DU TROISIÈME MÉMOIRE DU PROFESSEUR VACCA
SUR CETTE OPÉRATION (l).
Le principal but que M. ie professeur Yacca s’est proposé dans le Mémoire que j’examine ici, a été de faire voir que dans mes recherches et dans mes expériences sur le cadavre, je n’ai pas employé ie procédé opératoire qu’il a décrit et exécuté sur le vivant; en conséquence, il prétend que toutes les raisons que j’ai opposées à la taille recto-vésicale , et celles que j’ai
(i) Fisc , 1824.
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alléguées en faveur de la taille latérale , ne sont aucunement concluantes , ou de nulle valeur. Cependant , les figures représentées dans les planches III et IY de cet ouvrage , prouvent clairement le contraire de ce qu’avance le professeur dePise, car je pense qu’elles seront toujours un guide sûr pour ceux qui voudront faire une comparaison exacte de la taille recto-vésicale avec la taille latérale.
Mais examinons si je me suis réellement trompé sur le point essentiel du procédé opératoire de M. Vacca ; procédé à l’occasion duquel j’ai avancé dans le Mémoire précédent, et d’après des expériences répétées , que dans les cas où le calcul était d’une grosseur ordinaire , il ne fend la partie postérieure de la prostate que dans la moitié ou un peu plus de sa longueur, tandis qu’il parle de fendre complètement le col de la vessie jusqu’à l’orifice de ce viscère , et qu’effectivement il n’incise pas la paroi postérieure de la prostate dans toute sa longueur , excepté dans les cas où il propose de diviser en même temps le commencement du bas-fond de la vessie. « La cannelure du » cathéter rencontrée , dit-il , on enfonce le bis- » touri jusque dans la vessie en suivant cette » cannelure, et on incise le col de cet organe dans » une plus ou moins grande étendue, selon le
T AILEE HECTQ-VÉSICÀLE.
» volume et la forme qu’on suppose à la pierre % » et comme ici l’on est fort exposé à se tromper,
» je crois qu’il convient de tenir îa plaie du col » et de la prostate plutôt petite tjue grande ,
» parce qu’on a plus tard toute facilité pour » l’agrandir. »
Dans mes expériences, j’ai toujours suivi ponctuellement ce précepte. Le sphincter de l’anus étant incisé de bas en haut, de manière à rendre apparente la cannelure du cathéter introduit dans la portion membraneuse de l’urètre, j’ai enfoncé la pointe d’un bistouri convexe dans îa cannelure du cathéter jusqu’à l’entrée de l’orifice de la vessie, coupant ainsi verticalement tout ce qui se présentait de îa partie inférieure et postérieure de îa prostate ; ensuite , j’abaissais un peu la main et je retirais le bistouri par le rectum , en appuyant son tranchant avec force sur la partie postérieure de la prostate , de manière à faire correspondre , autant que je le pouvais , l’incision de la paroi supérieure du rectum , qui répond à la face postérieure de cette glande, avec l’orifice de la vessie. J’obtins ainsi constamment le môme résultat que celui qui est indiqué dans la fig. i , ( pî. 1Y), c’està-dire , que l’iiicisioa pratiquée suivant les règles prescrites par M. le professeur Vacca , et dans laquelle on laisse intact l’orifice de la
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vessie , ne divise que la moitié au plus de la longueur de la portion postérieure de la prostate > de sorte que la base de cette glande reste intacte dans une assez grande épaisseur. En outre, j’ai remarqué que lorsqu’on enfonce le bistouri assez avant dans la vessie , de sorte qu’en le poussant ou en le retirant on incise de quelques lignes l’orifice de cet organe , il reste toujours postérieurement une assez grande épaisseur de la base de la prostate , pour qu’on puisse assurer que cette glande n’est jamais divisée complètement en pratiquant l’opération ainsi qu’on vient de le dire , c’est-àdire quand on coupe le bord inférieur de l’orifice de la vessie dans la profondeur de quelques lignes.
