SYMPATHIES MORALES
Condillac, repoussant les idées innées de Plalon el <le Descartes, admet sept facultés primitives (1) ; Laromiguiôre en admet trois (2); Destutt-Tracy en admet quatre (â); Gail (&), tout en faisant de ses facultés des intelligences in-iividnelles ^ dessine sur le crflne vingt-sept facultés, et son collaborateur Spurzheiro, renchérissant encore, en ajoute huit nouvelles.
Ce n'est point ici le lieu de faire de la psychologie ; je n'ai pas mission de défendre le Cogito^ ergo sum^ de Des-* cartes, contre le Nihil est in intellectu qui non fuit in sensu^ de Locke ; mais, quelle que soit la dortrine que Ton adopte, quelle que soit la source à laquelle s'alimentent les idées et les passions, il faut reconnaître que Tàme, dans l'acception la plus large du mot, manifeste deux sortes de phénomènes, uj^is sans doute par un lien commun, mais parfaitement distingués par une physionomie propre et des caractères spéciaux ; ces phénomènes sont ceux que l'on désigne, les uns, sous le nom de phénomènes intellectuels^ et les autres, sous le nom de phénomènes affectifs^ et qui conduisent h partager les facultés de Tàme en deux grandes classes : facultés intellectuelles et facultés affectives; facultés de /'entendement et facultés de la sensibilité morale.
C'est sous chacune de ces deux faces que je vais examiner l'influence morbide exercée par l'élément moral sur le sens génésique.
(4) Sensation, attention, comparaison, jugement, réQexioo, imagination et raisonnement.
(2) Attention, comparaison et raisonnement.
(3) Perception, mémoire, jugement et volonté
(4) Dei fimetions du cerveau et mr cellen de chacune de sex parties, Paris, 4 825.
&18 lllPinS8ANGI flTMPAniQOI.
A. Faeulléi intêlUduêlUê.
Dans la thèse inaugurale que je aoulios, en f Sftft, devant la Faitulté de médecine de Paria, je trouve lea lignée auivantea qui, à dix ans de dislance, sont encore l'eiproaiiott de ma pensée : « Quelles aooi les propriétés de rame, oa, pour nous eonformer è la langue des philosophes^ quelles sont les facullés de rème relatives è Tentendement ? Le cadre de ce travail ne nous permet pas d'entrer dans le do* maine de la ps) cliologie% . » Cependant deui mots nous semblent nécessaires, car les psjchologistes nous paraissent avoir confondu les facultés primitives de Tentendement avec les résultats de ces mêmes facultés, alors que Tencéphale a déjà ressenti l'action de la force morale ; ainsi le jugement» le raisonnement, la mémoire, etc., supposent une opération préalable ; ils ne son! donc que des réf^iiliais secondaires et non des fuculiés primitives^ comme on a voulu le dire. Pour nou!(, nous renfermant dans Téludc des phénomènes généraux, nous avons cherché quels étaient les hommes qui manifestaient au plus haut degré les actes intellectuels, et nous n'avons trouvé que des artistes ou des savants, Nous avons été ainsi conduit à n'admettre que deux facultés primitives de Tentendcment * l'imagination et la raison. Tout ce que les psjchologistes ont décoré de facultés primitives de rentcndemcnt ne sont que les attributs de l'imagination et de la rai^^on; ve sera, si l'on veut, des facultés secondaires, mais jamais des facultés primitive*; : art et science, voilk tout l'entendement ; imagination et raison , voila les deux piliers de l'édifice (1). »
L'imagination est cette faculté éminemment créatrice, qui fait revivre les souvenirs du passé, donne un corps aux
(I) Dêê pofikmi, p. Î7
SYMt»ATHIBS MORALES. /jlO
désirs du présent et anime les espérances de l'avenir ; elle est en toutes choses distincte de la raison qui, elle, nous fournil les moyens de connaître et d'apprécier la réalité ; tandis que l'une nous ouvre sans cesse des horiions immenses et nous découvre des mondes remplis de fantômes gracieux ou terribles, Pautre, au contraire^ nous enserre dans les liens d'une réalité brutale, et nous montre la vie sans prisme trompeur, comme sans voiles séduisants.
