‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité v. 1-2Chapitre 47 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

IMPOISSANCK CORSÉCUTIVB.

J'aî, dans le chapitre précédent, passé en revue les états divers, physiologiques ou pathologiques, qui s'accompagnent de Taltération d'une ou de plusieurs des conditions que nous avons reconnues nécessaires pour constituer chez rhommc le coït normal ; je vais maintenant m'occuper des circonstances qui, disparues depuis un temps plus ou moins long, laissent, comme trace de leur passage dans l'organisme, ^inaptitude à l'acte copulateur.

Parmi ces circonstances, les unes, purement et entière* ment physiques, ne sont pas autre chose que les états pathologiques, la maladie proprement dite^ les autres, au contraire, soumises à notre libre arbitre, ont eu besoin pour se produire, de l'incitation interne que l'on appelle la volonté.

C'est dans cette division que je comprendrai toute la matière de ce chapitre.

S 1. ^ Impnlsnaiice coniiécntlTe h mn état orgaoo-

Les états pathologiques qui laissent après eui l'imptri^ sance sont excessivement nombreux ^ la majorité de eeuf qui la comptent au nombre de leurs symptômes peut être rangée dans cette catégorie, car le§ «Itérations locales, sott de rinnervation^ soit de» tissus, sont souvent assez ffih fonde» pour survivre b la cnose qui let avait produites. G# fait, d'un ordre de pathologie générale, se montre ton» l6i jours, par exemple^ dan» le» aiïection» comateuse», dont la

S86 WPDIStAKCB CORStCOTIVK

paralysie ou Taneslbésie persistent en tout ou en partie après la disparition de rapoplexie ou de j'accideiit cérébral qui les avaient au nombre de leurs sjmptAmes.

Je me suis ailleurs suffisamment occupé des adections qui s'accompagnent d'impuissance, pour qu'il me soit permis Je ne plus y revenir ici ; je dirai seulement d'une manière générale que la suspension de la fonction copulatrice peut persister, dans les cas où la maladie n'avait pas son siège sur l'appareil génital lui-même, toutes les fob que Tinner* valion ou les forces plastiques de l'organisme ont été profondément troublées, comme, par exemple, dansé peu près toutes les aiïcclions .des centres nerveux, dans les maladies débilitnnlcs et dons les conialescences longues et pénibles.

Quelquefois ces mêmes affections, sans ai oir produit l'impuissance, et même après avoir occasionné un état tout à fait contraire, lèguent au malade ce triste accident. J*ai observé un fjil de co genre, et il en existe plusieurs exemples dans la science; ce fait o rapport h une apoplexie du cervelet qui, pendant tout le temps qu'elle dura, produisit une espèce de prinpisme, et laissa, après sa guérison, une impuissance complète qui ne se dissipa qu'après plusieurs mois d'une médication localrmciit excitatrice.

Les pertes trop abondantes de sang, d'urine, de matières fécales, etc., agissent comme les maladies débilitantes, et doivent être rangées dans le cadre de celles qui portent atteinte aux forces plastiques.

En résumé, les maladies générales auxquelles l'impuissance consécutive peut être rapportée se divisent en deux grandes classes : 1* celles dont Taclion délétère s'est exercée sur l'inneriation; 2* celles dont l'influence s'est principalement fait sentir sur la vie de nutrition.

Uans le premier cas, l'impuissance a surtout pour carac-

A V'S ÉTAT ORGANO-PATHOLOGIQUE. 337

(ère rimpossibilité de l'iTcction ; presque toujours les désirs vénériens subsistent, l'organe seul fait défaut.

Dans te second cas, au contraire, la flaccidité de la verge s'accom|iagne presque conslaroinent d'indiiïérence pour le sexe; l'apalhie morale est au niveau de la faiblesse génitale, elle malade, privé de désirs, n'obéit qu'à sa raison en voulant ressaisir des jouis'sanccs vers lesquelles rien ne le pousse.

