‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité v. 1-2Chapitre 98 sur 122 · SECTION DEUXIEME · texte numérisé non relu

SECTION DEUXIEME

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i.a femme, dans l'acte de la génération, remplit un rAle essentiellement complexe, sans parler de la copulation dont je n'ai plus h m'occuper ici.

Comme l'homme, elle sécrète dans les profondeurs de ses organes un produit qui, pour arriver du lieu de sa sécrétion ù celui de son eicrétion, parcourt des voies aussi semées d'écueils et aussi fertiles en obstacles que celles que le sperme franchit pour aller des testicules au méat urinaire.

Pour l 'accomplissement de ce premier acte de son r4le, la femme se sufTil ù elle-même ; elle le remplit par les lois seules de son organisation, et le concours que quelques physiologistes ont prétendu que lui prêtaient certaines circoU' stances extérieures, telles que le climat, le coit, etc., e«t d'une importance secondaire et (oui au moins douteuse.

(!) Euai», liv. I, chap. u. p 407. «dit. 17i3.

STÉBILITft CBEZ LA PKMME. 693

Mais après cet acte qui, avec la sécrétion spermatique, est en qnelque sorte le prélude de la fonction génératrice, if faut, pour que celle-ci s'accomplisse, que la femme sorte de son égoisme et réalise ce que , dans un style figuré, madame de Staël appelait un égoîsme à deux.

La part que la femme prend dans cette nouvelle phase de son rôle devient de plus en plus complexe. Ses organes étant le théâtre sur lequel va se passer le grand acte de la formation d'un nouvel être, elle doit recevoir et conduire jusqu'au produit de sa sécrétion propre l'élément indispensable que lui fournit le mâle, et, une fois ces deux éléments en présence,présider à leur union, et leur offrir un lieu convenable où le résultat de cette union rencontre toutes les conditions nécessaires à son développement ultérieur.

En prenant séparément chaque partie du râle si compliqué de la femme dans l'acte de la génération, on trouve cet acte partagé en quatre étapes, si parfaitement distinctes, qu'il est impossible de ne pas les accepter comme bases d'une division méthodique.

Ces quatre étapes sont :

l^ L'acte de sécrétion et de progression du produit femelle , c'est-à-dire l'ovulation y comprenant la fonction ovarienne et la fonction tubaire ;

2"* L'acte de réception et de progression du produit mêle, comprenant les fonctions du col de Tutérus ;

9f* L'acte de réunion du produit mâle et du produit femelle, comprenant la fonction d'imprégnation ;

&* L'acte de gestation, comprenant les fonctions utérines.

Cette division toute physiologique me paraît être le guide le plus sûr pour nous reconnaître au milieu des causes si nombreuses et encore si mal étudiées de la stérilité chez la fsmme ; aussi, après en avoir pesé les avantages et les incon-

TKOOBLM DE l'oVULATION. 695

pour arriver à la connaissance des étals morbides des autres.

Il est incontestable, et je ne sais aucun fait authentique qui prouvé le contraire, que Tabsence congénitale, la perte accidentelle et l'atrophie des ovaires sont constamment suivis de l'absence ou de la disparition du Oux menstruel ; mais l'inverse est-il aussi vrai? En d'autres termes, l'absence ou Il disparition de l'écoulement cataménial dénote4-elle tou* jours l'absence congénitale, In perte accidentelle ou l'atrophie des ovaires, et par conséquent l'impossibilité de l'ovulation?

M. Bischoiï (1) , considérant l'hémorrhagie menstruelle comme un- symptôme de menstruation dont le fait capital est l'évolution d'un œuf, avoue que ce symptôme peut man* quer sans que le phénomène générateur, l'évolution de l'œuf, cesse de se produire. Dans ce cas, la fécondation esl possible. « Il est tout aussi facile, dit-il, de prouver que la fécondation est liée à l'évolution menstruelle. Lorsqu'on a soutenu le contraire, on a confondu la menstruation avec l'hémorrhagie menstruelle. Il peut y avoir conception sans hémorrhagie, de même qu'il peut y avoir une évolution menstruelle sans aucun écoulement de sang. Le dévelop* pement de l'œuf est le phénomène important de la mens* truation, les autres peuvent manquer ; lorsqu'ils n'ont pas lieu, cela indique ordinairement une imperfection dans la fonction , et la stérilité est ordinairement , comme on le sait, le résultat de ce trouble fonctionnel. Cependant la conception peut avoir lieu, caries conditions essentiel lea de la menstruation sont remplies, mais ce sont des cas exceptionnels. On a dit qu'il pouvait y avoir fécondation dtm des cas oii ces conditions ont manqué et ou l'hémorrhagie avait en lieu ; mais aucun fait ne vient h l'appui de cette

