SIGNIFICATION DE LA MENSTRUATION
la menstruation n'était qu'un avortcipent périodique; liecot la considérait comme une espèce de phlogose amoureuse, et Ernett comme une véritable érection des parties génitales; bien plus, Dugès et madame Boivin, se fondant sur ce que des femmes portant un utérus sans ovairo n'avaient jamais été réglées, ou que la menstruation avait cessé avec l'extirpation de ces organes, disent textuellement dans leur Traité des maladies de V utérus i < C'est & l'in- > fluence sympathique de l'ovaire sur la matrice, comme «sur tout l'organisme, que sont dus ce molimen et cette » exhalation locale du sang dans la cavité utérine. » En 1835, Schweigliœuser annonçait que la menstruation devait être considérée comme la maturation périodique de la substance destinée à produire le fruit; quelques années plus tard, en 18/i7, M. Pouchet, qui revendique pour lui l'honneur de la découverte, assurait, dans un écrit remarquable (1), que dès 1835 il rendait publique sa théorie de l'ovulation spontanée, dans ses cours faits au Muséum d'histoire natu* relie de Rouen. M. Cosle professa dès l'année suivante la doctrine nouvelle; mais des faits positifs manquaient encore; M. Gendrin les fournit le premier {^) : se fondant sur trois observations de femmes mortes pendant la période menstruelle, ce praticien fut conduit à considérer l'hémorrhagic menstruelle comme étant liée à une fonction spéciale des ovaires, qui consiste dans la rupture d'une vésicule et dans l'expulsion d'un ovule. De son côté, M. Négrier, d'Angers, publia, en 18&0, quinze observations directes qui laissent supposer que, depuis longtemps déjà, il étoit en possession du fait de concordance de l'évolution et de la rupture d'une
;l ; Théorie positive de Vovulation spontanée et de la fécondation^ (S) Traité d§ médecine pMloeophique, t. IL
40G DinitB DE LA PONCTION GtlfÈMniGt.
vésicule de de Graafavec la menstraation. A partir de cette époque, les travaui se multiplient, et ceui de Jones (I), de Paterson (2), de Lee (A), de Montgomery (&), et les ouvrages de Courty (5), de Pouchet(6), de Coste (7), Bischoiï (8), Coiistancio (9) , Raciborski (10), etc., complètent la découverte, et lui donnent une apparence de certitude qu'elle n'avait pas eue jusqu'alors.
J'ai étudié, dans l'article consacré à l'ovologie, les phénomènes qui s'accomplissent dans la vésicule de de Graaf au moment de la sortie de Tœuf. Je n'y reviendrai pas ici. Je dirai seulement que, eu égard à ce qui se passe chei les mammifères soumis à l'observation directe, on peut supposer que les vésicules de de Graaf s'ouvrent tout à fait h la fin de la période menstruelle; aussi M. Pourhet se croit-il en droit de pouvoir déterminer l'époque à laquelle l'œuf est fécondé. Qu'on me permette de citer le passage de son livre relatif à ce point très important pour nous: « lia vésicule de de Graaf (car il n'y en a presque constamment qu'une), qui
(4) Practieal obiervaîions on diteaseê ofuHm^en, Ixmôon, 4839. (t) Edinb. med, and $urg. joum., 4 840.
(3) Med. cMr. tram., i. XXII, p. 329.
(4) On ihe êigm of pregnancy, p. Ï6.
(5) De rœuf et de son développement dans l'espèce hunuùne, Monlpellier. 4 845.
(6) Théorie positive de Vovulation spontanée et de la fécoiuiation, Paris, 4847.
(7) Histoire générale et particulière du développement des corps orga» nisés. Paris, 4 8«8.
(8) Traité du développement de l'homme et des mammifères. Paris, I 43, in-H el allas; el Mémoire présenté à l'Institut, août 4 843.
(9) De la mmstruation et de ses rapports avec l* imprégnation. Bruiellea, 4 844.
{\0) De la puberté et de fûge erUéqmtkez la femme. Paria, 4844.
SramPiCATION DE LA MBHSTRUATIOIV. ll)9
doit éflnettre Tovule, se développe pendant le coars de répoque menstruelle. Puis, soit immédiatement après la cessation du Oui cataméniai, soit seulement lorsqu'il s'est écoulé un, deui, trois ou quatre jours après sa terminaison, eette vésicule s'ouvre et laisse échapper Tovule qu'elle contenait.
i> L'œuf est alors saisi par le pavillon, et il entre dans la trompe, qu'il parcourt avec lenteur. Je pense qu'il met ordinairement de deux à six jours à la franchir et è se rendre de l'ovaire dans l'utérus.
x> Arrivé dans la matrice, il s'y trouve encore retenu de deux è six jours par la decidua exsudée è la surface de la muqueuse, vers le déclin de l'irritation qui suit l'époque menstruelle.
»8i l'œuf n'est point alors imprégné de sperme, il ne se Gxe pas à l'utérus, et se trouve enlevé avec la dtcidua\ celle-ci tombe ordinairement du dixième au douzième jour, à compter de la cessation des menstrues.