Aussi la médication, est-il besoin de le dire, diiïérera complètement dans l'un ou Taulro cas : excitatrice lorsque l'impuissance sera consécutive à une aiïeclion des centres nerveux, elle sera fortifiante d'abord et excitante ensuite lorsque lanaphrodisie succédera à des altérations des forces plastiques.

J'ai dit ailleurs (1) les ressources qu'offre chacune de ces médications; je n'y reviendrai pas ici, et j'aborde la partie la plus intéressante de ce parogniphc, c'est-à-dire celle qui se rapporte aux maladies dont l'appareil génital est le siège.

En première ligne, et pour ne rien omcKre, je dois signaler les accidents Iraumatiques et la gangrène qui ont emporté l'organe copulaleur, ainsi que les affections diverses qui ont déterminé l'amputation de la verge* — Insister sur ces circonstances serait tomber dans les facéties de M. de la Palisse. — Cependant on s'est demandé si le congrès était encore possible alors qu'il ne restait plus au-devant du pubis qu'un morceau de verge. — La question est fort intéressante, je l'avoue, au point de vue de la médecine légale et de la fécondation, mais elle me parait complètement résolue par rapport au coït tel que je l'ai déOni.

(1) Voyez les pages 102 el suivantes.

-fr

JISB IHPUItillAlICK COMÉCQTIVK

En eiïel, le gland étant le «iége eu plawir tipédal, firf gêné' riSf que luocure Tcicitation vénérienne, il eM bien évUenl ^qo'en Tobienoe de cet orf^ane, la aenaation apéciale dont je parla ne te produira' poa, et que le congru ne pourra déterminer qu'une roanifeatalion de la aensibilité générale. Anni, en admettant que l'érection do morceau restant de le verge MNt suflBaante pour permettre un rapprochement seioel, le coït sera incomplet et Timpuissance réelle par début de véritable volupté.

D'ailleurs, lorsqu'il est admis que les corps catemen d*on pénis accidentellement raccourci se peuvent gorger de sang comme dans une érection normale, la question du ont perd beaucoup de son importance, à cause de toute absence de thérapeutique, et il ne reste véritablement d'intéressant que la question de fécondation, tant an point de vue de In médecine légale que par rapport à l'ordre social.

Ce n'est point ici le lien d'aborder ce problème, que je renvoie à une autre partie de cet ouvrage.

Je fais In même réserve pour les maladies du testicule, du cordon spermatique , des vésicules séminales et de la prostate, qui seront mieui plocées clans le cadre réservé è la stérilité, et je ne m'occuperai ici que de quelques affections de la verge dont les suites peuvent entrotner Tinoptitudeà la copulation.

Le phimosis se présente en première ligne, quoique la difliculté du coïtqui lui succède doive être rapportée moins à la maladie elle-même qu'au mode opératoire qui a amené sa guérison.

Écoutons sur ce point J.-L. Petit, qui, discutant les avantages qu'oflre l'incision unique et supérieure do prépuce sur la double incision latérale, dit, avec cette «zrande raison qui Ta si haut placé dnns l'estime des chirurgiens : a Outre

A UN ÉTAT ORGANO-MIHOLOGIQUE. dAO

les atantages que procure rincision qui partoge le prépuce en déni parties égales, on peut ajouter que l'incision ou iea incisions latérales sont difformes et nuisent aui Fonctions de la verge; Tincision latérale découvre le gland d'un côté seulement, pendant que la partie du gland opposée est entièrement cachée, sans qu'on puisse la découvrir, surtout lorsqu'il y a gonflement et inflammation ; car alors le prépuce ne peut plier, soit par son épaisseur, soit par sa dureté. Après la guérison, la difformité qui reste nuit à la génération, en ce que le prépuce se trouve tout d'un côté et forme un paquet de peau qui rend Tinlroduction de la verge diflBcile et même douloureuse ; mais la diiïormité est encore plus grande lorsqu'on coupe des deui cAtés, parce qu'il reste un lambeau entre les deux coupures, qui fait è peu près le même effet que dans le cas précédent (1). »

