C. ImpuîMance pur défaut d'érfction
Pour comprendre les maladies, fort rares d'ailleurs, qui font le sujet de ce paragra|ihe, il faut se rappeler le mécanisme de rérection que j'ai longuement eiposé dans les ronsidérations physiologiques placées en tète de cet ouvrage (1), et que je vais résumer ici en deui mots.
Le sang rouge est apporté k la verge par l'artère honteuse qui, avant de se diviser en dorsale et profonde du pénis , fournit les artères bulbeuses , les artères bulbourétraies, lesquelles constituent, avec les rameaus principaux des tlru\ tlorsalcs, tout Tappareil artériel de ce que Koheit appelle Torgane passif, c*esl-à-dire le gland, le cor|»s spongieux de I iirclre et le bulbe.
Lrs \aisseaux aiïérents du pénis sont très nombreux : k pari quehjues \:jos Irorus >eiiieux, placés sur les calés de la \ciiie dorsale, qui se dirigent sons Tarcarde pubienne et qui >o jellcnl «lorritTc c(îlle-ci dans les plexus prostatique et vésical, la m ijt'ure partie de ces \aisseaux aboutit, à des hauteurs difTénMiles et par des anastomoses (|ui embrassent les corps caverneux, dans la \eine dorsale de la verge.
ICnlin l'appareil copulateur est couq)lété par deux muscles, le bulbo-caverneux etrischio-c:t\erneux , dont les fonctions consistent h s'opposer à la sortie du sang pénien, en comprimant, par leurs contractions, la veine dorsale et les piliers de la verge.
Tous ces organes constituent un appareil hydraulique
(I) Voyez la ^go Si.
d'une affection de l'appareil génito-ukinaire. 827
dont le jeu régulier, sous Tinfluence des désirs vénériens et de rinnervatîon , amène et soutient la turgescence du pénii. Une altération quelconque dans Tune de ces parties trooblera donc le jeu de tout l'appareil , comme il arrive pour les rouages d'une montre ou les engrenages d'une nMchine. Il faut par conséquent rechercher les affections dont peuvent être frappés les systèmes musculaire et circulatoire de la verge.
Les muscles buibo-cavcrneux et ischio-caverneux 9ont, comme tous les muscles de l'économie, exposés à la paralysie et è l'anesthésie. Ces états morbides sont quelquefois indépendants de toute maladie des centres nerveux, mais le plus généralement ils sont amenés par une affection de la moelle épinière.
Dans le premier cas, ces états morbides rentrent dans ce que j'ai appelé l'impuissance idiopathique, qui fait le sujet du second chapitre de cet ouvrage ; dans le second cas, ils appartiennent h l'impuissance symptomatique des maladies de l'innervation qui nous a précédemment occupé.
Je ne puis donc que renvoyer le lecteur à ces deux parties du livre.
Les affections du système circulatoire du pénis sont excessivement rares, et sous ce rapport l'onatomie pathologique est d*une pauvreté désespérante. Cependant Scarpa , je crois, dit avoir constaté une fois l'anévrysme de l'artère dorsale de la verge , et ce fait, quoique unique pcut-ètie dans la science, jette une vive lumière sur certaines circonstances inexplicables sans son secours.
Si l'on considère la ténuité et la délicatesse des vaisseaux artériels et veineux dans lesquels oircule le sang si nécessaire a l'excitation et à l'érection de la verge, on conviendra que nos moyens d'investigation doivent être souvent trop gros-
S38 IMHIISAANCB kYMPTOMATH^K.
lien pour noui faire ap|irécier toutes les lésions dont ces organes sont susceptibles, cl qu'il doit se produire i par eiemple, des dilatations ou des ruptures de ces Taisseaux sans qu'il nous soit possible de les apprécier oomne boos le faisons sur les gros troncs f eineui et artériels.
Je ne me dissimule pas que je ne puis étayer celle manière de voir sur quelque pièce d*anatoinic pathologiquei et que cette opinion est déduite à priori du fait rapporté par Scarpa.
Mais si Ton réfléchit è l'action si souvent salutaire des astringents cl des toniques locaui dans des cas de faiblesse et même d'impuinance complète, on conviendra qu'il n'est pos entièrement déraisonnable d'admettre, soit la résdation de quelque caillot sanguin, soit le rerserrcment, et par eonséqucnt l'énergie imprimée oux parois des vaisseaux.