» L'expérience ayant prouvé que, chez les mammifères, le fluide séminal versé è l'intérieur des organes génitaux des femelles y conservait plus de trente heures sa vertu |iroliiique, il est probable qu'il en est de même sur notre espèce. Aussi un rapprochement opéré un et peut-être deux jours a\ant le passage de l'œuf dans l'endroit où il subît l'imprégnation peut-il devenir fécond.
» Mais tout rapprochement sexuel opéré après la chute simultanée de la deddua et de l'œuf, et durant tout le temps qui sépare cette chute de l'invasion de la période mensiruelle, est absolument infécond.
« Or, comme nous avons reconnu que la deddua tombait constamment du dixième au douzième jour de l'intermenstruatiou, il résulte conséquemmeot de ce fait que la coneep-
108 DURftI DB LA FONCTION GtNtRATRICE.
tioD ne peut 8*opérer qae do premier au douzième jour qui luiveot les règles, et que jamais elle D*a lieu après celte époque (i). »
Courly, de son- côté, sans être aussi aflirmatif que M. Pourhety s'eiprime ainsi : « Nous sommes porté à conclure que, en général, chez la femme, la conception ne peut aroir lieu que pendant les huit à dix premiers jours qui suivent les règles (2). »
Celte théorie est très séduisante, il en faut convenir^ et simplifie singulièrement le didicile problème de la fécondation; mais malheureusement elle est en désaccord avec Tobservation journalière, qui montre la possibilité de la conception chez la femme à toutes les époques de la période inlermenstruellc, et quelquefois Tinutilité du coit au\ époques filées par MM. Pouchet et Courty comme les seules propres è la fécondation.
M. Coste a cherché à aplanir ces difKrultés, cl, pour répondre à la dernière objection, il assure que le travail de Tovaire peut être incomplet malgré la régularité des règles, et que la vésicule, parvenue à un certain degré de développement, peut rester quelque temps stationnaire, puis avor« ter sans se rompre.
Quant à la corrélation de la menstruation et de la chute naturelle de Tœuf, M. Coste reconnaît qu'elle n'est pas constante, et qu'il est des circonstances capables de hAter ou de retarder le travail de Tovaire. Il distingue, pour la maturation et la chute de l'œuf, des époques naturelles et des époques artificielles, c'est-à-dire provoquées par des cir-
(I) Théorie ptmlive de l'ovulation Mpontamr et de la (ècondaiion, p. 271-270.
(S) De Comf ei de 9on développement dan$ Veepèce humahê^ p. 84 .
PBÉllOllftNBS ACCOMPAGNANT LA VBNBIHOATION. 109
coDfttances extérieares. Au nombre de celles-ci, on doit citer les conditions d'abri et de températare, l'abondance et la qualité des aliments, la cohabitation des rofties et des femelles; ainsi, prenant Tcxemple d'une lapine dont le rat se renouvelle tous les deux mois, quand elle est isolée, et qni se laisse de nouveau couvrir peu après la cessation du rut, quand elle est avec le mâle, M. Coste se demande si, en considérant que l'espèce humaine disposée son gré de toutes ces conditions h Tégard d'elle-même et jouit du privilège d'une aptitude permanente au rapprochement des sexes, on ne pourrait pas conclure qu'elle aussi est soumise à ces influences, et admettre que les phénomènes de la maturation et de la chute de l'œuf chez la femme ne sont pas toujours spontanés ni invariablement fixés par la période menstruelle.
Quoi qu'il en soit, dans l'état actuel de nos connaissances il serait injuste de repousser la théorie de l'ovulation spon* tanée, ainsi que l'a fait le docteur W.-B. Kesteven (1), qui refuse de la ranger parmi les théories indnctives légitimes, et ne la regarde que comme un ingénieux arrangement de l'esprit, et d'admettce comme causes de la menstruation les explications données par Haller et Burdach.
% III. — ¥héMÊmmèmem accm^pacmaiit la
La menstruation s'accompagne de phénomènes locaux et généraux qu'il est important de connaître.
Parmi les phénomènes locaux, le premier fait caractérisa tique de l'invasion des règles est la manifestation d'une odetir spéciale que contracte le mucus excrété par les organes génitaux, et qui est comparable à celle que répandent les
(1} Archites générahs de médecine , 4850.
410 DOlàl M LA VONCTION OÉNÉMATUGB.
émaiiatioDS des parties géuitaies des fomelles à l'époque du rut. Quelquefois ce phénomène est précédé ou accoai|>agné par des coliques, des niau\ de reins, et un sentimeut de pesanteur dans le bassin. Le museau de tanche se tuméUe, se ramollit légèrement, et Tutérus semble s'abaisser. M. ftipaull, de Dijon, en niant ces deux derniers caractères, dit que la seule exallation des forces vitales dont l'œil puisse invariablement s'assurer, consiste dans la saillie d'une veine bleu&lre, quelquefois de deux, aiïerlant une direction irrégulièrement transverse, et formant un relief sur la lèvre antérieure du col.