On conçoit, en effet , qu’il ne peut en être autrement , quand on considère que l’orifice de la vessie s’ouvre , non pas dans le centre , mais dans la portion supérieure de la prostate , laquelle portion est sensiblement moins longue que la portion inférieure ou postérieure. Il résulte de cette disposition , que lorsqu’on enfonce le bistouri dans la cannelure du cathéter, jusqu’à l’entrée de l’orifice de la vessie et quelques lignes au-delà de cet orifice, on ne peut entamer que la moitié ou un peu plus de Sa moitié de la longueur de îa portion inférieure de la pros-
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tate, soit quand on plonge l’instrument dans le fond de la plaie , soit quand on le retire. En effet, si l’on tire une ligne perpendiculaire , ou qu’on dirige perpendiculairement un stylet de l’orifice de la vessie sur îa portion postérieure de la prostate , cette ligne ou ce stylet tombe sur la moiiié de la face postérieure de cette glande, laissant ainsi derrière elle une épaisseur notable de la base de la prostate : au contraire , si le chirurgien se propose d’inciser cette portion postérieure , y compris la base , ainsi que le conseille M. le professeur Yacca dans les cas où la pierre est très-volumineuse, il faut alors enfoncer le bistouri le long de la cannelure du cathéter, de manière qu’il pénètre à plus d’un pouce dans l’intérieur de la vessie. C’est de cette manière seulement qu’on peut fendre inférieurement l’orifice de la vessie dans toute l’épaisseur de sa circonférence , en même temps que la partie postérieure de îa base de la prostate et le commencement du bas-fond de la vessie , incision dans laquelle on divise toujours obliquement l’extrémité de îa vésicule séminale gauche. Mais comme , dans les cas où le calcul est d’une grosseur ordinaire , M. le professeur Yacca ne pratique pas une ouverture aussi étendue , il est évident que le plus souvent il n’incise la portion postérieure de îa prostate que dans la
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moitié ou un peu plus de îa moitié de sa longueur , et que sa base reste intacte , ainsi qu’on le voit dans la Fig. 1 ( PL IV ) , quand on a l’intention , comme il le conseille , « de faire » l’incision du col de la vessie et de la prostate » plutôt petite que grande , parce que , ajoute- » t-il , on peut l’agrandir facilement s’il en est » besoin. »
Si l’on jette maintenant un coup-d’œiî sur la Fig. 2 (PI. IY ) , qui représente le résultat de l’opération décrite plus haut, et qu’on examine les parties qui se trouvent alors intéressées, comme on le voit dans la Fig. 1 ( PL IY ) , on peut remarquer qu’il est nécessaire de prolonger l’incision vers la partie postérieure de la base de îa prostate pour qu’on puisse distinguer facilement de bas en haut l’orifice de la vessie. Ce fait prouve donc que, dans les cas ordinaires , M. le professeur Yacca n’incise pas complètement le col de la vessie , comme il le suppose , en divisant verticalement la prostate. En outre, à l’ouverture du cadavre de M. Talenti, qui succomba six heures après l’opération de la taille recto-vésicale , on reconnut que « l’inci- » siou avait compris les tégumens , le sphincter » de l’anus et cinq ou six lignes de l’intestin » rectum; » et, précisément, une incision de cinq ou six lignes au-delà du sphincter de
TAILLE RECTO-VÉSICALE.
l’anus correspond à-pcu-près à la moitié ou meme moins de la moitié de la longueur de la partie postérieure de la prostate.
M. le professeur Yacca ne peut donc pas dire que je me suis écarté des préceptes qu’il donne, quand j’ai pratiqué la taille recto-vésicale sur le cadavre, et que les résultats que j’ai obtenus sont faux et illusoires : d’ailleurs , qu’il décide lui-même si dans sa taille recto -vésicale on incise le col de la vessie dans une étendue égale à celle qui résulte de la taille latérale . On peut -, à ce sujet, comparer les Fig. 1 , 2 (PL III) aux Fig. 1 2 ( PL 1Y) : un simple coup-d’œil suffira pour faire reconnaître , d’abord , qu’après la taille recto-vésicale telle qu’on la pratique ordinairement, il existe toujours une assez grande épaisseur de la base de la prostate , qui entoure l’orifice de la vessie comme un anneau résistant et resserré , et qui rend difficile F introduction du doigt ou des tenettes ; en second lieu , que le trajet parcouru par le bistouri le long de la cannelure du cathéter , depuis la portion membraneuse de l’urètre jusqu’à l’orifice de la vessie , est beaucoup plus long ( Fig. 2, PL IY ) que celui que ce même instrument parcoure , quoique s’étendant de la portion membraneuse de l’urètre à l’orifice de la vessie, lorsqu’il traverse la portion supérieure et latérale
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de la prostate. ( Fig. 1 > Pi. III. ) En outre , après la taille recto-vésicale, on ne pénètre dans la vessie qu’en dirigeant le doigt de bas en haut ( Fig. 2 , PL IY ) , tandis que la taille latérale ouvre un trajet direct et bien plus court. (Fig. i, PL III. )
Le professeur de Pise ne pouvant se refuser à l’évidence des faits que j’ai consignés dans le Mémoire précédent, s’est borné à les examiner superficiellement , en disant ( page 1 o ) : « que ,
» lors même qu’on vérifierait que îe trajet a » parcourir est légèrement courbe , comme il » existe au milieu de parties molles très-exten- » sibles , il est très-facile de faire disparaître cette » direction à l’aide du doigt ou des tenetles. » Dans cette assertion, le professeur Yacca se trompe grandement; car le trajet à parcourir est plus que légèrement recourbé de bas en haut ; et de plus, l’épaisseur et la dureté de la portion postérieure de la prostate sont telles (1), que cette glande se déchire plutôt que de se prêter à un certain degré d’extension , quand on extrait un calcul qui excède les dimensions ordinaires, et qui exige ainsi un grand écartement des mors des tenettes pour être saisi convenablement; ce qu’on ne peut pas dire à l’égard de
(r) Voyez fig* i et fîg 2 , pl. IV.