Ces deux facultés, dont l'empire s'exerce sur des domaines si différents, ne sauraient être troublées de la même manière, c'est-à-dire que les troubles de l'imagination et de la raison ne sauraient découler de la même source : les premiers, participant de l'essence même de là faculté qu'ils agitent, s'inspirent d'un rêve, d'une croyance purement gratuite, en un mot, d'une idéalité; les seconds, au contraire, ont pour incitateur la réalité qui leur sert à la fois de fondement et d'excuse.
Je m'explique.
Deui hommes, au moment d'accomplir le coït, se trouvent tout â coup frappés d'impuissance : Tun se croit sous l'influence d'un sortilège, l'autre s'est aperçu que la femme avait ses règles. Chez le premier, le trouble naît d'un mensonge; chez le second, le trouble a la réalité pour point de départ; chez celui-ci, l'imagination s'en est laissé imposer par un fantdme ; chez celui-là, la raison a plié sous le poids de la vérité.
La distinction , que je m'étudie è établir ici , est importante au point de vue qui nous occupe, et plus je réfléchis au parti que l'on en peut tirer pour le diagnostic, le pronostic et surtout le traitement de l'impuissance par sympathie morale, plus je m'étbnne de ne pas la voir, je ne dirai pas indiquée, mais ménie soupçonnée chez ceux-lè même
kSÛ mnoêÀMCE ■larAnuQDi.
qui ont fsit une étnde toute spécitle de l'inflaence du raoral
•ar le phyiiqne.
Je lOM doDc, contriireroenl i met defancien, cianiner ■Apirémcnt l'empire exercé sar le sens génilil, et per lei troubles de rimeglnetion et par cegi de la raiwD.
1* In/lueneeda troubletde l'imagination. — S'il ni*était permis de me servir ici du laocage pbiloKiphiqae, je dira» que ces troubles sont ou objectifs ou ttUgectift.
Ils »ont objevlib, quand ils ont leur source en dehors de celui-U même qu'ils allectent ; ils sont subjectib, quand ils découlent de celui-là mène qui les éproore.
Les premiers sont inoontettablement les ploi nombreux, car ils embrassent le temps, l'espace, les lieni, tout les objets de la création : tel homme croira k l'inDuence Dcheuse d'une lune, d'un saint du calendrier, d'un jour duns le mois, ou d'un mois dans l'année ; tel autre s'imaginera que la lumière, que le plein air paraissent ses organes; celui-ci ajoutera Toi aux diseurs de bonne aventure, aux esprits malins qui jettent des sorts et quinouenf /'ai^ui7/eUe; celui-li, inlerprùlaiit, à sa façon, un sourire, un regard, une parole delà femme aim^e, ou môme par l'effet seul de son imagi- Dilion, se dira %iclime de l'indifférence, du dédain et même dn mépris de l'objet de son amour, etc., etc.