Ces sages et judicieuses observations n'ont pas peu con*^ Iribué à faire abandonner l'incision ou les incisions latérales dans Topération du phimosis ; mais si le mode opéra* toire que proscrit J.-L. Petit avait été employé, et si les lambeaux médians présentaient l'incommodité dont il est question, il ne faudrait pas hésiter, ainsi que le propose le chirurgien que je cite, à faire l'amputation de ces lambeaux

Avant de quitter le domaine de la médecine opératoire, je dois signaler toutes les opérations pratiquées sur la verge comme capables de déterminer, i la suite des cicatrices, une courbure de cet organe qui rende impossible ou tout au moins très difficile son intromission dans la cavité vaginale.

Soit que l'opération n'intéresse que le fourreau de la verge, comme dans les cas où l'on veut nrtiticiellement former un prépuce dans le paraphimosis naturel; soit qu'elle

(-l) OEuvres complètes, p. 698.

SiO IWUISSARCK CORSÉCOTIVi

•Iteigne lecorpn npongieui de l'urètre on lei corps ctTer* neui, le rësultot eut identique ; des sdhérences s'éliblMeiil« dsns le premier cas, entre les parties des tégooMnls incisés, de sorte que la peau, retenue par ces adhérences, résiste sur ces points au développement de la verge etrincline fatalement de ce cAté ; dans le second cas, les adhérences ont lieu entre les cellules des corps spongieoi de Turèlre oo des corps caverneui, et la courbure est déterminée par rimpossibilité qu'éprouve le sang de pénétrer ces adhé* rences, pendont qu'il remplit toutes les autres parties de Torgane copulateur.

Les mêmes ciïets se produisent aussi dans les états pathologiques qui omènent des solutions de continuité dans les tissus de l'appareil génital, comme, par esemple, dans les vM de brûlure ou de gangrène qui enlèvent quelques portions du scrotum ou de la peau de la verge.

Cet accident, c'cst-a-dire la courbure de la verge, dû a une cicatrice vicieuse ou à des adhérences des cellules du tissu ërcctile, scroit sans nul doute prévenu, s'il était pos« sibic de maintenir rércction du pénis pendant tout le traitement de la mnladie ; malheureusement cet état ne saurait être obtenu pendant un si long temps, même d'une manière artificielle, d'autant mieux qu'un priapisme, venant compliquer les accidents inflammatoires dont s'accompagnent toujours les circonstances dont il est ici question , pourrait occasionner des accidents plus graves que la maladie prin* cipale et que riniirroité dont elle est quelquefois suivie.

Celle-ci est assez rarement au-dessus des ressources de l'art ; mais il est h craindre de voir échouer toute thérapeutique lorsque les adhérences seront anciennes, ou lorsque des érections vigoureuses ne succéderont pas è la cicatrisation.

A UN Atat organo-pathologiquë. âftl

Dans les cirronstances opposées, c'est-à-dire lorsque les adhérences sont récentes et que le sang afDue avec abon« dance dans les corps caverneux, il suffit, la plupart du temps, de seconder simplement la nature. Les fondants, tels que les iodures, le mercure et la ciguë, appliqués localement, rendent de très grands services, si, en même temps, je le répète, les érections de la verge se soutiennent régulières et énergiques.