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la taille latérale (1). D’ailleurs, je pense que M. Yacca doit être bien convaincu de cette vérité en lithotomie, que ce ne sont point aux branches de l’ischion , mais bien à l’étendue de l’incision du col de la vessie , qui n’est pas assez grande, qu’on doit attribuer l’obstacle qui s’oppose principalement à l’extraction des calculs qui excèdent un peu la grosseur ordinaire, surtout chez les sujets dont la prostate est assez volumineuse; circonstance qui n’est pas trèsrare chez les calculeux.
C’est spécialement sous ce rapport que la taille latérale est supérieure aux différentes méthodes connues jusqu’à présent pour extraire les calculs de la vessie. En effet, que l’incision soit faite avec le couteau de Cheselden ou avec le gorgeret que j’ai décrit, elle divise complètement le col de la vessie ; la prostate est fendue dans sa partie supérieure et latérale , et, de plus , on entame latéralement l’orifice de la vessie (PI. III, Fig. 2) (2). S’il reste en même temps une épais-
(1) t'oyez l’examen de l’ouvrage du docteur Farnèse, par le docteur Omodei , in Annali universali di Medicina ,
vol. XXIX.
(2) V oy. fig. 3 , pi. III. Il faut ici se rappeler que Scarpa nomme col de l’urètre la portion prostatique de ce canal , qu’il désigne ici dans les mêmes termes que Yacca , comme le col de la vessie. V oy. la note de la page 2 du Mémoire sur le Gorgeret tranchant* ( Note du T-rad. )
TAULE RECTO-VÉSICALE. l ()5
seur d’une ligne et demie environ de la base de la prostate dans sa partie supérieure et latérale ( Fig. 1 , PI. III ) , qui n est pas complètement divisée , elle se trouve néanmoins assez profondément incisée, de même que l’orifice de la vessie, pour être réduite à la simple épaisseur d’une membrane. En outre , l’incision latérale intéresse , dans ce cas , la portion supérieure et latérale de la prostate , qui est bien moins épaisse et moins dure que sa portion postérieure ( Fig. 3 , PI. III ) , et qui , conséquemment , est bien plus extensible ; aussi se prête-t-elle , avec l’orifice de la vessie , à un degré considérable de dilatation , sous l’influence d’efforts modérés , pourvu qu’ils soient bien dirigés et augmentés graduellement. Il en résulte que l’on peut extraire avec succès , à l’aide de la taille latérale , des calculs volumineux et quelquefois même très-gros (1) ; ce qu’on n’obtient pas par la taille recto-vésicale pratiquée suivant la méthode ordinaire du professeur Vacca , à moins qu’on n’incise dans toute leur épaisseur l'orifice de la vessie, la base de la prostate et le commencement du bas-fond de la vessie.
Ces différens faits sont considérés par le professeur de Pise comme des raisons très-judi -
(i) Omodei y loc. cit.
1 Ç)6 TAILLE RECTO-VÉSICALE
cieuses fondées sur des données très- fausses , ou comme de simples discussions théoriques. Cependant on n’a point ici discuté sur quelque point d’un nouveau système en médecine , mais on a raisonné sur des faits positifs, puisés dans l’anatomie appliquée aux opérations chirurgicales. C’est, en effet, la connaissance approfondie de l’organisation qui sert de base à la chirurgie , et qui démontre combien la taille recto-vésicale est inférieure à la taille latérale; vérité que je croîs avoir prouvée dans le Mémoire précédent et dans celui-ci , en n’employant que des argumens tirés de l’anatomie.