(4) Traité du développement de Vhomwèê et dei ammau9* Paris, 4a43, in-a, avecfig.

THOUBLBS DIS LA FONCTION OVAHIENNB. 697

ensemble de phénomènes qui, réunis et groupés, sufBsent pour établir la certitude médicale. Je n'ai point i dresser ici l'inventaire de ces phénomènes dont i'énumération arrivera successivement avec l'étude de i'aiïection qui leur donne naissance, et je terminerai ces quelques considérations préliminaires par deux mots sur la question si controversée du temps auquel peut s'opérer la fécondation après l'époque menstruelle.

S'il est vrai, comme l'établit M. Bischoiï, que la fécondation et la conception sont intimement liées à la menstrua-tion qui représente la période de maturité et d'expulsion de Vœufy il faut de toute nécessité que la fécondation et la conception soient contenues dans les limites du temps menstruel, à moins que le coït, l'alimentation, le climat ou toute autre circonstance, ne favorisent la maturité et ne déterminent l'expulsion de l'œuf.

Une semblable inQuence ne saurait être admise; sans doute le climat, l'alimentation, les habitudes, les excès de coït peuvent modiGer le type de la menstruation, c'est-àdire changer la physionomie des manifestations symptomatologiques par lesquelles elle se traduit d'ordinaire, comme récoulement sanguin, le gonOement des mamelles, les douleurs lombaires, la fétidité de l'haleine, etc., etc. ; mais il faut ioujours faire intervenir une cause pathologique toutes les fois que les règles reviennent avant l'époque fixée dé leur réapparition. D'ailleurs, si ces circonstances exerçaient réellement l'empire qu'on leur suppose, il faudrait que le coït, par exemple, amenât un flux cataménial toutes les fois qu'il est exercé, ce qui n'est pas, ainsi que tout le monde le sait.

M. Coste, qui défend l'influence du coït sur la maturité et rexpuisioD de l'ovule, se tire de ce mauvais pas en sup-

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TR0ITBLB8 DB LA FONCTIOM OTIRUMNB. Q99

de deai à sii jours par la decidua eisudée à la sarface de la muqueuse vers le déclin de Tirritation qui suit l'époque menstruelle. » Et un peu plus loin : « Or, comme nous avons reconnu que la decidua tombait constamment du dixième au douzième jour de Tintermenstruation , il résulte conséquemment de ce fait que la conception ne peut s'opérer que du premier au douzième jour qui suivent les règles, et que jamais elle n'a lieu après cette époque (1). » Beaucoup de physiologistes, parmi lesquels je citerai MM. Courty et Bischoiï, ont adopté cette opinion à laquelle des faits nombreux ont été opposés ; ainsi, le docteur Kirsch (2) cite, entre autres, les lois de Moïse qui ne permettaient le coït qu'à partir du septième jour depuis la cessation des règles, c'est-à-dire du douzième environ depuis leur apparition ; ces lois étaient observées rigoureusement, et cependant on sait que les femmes juives étaient remarquables par leur fécondité. Des exemples de fécondation opérée pendant la seconde période de l'époque intermenstruelle ont été rapportés par MM. R. Wagner (â), Leuckart (&), Raciborski (5), et M. Bischoiï lui-même avoue qu'il connaît plmieurs cas où la conception a eu lieu douze el seize jours après la fin de la période mens^ truelle (6).

(4) Théorie poiitive de fonulation spontanée, Paris, 4847, p. 274 61275

(2) ZeiUehrift fUr ration. Mediein, v. Henle und G. Pfeuffer, 4 852, l. II, p 427.

