SECTION II. — BU TRAITEMENT DES OPHTHALM ŒS EN GÉNÉRAL
S'il est difficile , comme nous l'avons dit , de parler d'une manière générale des opbthalmies , sans s'exposer à des répétitions fréquentes, il doit également être difficile d'en fixer le traitement général. Néanmoins, pour abréger, nous allons établir ici les lois thérapeutiques qui trouvent leur application dans la plupart des opbthalmies, nous réservant de revenir sur ce sujet aussi souvent que les cas spéciaux l'exigeront.
Le traitement des ophthalmies est celui de l'inflammation en général. Les variations qu'il subit sont en rapport avec le siège, le degré, les caractères de l'inflammation, sa tendance à telle ou telle terminaison et les causes qui lui donnent naissance.
Parmi les causes, il en est qu'il faut combattre avant d'attaquer directement l'ophthalmie elle-même; il en est d'autres qu'on attaque avec succès seulement au déclin ou même à la convalescence de l'inflammatioD. Parmi les premières sont les corps étrangers tombés entre les paupières, mobiles entre celles-ci et la surface antérieure du globe , ou fixés dans les membranes externes , corps étrangers qu'il faut retirer ou extraire; les cils renversés vers le globe oculaire et dont le redressement ou l'arrachement est indispensable. On les redresse si leur renversement est passager , lorsque , par exemple, il a été déterminé par des frictions exercées sur les paupières; on les arrache , si leur déviation résulte d'une maladie siégeant sur le bord libre des paupières, comme dans le cas de trichiasis partiel. On peut encore rapporter à cette première classe de causes l'action trop forte et trop continue de la lumière solaire ou artificielle qu'il faut mitiger (car on n'y soustrait pas impunément le malade d'une manière absolue),
go TRAITEMENT Î3ES OPHTHÀlMlES.
ainsi qiie la fatigue excessive des yeux à laquelle on oppose le repos absolu de cet organe. Parmi les secondes on doit ranger toutes les causes internes, telle qu'une constitution lymphatique , des affections scrofuleuses , d'anciennes maladies rhumatismales , syphilitiques ou autres qui doivent être combattues par des, agents thérapeutiques spéciaux dont l'usage n'est pas toujours sans inconvénients pendant la période franchement inflammatoire.
Sans entrer dans des détails trop étendus sur les symptômes de l'inflammation , nous devons nous arrêter aux deux caractères anatomiques les plus saillants et les plus importants , caractères fixant à eux seuls le traitement antiphlogistique et devenant ainsi la source de la division des phlegmasies en deux grands troupes, et fournissant les deux indications auxquelles dans le traitement des affections inflammatoires on doit attacher la plus grande importance. Les deux caractères anatomiques sont :
1° L'irritation sanguine , l'hyper émie ou la congestion locale , c'est-à-dire , l'abord permanent trop abondant du sang dans l'organe malade.
2° L'augmentation de la plasticité du sang et la tendance de celui-ci à se décomposer pendant la vie dans ses parties constituantes , à produire des exsudations fibro-albumineuses , s'organisant facilement en fausses membranes : ici il faut compter encore la formation de vaisseaux nouveaux.
Selon que l'unou l'autre de ces caractères prédomine dans les inflammations , on peut les partager, sous le point de vue thérapeutique , en deux groupes, affectant des formes particulières et exigeant un traitement différent.
1° Inflammations avec prédominance de la congestion. 2.° Inflammations avec prédominance de la plasticité augmentée du sang.
3° Un dernier groupe serait formé par les phlegmasies avec
ïïtÀÏÎEMËNÏ DES OPHTttÂLiVIiES. Ôî
titt. développement à peu près uniforme de ces deux phénomènes.
Si nous prenons en considération ces deux principaux caractères , les moyens antiphlogistiques peuvent être partagés en deux groupes :
lv Moyens dirigés contre la congestion.