J’ai dit précédemment que lorsqu’on pratique la taille recto-vésicale, il doit arriver trèsrarement que l’incision verticale de la prostate tombe précisément sur la partie moyenne du verumontanum , et qu’ainsi on coupe ordinairement, plus ou moins obliquement, le conduit éjaculateur gauche , et plus rarement il est vrai , les deux conduits à-ia-fois. Le professeur Yacca , ainsi que l’un des partisans de son procédé, ne peuvent concevoir comment ce dernier accident pourrait arriver : cependant c’est un fait très-facile à concevoir, quand on sait que chez quelques individus les deux conduits éjaculateurs sont exactement parallèles l’un à l’autre, et si intimement unis, qu’ils semblent
ne former qu’un seul conduit avant de s’ouvrir sur les parties latérales du verumontanum. Du reste , M. Yacca persiste à croire que l’orifice de ces conduits excréteurs n’est point doué d’un mode particulier de sensibilité, et de propriétés en vertu desquelles ils peuvent modérer ou retenir le sperme , suivant certaines circonstances, soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie ; en un mot , que les orifices de ces canaux excréteurs ne sont pas doués d’une sensibilité spéciale, qu’ils sont purement passifs , opinion qui est entièrement opposée aux principes positifs d’une physiologie rationnelle et expérimentale et aux observations que la pathologie a fournies à ce sujet. Cet auteur va jusqu’à comparer l’ouverture artificielle que l’on pratique dans l’épaisseur de la joue, pour diriger dans 1 intérieur de la bouche le cours de la salive qui coule au-dehors , quand il existe une fistule du conduit de Stenon ; il compare,, dis-je , cette ouverture à l’orifice naturel du conduit éjaculateur, comparaison qui est réellement absurde , quel que soit l’aspect sous lequel on la considère , quant au siège , à la structure et aux usages de ces différentes parties. Il faut d’ailleurs , suivant lui , que l’ardeur de la discussion se calme jusqu’à ce que les enfans qu’on a opérés de la taille recto-
î C)8 TAILLE RECTO-VESICALE.
vésicale deviennent adultes , pour qu’on puisse décider s’il peut résulter quelque inconvénient de la lésion partielle ou totale de l’appareil éjaculateur.
Cependant je demanderai au professeur Vacca comment il est arrivé qu’un homme , âgé de soixante-cinq ans, opéré delà taille recto-vésicale ( pag. 43) , ayant voulu se lever de son lit et faire quelques pas dans la salle, huit jours après l’opération , eut les deux testicules affectés d’un gonflement inflammatoire très -douloureux , dont les progrès furent arrêtés par l’emploi de fomentations d’eau de guimauve et d’un traitement interne appropriéPPourquoi un autreindividu , opéré également de la taille recto-^yésicale ( P* 98 ) ? éprouva également , mais sans aucune cause connue , huit jours après l’opération , des accidens analogues ? Le testicule gauche s’enflamma, se gonfla, et particulièrement l’épi— didyme, et l’on fut obligé de combattre cette inflammation par l’application de cataplasmes émolliens, de sangsues, de purgatifs doux, etc. : malgré ce traitement , la suppuration se forma dans l’épaisseur de lepididyme , et l’on fut obligé d’ouvrir cet abcès. Je crois que la tuméfaction inflammatoire et douloureuse du testicule gauche, et spécialement de l’épididyme de ce coté , ne laisse aucun doute sur la blessure du
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conduit éjaculateur gauche dans cette circonstance : l’on sait , d’ailleurs , avec quelle facilité l’inflammation du conduit éjaculateur se propage à la vésicule séminale correspondante , et de là au canal déférent, à Fépididyme et au testicule du même côté.
Le professeur Uccelli , de Florence , rapporte qu’un homme de trente-trois ans , qui conserva d’ailleurs une fistule après avoir été opéré de la taille recto-vésicale pour l’extraction d’un calcul qui avait le volume d’un œuf de pigeon , éprouvait de temps en temps une douleur plus ou moins vive dans le testicule gauche , lequel se gonflait alors , et obligeait le malade à garder le lit. « Cesaccidens, ajoute l’auteur, ne dépen- » daient-ils pas de la lésion du conduit éja- » culateur gauche , qui avait eu lieu dans l’opé- » ration ( 1 ) ? »
Le professeur Guidetti, de Genève, a rapporté que sur douze individus opérés de la taille recto-vésicale , trois eurent une inflammation du testicule , accompagnée de gonflement et de douleur aiguë , et que , chez l’un d’eux , l’inflammation se termina par suppuration (2).