Les altérations de io circulation locale de la verge me paraissent encore démontrées par l'aspect que présente le pénis des impuissants par suite d'excès de coït ou d'abus d'onanisme. Ces malheureux ont presque tous une verge plus dure et plus ré!:i>tantc que dans les autres cas d'anaphrodisic: on dirnil que le sang, amassé dans l'organe, s'est coagulé dans les \ aisseaux et ne circule plus. C'est qu'en eflcl, les tuniques de ces vaisseaux, trop souvent distondues par le coït ou la masturbation , perdent peu h peu leur élasticité et leur conlroctilité, et finissent par laisser stagner le sang dans leur cavité doublée de «olume.
Cette explication est si vraie, en faisant une large part è la fatigue éprouvée par l'innervation, que dans l'impuissance propre aux débauchés et aux mosturbateurs , l'eau froide ou la glace même sont» de toutes les applications locales, colles qui réussissent le mieux.
Il ne me parait donc pas entièrement contraire à la vérité
D*U5Ë AFFECTION DE l'aPHAREIL GÉMTO URINAIHE. 329
scieiilitiquc (l'ndmctire que dans certaines impuissances, la cause du mal est tout entière, soit dans une lésion de Toppareil circulatoire de la verge, soit dans une altération de cette circulation.
Cette opinion m'est peut-être moins personnelle qu'on ne pourrait le croire. On lit, en efTety dans Fodéré les lignes suivantes:» Dos vices locaux dans les vaisseaux, dans les nerfs ou dans les muscles de l'organe, empêchent parfois que les cellules des corps caverneux ne se remplissent de la quantité de sang nécessaire pour Térection, ce qui produit une atonie approchant de la paralysie. Chaptnl et Gcsner ont guéri de pareilles atonies du membre viril, qui duraient depuis (rois ans, par des immersions répétées dans une décoction de semence de moutarde. Weikard a eu le même succès avec le musc donné intérieurement à un homme presque octogénaire. D*autres médecins, en employant des bains froids et le fer, ont réussi sur des sujets que trop de jouissances ou la masturbation avaient réduits à Timpuissance. Mahon a obtenu guérison en faisant baigner la partie dans un mélange de liqueurs minérales d'Hoiïmann et d'eau, et en l'enveloppant ensuite de linges imbibés du même mélange (1). »
Ainsi que je le disais plus haut, il est très souvent impossible de constater matériellement, soit la lésion anatomique, soit l'obstacle h la marche du fluide sanguin ; il faut alors recourir h la méthode d'exclusion dont la certitude n'est malheureusement pas absolue ici, puisque le praticien se trouvera toujours en face, en dernière analyse, de l'impuissance idiopathique.
Il reste alors le critérium fourni par la thérapeutique.
Alalheureusement ce critérium n'est pas d'une valeur
(t] Traité de médecine légale et d* hygiène publique^ t. I, p. 382.
880 iHMiMAïai ivarroHAf HH».
ÎMMtefUbto, parce qot lei ittriiigeDls et let Imh|Mi n'oDt pai unt actioo tellemeiit apéciali qu'ils m rénimteiit que dans cei drconstancat, et que nème, eea eireoMiaiicef existant réellement, les médications aslringmlea «t tOMquaa M puissent pas écboner quelquefois.
En tout état de choses, cette ignorance, je pourrais mèflM dire celte absence d*ttn diagnostic certain , est moins è re» gretter qu'on ne pense ; car, pour que le scalpel de Técole anetoroique, aidé du microscope» s'il Teût fallut p*ait pas enrichi la science d'observations analogues à eelies de Scarpa, il faut que les dilalatioM ou les ruptures des vais* seeuK de la verge soient asseï rares^ ou mèoM trop (êà^ lement réparables pour laisser des traces après la oMurt de l'individu •
T Maladies du cordon spermatique et des testicules.
Les meladies du cordon spermstique et celles qui aiïectenl les testicules ont entre elles de telles r^nneiions, que je crois devoir les réunir dans un même paragraphe, d'autant mieux que, me proposant plu» tard de les mettre dens leur véritable jour, c*est*à-diro de les considérer comme causes de stérilité, je ne veux les sborder ici que dans leurs résultats par rapport k l'impuissance ; en d'autres termes, je n'ai l'intention de discuter que la question suivante dont l'intérêt n'échappera à personne :
LatiériUté eêtelU une cause tVimpui9$ance ?