2. Moyens dirigés contre l'augmentation de la plasticité du sang.
A. Moyens antî-congeslifs.
La congestion sanguine ne consiste pas seulement dans la pléthore ou l'hypérémie locale -, mais aussi dans la direction vicieuse du sang vers l'organe malade , où il est incessamment appelé par l'irritation inflammatoire. De là résulte la nécessité de soutirer à l'organe malade ou à l'économie tout entière le fluide sanguin surabondant, de manière à affaiblir l'impulsion trop violente imprimée au système sanguin par l'irritation locale ( déplétion ) , et de repousser loin de l'organe affecté le courant morbide ( répercussion ) , ou de le diriger plus ou moins énergiquement vers les parties saines et vers la périphérie (r<?vulsion et dérivation ) .
La répercussion convient au degré le moins élevé de l'inflammation , à celui qui se rapproche le plus de la simple congestion , mais seulement quand elle siège dans des organes plus ou moins externes. Dans la plupart des conjonctivites (et nous verrons que la conjonctivite n'est souvent qu'une simple congestion) la répercussion, employée de bonne heure, jugule la maladie. L'eau froide , moyen si simple et qu'on se procure partout si facilement, est le meilleur, le plus énergique et le plus sûr des répercussifs , quand elle est employée d'une manière continue. Mais il y a beaucoup de phlegmasies dont la nature est antipathique au froid, telle est l'ophthalmie catarrhale par
exemple ; dans ces cas , les astringents de toute nature , mais principalement les solutions minérales astringentes qu'on peut employer tièdes ou à la température ordinaire de l'atmosphère , remplissent l'indication. Moins l'inflammation est franche, plus elle se rapproche de la nature de la simple congestion-y et plus aussi on peut augmenter la force du collyre. Dans les degrés plus considérables de l'inflammation , on se servira simplement d'une solution d'acétate de plomb, astringent dont la vertu antiphlogistique est connue.
La déplétion elle-même peut être immédiate ou dérivative , c'est-à-dire , pratiquée près de l'organe malade ou à une certaine distance de celui-ci. Si la première a l'avantage de soulager plus vite la partie phlogosée , en faisant cesser rapidement et souvent soudainement (ce que les malades sentent fort bien ) l'irritation , la douleur, la compression, etc., la seconde remplit en même temps l'indication importante de provoquer une direction opposée à celle du courant morbide.
Pour obtenir le double effet de ces deux méthodes déplétives, on fait bien de les employer, dans les phlegmasies et partant dans les ophthalmies un peu graves , simultanément ou alternativement, en faisant succéder l'une à l'autre à de très petits intervalles. Les saignées locales conviennent aux degrés inférieurs , les saignées générales à l'intensité des ophthalmies. Yoici la gradation que l'expérience a consacrée. Dans les ophthalmies peu graves , mais ne pouvant plus céder aux simples répercussifs , on prendra en considération les différences d'âge , et on ordonnera aux enfants , d'une à douze ou quinze sangsues, et aux adultes de dix à trente, et même quelquefois davantage. Chez les enfants les saignées générales sont très rarement indiquées ; il est cependant quelques cas dans lesquels on est forcé d'y avoir recours ; nous les signalerons dans le traité spécial des ophthalmies. Chez les adultes on abrège considérablement la durée des ophthalmies et l'on en diminue no-
tableraient le danger, en faisant toujours précéder, dans les cas d'une intensité et d'une gravité un peu marquées, les saignées locales par les émissions sanguines générales de 3 à 5 , quelquefois même 6 palettes, réitérées toutes les fois que les symptômes ne perdent pas de leur intensité en douze ou vingtquatre heures. Dans certains cas que nous indiquerons plus tard , il faut que la saignée provoque la syncope, L'artériotomie , la saignée de la veine jugulaire et celle de la veine nasale ne semblent point avoir des avantages marqués , et elles ont l'inconvénient grave de nécessiter souvent près de l'organe malade une compression qui gêne la circulation veineuse et augmente la pblogose. La saignée du bras comme simplement déplétive, et celledu pied comme révulsive, nous ont toujours suffi. On peut les faire alterner pour réunir leurs avantages. La meilleure saignée locale déplétive consiste dans les applications de sangsues à l'apophyse mastoïde , à la tempe, ou bien encore au-devant de l'oreille, dans l'espace qui, chez l'homme est circonscrit entre les favoris et l'antitragus. Trop rapprochées des paupières, elles produisent facilement, à cause de la laxité du tissu cellulaire sous-palpébral , un œdème érysipélateux avec gonflement souvent énorme des paupières, et quelquefois des ecchymoses qui effraient inutilement le malade le font souvent souffrir, empêchent le médecin d'examiner pendant un certain temps l'état de l'œil, et ne déterminent pas en général une diminution plus rapide de l'ophthalmie • elles l'aggravent même quelquefois. Les mêmes inconvénients résultent de l'application de ces annélides sur la surface interne des paupières, à la conjonctive palpébrale. Ici l'étroitesse de l'espace ne permet d'en placer qu'un petit nombre, de sorte que la déplétion est moins considérable que l'irritation toujours causée par la morsure. Cette dernière raison, appuyée d'ailleurs sur une longue expérience, nous engage à employer toujours un plus grand nombre de sangsues dans le cas de dé-
plétion directe que dans le cas de révulsion ; en effet , si dans ce dernier cas on tire parti de l'irritation même de la peau , provoquée parla saignée, dans le premier cas cette irritation est en pure perte, et ajoute souvent, au moins passagèrement, à l'intensité de la phlegmasie que la saignée est destinée à combattre.