(1) Anno di Clinica eslerna , vol. II , pag. iiq.
(2) Giomale di Oniodei , vol. XXXIII,
200 TAULE KE CTO-VÉSICALE.
M. Vacca répondra peut-être que cet acci-* dent n’est pas constant après la taille rectovésicale : j’en conviens; mais il n’arrive pas non plus constamment après la suppression subite d’un écoulement gonorrhéique. Il suffît, pour appuyer notre assertion, que cet accident puisse survenir quelquefois après la taille rectovésicale, pour que nous devions l’indiquer avec raison parmi les inconvéniens attachés à cette opération, en faisant remarquer qu’il résulte de la lésion de l’appareil éjaculateur , lésion à laquelle on n’est pas exposé dans la taille latérale.
M. Yacca persiste également à croire qu’il n’y a aucune différence, quant aux symptômes consécutifs, entre l’incision de l’intestin rectum pour une fistule à l’anus, et celle qui divise àla-fois cet intestin , la vessie et les parties qui dépendent de ce viscère. Je pense que cette opinion n’est pas fondée, car il me suffira, pour le prouver, de m’en rapporter aux soixante observations qui ont été publiées par lui ou d’autres opérateurs. On peut remarquer, en effet, que dans ce nombre il y en a très-peu dans lesquelles on n’ait pas observé , peu de temps après l’opération , une douleur vive à l’hypogastre , une sensibilité très-grande de l’abdomen , de la fièvre , du météorisme , symptômes
qui annonçaient le développement d’une cystite , d’une péritonite : aussi presque tons les opérés ont-ils été soumis au traitement propre à calmer l’intensité de ces accidens , tels que les saignées générales , les applications réitérées d’un grand nombre de sangsues au périnée , aux aînés , sur l’abdomen; les fomentations émollientes, les délayans , la diète la plus sévère. Ces symptômes , qui ont été fréquens et dont on peut apprécier la gravité par les moyens qui ont été mis en usage , ont évidemment été le résultat de l’incision simultanée du rectum, de la vessie et de ses dépendances, incision qui, comme on le voit , peut avoir des suites fâcheuses qu’on n’a pas à redouter, ou au moins très- rarement , après la taille latérale. C’est du moins un fait sur lequel tous les praticiens sont d’accord.
Quant à la lésion du repli postérieur du péritoine , le professeur Yacca essaye de diminuer la force de cette objection en disant, que pour éviter cet accident dans les cas où la pierre est très-volumineuse, il suffit d’avoir la précaution de commencer l’incision comme on ia pratique communément , et de la prolonger de l’orifice au bas-fond de la vessie, en proportionnant son étendue au volume de la pierre. En donnant ce précepte , M. Yacca ne s’est pas rappelé que le professeur Géri , de Turin , trouva
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ce repli péritonéal incisé chez un individu qu i! avait opéré précisément comme il le conseille , c’est-à-dire qu’il avait commencé la section du col de la vessie , et qu’ensuite il l’avait prolongée de l’orifice jusqu’au commencement du basdbnd de cet organe. En outre , le professeur de Pise pense que les remarques de Camper à ce sujet sont favorables au précepte qu’il donne, parce que cet auteur dit que lors même que le pli du péritoine descend très-bas , on peut très^ bien et sans inconvénient faire une ponction à la vessie par le rectum , quand ce viscère est largement distendu par burine. Mais je ne ferai ici qu’une seule observation , c’est que Camper ne parle que d’une simple ponction faite immédiatement derrière la base de la prostate, opération qui est bien différente de l’incision qui s’étend de l’orifice au bas-fond de la vessie et qui est suffisamment grande pour livrer passage à un calcul très-gros ; ce qui ne peut avoir lieu qu’autant que l’ouverture comprend une assez grande partie du bas-fond de la vessie. M. Vacca a d’ailleurs omis d’observer qu’il existe une différence notable entre une vessie largement et également distendue par l’urine et celle qui contient une pierre volumineuse avec très-peu d’urine ou sans une goutte de ce liquide. Dans le premier cas , en
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effet , la vessie s’élève au-dessus du pubis et se porte en avant , en même temps que son fond remonte vers la base du sacrum ; tandis qu’au contraire, lorsqu’elle contient un gros calcul sans une goutte d’urine ou avec une petite quantité de ce liquide , son bas-fond est plus enfoncé que de coutume dans l’excavation du bassin , déprime l’extrémité de l’intestin rectum de dedans en dehors, et entraîne avec force en avant , vers l’orifice de cet intestin , le repli postérieur du péritoine , qui est déjà descendu très-bas , si les deux circonstances indiquées précédemment , et qui peuvent rendre l’opération funeste , se présentent dans le même individu, soit qu’on opère suivant la méthode de M. Vacca, ou qu’on divise seulement le basfond de la vessie au-delà de la base de la prostate , comme le conseille M. Sanson.
