L EXCÈS OCCIDENTAL
11 se mêle à la foule qui chante les hymnes de Pâques et de Noël. 11 entend qu'un pauvre prêtre de Saint-Séverin dise au dernier jour sur son cercueil la prière occidentale. Et à lire ce livre de polémique et de confession, je reconnais bien en lui l'homme du sol, épris d'honneur, de gloire et d'énergie, défenseur décidé de toute tradition, de toute organisation où se concrétise l'esprit national, exalté vers les renoncements et les sacrifices, engoué de sa chère douleur, possédé de la religion de l'infini, ivre d'entrer héroïquement dans le tumulte gaulois.
Qu'est-ce à dire? Voilà quelqu'un d'athée dont toute la pensée palpite uniquement de ce surcroit clérical. Ce n'était donc pas un \ain artifice que d'imaginer cette différence et de vouloir, par une soustraction, dégager l'excès occidental. Or notre civilisation, c'est cet élément-là qui la soutient; c'est lui qui nourrit notre art et nos lettres. Et qu'on puisse ou non isoler, séparer, laïciser cette essence, il n'importe: le principal est maintenant de la tenir. Le cas de cet historien desdoctrines sur l'univers et sur la vie, conscient, lui, de toute sa science, est celui de la plupart de nos gens. Ils ne s'en inquiètent guère, de ce qu'ils croient. « Dans ces tètes, nullement surmenées, grâce à l'hygiène scolaire, et
même quelquefois à peu près vides, on croirait entendre, comme dans un sac déboules de loto, un petit nombre de mots, toujours les mêmes, s'entrechoquer : « Justice, bicyclette, automobile, vérité, dynamo, lumière, téléphone, etc. » Cependant, ils vivent comme c'est l'usage. Mais ceux qui réfléchissent, pour autant qu'ils ne croient pas, vous disent avec Barrés : « J'ai ramené ma piété du ciel sur la terre, sur la terre de mes morts. » Au reste nombreux furent, en France, les espritsqui s'émancipèrent de la religion pour ne rien demander qu'à ce génie occidental, Gassendi, Guy Patin, Molière, Saint-Evremond... Et c'étaient tous des esprits enclins à la résistance, des réalistes décidés.
11 reste à déterminer en quoi spécialement consiste ce reste, excès ou différence qui mesure notre sens propre. Or nous avons ajouté à la fois aux enseignements évangéliques l'esprit romain, le doux entêtement celtique, le tempérament barbare, et puis la solidité mégalithique, la méthode, la résolution, de plus l'instinct chevaleresque, le culte de la femme, une sensibilité précieuse, une rudesse polie, le goût des codes, des règles et des théologies, un singulier besoin d'attacher partout notre croyance