Les saignées révulsives trouvent surtout leur emploi , soit après les émissions sanguines directes , soit dans le cas où la suppression d'une évacuation habituelle de sang, du flux menstruel ou hémorroïdal, d'une épistaxis, etc. , fournit une indication spéciale. C'est ici que les sangsues , au nombre de dix , quinze , vingt , à l'anus ou aux parties génitales , les ventouses scarifiées au dos, aux lombes, aux extrémités inférieures , et enfin la saignée du pied trouvent leurs applications.
La révulsion opérée par les émissions sanguines est puissamment secondée par certains moyens irritants , qui appellent le sang vers la périphérie , et le détournent ainsi de l'organe enflammé. De ce nombre sont les bains de pieds sinapisés ou hydrochloro-nitriques , les sinapisines aux extrémités , l'application autour des pieds de cataplasmes chauds , préparés avec la farine de graine de lin , avec addition d'une petite quantité de moutarde ou de levain ( ce moyen remplace les sinapismes chez les enfants et chez les individus dont la peau est fort délicate ) , l'application d'un emplâtre de poix de Bourgogne, mêlé avec une petite quantité d'emplâtre vésicatoire de Janin , sur le dos, entre les épaules, afin de provoquer une rubéfaction passagère de la peau , etc. Autant ces moyens révulsifs d'une action transitoire sont utiles et servent à seconder les effets directs de la déplétion et de la répercussion , autant les exutoires plus énergiques qui donnent lieu à la vésication de la peau , ou qui entretiennent long-temps une sécrétion puriforme dans le voisinage de l'organe enflammé , nous paraissent être nuisibles et
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propres à ajouter plutôt une nouvelle irritation à l'inflammation primitive qu'à déplacer cette dernière. Nous avouons , au risque de nous trouver ici en contradiction avec des praticiens distingués , n'avoir vu que très exceptionnellement des effets salutaires résulter de ces remèdes violents dans la période active des inflammations oculaires. Nous ne leur accordons un avantage marqué que dans les phlegmasies des muqueuses , accompagnées d'une sécrétion puriforme abondante , par exemple dans les ophthalmies blennorrhagiques ; encore fautil, dans ces cas, que l'acuité de l'inflammation ait été modifiée par l'emploi préalable des saignées et des répercussifs. Mais nous sommes loin de déprécier la valeur de ces moyens , lorsque la marche de l'ophthalmie commence à se ralentir et que l'inflammation s'apaise , ou bien encore lorsqu'il s'agit de prévenir les récidives d'une phlegmasie rebelle. Dans la plupart des cas , l'application d'un emplâtre vésicatoire de Janin , ou les frictions avec la pommade de tartre stibié, composée d'un gros de poudre de tartre stibié et de deux gros d'axonge, suffit, vers le déclin de l'ophthalmie , pour produire une amélioration rapide , et pour imprimer à la marche de la maladie le caractère d'une progression plus franche vers une terminaison heureuse. Ce n'est que dans des cas peu nombreux , très compliqués , très chroniques et très opiniâtres , que l'on a besoin de recourir aux moxas , aux cautères ou aux sétons. Le vésicatoire de Janin et les frictions de tartre stibié ont , sur ces derniers , l'avantage de provoquer une irritation qu'on peut arrêter fréquemment sans danger , et reproduire ensuite avec une nouvelle activité , tandis que les exutoires profonds , tels que les sétons, etc., se déplacent difficilement et deviennent bientôt pour les malades une sécrétion habituelle, inutile et nuisible ; inutile , puisque , accompagnée d'irritation bien faible, elle ne peut déterminer le déplacement d'une irritation pathologique non sécrétive; et nuisible, puisqu'elle constitue
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un état pathologique artificiel et accessoire, dont souvent le malade n'ose ou ne peut se défaire sans précautions et souvent sans des suites fâcheuses.