M. Vacca émet une opinion à-peu-près analogue à la nôtre, au sujet des fistules recto-urinaire et ster co-urinaire qui succèdent à la taille recto-vésicale, et il convient assez clairement qu’elles sont plus fréquentes après cette opération ; mais que cependant il ne faut pas les considérer comme des accidens bien fâcheux , car les fistules recto-urinaires, en particulier, guérissent spontanément après un certain temps ; ou, si elles continuent d’exister, elles ne causent
204 taille recto-vésicale.
qu’une incommodité légère , parce qu’elles ne laissent écouler que quelques gouttes d’urine quand la vessie se contracte pour expulser ce liquide. J’ai dit au sujet des fistules , dans le Mémoire précédent, qu’elles étaient un accident tellement rare après la taille latérale, qu’on n’en voit peut-être pas deux fois sur cent opérés : cette assertion paraît surprendre M, Yacca , qui me demande sur quels faits je la fonde. Mais je peux lui répondre que je m’appuie de l’autorité de tous les plus célèbres lithotomistes, tant anciens que modernes , depuis Cheselden jusqu’à l’époque actuelle; que je puis même invoquer sa propre expérience, qui attesterait que lui -même n’a observé d’accidens de cette espèce que depuis qu’il a cessé de pratiquer la taille latérale pour adopter la taille recto-vésicale.
J’ajouterai que , si M. Yacca veut accorder quelque confiance aux résultats de ma pratique particulière, ils lui prouveront que, sur plus de trois cents individus que j ai opérés de la taille latérale proprement dite , dans l’espace de plus de quarante années, soit à l’hôpiial ou ailleurs, je n’ai vu survenir de fistule , consécutivement à cette opération , que chez deux enfans; et cet accident fut le résultat d’une inadvertance de ma part : Je me servais du lithotome aigu de Moreau , et je perçai l’intestin rectum ; mais
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cette faqte ne doit point être attribuée à l’imperfection de la taille latérale. Quant à la guérison de la plaie du périnée chez mes autres opérés , habituellement elle eut lieu promptement , sans qu’il fût nécessaire de la hâter par l’application réitérée du nitrate d’argent; ce qui est nécessaire après la taille recto-vésicale, dès les premiers jours qui suivent l’opération. On peut même ajouter en passant, que cette circonstance n’est guère en rapport avec le jucundè de Celse.
Le professeur Yacca compare ensuite la taille recto-vésicale à la taille hypogastrique. Dans ce parallèle, où il cherche à démontrer l’infériorité du haut appareil, il dit : « que la con- » traction involontaire des muscles de l’abdo- » men, qui a lieu dans le moment de l’opération, » diminue considérablement l’étendue de l’in— » cision qu’on a pratiquée, et rend très-diffi- » ciles les recherches et l’extraction du calcul. » Cette assertion n’est pas seulement fausse en théorie , mais elle est encore démentie par l’expérience. En effet, les deux muscles obliques et transverses du bas-ventre , ayant leurs points d’attache à la ligne blanche , doivent plutôt dilater que rétrécir l’ouverture faite â la ligne blanche, lorsqu’ils viennent à se contracter soit volontairement, soit spasmodiquement : d’un
20 6 TAILLE RECTO-VÉSïCALE,
autre côté , les muscles droits , qui sont situés à une certaine distance l’un de l’autre , sur les côtés de la ligne blanche , ne peuvent en aucune manière se rapprocher , quand ils se contractent fortement , de manière à rendre l’opération plus laborieuse. En outre , que l’on consulte l’expérience , et l’on verra que le Fr. Gosme n’a jamais rencontré ces difficultés dans les nombreuses opérations qu’il a pratiquées et à plusieurs desquelles j’ai assisté : je ne les ai pas non plus rencontrées en pratiquant moi-même cette opération sur le vivant.
