CHAPITRE
TROUBLES DB LA FONCTION l)B CONSeRVATtON.
Les vésicules séminale!< dans lesquelles se passe toute la fonction dont j'iii ici o examiner les troubles, remplissent un double Tà\c h l'endroit du sperme te^ticulairc : 1* elles lui oiïrent un asile en attendant son expulsion ; 3* elles lui préparent les mojens d'exécuter celte expulsion sûrement el fructueusement.
Quand les tésicutes séminales refusent au sperme l'asile qu'elles sont destinées i lui procurer, en d'autres terme*, quand elles ne peuvent le garder en réserve et qu'elles le laissent échapper en dehors des conditions normales de son espuUion, c'est-à-dire l'cicitation ténérienne, il ; a ce qu'on a appelé spermatorrhée , pertes sémiiuUes, etc.
Je me suis déjà longuement occupé du cette af feclion, et Je dois renvoyer le lecteur au chapitre qui lui est consacré (I).
(I) Voyez ta page 3SN, et l'ouvrage de V. Ullemand, On frrlm têminalt* involonlairti. Parla, l'<36-1t)il, 3 vol. Jn-8.
TROUBLES DE LA POKCTION DK CONSERVATION. 6&5
Sous le second rapport, c'est-à-dire sous celui des vésicules séminales considérées, non plus comme organes de conservation du sperme testiculoire, mais comme organes de sécrétion, on peut dire avec les auteurs qui ont enrichi la science de nécropsies intéressantes, que « les vésicules séminales sont susceptibles d'états morbides les plus variés, depuis la simple inflammation et la suppuration, jusqu'aux diverses dégénérescences tuberculeuses, soit que les tubercules se soient également développés dans les poches, ou qu'ils s'y soient formés en même temps que dans d'autres régions du corps, et plus particulièrement dans les cas de sarcocèle scrofuleux. »
M. Civialc, qui a pris soin d'analyser toutes les lésions cadavériques signalées par les auteurs sur les vésicules séminales , termine cet examen par les lignes suivantes qui résument l'état actuel de la science sur cette partie de Tanatomie pathologique : « En résumé , dit-il , les aiïections principales des vésicules séminales et des conduits spormatiques se rapportent, pour le plus grand notftibre, h l'inflammation, soit aiguë, soit surtout chronique, et aux suites qu'elle peut entraîner. Mais la phlegmasie elle-même a été bien moins souvent observée que les altérations do texture qui en procèdent. D'ailleurs, elle n'est jamais bornée, et toujours elle s'accompagne de l'inflammation des parties voisines, telles que le testicule, la vessie, le rectum et principalement la prostate. Elle parait se terminer assez fré» qoemment par suppuration et bien plus souvent encore par induration. Le pus, quand il s'est produit, s*échappe tantôt par les voies naturelles, tantôt par des trajets iistuleux , communiquant soit avec la vessie, comme l'a vu M. Andral, soit avec le rectum , comme le dit M. Martin , soit avec l'extérieur du corps, comme le constatent des faits récents
difS TROOBLBS I)B 1.1 FOHRTION DK COHmVArHIH. et l'omnii- je l'ni obscr»é pliKi'iirx fois. Il faut rnfifirnirlii-r de lu suppurslioii, du inuiris ijusnl h sea pro<luil«, la IuImtcuti.«alion dfi vi^ciciilcs 8éniiiial>'s, doiil pari'* M. l>ouis, et 4411! aiatl élé nieiilionix^e; les faJU igiie je vimx île rapporter prouvent en effet <|iie celle lerminoMon u'fH pu rare. A l'induration se rapportent égnlrmenl la cartilaitinilicalioii et rmsillcatioii, dont, indépendamment des cas pr^c^drtDroent décrits, il s'en (ruuve |iiuiti(>uri dans les onvrn^» iIb Saiidifort, Suemmering el Voigtel. KiiHn, le» v^arrules témiiiales ont été vues iitrophiées par ilaillie el Mor|^ai-nL Je am borne à inL-ntionncr les colculs Irouvéït dans leur intérieur, iloiil j'ui piirk' dans un aulre oiivni^<', el doni (^rmann, Ricdlin. Slnlpnrt van d<.-r Wiol, Hartmann, Metkel, llein* mann, Itaillir, de, eilenl dei« exemples (1). •
(Cependant la distinction que ta physiologie établit entre le* attributs des vésicules séminales, en les considérant, d'un cAtA, comme organes de conservation du sperme (eslicularre, et, d'autre part, comme orgiincsde sécrétion, entrnltie-l-elle une distinction analogue dans l'ordre pathologique? en d'autre* termes, les oITections des vésicules séminales, en tant qu'org.1ne^ de conservation, sont-elles si distinctes des nfTecliom [les mêmes parties, en tant qu'organes de sécrétion, qu'il soit possible de les étudier séparément et d'en former deoi classes dans le cadre nosoiogique?