Il est évident que je ne vais pas anticiper ici sur l'histoire de la stérilité, qui m'occiiperu dans une autre partie de cet ouvrage, et que, sans rechercher les causes nombreuses qui ches l'homme annihilent la faculté procréatrice , je limite la question en ces termes : l«a présence du sperme est-elle
d'une affection de l'appareil OÉNITO-URINAIRE. 831
nécessaire pour l'accomplissement du coit? ou bien encore : Les désirs vénériens, l'érection de la verge et le plaisir, corop9gnons ordinaires de la copulation, se peuvent-ils produire non^euleroent avec une sécrétion morbide du sperme, mois encore en dehors de toute sécrétion de ce liquide?
La solution de ce problème n'est pas seulement intérêt sanie aui points de vue do la pathologie et du mariage ; elle acquiert une importance (rès grande en médecine légale dans les qu<>stions d'adultère et de viol.
A cété de (^ problème, il en est un autre d'un intérêt tout aussi majeur, qui complète l'euîsemble de la question et que j'aborderai également quand l'heure sera venue: c'est de savoir si Tiropuissance est une cause de stérilité.
Pour le moment, je dois me borner à la première propo* sitioD que j*ai formulée dans les termes les plus généraui.
Quand on étudie l'histoire des eunuques et des castrats, on est obligé d'établir une distinction fondamentale au point de vue qui nous occupe, à savoir : si l'absence des organes spermatiques est congénitale ou accidentelle , et, dans c^ dernier cas , à quelle époque de la vie a eu lieu l'eilirpation ou l'atrophie des testicules,
Quand l'absence des glandes spermatiques est le résultat d'un vice de conformation, l'impuissance çn est une conséquence fatale ; nçn-seulement la verge est incapable d'érection, mais encore l'infortuné atteint de cette infirmité n'a jamais de désirs et ignore toujours les charmes d'un se&c sur un autre (1),
Il n'est pas nécessaire, pour que la virilité se produise, que
(t) Je ne préjuge point ici la réalité de l'absence congénitale des glaadai spermallqu^s. Voyez plqs loin, pour la solution de ce point controversé d'analomie, le chapitre consacré aux anomalies du testicule
SS3 1MHIIS6ANGB ftTmTOUATIQOB.
lei losttculei occiipenl leur place ordinaire dam le «crolum : les cryptorchidca, ou ceut dont lesdidjmes sont rcsiés dans Tabdomen, jouissent de tous les attributs eopulaletên d'on homme bien conrormé. Je dis les attributs copolatears, parce que je montrerai ailleurs que cet arrêt des testicules au-dessus de Tanneau inguinal (.eut, dans quelques circon* stances, être une cause do stérilité.
Mais, pour en revenir h notre sujet, lorsque les testicules ne se trouveront ni diins les bourses, ni dans l'abdomen, et que cette absence sera une de ces erreurs irréparables dont la nature nous donne trop souvent, hélas! le spectacle, l'impuissance 5era complèle, radicale et au-dessus de toutes les ressources do Tari.
On dirait que Torgane sécréteur du sperme contient le souffle qui doit donner la vie nu sens génital, qu'il renferme un principe vital, un evop(i.<>v spécial h ce sens, et qu'il le lui communique seulement à l'époque de la puberté.
Et cela est si vrai, que la cas^tration ou l'atrophie occidentelle des testicules après cet Age ii*entratnent pas fatalement une impuissance radicale. Sans doute, les désirs vénériens cl la force \irile n*ont pas, toutes choses égales d'ailleurs, l'énergie qu'ils présentent chez un homme non mutilé, et si Teunuque ou le castrat ne peuvent accomplir des exploits comporobics à ccut de ce Cntalan dont une reine d'Arngon fut obligée, par ordonnoiice, de réglementer les uctoires (I), ils sont encore capables, nonseulement d'éprouver des trans|)orts, mais encore de les faire partager à la fi*mme. Les dames romaines n'ignoraient point cette particularité, et, désireuses de jouir du conçu-
(1) On lira avec plaisir le récit de ce jageoienl dans llootaigoe : FfMtj, liv. Ill.cbap. V.