Cette dernière condition est si importante qu'elle a été soigneusement notée par J.-L. Petit : « J'ai remarqué, dit* il, en parlant des adhérences qui se forment entre les cellules du corps spongieux de l'urètre et des corps caverneux pendant l'inflammation blennorrhagique, j*ai remarqué que ces tumeurs se fondent ordinairement pendant le traitement, soit d'une chaude-pisse cordée ou de toute autre inflammation de la verge ; mais qu'elles subsistent toujours h ceux qui perdent l'érection et qui ne la recouvrent point pendant le traitement ou immédiatement après (1). »

Ces lignes de J.-L. Petit nous apprennent qu'à cdté des accidents traumatiques ou des opérations pratiquées sur la verge qui font le sujet de ce paragraphe, on doit placer les inflammations urétrales où du pénis tout entier, quelle que soit d'ailleurs la nature de cesphlegmasies. On ne peut nier qu'il n'y ait là en eiïet une cause bien réelle d'adhérence entre les cellules du tissu éreclile ; j'ai eu occasion d'observer plusieurs fois les tumeurs qui en résultent, mais toutes celles que j'ai vues n'étaient pas assez volumineuses pour enlrainer une courbure de la verge; je me rappelle, entre autres faits, celui d'un commissaire-priseur chez qui toute blennorrhagie (et il en avait souvent) était annoncée

(4) Loc. eit.^ p. 74 6.

Sis IHMMUHU QOIWACUTITI

par la priaenM au eorpt spongieui d* l'urètr«, d'um i& cm petites tnmsttri qui disparaiMait h la luite du IrulaaMDl antiblannorrliagiqup, làm jamaN avoir inqoidtA la malada. Cependant on coni|irend que la courbure de la verge puiaasAtre amande par l'inflaniiation de l'urèlre olda pdnia, c'e>t-h-dire par lei adhdrcDCM que eei étata détemÎMnt} l'obienialion de J.-L. I*etit raato tout entière, et dam ce cas les indications thérapeutiques sont confonmi i eellea que j'ai indiquées plus hant, h roecaiion dei courbareade la verge succddant i de* opintions ou à des accidenta trtumaliques sur cet organe.

t n. — iMyln— ■ iiwilMllTatwienwf >ta«ti— .

Leii cirronslanres morbifiques dont il va être question ne sauroient être ronrondues avec ce qu'en pathologie gênérak on appelle causes prédisposantes, déterminantes ou oci'ai^ronnclles : toujours placées sous la dépeodance de la volonté, et ne raisniil sentir leur notion anaplirodisiaque qu'iiprès un temps plus uu moins long , elles ne comprennent ni les temp6romeiits, ni les constitutions qui sont du domaine des causes pri'di «posantes; ni l'Age, ni les aiïcctions morbides, tont générales que locales, qui rentrent dans le cadre des causes déliTmiiiantes; ni la crainte, ni les superstitioifi, ni les senliments antijinthiques, qui sont essentiellement des causes occasionnelles.

Toujours dé|)endanles de la volonté , les circonstances qui font In sujet de ce paragraphe se distinguent par ce caractùrn des états morbides dont je viens de parler, qui, evi, ne ressorlent pas de li conscience, commo, p.ir etempli-, les maladies du cerveau t't de la moelle épiniùre. les affections de l'iippnrcil génital, etc., etc.

A UN ÉTAT FATIIOGÉNigUt. â/lS

Mais ce câraclère, excellent sans doute pour délerraiiier leur physionomie, ne sufHt pas pour les faire mettre parmi les causes de l'impuissance; il faut, pour qu'elles aient cette iniluence, que leur action se répèle souvent et pendant un laps de temps plus ou moins long; en d'autres termes, il faut qu'il y ait excès dans l'exercice de la fonction mise en jeu par ces circonstances, abus de l'organe, et par conséquent abtis de la circonstance morbiûque elle-même.

