‹ Traité de l'opération de la taille, ou mémoires anatomiques et chirurgicaux sur les différentes méthodes employées pour pratiquer cette opérationChapitre 13 sur 61 · TA! ILLE RECTO-VÉSICALE · texte numérisé non relu

TA! ILLE RECTO-VÉSICALE

suite fâcJieuse. D’ailleurs, ajoute M. San son , ce que j’avance ici est conforme à l’opinion de plusieurs praticiens distingués de la capitale.

Au reste , même facilité que par le premier procédé , et même avantage pour éviter l’héraorrhagie et la piqûre du rectum, puisqu’on l a constamment sous les yeux et sous la main.

Tels sont les deux procédés indiqués par M. Sanson. Dans ce dernier, tout semble, ditil , approuvé par l’expérience et les faits pathologiques, qui viennent , pour ainsi dire en foule, se présenter à l’appui. i°. La section du col de la vessie et de la prostate, dans la taille par l’appareil latéral, celle du sphincter dansl’opération de la fistule à l’anus, se reproduisent tous les jours sans que les malades restent pour cela atteints d’infirmités graves ou dégoûtantes. 2°. Ne sait-on pas que lorsque le rectum a été blessé dans l’opération de la taille ordinaire , il ne reste souvent d’autre parti à prendre, pour éviter une fistule incurable , que d’inciser toutes les parties comprises entre la piqûre et l’extérieur , et que ce moyen , employé plusieurs fois par Dessault (1) , n’a jamais manqué de réussir?

Quant au premier procédé , les avantages

TAILLE RECTO-VÉSICALE.

qu’il présente, suivant ce chirurgien, sur les autres méthodes de pratiquer la taille , sont nombreux.

i°. Facilité et promptitude dans l’exécution , qui sont telles , que deux traits de bistouri suffisent ordinairement pour pratiquer l’opération. \

2°. Le peu de danger qui accompagne la lésion des parties intéressées.

3°. Le peu de profondeur de la plaie, qui permet de voir jusque dans la cavité de la vessie ; d’où résulte plus de facilité pour l’extraction des calculs, moins de dangers consécutifs pour la vessie et le péritoine.

4°. La certitude d’éviter l’hémorrhagie, aucun vaisseau considérable ne se trouvant sur la ligne médiane, et d’ailleurs la plaie présentant toutes les facilités pour y appliquer des ligatures.

5°. La certitude d’éviter les incontinences d’urine et les inflammations de la prostate, cette glande et le col de la vessie étant ménagés.

6°. La possibilité d’extraire les pierres les plus volumineuses par la partie la plus large du détroit inférieur du bassin.

Les seules objections qu’on puisse faire à cette méthode, dit l’auteur, c’est d’abord la blessure du rectum à la partie inférieure , qu’on regarde

82 TAILLE RECTO “VESICALE.

généralement comme fort grave, et sur le danger de laquelle il fait voir qu’on n’a que des craintes illusoires; i°. parce que le péritoine est trop éloigné de ce point; 2°. parce que la structure de l’intestin, en cet endroit, est différente de ce qu’elle est dans le reste de son étendue; 5°. enfin, parce qu’on voit tous les jours, par les opérations de fistules stercorales , que cette lésion n’entraîne absolument aucun danger.

En second lieu , la communication établie entre la vessie et le rectum , qui rend possible et même probable le passage des matières fécales de celui-ci dans le réceptacle de l’urine , et réciproquement le passage de l’urine dans le rectum ; d’où l’établissement d’une fistule stercoro-urinaire. L’auteur a tenté de détruire cette objection par des argumens tirés de la situation et de la direction respectives des deux plaies de la vessie et du rectum, qui sont telles, que les matières fécales ne peuvent pénétrer dans la vessie sans suivre une marche rétrograde et tout opposée à leur cours naturel , surtout dans le moment de la défécation. En outre, il pense qu’il est facile d’opérer de manière à prolonger l’incision davantage du côté de la vessie que du côté du rectum , de sorte que ce dernier formerait une espèce de valvule,

TAILLE RECTO-VÉSICALE.

qui, permettant à l’urine de s’écouler, s’opposerait presque certainement au passage des matières; enfin, en supposant même qu’une petite quantité de ces matières pénétrât dans la vessie , elles seraient bientôt délayées et entraînées par burine , etc., etc.