M. Vacca exagère ensuite le danger qui existe dans cette opération , de blesser le péritoine , et il s’appuie d’un fait inexactement rapporté. Suivant lui, le professeur Jacopi , pratiquant en ma présence la taille hypogastrique sur une ex-religieuse , nommée Gatlerina Riva , qui était avancée en âge , d’une faible constitution et éminemment hystérique, fit au péritoine une ouverture par laquelle il s’échappa une anse d’intestin. Voici ce qui arriva réellement : la pierre était d’un volume très-considérable et ovoïde ; elle était chargée et extraite à moitié de la vessie , mais on ne put lui faire franchir l’ouverture de la ligne blanche, parce quelle avait deux lignes de moins d’étendue que le diamètre transversal du calcul : l’inci—
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sion fut aussitôt agrandie de deux lignes, et la pierre fut extraite avec la plus grande facilité ( 1 ) , Les accidens consécutifs à l’opération eurent si peu de gravité, que le onzième jour la malade put commencer à prendre des alimens solides , dont on augmenta la quantité les jours suivans. La cinquième semaine, elle se leva et se promena dans l’appartement. La plaie de l’abdomen était presque entièrement cicatrisée , l’urine sortait en totalité par l’urètre, et cette dame était sur le point de retourner à sa demeure, qui était distante de sept milles , lorsque le quarantième jour de l’opération , par un de ces accidens qui ne sont pas très-rares dans la pratique médicale , elle devint morose , triste , perdit l’appétit , les forces l’abandonnèrent, et elle fut atteinte d’un typhus avec délire, qui la conduisit au tombeau au bout de six jours. Nous apprîmes alors qu’elle avait été affectée profondément à la nouvelle qu’elle reçut que , pendant son absence , on avait pénétré dans sa maison , oii l’on avait volé le peu qu’elle possédait.
D’après ces derniers renseignemens, il n’est aucun praticien qui ne reconnaisse que M. le pro-
(1) Voy. les détails de cette observation rapportée par le docteur Moüna. Pavie , 1812, che? Giovani Capclîi , libraire.
T3i.It.tK RECTO-VÉSICALE.
fesseur Yacca a été induit en erreur par des rapports absurdes et dictés par la mauvaise loi. D’ailleurs , comment pourrait-on croire que le péritoine , ayant été incisé , a donné issue à une anse intestinale , qui aurait pu rester quarante jours en contact avec l’urine sans donner lieu â aucun accident? On conçoit difficilement *
d’après ces réflexions, que le professeur de Pise ait pu avancer ainsi un fait dénué de vraisemblance* pour démontrer qu’il est difficile de pratiquer la taille hypogastrique sans intéresser le péritoine, et ternir ainsi la mémoire du professeur Jacopi. J’ose espérer qu’on me pardonnera une digression qui me rappelle de douloureux souvenirs, mais que j’ai cru devoir
retracer ici, dans un moment où je déplore la
perte récente de ce jeune Elève , enlevé trop tôt à la science et à ses amis, qui purent apprécier les qualités de son cœur et l’étendue dé ses connaissances.
Je ferai remarquer , au sujet de la taille hypogastrique , que, d’après les modifications que j’ai apportées à la méthode du Fr. Cosme (i) , et les résultats de ma propre expérience , cette opération est d’une exécution facile, sûre, et ne présente point les dangers que le professeur
(i) V oyez Ie second Mémoire , pag. 47.
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Vacca et quelques autres chirurgiens signalent comme attachés à ce procédé , et qui pourraient effrayer les jeunes praticiens. Quant à l’issue de la taille hypogastrique, elle dépend de l’état sain et de l’extensibilité de la vessie. Le docteur Home a pratiqué cette opération , il y a quelques armées, sur un homme, avec un prompt et plein succès, en suivant à-peu-près le procédé que j’ai indiqué, et sans faire d’incision préalable au périnéç ( i ) , incision qui fournit la seule objection raisonnable qu’on puisse opposer à cette méthode quand on l’emploie chez l’homme. Relativement à l’extraction des calculs très-volumineux , je ne pense pas qu’il è’agisse simplement de décider quelle est celle de ces deux méthodes qu’on doit préférer , mais il faut considérer l’altération plus ou moins profonde des parois de la vessie , ainsi que je l'ai exposé précédemment (2) ; je crois même inutile de rappeler que l’on doit , d’ailleurs , donner la préférence, dans ce cas, au haut appareil , ne serait-ce même que parce qu’on n’a point à craindre qu’il reste après l’opération une fis^ tule sterco-urinaire.