Certes, les exemples de ces sortes d'impuis»ance fourmillent partout ; tantdt fugitive, lontAt plus tenace, elle est indistinctement l'apanage des intelligences d'élite ou des esprits bornés et crédules; te catalogue des faits de ce genre rapportés por les auteurs serait pour mot une mine féconde, si je me proposais d'amuser bien plus que d'instruire. Ct-pendant , je dois fuîre une exception en fateur de Montaigne, dont on me reprorberait sans doute d'avoir tu le nom dans un sujet qu'il a si savammeot
SYMPATHIES MUKALB8. 021
et si galamment traité, d'autant mieux que cette exception se justifie elle même par le haut enseignement qui en découle : « Un comte de très bon lieu, dit-il, de qui j'estais fort privé, se mariant avec une belle dame qui avait esté poursuivie de tel qui assistait h la Teste, mettait en grande peine ses amis : et nommément une vieille dame sa parente, qui présidait à ses nopces, et les faisait chez elle, craintive de ces sorcelleries : ce qu'elle me fait entendre. Je la prioy de s'en reposer sur moy. J'avoy de fortune, en mes coffres, certaine petite pièce d'or platte, on cstoyent gravées quelques figures célestes, contre le coup du soleil, et pour oster la douleur de teste, la logeant à poinct sur la cousture du (est : et pour Ty tenir, elle estoit cousue i un ruban propre h rattacher soubs le menton. Resverie germaine i celle de quoy nous parlons. Jacques Peletier, vivant chez moy, m'avait faict ce présent singulier : J'advisay d'en tirer quelque usage, et dis au comte qu'il pourrait courre fortune comme les aultres, y ayant là des hommes pour luy en vouloir prester une ; mais que hardiment il s'allast coucher : que je luy feroy un tour d'amy, et n'cspargneroy k son besoin un miracle qui estoit en ma puissance : pourveu que sur son honneur, il me promist de le tenir très fidellcment secret. Seulement, comme sur la nuict on iroit luy porter le resveillon, s*il luy estoit mal allé, il me fcct un tel signe. Il avoiteu Tàme et les oreilles si battues, qu'il se trouva lié du trouble de son imagination : et me fect son signe h l'heure susdicte. Je luy dis lors i l'oreille, qu'il se leivast, soubs couleur de nous chasser, et prins en se jouant la robbe de nuict que j'avoy sur moy (nous estions de taille fort voisine) et s'en vestit, tant qu'il auroit exécuté mon ordonnance, qu'il faut, quand nous serions sortis, qu'il se retiras! à tomber de l'eau : dict trois fois telles paroles,
A32 mpoiMAiici trvPiTSiQiji.
el fect tels mouvemenU. Qu'à chicane de ces trois foie, il ceignist le ruban que je luj mettois en maio, et oouchast bien soigneusement la médaille qui y estoit attachée sur ses roignons : la figure en telle posture. Cela faict. ayant k la dernière fois bien estreint ce ruban, pour qu'il ne se peut ny dénoiîer, ny mouvoir de sa place, qu'en toute asséurance il s'en retournast k son prix faict ; et n'oubliait de rejetter ma robbe sur son lict, en manière qu'elle les abriast tons deui. Ces singeries sont le principal de l'elTect, nostre pensée ne se pouvant demestre, que mojens si estranges ne viennent de quelque obstruse science, leur inanité leur donne poids et révérence. Somme il feut certain, que mes charactères 8C trouvèrent plus vénériens que solaires, plus en action qu'en prohibition (!)• »
Le moyen mis en usage par Montaigne est incontestablement le plus propre à ramener Tordre et le calme dons une imagination ainsi troublée. A Tinflucnce néfaste d*une lune, d'un saint du calendrier, de la lumière, etc., opposeï une influence contraire dont vous ferez ressortir la supériorité de puissance, et^ avec la confiance, vous ramènerez presque à coup sûr la possibilité du coït.
On ne croit guère plus, de nos jours, aux sortilèges et aui sorciers; les noueurs d'aiguillette ont perdu leur prestige et le sceptre de leur pouvoir; mais il est encore des esprits faibles ou ignorants qui portent des sachets et des amulettes, ou qui boivent des pliiltrcs enchanteurs pour conjurer l'infernale machination des mauvais génies. Respectez ces superstitions, ne détruisez pas ces erreurs; on ne discute pas avec la foi ; les objets de son culte sont ici sans danger, tandis que leur proscription amènerait à coup sûr l'accident qu^ils sont destinés h prévenir.
(I) £$$aiê, 1 1. cb. zz, éd. de 4743, t 1, p. 4 05 et 4 06.
8YIIPATUIBS MOKiLKg. /^^S
Je ne puis^ on le comprend, passer en revue toutes les naances des troubles objectifs de Timaginalion ; rirpagination, cette folle du logis, comme l'appelle Brantôme, par* ticipe tellement à tous les actes de la vie, est h ce point tributaire de toutes les croyances et de toutes les superstitions, que prétendre énumérer ses mobiles serait vouloir analyser l'état moral de chaque individu du globe. Il m'a suffi d'avoir indiqué la nature des troubles objectifs de l'imagination, pour poser la limite de leur cadre et tracer la conduite à tenir en de pareilles circonstances.