Les mots eicts et abus ne doivent point être pris dans un sens absolu ; la durée et la fréquence de l'acte qui consliluent ces états, sont liées à tant de circonstances diverses, physiologiques et pathologiques, que ce qui est excès pour l'un est simplement usage pour I autre. L'&gc, le tempérament, la constitution, les habitudes, l'état de santé ou de maladie, etc., jouent nécessairement un grand r6le dans This* toîre des excès et des abus, et quoique les circonstances morbiûques dont je parle se rangent parmi les causes les plus fréquentes et les mieux connues de Timpuissance, il faut dans l'étiologie de cette dernière, pour ne pas tomber dans des erreurs regrettables, tenir grand compte de toutes ces influences et ne pas adopter sans eiunien la conviction des malades^ surtout de ceux qui ont des prétentions médicales ou qui lisent les livres relatifs à notre art

A. Abus d'agenti débilitants ou ane$théiique$.

Les substances dont l'usage abusif peut entraîner l'impuissance seraient, s'il en fallait croire les anciens, aussi nombreuses que variées. Peu d'auteurs se sont tenus dans la réserve qu'observe Venelle sur ce point, el il est peut-être utile de rappeler ici rapidement quelques-uns de ces agents dont la réputation fut anciennement très grande.

fttft lUNTIMAHCC COaStGDflTI

En première ligne se place le oitar oa o^nw eaifuf, ■vec les branchet etlei feuillei ilnquel' les dames d'Albènei, wlon DioH-oride (1) «e dreuaient de> lib pendant les itlei cooMcrdn i Cérès. Arnaud de Villeneuve va même plus loin que ion devancier, et il prétend que pour apaiser les aiguillons de la chair, il suffit de porter un eooleaa dont le manche lersit fait avec le bois de cet arbriiseau. C'est snr la Toi de ces témoignages que t'agnus castu était employé dans Ici monastères, k l'aHéanliiiement des déurs contraires k la chaileté de ces ssinis lieai.

Le nénuphar doit sa réputation è Pline, qui assare « qae ceux qui eu prendront pendant donse jours, se trouveront incat>ables de contribuer k la propagation de l'espèce; et que si l'on en use l'espace de quarante jours, on ne sentira plus les aiguillons de l'amour (2). »

La laitue, dont on a tant vanté les vertus anaphrodisiaques, doit tout l'honneur tlont elle a joui b un charmant épisode de Ib fable. Venu*, d'après le récit des poêles, voulant oublier ses amours adultères, ensevelit Adonis sous une feuille de loiluc, et garda, <Ica tors, grAcc è cette plante, une choslclû jicu conn|ialib!e avec ses goûts et ses habitudes.

Le rate, que ses projiriétés CKcilantes nuraienl dil mettre è l'nbri de loul r<'|irDrhc d'uimphrodisic, a Otû vivement ntla<)ué dans une thèse restée célèbre et soutenue en 1C05, è la Faculté de médecine de Paris, et n été accusé de rendre tet hommes et teifemiaesinhabilta à la généralion. Steniel, venu ensuite, compte ousii l'impuissance parmi les maladies qu'entraîne l'usage immodéré du café, et, è cette orrasion,

(1] CoMmtnlairt deUwKMfcAe, $ur h l" livn dt Dioteoridt, cb. cxvi (i) Hittatn 4m MOMb, Hv. XXV. clwp. ni.

A UK ÉTAT PATUOGÉMIQUB. 3&5

il racoote une histoire qui , malgré son authenticité apocryphe, mérite d'être connue : « L'usage modéré du café, dit-il , loin d'alTaiblir la force de ceux qui sont d'un temperamept vif et robuste, et qui ont les parties de la génération en bon état, sert au contraire à les exciter à l'amour. Il produit des eflets contraires dans les personnes faibles qui abondent en phicgme, qui ont beaucoup de particules ter* restres superflues, et dont les organes de la génération sont languissants. Ue ce nombre était Mahmud Kasnin, roi de Perse, qui était grand preneur de café et qui se trouva hoirs d'état de s'acquitter du devoir conjugal. Sa femme attribua son impuissance à l'usage immodéré qu'il faisait du café ; et elle en (!^tait tellement persuadée, que-\oyant un jour de sa fenêtre un cheval qu'on allait chAtrer, elle dit è ceux qui le menaient qu'ils pouvaient se dispenser de faire souffrir è cet animal une opération aussi cruelle, puisqu'on lui donnant seulement du café, on pourrait le rendre aussi énervé que le roi (1). »