D*UNE AFFECTION DE l'aPPAREIL GÉNITO-UHINAIRE. 333
bitus sine Lucind (1), elles la mettaient a profit ^ comme nous l'apprend Juvénal :
Sunt quas eunuchi imbollcs, ac mollia semper Oscula délectent, ac desperatio barbae ; Et quod abortivo dod est opas .. (2) .
Ainsi, arrivant après rétablissement de la puberté, l'abscDce des testicules, et par conséquent de la sécrétion spermatique, c'est-à dire la stérilité essentielle, fondamentale, certaine, n'est pas fatalement une cause d'im|)uissance. Que l'absence de cette sécrétion soit déterminée par l'extirpation de l'organe, par sa dégénérescence, par sa rom|:ression , par l'oblitération des vaisseaux séminaux ou par quelque autre cause que ce soil , l'influence qu'en ressent la faculté copulatrice est toujours la même. Qui ne sait en effet que les individus poVleurs d'un sarcocèie double, d'un varicocèle volumineux , dont les facultés fécondantes sont éteintes, conservent cependant la possibilité d'exercer
(I) En 4750, parut à Londres, sous le nom d'Abraham Johnson, un mémoire en forme de lettre adressée è la Société royale de Londres, et ayant pour titre : Lucina sine concubiltt. — Peu de temps après, Richard Roe publia, en réponse au mémoire do Johnson, une dissertation ayant pour titre : Concubitus sine Lucinû, dans laquelle Tanleur se flattait d'apprendre à l'humanité un secret bien plus avan; lageux que celui de faire des enfants sans congrès, Lucina sine coticubilu, et qui n'était autre chose que le coït sans la fécondation, concubitus sine Lucina, ou le plaisir sans peine. — C'est cette expression, heureusement choisie, qui m'a servi à peindre les intentions des dames romaines lorscju'elles introduisaient des castrats dans leur couche.
(t) Sat. VI, vers 364. Voici la traduction de ces vers, par Méchin :
Pour (i'aiitrr*, un eunuque a d*autant plus (Pallraits, Que, s'il ofTie à leurs sens des plaisirs imparfuits Ses baisers sont plus doux; de leurs feux udullères Leurs Hancs ne pourront point révéler les mystèrei.
6M HMMiAUct 9twmmiftHfÊÊ,
h Mit? StffM doute li hnllé ciipolatriMi il itM flhi h» désirs vénériens, n*ont plus ni la méMl éMrgie ni la wiêwa fréquence de besoins ; ils dimiouent d^intensité , cela est vrai, et la suppression de la sécrétion sémiMle n'a généralement sur eui qu*un« indvenca do plM on do moins.
I/altéra(ion du sperme , qu'elle qu'on soit d'ailleurs sa nature, a une action Micore moins marquée <|oé âa sdppres- ' sion sur l'organe copulaleur. Il fatit Id M pas cdfifoMfre atec ce que j'entends par altéfalion dd spermfl eef taiMtf lllécfioiis des organel qui allèrfflt eu elfet la semeficé , codimfl les abcès des testicules ou des vésicules séminales, te cancer do (a prostate, etc., etc. J'ai esaminé déi spermes qui ne contefisient oucuné trace d'aniinalcules, et je pofa assurer que les itidÎTidus qui me Tataient fourni étaient fcfin de se plaindre d'impuissnnre. D'autres fois le sperme est si fluide, qu'on le prendrait volontiers pour le produit de la sécrétion prostatique, et pourtant la faculté copulatrice n'en est point diminuée. On pourrait multiplier les exemples dans lesquels l'altérotion du sperme n'a en rien affaibli la force virile des individus qui la présentaient, et l'on comprendrait diflicilemcnt qu'il n'en fAt pas ainsi, alors que l'ablation des testicules n'entraim pas fatalement la mort de tout l'appareil génital.
Je rappellerai ces considérations lorsque j'examinerai l'influence de l'impuissance sur la stérilité, et je rapprocherai les conséquences auxquelloi je suis arrivé ici de celles que me fournira alors l'examen du second problème.
IMPUISSilFICB G01<f9t€UTIVft, ETC. 986