Je ne le pense pas,
Pi'ul-on admettre, un elTel, que dans un espace au« étroit que relui qne présentent les vésicules séminales, une léxion quelle qu'elle soit, re*pec1ern telle propriété, alors que les antres seront tro'ibléc^ et mAme anéanties? Voiei ce
(1] Traiif pnilique «ur (m initUidief itfs onj'iiu'* gfnibi-urirutirtt, Paris, <8t(0, I li, p. 135-
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qui te passe pour la plus simple de ces lésions, la phle^* masie. Elle déterminei tous les travaux modernes ne laissent aucun doute sur ce point, elle détermine la spermatorrhée, tout en activant, d'une manière morbide, le travail sécrétoire des vésicules séminales, car comment expliquer, sans cette sursécrétion, la quantité énorme de liquide que perdent les tabescents?
Cependant, n'exagérons pas ces prémices jusqu'à établir comme une loi que toute aiïection des vésicules séminale» est fatalement suivie do spermatorrbée ; les faits nous donneraient un éclatant démenti : on a trouvé sur le cadavre d'individus dont rien, pendant la vie, ne faisait pressentir une lésion du côté des voies génitales, des vésicules tuberculeuses, cancéreuses, purulentes, etc., etc.; rien, je le répète, ni douleur, ni pertes séminales, n'avait attiré l'attention du malade de ce côté, et, si la puissance virile avait peut-être perdu quelque chose de son énergie, cet afTaiblissement était mis sur le compte de la diathèse générale ou sur celui de quelque aiïection concomitante.
Il semblerait, d'après cos faits, que les auteurs qui m'ont précédé ont eu raison de regarder comme très difficile, sinon impossible, un diagnostic exact des maladies des vésicules séminales. Sans doute, avant l'intervention du microscope dans les études médicales, certaines lésions devaient passer inaperçues, ou leurs symptômes se confondre avec ceux d'autres lésions voisines ou éloignées ; mais ie microscope a jeté sur le sujet qui nous occupe une lumière si vive et si éclatante que l'on s'étonne de ne rencontrer les résultats qu'il fournit dans aucune partie de l'ouvrage de M. Civiale, qui se contente de cette simpie note s « Quelques modernes comptent beaucoup sur un nouveau moyen de diagnostic qu'il ne faut pas négliger, muis qui n'a peut-être pas toute
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la ccrlitiidc qu'on lui supriose. Il s'unit de la pr^Kince Aw* Boospermes, conMalée au moyen du microscope ilanii Ica flaides cx|iulsés nalurelletnciit ou trouvés dans Il-s véoirules ■éiiiinales et k's conduits déférenls. Sans vouloir atténuer la portée de ce moyen explorateur, je croîs 6tre en droit de faire remnrquer cjue sa mise en uiuvrc réclame des soins cl des précautions qu'on néglige trop gouvoni, et les divergences d'opinions sur ce sujet n'ont peut-Aire pas d'autre cause {!). "
On comprend difficilement comment M. Cifiale n'a pas pris toutes les précautions nécessniros pour se procurer re moyen de diagnostic qui eût nécessairement donné à xi appréciations une valeur qui leur man(|ue.
Quoi qu'il en soit, et .«ans tenir compte de (oos lei ph^ iiomènes généraux dont les auteurs ont grossi l'hisloiro des moladies des vésicules séminales, et qui sont le cortège obligé d'une roule d'autres nITections, même étrangères i l'appareil génital, je crois que les maladies que j'examine en ce moment ont des caractères asseï tranchés pour les faire distinguer facilement dans le cadre nosologique.
Ces caractères sont ou cliniques ou microscopiques.
Les caractères cliniques varient avec t'aflecliou qu'elle! (rahisseni, cl, pour les énumérer tous, il faudrait faire la ■ymptomatologie de l'inflammation, du cancer, de la Uiberculisation, etc., etc.
Mais au milieu de ce cortège changeant avec rbaqua afleclion, il est un signe constant, que l'on rencontre dans toutes les maladies des vésicules séminales, et qui est caractérisé par on trouble quelconque dans la fonction génitale.
Ce trouble est t'intàt l'impuissance, c'est-à-dire l'inertie
(t) Traité pratique nur In maladin de» orgatut gAulo-urmoar»*, I. Il, p. tSI.
mOUILIS DB LA rONGTlOlf DE GOKSBKVATIOll. 6ft9
absolue de la viTgc ; tantôt il se traduit par des érections lentes, difficiles et incomplètes ; tantôt réjaculation s'opère alors que le pénis n'a qu'une demi-rigidité, ou même quand il est dans une entière flaccidité, etc. , etc.