Le nitrate de potasse a été également accusé de produire Tanaphrodisie , et Tusagc qui s'en répandit en Angleterre lorsque Bacon l'eut mis en faveur, attira au chancelier les malédictions des dames : « Lo nitre, dit l'auteur anonyme des Anecdotes de médecine^ est un sel dont l'usage ne dispose pas h l'amour. C'est un puissant remède dans les cas où il faut s'opposer à une disposition inflammatoire du sang. Le chancelier Bacon avait conçu pour cette substance saline une sorte d*aflection. Il fit tous ses efforts pour en accréditer l'usage : il engagea tous les médecins d'Angleterre è concourir a son dessein. Le nitre devint à la mode. Sur la parole d'un, aussi grand homme, on le prodigua dans

(\) Toxtcologia^ lib. I, Coffœa,

tà6 IMMlliAKCK CUmtGIITlVB

pmquo toutes les maladies. On le prenait même dans la meilieure santé, comme un préservatif} mais les remmes proscrivirent bien(At ce remàde. Elles trouvèrent que leurs maris étaient moins portés à satisfaire leurs désirs depuis qu'ils en usaient. Elles s'en prirent au chancelier qui l'avait répandu. Quelques-unes, apparammenl plus sensuelles que raisonnables , allèrent même jusqu'à crier à la sorcellerie, au maléfice, etc., etc. (1).»

Je n'en finirais pas, si je voulais rapporter toutes les substances que la crédulité ou Tigoorance ont accusé, soit d'anéantir les désirs, soit d'abattre l'éuergie virile. J'es* time qu'il n'y a pas plus d'anaphrodisiaques que d'apbrodi* siaques vraiment dignes de ce nonu IjO sens génital est, comme tous les aulres sens, soumis sut lois de la sensibilité générale, et, è ces conditions, accesisible aux mouMis ordinaires de la thérapeutique. Quant à sa sensibilité .spéciale, qui le distingue et le constitue ce qu'il est, ayons le courage de recoiuiotlre nuire ignorance, qui i^a jicut être pas toute lu gravité que l'on serait tenté «le lui attribu: r de prime abord. Uans l'amaurose, dans In surdité, s'orcupet*on de la sensibilité spéciale qui constitue la visiun ou l'ouie? Évidemment non; les moyens thérapeutiques les plus certains et les plus usités contre ces airectioiis ne sont pas des spécifiques; ils sont tous tirés du cadre de la thérapeutique générale.

Mais par cela même que je conteste Teiisteuce de substances anaphrodisiaqucs proprement dites, j'admets l'action débilitante de certains agents sur les organes génitaux; tels sont ceux (|ui dans la matière médicale portent les noms de narcotiques^ slupé fiants, etc.

Il est incontrstahie, en oiïel, que rus.ij:^» ionf^tomps

(1) Atiêcilotes de médecine^ 2* partie, aaecd. CXXXII, p« S8.

A UN ÉTAT FATUOGÉNIOUB. â/j?

prolongé de Topium, du datura, de la jusquiame, etc., ne puisse amener Tinnpuis ance; les Oriontaui» (|ui font abus des préparations o.iacées et du chanvre indien sous le nom de haschicli, leur doivent attribuer autant, sinon plus, qu'auK excès vénériens, la débilité précoce qui les frappe.