Les purgatifs agissent en divers sens , comme moyens déplétifs, révulsifs et antiplastiques. Nous en parlons ici parce qu'ils établissent une sorte de transition aux moyens qui appartiennent au second chef des indications thérapeutiques relatives aux affections inflammatoires.
Les purgatifs, en sollicitant la sécrétion abondante de la surface gastro - intestinale , donnent lieu à l'évacuation d'une grande quantité de matière séreuse et fibro-albumineuse , ou de ce que les anciens entendaient sous le nom de sucs blancs ,de lymphe. Ce genre d'évacuation n'est pas moins important que les émissions sanguines, surtout lorsque l'inflammation oculaire attaque des sujets fort jeunes, chez lesquels les parties séreuses et fibro-albumineuses prédominent sur la cruorine. Les purgatifs sont encore très importants quand une disposition morbide particulière , telle que les scrofules , est cause de la prédominance de la lymphe dans la composition des liquides organiques. Cette prédominance, qu'on peut véritablement appeler pléthore lymphatique , accompagne assez fréquemment la pléthore sanguine.
Si les avantages de la déplétion à l'aide des purgatifs sont évidents, ils n'offrent pas non plus les inconvénients qu'on a quelquefois voulu leur attribuer. La crainte de l'irritation intestinale que leur usage peut provoquer n'est pas fondée sur l'expérience. A moins qu'il ne préexiste un état pathologique de la surface intestinale qui défende leur emploi , ils sont aisément supportés par les individus de tous les âges. L'espèce de supersécrétion qu'ils provoquent est elle-même la crise de leur première impression irritante sur la muqueuse et la garantie la plus sûre que cette congestion sécrétoire ne se transforme en irritation permanente ou inflammatoire : ainsi Tir-
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ritation s'éteint et se combat elle-même par ses propres effets. Le second effet produit par les purgatifs consiste à transporter l'irritation de la muqueuse de l'œil sur une autre partie très étendue du système muqueux. Cette révulsion puissante et si favorable, surtout dans les inflammations conjonctivales, est également utile dans les phlegmasies des autres tissus oculaires.
En enlevant à la masse du sang une grande quantité de fibroalbumine, les purgatifs contribuent nécessairement à diminuer la plasticité de ce fluide , et remplissent déjà en partie cette seconde indication thérapeutique.
Enfin ils sont encore utiles dans les cas assez fréquents où la phlegmasie locale est accompagnée et souvent entretenue par un embarras gastrique. C'est principalement dans la pratique des pauvres que l'emploi des purgatifs est d'une grande valeur et d'une grande étendue , par la double raison de la mauvaise qualité des aliments, qui produisent , dans toutes les maladies, des complications fréquentes de gastro-ataxie (état saburral), et du prix malheureusement exorbitant des sangsues, qu'on peut très souvent remplacer par les évacuants du tube intestinal , principalement sur les individus lymphatiques.il est des cas de conjonctivite légère où un simple purgatif remplit à lui seul l'indication de la déplétion, et dissipe à la fois tous les phénomènes morbides.