Dans un premier Mémoire (1) , le professeur Vacca Berlinghieri discuta les diverses raisons émises par M. Sanson , au sujet des objections qu’on peut opposer à la taille recto-vésicale ; et tout en reconnaissant que l’introduction des matières stercorales dans la vessie n’est pas un cas aussi grave qu’on pourrait d’abord le croire, il fit remarquer que cet accident n’était pas absolument mortel. Il n’en faut pas conclure qu’il est sans gravité , sans danger même ; car ceux chez qui il a eu lieu ont éprouvé des symptômes beaucoup plus inquiétans que chez ses opérés qui ne l’ont jamais présenté.

Vacca pense que cet inconvénient n’est pas inhérent à la méthode générale d’extraire la pierre par le rectum , mais seulement au pro-

(i) Mémoire sur la Méthode d'extraire la pierre de la vessie urinaire par la voie de l’intestin rectum , trad, de l’ilalien par Blaquière. Paris , 1821,

TA I LLE R E CTO-V ES ICA LE .

cédé opératoire préféré par M. Sanson, et qu'ont mis à exécution plusieurs praticiens. On s’y soustrait facilement en incisant l’urètre , la prostate et le col de la vessie,, et en évitant avec soin d’intéresser son bas-fond. Par ce moyen, la plaie de l’intestin est au moins d’un pouce plus basse que celle du col de la vessie (i) ; les lèvres de cette dernière se trouvant ordinairement en contact, ne s’écarteront que pour le passage de l’urine : en outre , les parois de l’intestin servent d’une véritable valvule, qui s’op^ pose au passage des matières stercorales dans la vessie.

Ce procédé est d’ailleurs d’une exécution plus facile; car il est bien plus aisé de rencontrer la cannelure du cathéter à travers l'urètre et la prostate , qu’à travers les parois de la vessie. L’incision du col , préférablement à celle du bas-fond , a encore pour effet d’abréger la guérison, en éloignant la crainte d’une fistule ; et bien que les plaies de ce bas-fond puissent certainement guérir sans en laisser (ce que l’observation a démontré) , pourtant , à circonstances égales ^ elles guériront

(i) On voit que le procédé adopté exclusivement par Yacca est le même: que le deuxième du docteur Sanson, et sur lequel , à la vérité , ce chirurgien paraît avoir le moins insisté*

T A I LIE R15CTO-VKS I C A L E .

plus lentement,, parce que, dans ce cas, l’écoulement de l’urine par la plaie est continuel , et que dans l’autre , il n’a lieu que par intervalles, lorsque la vessie se vide. L’expérience a prouvé cette vérité au professeur Vacca, qui a toujours obtenu des guérisons plus promptes que les autres.

Description du procédé opératoire du professeur

V acca.

Le malade étant situé comme pour l’appareil latéral , on introduit le cathéter dans la vessie, et on le confie à un aide, qui aura soin de le tenir ferme et perpendiculairement au pubis , sans l’incliner ni à droite ni à gauche , de façon que la ligne moyenne de la cannelure, c’est-àdire sa partie la plus profonde , corresponde à la ligne médiane de l’urètre et au raphé; alors l’opérateur prend le bistouri de la main droite, comme pour couper de dedans en dehors, le tranchant de la lame dirigé en haut , l’index et le pouce saisissant l’instrument au point de réunion du manche et de la lame , de manière à les maintenir tous les deux à-îa-fois. Les choses ainsi disposées , le chirurgien enduit d’un corps gras l’indicateur de la main gauche, et en applique la face palmaire sur un des

86 TAILLE RECTO-VESICALE.

cotés de la lame du bistouri , assez fortement pour que le tranchant soit un peu caché dans la pulpe du doigt, et fasse, pour ainsi dire, corps avec lui , en sorte qu’il soit possible d’introduire les deux ensemble dans le rectum sans le blesser. Il procède alors à cette introduction, la face dorsale du doigt tournée vers le sacrum, sa face palmaire vers la symphise du pubis , et pénètre ainsi de dix à douze lignes ; puis, repoussant du même doigt la paroi postérieure de l’intestin dans le sens du sacrum, pour laisser un jeu facile à l’instrument , il fait éprouver un changement de direction à la lame, au moyen de la main droite.