A côté des stupéfiants proprement dits, viennent se placet tous les agents qui exercent une action sédative sur le sys* tème nerveux, et qui, par conséquent, est analogue a celles des narcotiques. Fodéré mentionne sous ce rapport le fait suivant : « L'asphyxie par la respiration de gaz impropres à cette fonction, dit-il, cause quelquefois une impuissance temporaire par suite de l'impression sédative que ces gaz produisent sur le système sensitif, et qui assimile leurs propriétés à celles de l'opium, de la jusquiame, etc. J'ai traité un homme, âgé d'environ quarante ans, qui, ayant échappé à un état apoplectique occasionné par la vapeur de charbon, resta tellement impuissant pendant six mois, qu'il était absolument insensible à toutes les caresses que sa femme, qu'il aimait jusqu'à la jalousie, mettait en usage pour Texciter. Il reprit complètement ensuite son état naturel (1). »

L'impuissance produite par l'abus *des narcotiques ou des agents dont l'action est analogue à celle des stupéfiants, respecte d'ordinaire les désirs vénériens, et n'est caractérisée que par l'impossibilité de l'érection. Le systènne nerveux est seul atteint, c'est sur lui seul qu'il faut agir.

Mais ici une dilliculté se présente : convient-il de s'adresser aux masses encéphalique et spinale, ou ne faut-il porter sa thérapeutique que sur Tappareil génital même? Quelques expériences que j'ai faites, et quelques observations que j'ai recueillies, m'ont convaincu que, dans la ma-

(I) Traité de médecine légale, elc, Paris, 4 81 S, t. I, p. 382.

âftS IMrOISSAKCB CONStCUnVB

jori(é des cos, il fallait s'abstc nir de tout eicitateur gi^né* ral, surtout des moyens internes, tels que la brocinei la strychnine, la noix vomique, etc., etc.

Au contraire, Télectricité, limitée aux organes génitaux, et peut-être la flagellation, me paraissent, dans les cas dont il s'agit, d'une efficacité bien supérieure h toute autre médication. On ne dédaignera pas les frictions sèches ou excitantes tout le long du rachis, car elles sont presque toujours dos adjuvants utiles de la flagellation.

il est inutile de marquer que toute thérapeutique serait ?aine, si l'usage des substances qui ont amené riropuissance, n'était pas complètement suspendu. C'est une con* dition sitie quâ non de réussite, et toute médication doit commencer par le.

Il est une autre classe d'agents, dont l'action, toute dif • férente de celle des narcotiques^ peut cependant aussi pro« duire l'impuissance.

Ce sont les fondants.

Tout le monde sait rinfluencc exercée sur les glandes par le merrure, l'iode , le brome , Ter, l'argent , etc., influence qui peut aller jusqu'il l'atrophie de ces organes. J'ai interroge un très grand nombre de syphilitiques soumis, soitaux mercuriaux, soit aux préparations d'iode, et presque tous m'ont avoué un affaiblissement de l'organe sexuel, après une durée plus ou moins longue de leur traitement. De plus, j'ai été consulté plusieurs fois pour impuissoncc complète et absolue chez des phthisiqnes rendus i la santé par l'inhalation souvent répétée des vapeurs diode (1).

Aucun doute ne saurait s'élever sur la réalité de l'action anaphrodisiaque des fondants, d'autant mieux que l'ana-

(1) Voir la page 306.

A L<N ÉTAT PATHOGÉMQUE. 349

phrodisic se trahit quelquefois par l'atrophie même des testicules. Cette dernière altération n'est pas constante ou du moins n'est pas toujours appréciable, soit que l'on n'ait pu tenir compte de l'état antérieur du testicule, soit que l'épaississement ou l'infiltration de quelque tunique redonne h l'organe le volume qu'il a perdu, soit par tout autre motif.

Cependant, avouons-le, pour que le genre d'impuissance dont il s'agit se produise avec une certaine gravité, il est nécessaire que l'usage des fondants ait été continué longtemps, comme, par exemple, dans le traitement de la phthisie pulmonaire par la méthode de MM.Piorry ou Chartroule. C'est ainsi que certaines professions exposent ceux qui les exercent à perdre leur virilité, comme on peut s'en convaincre chez les ouvriers qui manient le mercure et ses préparations. J'ai examiné un certain nombre de miroitiers et de doreurs sur métaux, et, chez presque tous, j'ai constaté des testicules moins volumineux que chez les autres hommes.