Les purgatifs que nous avons l'habitude d'employer sont, pour les adultes , les sels neutres , tels que le sulfate de soude ou de magnésie, à la dose d'une à deux onces , fondus dans une petite quantité d'eau ou sous la forme de l'eau de Sedlitz , à huit ou à douze gros; ces sels, outre leur effet purgatif, ont encore une action particulièrement tempérante sur le sang, dont ils ralentissent la circulation, et conviennent, par cette raison, très bien dans les états inflammatoires. Chez les enfants , nous nous servons de la manne , à la dose d'une ou deux onces, dissoute dans l'eau , d'une infusion de feuilles de séné avec du
café , ou d'un électuaire de séné avec des pruneaux et de la crème de tartre , du sirop de rhubarbe , etc. Si l'on désire d'obtenir un effet plus drastique, on emploie la scammonée ou la racine de jalap , à la dose d'un scrupule à un demi-gros poulies adultes , et d'un demi-scrupule pour les enfants ; la résine de la même substance, donnée à la dose de trois à douze grains, auxquels on ajoute d'ordinaire deux à quatre grains de calomel. Le calomélas peut aussi être donné seul, à dose purgative (de quatre à douze grains) ; nous évitons cependant d'employer ce sel comme simple purgatif, de peur que, s'il est administré en quantité nécessaire pour cet effet , quelques particules de cet agent, retenues entre les replis valvulaires de la muqueuse, ne soient rapidement absorbées et ne provoquent ainsi, surtout chez les enfants , une salivation intempestive.
L'expérience nous a appris qu'on obtenait des effets purgatifs assez certains avec la teinture de semence de colchique, donnée aux enfants à la dose de quatre , huit à douze gouttes , et aux adultes à celle de quinze à vingt gouttes, quatre fois par jour et même davantage. Ce remède est doublement précieux dans la pratique des pauvres , à cause de son prix peu élevé , et de la facilité avec laquelle son goût peut être caché dans l'eau gommée ou dans toute autre boisson mucilagineuse et édulcorée, que les enfants prennent sans répugnance.
Les émétiqiœs. dont l'action est semblable à celle des purgatifs, s'emploient rarement dans les inflammations qui attaquent l'œil. La déplétion opérée par les vomitifs est moins complète que celle obtenue par les purgatifs. Les efforts qui précèdent ou accompagnent les vomituritions ont d'ailleurs l'inconvénient de diriger le flux du sang vers la tête , et par conséquent vers les yeux. Ces moyens sont indiqués dans les cas d'une complication saburrale. Cette complication , traduite par des symptômes non équivoques , tels que nausées , éructations , amertume de la bouche , oppression de l'épigastre non accom-
pagnée de sensibilité marquée à la pression , enduit épais et jaunâtre de la langue, teint jaune de la peau et céphalée frontale, réclame l'emploi urgent d'un émétique. Il est encore très utile lorsqu'il s'agit de provoquer la diaphorèse et d'imprimer à tout le système une détente soudaine , comme par exemple dans des ophthalmies rhumatismales et catarrhales rebelles et intenses. Le tartre stibié à haute dose, non comme vomitif, mais comme contro-stimulant, peut être mis en usage dans le cas de violentes ophthalmies, d'après les mêmes règles qui ont été fixées pour les inflammations des autres organes, et principalement pour celles des organes respiratoires.
Il est certains cas d'ophthalmie chronique , compliqués de pléthore abdominale ou de rhumatisme , qui s'améliorent rapidement par l'usage des doses nauséatives de tartre stibié ou d'ipécacuanha.
B. Moyens anti pi astiques.
Un des caractères essentiels de l'inflammation consiste dans la disposition à s'isoler que présentent les parties constituantes du fluide sanguin, que ce fluide soit contenu dans ses vaisseaux ou qu'il en ait été artificiellement extrait. Le sang phlogistique , tiré des veines , se prend rapidement en masse et forme, à la surface du caillot, une couenne composée de fibrine, qui, précisément h cause de la fréquence de ce phénomène dans les inflammations , a été appelée couenne inflammatoire. Le sang se sépare d'une manière semblable dans les vaisseaux appartenant au tissu inflammé ; l'albumine et la fibrine transsudent dans le tissu cellulaire , produisent son gonflement, et donnent ainsi naissance au travail de la suppuration. Lorsque l'inflammation siège dans des membranes séreuses et vasculaires, des flocons defibro-albumine se déposent à leur surface et forment des fausses-membranes. Celles-ci s'organisent, de
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nouveaux vaisseaux s'y développent, etc. C'est l'ensemble de ces phénomènes qui constitue l'augmentation de la plasticité du sang.