En outre , on rencontre dans la pratique,
(1) Voyez Philos. Trans., ann. 1820, pag. 2.
{2) V oyei le Mémoire précédent , pag. 142 et suiv.
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ainsi que je l’ai dit dans le Mémoire précédent , certains cas dans lesquels le chirurgien ne doit pas opérer , que la pierre soit d’une grosseur médiocre ou qu elle soit très-volumineuse : cette opinion, contraire à celle du professeur de Pise, ne peut être révoquée en doute. Mais , après l’exemple funeste de Talenti, M. Yacca conseillera-t-il l’opération uniquement , comme il le dit, par un sentiment dyhumanité, ainsi qu’il l’a pratiquée sur un homrpe âgé de cinquante-cinq ans , d’un tempérament nerveux et irritable , affecté d’une paralysie de la vessie, accompagnée de temps en temps d’une hématurie abondante et de spasmes des voies urinaires tellement douloureux , qu’il fallait administrer presque tous les jours vingt-six grains d’opium pour procurer quelque soulagement, et chez lequel , enfin , l’urine était continuellement mêlée de matière purulente? M. Yacca engagera-t-il également à pratiquer la taille, quel que soit d’ailleurs le procédé qu’on mettra en usage , lorsque la pierre est très-grosse , accompagnée de cystite chronique avec épaississement des parois de la vessie, lesquelles sont en même temps appliquées immédiatement sur la pierre ; quand l’urine est purulente, fétide, qu’elle s’écoule involontairement et continuellement ; qu’il existe des tnouvemens fébriles
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irréguliers , avec amaigrissement général . sans pourtant que le malade se plaigne d’éprouver une vive douleur ( soit que cela dépende de ce que la vessie n’est plus susceptible de dilatation, soit qu’elle ne puisse se contracter pour expulser l’urine ) ? Conseillerait-il , je le répète , de pratiquer alors l’opération, quelle que soit d’ailleurs la méthode qu’on adopte? Non certainement , parce que l’opération ne pourrait alors que hâter la mort du malade ; et je ne pense pas que le succès extraordinaire obtenu par le professeur fiarbantini , lorsqu’il pratiqua la première fois la taille recto-vésicale dans des circonstances analogues à celles qui viennent d’être énumérées, puisse autoriser â opérer : l’expérience a prouvé depuis tous les inconvéniens d’une semblable pratique.
Enfin, M. le professeur Yacca termine son troisième Mémoire par l’énumération des guérisons obtenues par la taille recto-vésicale, et il considère cette énumération comme la preuve la plus convaincante de la supériorité de cette m éthode sur la taille latérale , sur la taille hypogastrique, et en résumé sur tous les procédés mis en usage jusqu’à ce jour par les lithotomistes. Il rapporte ainsi soixante-dix exemples de guérison , y compris celles qui avaient été publiées à diverses époques dans ses deux Mé*
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moires précédées. Mais personne , que je sache* n’a jamais mis en doute si i’on pouvait être guéri ou non de la pierre par la taille rectovésicale ; et, lors même que le professeur Yacca rapporterait sept cents cures obtenues par ce procédé , au lieu de soixante-dix , le point de la discussion serait toujours le même. En effet, la question n’est pas de savoir s’il est possible d’extraire un* calcul de îa vessie par la taille recto-vésicale , et si les individus opérés de cette manière peuvent guérir , mais s’il n’est pas démontré :
i°. Que la taille recto- vésicale , pratiquée suivant les règles prescrites par le professeur Vacca , entraîne toujours la lésion plus ou moins étendue de l’appareil éjaculateur ;
2°. Que, lorsque le calcul est d’un volume ordinaire , et qu’on pratique la taille , ainsi que le conseille ce chirurgien , il reste toujours une portion épaisse et dure de la base de la prostate , qui n’est pas incisée , et qui forme autour de * l’orifice de la vessie un bourrelet solide , qui oppose une grande résistance à l'introduction du doigt et des instrumens et à la sortie de la pierre ;
3°. Que la distance qui s’étend de bas en haut, de la portion membraneuse de l’urètre à l'orifice de la vessie, en traversant l’épaisseur considé-