Dans cette sorte d'impuissance, les malades sont peu sollicités par les désirs vénériens. Ils montrent de l'indifférence pour les plaisirs sexuels, et quand ils veulent s'y abandonner, ils trouvent presque toujours un organe indocile et peu actif.

Quand ces dispositions morales et physiques atteignent certaines limites, il est à craindre que les organes testiculaires aient éprouvé une altération profonde et se soient atrophiés, auquel cas les ressources de la médecine sont complètement nulles.

Mais il est rare, je le répèle, que l'usage des fondants ait |iu être pousse assez loin pour déterminer une pareille impuissance, sans avoir au préalable occasionné des désordres assez graves qui en font suspendre l'emploi. Aussi, dans la

SftO mpOlMAKl COKltCimtK

plupart des na, on n'a ilTiira ^H'k un ftmpte aflàiblinr- HKnt du MHS lénilal, et «Ion m bon régima aoaleptiqw (•t rnirdft la campagne fBffiaentiTM letimpi pour raiHMr loile l'éitergie virile.

B. Atm éi ftmana mmuMn.

On |icut com^tarer l« eiïeti des eiercicei nucalairta immodércs i ceui des Récrétîona trop abondaiitM ; ili ae Iraduiseni, comme dit M. Loode (1), par l'épniaeineiit du s}itème nerveui cérébral et rachidîea, parrépniiemcnt dea organes de relation et des viscèrea* le trouble dei digeatioM, «oil <|ue ce trouble se maoifaitc sooi rinOaence d'une olimcntalion slimulaole ingérée après une grande ratigM, soit qu'il ri^sullti de l'inerlie de l'estomac, dont les plans muK- Gulciiv ne ne contractent plus qu'imparroitemenl, bien que la membrane muqueuse se trouve dans un état tout k fait normal.

1/épuisemeul, qui, par la fatigue, so produit dans finntirvalioii, cl l'élat aluniquc de l'estomac, rendent parfailemoitl rumpte du l'impuissance qui surcède aui cicès de marche, de course, etc., mois cctlc impuissance est essentiellement pa!-sa<:ëre, el le repos et le sommeil, en réparant les pcrtc> de l'influi nerveux, ramènent l'énergie dans l'appareil );étiériileur.

Cejicndniil, >\ les cxvi» de l'exercice musculaire se pru* lottgcnl d'une nionière continue, de façon que l'épui- >enicut uerteu\ ne si répare qu'imparfailement , il peut arri>er que les organes reprudutleurs soient afTectés de ce manque d'équilibre et participent plus ou moins i la caducité précoce qui Trappe tout l'organisme.

(<i GyMMSNfM «M(n/*, Paris, 1M4.

A DN ^TAT PATMOGfiNlQUE. $51

Pourtant il faiil rcronnnttrc qu'une 5f*mblnble impuis- <nnrc esl excessivement rare, et que Tarlion des excès des exercices actifs se porte plutôt sur le consensus moral que sur l'appareil génital lui-même. La fatigue corporelle allanguit Tesprit et émousse les passions ; la force vitale, consacrée tout entière h réparer les pertes éprouvées , semble n'avoir plus assez d'éner{»ie pour seconder l'imagination dans ses rêves amoureux et ses images lascives. Près d'un homme épuisé par la marche ou tout autre exercice, la femme étale en vain les séductions de ses caresses et de sa beauté; ses charmes ne reprendront tout leur empire que lorsqu'un repos et un sommeil réparateur auront re* donné h l'imagination la vigueur qui engendre les désirs.

Presque toujours le régime alimentaire doit venir au secours de cette première condition dé succès, et alors on donne la préférence aux aliments dont la digestion est facile et les sucs nutritifs. L'état de l'estomac, on le comprend, détermine la nature de ce régime, car, nul ne rignorc, une substance est d'autant mieux assimilée qu'elle est plus facilement digérable. On ne peut donc, sous ce rapport, tracer une règle à priori.

Page 1