquemment faire remonter l'oblitération du vagin. Une allumeuse de réverbères de Genève s'étant injecté du vitriol dans l'organe copulateur, afin de provoquer un avortement, les parois de ce canal contractèrent de telles adhérences que le produit de la conception ue put passer, et la
femme mourut.
Quelquefois il ne se forme pas des adhérences, surtout quand les injections sont purement astringentes, mais alors les parois vaginales deviennent dures, calleuses et s'épaississent au point d'amener un rétrécissement incompatible avec le coït. Les prostituées savent tout le parti qu'elles peuvent tirer de ces circonstances, et il en est, surtout en Italie, qui vendent pendant de longues années, et grâce à des injections de ratanhia ou de tannin, une prétendue virginité que la syphilis a plus d'une fois marquée de stigmates.
Quelle que soit la cause à laquelle il faille rapporter soit l'adhérence des parois vulvaires ou vaginales, soit le rétrécissement ou l'oblitération de l'organe copulateur, il convient, tout en utilisant l'action des corps dilatants, de recourir aux incisions et scarifications pour détruirelcs cicatrices et les brides les plus résistantes. L'opérateur devra faire lui-même le pansement que cette thérapeutique exige; car, négligée, la médication deviendrait bientôt elle-même une nouvelle cause d'obturation.
PÉFAUT l/iNTROMISSTON.
— Nr.VROSE VULVO-VAGINATE. A 51