Il est des inflammations qui résistent opiniâtrement aux déplétions sanguines , quelle que soit l'énergie et l'étendue de leur emploi , tant qu'on ne leur oppose pas des moyens propres à diminuer la plasticité du sang. Cette indication est de la plus haute importance dans l'inflammation des membranes séreuses et vasculaires , inflammation toujours prompte à se terminer par une exsudation de matière plastique. Elle mérite par conséquent une attention particulière , d'autant plus que nulle part les tissus séreux et vasculaires sont aussi prédominants que dans l'organe de la vision.
Nous avons indiqué tout à l'heure comment et jusqu'à quel point les purgatifs remplissaient cette indication. Nous allons parler maintenant de l'agent qui présente à cet égard l'emca- < Ité la plus incontestable.
Pour peu que l'on examine chez l'homme sain les effets produits par le mercure, on peut reconnaître à cette substance *les propriétés qui doivent faire soupçonner déjà son application heureuse dans les affections inflammatoires. Ce qu'on ne fait que soupçonner d'abord, est bientôt surabondamment confirmé par l'expérience. Administré de manière à produire lentement ses effets, et continué pendant un temps assez long, le mercure produit tous les phénomènes du scorbut , tels que hémorrhagies difficiles à arrêter, ecchymoses, ulcères, etc., etc. Il provoque donc une affection pour ainsi dire diamétralement opposée à l'inflammation , affection qui se caractérise , contrairement à cette dernière, par la diminution de la plasticité du sang. La difficulté avec laquelle on arrête les hémorrhagies chez des individus atteints de scorbut provient de ce que chez eux le sang, pauvre en matériaux plastiques, ne forme pas de caillots qui bouchent l'orifice béant des vaisseaux artériels ou
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veineux fournissant l'hémorrhagie. La coagulabilité du sang, même en dehors de ses vaisseaux, étant au contraire augmentée pendant l'inflammation, il n'est pas étonnant que le mercure, en diminuant d'une manière si énergique la plasticité du sang , amène la guérison des inflammations ; son action n'a rien d'empirique , et s'explique aussi rationnellement que celle des saignées. Son action antiplastique s'étend également à d'autres états pathologiques, qui, sans reconnaître l'inflammation pour cause , dépendent cependant de la trop grande plasticité des liquides et d'une reproduction trop énergique ; telle est la syphilis, par exemple. Nous ne reconnaissons point ici aux préparations hydrargyriques une action spécifique; c'est en appauvrissant plus énergiquement le sang, en affaiblissant plus rapidement la reproduction que les autres moyens , c'est en stimulant en même temps le système lymphatique que ces préparations triomphent de maladies rebelles à tout autre mode de traitement. On aurait tort de regarder le mercure comme un médicament excitant. Son premier effet, lors de son contact avec l'économie vivante, est légèrement irritant à la vérité, comme celle de toute substance non alimentaire ; mais cette irritation est si passagère qu'elle doit être regardée comme de fort peu d'importance, quand on considère l'immense action antiphlogistique résultant de sa vertu antiplastique. On aura cependant soin d'éviter dans les véritables phlegmasies celles de ses préparations dont la première impression sur l'organisme est tellement stimulante qu'elle pourrait augmenter l'irritation , s'opposer à la résorption , et empêcher que le moyen ne fût employé à une dose suffisante pour provoquer en peu de temps le changement désiré dans la composition du sang. Le deutochlorure , le nitrate, le sulfate, Foxide rouge de mercure, etc., ne peuvent donc servir comme véritables antiphlogistiques. Ils seront au contraire d'une grande utilité dans les maladies chroniques avec augmentation de la plas~;
ticité , comme dans les affections syphilitiques, et principalement dans leurs formes les plus anciennes et les plus graves. Ils exercent encore, indépendamment de leur vertu antiplastique, une action excitante sur le système lymphatique. Il faut observer d'ailleurs que dans les maladies dont la marche est très lente les moyens actifs administrés à doses petites et long-temps prolongées, trouvent leur indication, tandis que dans les maladies aiguës il faut des médicaments dont la dose puisse être assez élevée pour produire avec promptitude les effets que Ton désire.