Dans ce changement , le dos du bistouri doit appuyer sur la pulpe de l’indicateur; son tranchant regarde la partie antérieure du rectum , et est dirigé suivant le raphé. En ce moment, l’indicateur, qui avait été porté en arrière , se reporte en avant en appuyant sur le dos du bistouri, plonge le tranchant et la pointe de celui-ci dans la paroi antérieure de l’intestin , tandis que la main droite, en le retirant, achève la section de la paroi antérieure du rectum , du tissu cellulaire placé entre lui et l’urètre, et du sphincter externe. Cette incision ne doit pas s’étendre au-delà de huit à neuf lignes sur le périnée. Cela fait ( un instant suffit),

l’opérateur abandonne de l’indicateur gauche îe dos du bistouri, tourne la lace dorsale de ce doigt à gauche, le bord cubital en haut , puis, d’un effort presque insensible de ce doigt, change la direction du bistouri,, tenu par la main droite, sans îe quitter ni se faire aider de personne ; il retourne le tranchant en bas, c’est-à-dire du côté opposé à celui où il était auparavant.

Ces mouvemens très-faciles et très-prompts étant exécutés, l’index et le pouce de la main droite ayant pris aussi une position convenable à la nouvelle direction du bistouri , le chirurgien introduit l’indicateur gauche dans la plaie du sphincter, et cherche de l’ongle ( qu’on doit toujours avoir long quand on pratique cette opération) la cannelure du cathéter à travers les parois de l’urètre. La cannelure rencontrée, il fait suivre au bistouri, tenu comme nous l’avons dit, l’ongle de l’indicateur gauche, incise l’urètre, et arrive avec cet ongle et le bistouri dans la cannelure du cathéter , tenu fixe par un aide , dans la situation verticale déjà indiquée. Alors il guide par ce moyen son instrument jusque dans la vessie , et incise le col et la prostate dans une plus ou moins grande étendue , scion le volume et la forme qu’il suppose à la pierre ; et comme ici Ton est fort exposé à se tromper, Vacca conseille de

TAILLE FiECTO-VÉSICÂLE.

tenir la plaie plutôt petite que grande , paree qu’on a toute facilité pour l’agrandir : on profite ensuite de cette incision pour pénétrer jusque dans la vessie , et ici le cathéter , devenu inutile , doit être retiré. A l’aide du doigt on juge alors de la grandeur de la plaie, de ce qu’il y aurait de mieux à faire relativement au volume et à la forme du calcul , et l’on voit s’il est nécessaire de laisser la plaie telle qu’elle est ou de l’agrandir, ce qu’il est facile d’effectuer en conduisant le bistouri avec le doigt; ou, si l’on craint que sa pointe ne blesse ou ne pique la vessie, on se sert d’un bistouri boutonné.

On introduit les tenettes en suivant le doigt, car tous les conducteurs imaginés à cet effet , toutes les espèces de gorgerets, sont des instruis ens parfaitement inutiles, qui n’ont d’autre avantage que de rendre l’opération un peu plus longue, un peu plus compliquée et nullement plus sûre. Ces observations , ajoute-t-il , sont applicables à toutes les méthodes.

Ce fut à l’occasion de ce premier Mémoire, que Scarpa écrivit au professeur Maunoir la lettre qui suit , et dans laquelle il exposait son opinion sur la taille recto-vésicale ; ce fut en partie dans le but de combattre plusieurs des objections qu’elle renferme, que Yacca publia un second Mémoire, auquel le célèbre ebirur-

TAILLE RECTO-VESICALE.

gien de Pavie répondit avec détail. Je ne donnerai pas ici un extrait de ce Mémoire , mais j’aurai soin de rapporter en note chacun des

points que Scarpa s’est attaché à réfuter.

Page 1