Il me faut maintenant aborder les troubles subjectifs de l'imagination qui constituent, sans aucun doute, l'impuissance par sympathie morale, la plus difficile à guérir.
Ces troubles ont leur source dans la personne même qui les éprouve, en d'autres termes, ils ont pour cause et pour fondement une erreur sur l'énergie copulatrice de Tappareil génital.
Leur point de départ est tantôt dans une croyance purement imaginaire, et tantôt dans une erreur sur un fait réel, soit antérieur, soit actuellement existant.
Sous le premier rapport, une aflection des organes génitaux est presque toujours le prétexte derrière lequel s'abrite le malade : l'un se croira atteint de pertes séminales, et par suite impuissant; l'autre invoquera une dégénérescence de la prostate. Comment voulez-vous que j'éjacule, me disait un troisième, j'ai un rétrécissement de l'urètre qui devient si formidable au moment de l'érection, qu'il est impossible au sperme de s'écouler; et la crainte de l'aspermatisme glaçait ses sens au moment du coït. J'ai donné mes soins à un homme dont les motifs d'impuissance se rattachaient assez singulièrement à des somenirs de famille : Depuis trois générations , me disait-il , nous sommes tous
SYMPATHIES MORALES. /i25
le mot, qu'un esprit troublé et ignorant des choses de notre art établit entre les organes génitaux et les aiïections les plus étrangères à cet appareil.
Je fus un jour très sérieusement consulté par un jeune homme dont le tempérament lymphatique et la constitution malingre s'accordaient mal avec des désirs vénériens ardents et une virilité énergique, et qui attribuait, avec une conviction profonde, cet allanguissement du sens génital à une déviation congénitale du sternum dont il était aflecté. Un autre, ayant eu connaissance des fables répétées depuis Hippocrate, qui, le premier, en fait mention, sur les rapports sympathiques des oreilles et des organes génitaux^ s'imagina qu'il serait atteint d'impuissance (et cette présomption ne tarda pas i amener cet élat) parce que, suivant la coutume de son pays, on lui avait percé les oreilles pour y suspendre un bijou.
Mais c'est surtout vers les lésions de l'appareil génital que se portent les préoccupations du malade, et, sous ce rapport, les névralgies urétrales, et celles du col de la vessie jouent un rôle très important. Ici, les appréhensions du malade ont un prétexte réel, la douleur, et, pour les personnes étrangères à la médecine, la douleur est toujours le symptôme d'une lésion anatomique, d'une afTection organique; l'intermittence même qu'aiïectent les douleurs névralgiques est, pour une imagination troublée, un motif plus grand d*elTroi et de terreur ; c'est dans des circonstances semblables que les malades songent aux dégénérescences de toutes sortes, aux désordres les plus affreux : les ulcérations dans l'urètre, sur la prostate, dans les vésicules séminales, sont la menue monnaie dont les plus courageux se contentent; mais le plus ordinairement, et après rincubation d'une nuit d'insomnie, c'est le cancer, c'est le
&S6 mruiMAiiGB swAniQUB.
carcinome, oe sont des tuberculei qu'ils disent avoir envahi leur appareil génital et avoir desséché en eui toute source de virilité. C'est riiypochondrie avec toutes ses étrangetés, avec toutes ses terreurs.
D'autres fois, aucun état morbide n'eiiste actuellement, et l'imagination du malade est trouhlée par la crainte des conséquences Acheuses qu'a pu amener, et qu'a amenées en eiïet, une aiïection antérieure, quelque ancienne et quelque bénigne qu'elle ait pu 6tre. Le tabeacent guéri croit diiTicilement au retour de sa virilité; le masturbateur dont les manœuvres ont cessé depuis longtemps, entrevoit l'impuissance comme un triste et certain héritage de l'onanisme; la syphilis a, chcs l'un, tari la sécrétion spermatique» et, par suite, la source de l'excitation génësiaque; ehet l'autre, fixée sur quelque point do l'appareil générateur, elle empêche le jeu régulier des rouages et s'oppose d'une façon quelconque au libre oxcrcicr de la foiiclion ('opuIalrice,etc. Mais de tous ces molifs, il n'en est peut-être pas de plus fréquent, et l'on peut même dire de plus commun, qu*un échec ropulaleur prérédemmenl essuyé en présence d*une femme. Une mésavenlure de ce genre, quelle qu'en soit la cause, laisse dans l'esprit une préoccupation fâcheuse, qui, entretenue et a{;gravée par l'imagination, détend, pour ainsi dire, les désirs vénériens, et les empêche de réagir sufiisamment sur l'appareil copulateur.