(3) Wagner*8, HaniÊD9n9rbuck der pk^sMÊfgie, art. GÉKÉiiTfoir, p.40l6.

(4) Wagner's, Handw^terbuch der physiologie, art. FicoimtATiOH, p. 886.

(6) De ta puberté et de Cdge critique chez la femme^ p. 458 et soiv. (6) Archives de médecine, mai 4851, p. 860.

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ANOMALIKS DBS 0VA1M&. 701

ces organes existe bien conformé, la conception peut se produire , ainsi que divers auteurs en ont rapporté des exemples (1).

L'absence complète des deux ovaires a été observée plusieurs fois ; et toujours, quand elle était congénitale, nonseolement Thémorrhagie menstruelle et la fécondation n'avaient pas lieu, mais encore les autres parties de l'appareil génital participaient plus ou moins à cet arrêt de développement. Je ne me livrerai pas à Ténumération fastidieuse de tous les cas d'absence des ovaires rapportés par les auteurs, et je me contenterai de reproduire les conclusions générales que M. Chcreau tire de tous ces faits, après les avoir scrupuleusement passés en revue : «L'absence congénitale des ovaires, dit cet auteur, n'est point accom^ pagnée nécessairement de celle de l'utérus. Seulement ce dernier organe, n'étant pas soumis à TinQuence sympathique des organes reproducteurs, ne prend pas i la puberté, le développement qu'il acquiert dans les circonstances ordinaires, et c'est pour cette raison qu'on le trouve alors plus petit et comme atrophié ; par contre, l'absence congénitale de la matrice n'est pas toujours accompagnée de celle des ovaires. L'absence complète des deux ovaires a une telle influence sur tout l'organisme, que la femme affectée de ce vice de conformation, ne se revêt plus des caractères propres qui la distinguent de fhomme; le bassin ne s'élargit point, les mamelles n'acquièrent aucun développement et les règles sont nulles. Les parties génitales externes subissent aussi des modifications: le vagin est plus étroit, les

(1) Pour les faits de celte nature, voyez Philosophieal iramaetions, année 4 S4 8, fait rapporté par Granville ; Bulletin de la Faculté de médecine de Parié, année 4 84 7, p. 457, fait dû à Cbaussier ; Traité des aecouchemenlB de Gardien, 1. 1, p. 4 67, etc., elc»

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LÉSIONS FHTSIQUSS DIS 0T1IRB8. 70S

gique de chaeune de ces aiïections à laquelle se refusent les limites de cet ouvrage, bien que la stérilité soit l'elTet le plus commun de ces maladies.

Cependant , pour que l'inaptitude à la fécondation soit complète, il faut: 1^ que les deux ovaires soient simultanément atteints; 2^ et qu'aucune partie de leur tissu ne reste intacte.

Si Tan des deux ovaires conservait son intégrité, en supposant son congénère aussi profondément altéré que possible, la femme ne perdrait aucun des attributs de son sexe, l'ovaire sain pouvant i lui seul déterminer l'hémorrhagie menstruelle et sufBreaux nécessités de la conception. Il serait facile, en effet, de trouver dans la science des exemples de fécondation dans des cas où, par suite d'atrophie, de dégénérescence, de déplacement, de hernie ou de toute autre cause, un seul ovaire peut émettre l'ovule; mais, je le répète, lorsque les deux ovaires manquent à la fois, ou sont profondément altérés, l'infécondité de la femme est fatale et absolue.

Cependant, pour que l'altération des deui ovaires amène ce résultat, il feut qu'elle atteigne toutes les parties du tissH ovarien. Cette condition est indispensable. Morgagni avait déjà fait cette remarque (l),que tous les observateurs qui l'ont suivi ont pleinement confirmée. « On a vu, dit M. ChereaUy des femmes atteintes de dégénérescences énormes des deui ovaires, et cependant devenir encore mères ; mais un examen attentif a démontré encore dans ces cas , qu'une portion de l'un des organes reproducteurs; ou de tous les deux en même temps, était encore saine (2). »

Cette double condition que, pour se produire, la stérilité

(4) De tedibus et cousis marhorum, epist. XLV, art. 47. (t) Lot. eil., p. 99.

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