Il est probable, pour expliquer la constance de c« caractère morbide, que les testicules ne restent pas étrangers aux affections des vésicules séminales et qu'ils y prennent une part plus ou moins active.
Les caractères microscopiques varient avec la nature de la maladie elle-même : ainsi on trouve mêlé au sperme, tantôt du sang, tantôt du pus, tantôt de la matière tuber^ culeuse, cancéreuse, etc., selon que l'aiTection des vésicules séminales est une phlegmasie avec ou sans suppuration, le tubercule, le cancer, etc., etc.
Mais la présence de ces matières morbides dans le pro« duit des vésicules séminales n'est pas suffisante pour expliquer l'absence des zoospermes, car on sait que les micrographes, M. Donné (1) entre autres, ont rencontré des spermatozoïdes parfaitement vivants mêlés à du sang, du pus, etc. , etc.
Il faut donc chercher ailleurs la cause de cette absence de spermatozoïdes dans le sperme des individus malades du côté des vésicules séminales.
Dans quelques circonstances, le phénomène est facile à expliquer. Quand de la matière tuberculeuse ou encéphaloïde remplit les vésicules séminales, ces produits morbides se peuvent rencontrer aussi dans les canaux déférents, de telle sorte qu'ils empêchent le sperme testiculaire de parvenir jusqu'à leurs réservoirs : on retombe alors dans les cas d'obstruction dont j'ai parlé plus haut.
Dans d'autres circonstances, comme dans l'inflammation
(4) Cam-ê de mieroêcapie. Paris, 4844, p. 306.
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dea vésiciiloi), par exemple, l'abnenre iie« ^|iprinnlaaoîilM ne peut s'expli(|ucr <{ue par le Iroublo que celte plilef[muie, iiropo^ée jusqu'aux testicules, iippiirte clans (■ hitclion séiTt^loirp Je rt-s dernieri. Il est ilink-ilu de «p^îBer li nature de ce trouble, cur, <lai>i la plupart des cm, rien d'anormal ne ne révèle dans la forme, le volume el la sensibilité du testicule; c'est probablement uu ili^iordre dtnamique qui ne se trnliit qu(> dans tes résultat* de la fonctiuN.
Cepetiduiil , r«b!>ence des spernintoioides n'est pa> un caractère constant et absolu dans k-s maladies des léMcnles séminales, surtout quand ces maladies sonl pou intenses »• à leur déhut. J'ai plus d'une fuis runoonlré ces sniinolrulrs dani le sperme d'individus atteints de sprrmaliirili^c. mais dont les pertes séminales n'éuipnl pas fréquenle» ou dataient depuis peu de temps. Il est probable que, dam ces cas, lu lésion vésiculaire n'est pas assez forte ou pas asseï ancienne pour pouvoir encore inlluencer la fonction lesticuluire. Plus tard et sans que la lésion des vésicules s'aggrave, mais par le fait seul de perles séminales qui ne sonl pas un rapport uvcc In quantité de speime «lécrété, le testicule, pour réparer «es perles incessantes, devient le ^ié^o d'une sursécrétiiin qui, après plus ou moins longtemps, linil par tarir la source même de ta sécrétion, soit en épuisant la force dynamique de la glande, soit en appelant dans se» tissus une irritation morbide.
Comme on le voit, les affections des vésicules séminales, qu'elles soient caractérisées par des pertes de semence on par la présence de matières morbides dans le produit de l'éjuculdlion, deviennent, après un temps plus ou moins loii^, It! point de départ [l'une impuissance et d'une stérilité toujours facilement coiistalables.
Leur gra> ité el leur durée sont, comme ou le doit corn-
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prendre, en raison directe de raiïection qui lear donne naissance; mais, en général, on peut dire que le pronostic est grave, tant a cause des organes aiïectés que parce que la position de ceux-ci les dérobe à Taction immédiate des moyens thérapeutiques.
Ces moyens aussi variables que les aiïections qui en récla* ment l'emploi, ont été longuement exposés ailleurs (1) pour les cas de pertes séminales.
Quand les troubles de la fonction vésiculaire reconnaissent pour cause une aiïection organique, comitie la tuberculisation ou le cancer, il Faut avoir le courage d'épargner au malade les ennuis et les douleurs d'un traitement long et inutile. Le mal e^t au dessus des ressources (\e la médecine. On doit se contenter de palliatifs et ne s'occuper qu'à adoucir à la malheureuse victime les souffrances auxquelles elle est fatalement condamnée.