Il n'est pas toujours aussi facile qu'on le pense de triompher de semblables appréhensions. Quand le malaile s'imagine que son premier échec était sous la dépendance d'une aiïection quelconque, on peut, en feignant le traitement de cette affection, ramener peu h peu h* calme dans son esprit troublé ; mais quand Terreur porte sur rèiiergie copulatrice elle-même, c'est-à-dire quand le malade se croit
8YMPATHIBS MORALES. I\.^l
atteint d'une impuissance essentielle, sans relation avec une altération organique quelconque, les difBcullés sont énormes* Si l'on se contente de vouloir rassurer le moral du malade, et que Ton essaie de lui prouver que l'appareil génital n'a rien perdu de son énergie, on ne dissipe qu'à nioilié, si même on y parvient, ses craintes chimériques ; si, au contraire, feignant de partager son erreur, on prescrit, non une médication, mais un aphrodisiaque, on s'expose à déplacer ou même à augmenter les préoccupations du malade, qui, au moment du coït, alors que Tattention doit être complètement absorbée dans l'ivresse des désirs, analyse ses moindres sensations pour s'assurer de reflet do l'agent prescrit.
Cependant cette dernière méthode est la moins incertaine ^ mais en l'employant, le médecin doit absolument user de toute son autorité; il doit |)romeltre le triomphe, non plus avec le doute scientifique, mais avec l'assurance d'une conviction profonde. En pareille occurrence, l'hésitation est funeste. Lu nature de la proscription importe peu; il faut, avant tout, paraître a.^suré de son efiicacité. M. le docteur Amédée Lalour a rapporté, dans la séance du 3 janvier 1843 de la Société médicale du TemplCy un exemple de ce genre : « Comme chez la plupart des gens du monde, dit-il avec raison, les conseils les plus sages et les plus opportuns perdraient de leur prix s'ils n'étaient corroborés par quelque prescription pharmaceutique, je crus devoir prescrire quelques toniques, et je fis choix du quinquina et du safran. Mais surtout, la saison étant «Micore convenable, j'engageai fortement les deux é|)Oux à aller prendre quelques bains de mer. J'annonçai avec assurance la guérison pendant le voyage (1).»
Ce fut cette assurance qui constitua la partie réellement active de la médication.
(4) GasetU de$ hôpitaux, 4843, p. 95.
à!28 IIIPIII8«Â1«CB SYMPATUIWK*
Les faits de cette nature se rencontrent tous les joors dans la pratique, que les cause; de la prétendue impuissance soient rattachées, ou à un état morbide antérieur, ou k raffaiblissement nerveux de Tappareil génital lui-même, ou k toute autre chimère de la folle du logis.
Je n'ai pu rapporter ici, on le comprend, que les dr^ constances les plus ordinaires, que les sujets d'effroi les plus communs ; mais on conçoit que leur catalogue puisse être plus étendu et embrasser le cadre tout entier de la nosologie. Leur énumération, fastidieuse au dernier point, ne jetterait aucune lumière sur leur histoire, et ne révélerait aucune variété du type, qui est constamment le même.
Les divisions que j'ai établies me paraissent suffisantes pour formuler un bon diagnostic difTérentiel entre les troubles si divers de Timagination, et pour leur opposer une médication convenable, si je puis me servir de ce mot.
Qu*oii me permette, pour l'inlelligence de la thérapeutique, de rappeler ces divisions.
Les troubles de Timagination, dont une erreur ou une fausse croyance sont esscnliellement la cause, se distinguent :
l"* En troubles objectifs ;
2® En troubles subjectifs.