Bientôt le mucus utéro-vaginal change de couleur : de blanc qu'il est d'ordinaire, il devient brunâtre, et cette colo» ration, tantôt précède Técoulcment sanguin d'une manière immédiate, et tantôt disparait pendant un jour, après lequel du sang presque pur s'échappe parla \ulve.
C'est lu seconde période qui commence.
Cette période n'a pas iinr durée é^ale chez toutes les femmes. D'après les calculs de la statistique, cette durée, fixée sur 562 femmes, a été, dans l'ordre de fréquence, huit, trois, quatre, deux, cinq, six, dix, sept jours. Maison peut dire d'une manière générale que l'écoulemont menstruel se prolonge plus longtemps ch<'z les femmes des villes que chet les femmes de la campagne ; chez les femmes petites, délicates, nerveuses, que chez celles qui sont grandes, fortes, sanguines ; chez les personnes qui mènent une ^ie sédentaire, molle, voluptueuse, que chez celles <|ui se li\rent a des occupations actives et dont les habitudes et les mœurs sont régulières.
D'après ces considérations, on comprend combien doit être variable lu quantité de sang perdue, comparée d'une femme à une autre ; cette quantité n'est même pas égale
PHtROlfAlW AiCCOMPAGlIAlfT LA MSNSTBOATION . 1(1
chez la même femme à chaque menstruation, et il est du reste presque impossible de Tapprécier expérimentalemeoi d'une manière exacte ; cependant on estime que Dehaeo s'est le plus rapproché de la vérité en Gzant cette quantité en chiiïre de 90 à 150 grammes.
Après une durée plus ou moins longue de cette seconde période, la quantité de sang excrété devient de moins eo moins abondante, sa couleur passe du rouge au brun, et, peu a peu, le mucus utéro-vaginal pâlit d'abord, s'épaissit et recouvre ses qualités premières.
Quand l'écoulement menstruel a cessé, des plaques épithéliales nombreuses, d*abord presque intactes, mais bientdt réduites en fragments plus ou moins ténus, se détachent de la face interne de l'utérus et surtout du vagin. En ce moment, c'est-à-dire le dixième jour environ après la cessation des règles, tomberait constamment, d'après M. Pojchet, un flocon albumineux, élastique, d'une teinte opaline, produit par la surface de l'utérus, et qui serait une véritable decidua se formant normalement dans la matrice après chaque période menstruelle , se détachant normalement aussi pendant chaque intervalle des règles, lorsqu'il n'y a pas eu fécondation-
Parmi les symptômes généraux qui accompagnent d ordinaire l'écoulement des règles, il faut noter, avec les coliques et les douleurs des reins, une lassitude dans les jambes et la tuméfaction des mamelles ; pendant la durée de l'évacuation sanguine, l'intensité des battements du pouls diminue, les yeux se creusent et s'entourent d'un cercle livide, et quelquefois l'haleine devient fétide. Enfin si l'hémorrhagie se fait avec difBculté, surtout la première fois, apparaissent, ainsi que le remarque M. Longet, de véritables symptômes morbides.
La menstruation se reproduit périodiquement chez la
113 HUBAR tiS LA FO\CTlaN «(tN^lBATRICR,
femme tous les mois. M. Brîerre île lloismont iiNsure que
l'intervalle d'une ptîrioile ii l'aulre est de 30 jours, il'après
Sirhweigs, il serait seulement de 27 5 28 jours ; très souvent
les rtf^les nnlici|iont sur l'époque suitanle, rarement elles
rclardenl.
\,a menstruation se suspend d'ordinaire pendunl la grossesse et l'iillailemcnl; je dis d'ordinaire, parce qu'il n'est pas très rare de rencontrer des femmes ré;j;Iées pendont ces deux périodes de leur vie; mais dans te premier cas, les menstrues se montrent plutât pendant les trois ou quatre premiers mois que pendant tout le reste de lu grossesse. Chez un grand nombre de nourrices, la menstruulion reporott sî\ ou Iiuît mors après l'accouchement, tandis que cbei d'autres, elle se montre aussi liAtivemenI que cliez les femmes qui ne nourrissent pas ; celles-ci reviennent ordinairement k h menstruotion si\ semaines ou deux mois après l'accouchement.
La nature du liquide ctcrélé n'est ni vénéneuse, ni félidc ; la fétiililé des menstrues doit <ïlre rapportée à la malpropreté, h ]<i clialeurou b un long séjour dans les organes. Son pou de disposition a rc coaguler et à se séparer par le repos en caillot et en sérum, at ait fait supposer qu'il était dépourvu de Bbri ne. Cette opinion, que Lavagnaavoil surtout partagée, est démentie par les analyses plus récentes de M. Denis et de M. Itoucbardat, et par l'ctamen microscopique.
D'après llitllcr, l'écoulement cataménial serait produit par les artères de la mutricc; d'après M. Coste, le sang s'échapporiiit des vaisseaux superficiels de la muqueuse utérine par de petites gerçures microscopiques.
La cessation définitive des règles ou ménopause n'arrire pas h une époque fixe et égale pour toutes les femmes. Sur 4R1 femmes dont l'Age critique a été noté par M. Krierre