DE LA CERTITUDE T
restés chez nous -ans imitateurs ni postérité, e1
nous avons toujours «mi plus d idéol< que
d'idéalistes. Si l'on excepte Descartes et encore faut-il l'excepter? le point de dépari ne parut
jamais importer à nos grands esprits autant que le point d'arrivée et la grandeur de l'horizon. Ils furent toujours prompts aux postulats, aux principes pris pour accordés et à toutes les ruses intellectuelles qui permettent de mettre l'œuvre en route. C'est pour eux une méthode familière que de supposer les problèmes résolus, pour en embrasser sans retard toute la donnée. Empirisme en somme, mais empirisme conscient, organisé, voulu, j'allais dire rationnel, méthode enfin, l'un des mots les plus grands que Ton puisse prononcer en Occident. Car il s'agit toujours que les vastes et complexes assemblages de faits nous deviennent possibles le plus vite possible et que la vérité ('•date ensemble en dix endroits, qui ne se pouvait d'abord préciser nulle part.
C'est pourquoi les partis-pris de nos artistes sont si frappants. Ils débutent toujours par demander créance, sachant que c'est par la solidité de l'ouvrage qu'ils se justifieront. Leurs œuvres, ce sont de puissants appareils de vie : il faut qu'elles se défendent. Oui, c'est de
certitude qu'il s'agit ici, d'un sentiment de certitude, d'un acte de foi dans la vie. La sûreté, voilà en effet ce qui groupe les' hommes, ce qui systématise leurs idées, ce qui procure la consistance à leurs ouvrages; le doute, même légitime, délie tout cela et livre le monde à la variété des sentiments personnels. Or nous ne sommes pas de ceux qui vivent d'un peu de chaleur qu'il y a dans l'air. Notre existence ressemble à un pays gagné sur l'Océan. Elle est notre invention, notre conquête et notre ouvrage. Une sonate de Bach, une allégorie de Rubens, un roman de Balzac plongent de multiples racines dans les innombrables réalités de la vie occidentale. Gonflées de vie, ces œuvres s'épanouissent sous la défense d'un organisme puissant. Rien n'est magnifique en elles comme la sûreté.