Ces derniers se rapportent :
Ou à une erreur que rien n'autorise;
Ou è une erreur qui a pour fondement un fait réel actuellement existant ou disparu depuis un temps plus ou moins long.
Évidemment, si l'on saisit bien toutes les nuances qui séparent ces états divers, on conviendra qu'une même théropeutiquc n'est pas applicable partout, et que la conduite du médecin ne saurait être identique dans tous les cas.
Et d'abord, en thèse générale, est-il opportun de com-
SYMPATHIES MORALBS. &29
mencer par dissuader le malade, par attaquer de front et de prime abord ses fausses croyances, ses erreurs? Je ne le pense pas ; avant toutes choses, il importe de capter la confiance du malade; il faut que de son confident, le médecin devienne son ami, et qu'il subjugue plutôt par des paroles de commisération que par le ton impératif de l'autorité scientifique. En rompant trop vite en visière, on s'expose presque h coup sûr à faire douter de ses connaissances, et la suspicion dans l'esprit d'un malade imaginaire, d'un hypochondriaque, est une cuirasse terrible dont il est difficile de triompher.
J'estime donc que Ton devra, en thèse générale, commencer par sembler croire à la réalité de l'impuissance, prescrire même une médication en apparence active, et, dans ce cas, insister sur les espérances que font concevoir le pronostic porté et le traitement ordonné.
Chez quelques malades, il importe de soutenir cet innocent mensonge jusqu'au bout, principalement chez ceux qui se croient atteints de quelque maladie grave; c'est en pareille occurrence qu'il faut savoir rattacher Timpuissance à Taffection imaginaire et paraître accorder toute son attention à cette dernière, dont la guérison doit fatalement restituer nui organes génitaux leur énergie copulatrice.
La même règle de conduite est également prescrite dans les circonstances analogues au fait raconté par Montaigne : à une superstition il faut opposer une superstition plus grande ; on ne tue la magie que par des moyens magiques.
Quand le malade aura acquis en son médecin une foi inébranlable, ou même une confiance assez vive, et si la raison est accessible par quelque point au milieu des fantômes que lui crée l'imagination , on pourra aborder son erreur et la combattre par l'absurde, par des arguments
&S0 IMPOIMAHCB SYlIFATinOtB-
sérieux ou par les moyens qui paraîtront les plus rtisonna* blés. Mais gardez-Tous d'entrer hordiment dans cette voie : avant de vous y engager, sondet, connaisse! bien les dispo* sitions de votre malade ; le moindre écart peut tout perdre, car rimagination soucieuse â*eiïraie d*une ombre, s'épouvante d*un soupçon.
Mais quand le premier pas est franchi, il faut marcher résolument dans le sentier tracé; il faut prendre Terreur corps à corps, Tétreiudre, la serrer, la frapper avec toutes les armes ; aucun coup n*est trop rudc'. Malheur au méde* cin qui folblit ! qu'il use largement de toute son autorité, de tout son ascendant; il doit aller jusqu'à faire comprendre au malade que ses devoirs lui imposent robligalion de ne prescrire aucun traitement, car la médecine a pour mission de rétablir et non de troubler les fonctions de Torganismo.
Mois, je le répète, ce terrain e^t glissant; il faut, pour s'y engager, être sûr lout à la fois de In confiance et de la raison de son malade, double condition diflicile h rencontrer dans les conditions morales qtie j'examine ; le plus généralement contre les troubles de l'imagination, il faut savoir se condamner h un mensonge, (pie le but légitime et que la science autorise, et le soutenir le plus souvent pendant tout le cours de la médication.
Telle est la base de cette sorte d'impuissance par sympathie morale ; fondement bizarre qui distingue In thérapeutique des trouble«i «le l'imnginntion de celle des troubles de la raison, et surtout aussi de relie des troubles des facultés affectives, comme je le montrerai tout à l'heure, et qui iu.'tilie, s'il en est besoin encore, les divisions et les subdi\iMons que j'ai |»récédemment admises. Ou va voir, en cfTet, que si Timagination, même dans ses écarts, a horreur de la vérité, la raison, au contraire, ne peut être ramenée