Ce ne sont pas non plus les préparations ou les doses purgatives du mercure qu'il faut choisir quand on veut l'employer comme antiplastique. On attacherait une fausse idée à l'action du mercure dans l'inflammation, en croyant que c'est par l'excitation de la surface intestinale et en provoquant des évacuations abondantes , qu'il atténue le travail phlogistique. En poussant les doses à ce point , on perd au contraire les effets les plus importants de cette substance. Ce médicament alors est trop vite expulsé pour pouvoir être absorbé en quantité suffisante ; ce n'est que quand il est porté dans le torrent de la circulation qu'il exerce une action directe sur le sang.
Partant de ces principes, lorsque nous avons pour but de diminuer la plasticité du sang , nous ordonnons les frictions d'onguent napolitain , le calomélas préparé à la vapeur à la dose d'un quart, d'un tiers ou tout au plus d'un demi-grain, les pilules bleues de la pharmacopée de Londres, à la dose d'un à trois grains de deux en deux heures ou à des intervalles plus rapprochés. Pour empêcher la décomposition du calomélas que détermine l'acide développé dans le suc gastrique par suite de certains états pathologiques , on fait bien d'associer à chaque dose un ou deux grains de magnésie calcinée. La sensibilité de la muqueuse gastrique est souvent telle chez certains individus,
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qu'ils ne supportent pas bien les préparations mercurielles sans l'addition d'une petite dose d'un narcotique, comme, par exemple, de l'extrait gommeux d'opium.
Il est important, lors de l'usage desmercuriaux, que les malades observent une diète sévère. Il faut en même temps recommander les plus grandes précautions pour éviter le refroidissement, si l'on ne veut pas s'exposer à voir survenir des symptômes de salivation avant qu'une quantité suffisante de mercure n'ait été ingérée dans l'économie.
Aussitôt que les prodromes de la salivation , haleine fétide , goût métallique dans la bouche, sensibilité aux gencives, etc., se font sentir , il faut de suite cesser l'emploi des mercuriaux. Ce n'est pas la salivation que nous voulons provoquer en administrant ces agents médicamenteux; il y aurait un véritable abus à pousser aussi loin l'usage des mercuriaux. Ce n'est que dans des cas très graves ou rebelles qu'il est nécessaire de revenir à l'usage du médicament, après la cessation des prodromes de la salivation. Le mercure est un de ces agents qui , employés dans les cas opportuns , ne produisent des effets toxiques, morbifiques, qu'après avoir épuisé l'action qui porte directement sur l'état pathologique. La salivation n'est par conséquent pour nous qu'un moyen de nous assurer que l'économie a été suffisamment saturée de mercure.
Il ne faut pas oublier qu'il y a des individus chez lesquels , par suite d'une idiosyncrasie particulière , les plus petites doses des préparations hydrargyriques produisent toujours la salivation. Ces exceptions ne sauraient infirmer la règle générale que nous avons essayé d'établir, et qui , comme tout ce que nous disons ici sur la vertu antiphlogistique des mercuriaux, se base sur l'expérience de longues années.
De tout ce qui précède, il résulte qu'il est à peu près impossible de fixer d'une manière positive les doses de ce médicament. L'âge, la constitution, la sensibilité individuelle, l'in*
tensité de la maladie, doivent être prises en considération ; la disparition des phénomènes morbides et les indices de la salivation sont ici la boussole la plus sûre. Des symptômes de salivation surviennent-ils alors que l'inflammation n'est pas entièrement jugulée, les autres moyens antipiilogistiques , les émissions sanguines, les purgatifs, les révulsifs et lesrépercussifs sont là pour enrayer les progrès de l'affection jusqu'au moment où l'état du malade permette de renouveler l'emploi modéré et mesuré des préparations hydrargyriques»
A l'usage interne du mercure nous associons , dans la plupart des phlegtnasies oculaires , l'onguent napolitain en. frictions sur les régions voisines de l'œil , sur la région sus-orbitaire, les tempes, le front, les pommettes, mais jamais sur les sourcils mêmes et sur les paupières. Sur ces derniers organes , en rapport trop direct avec la surface du globe oculaire, l'action irritante , mécanique de la friction augmente presque toujours la violence de l'inflammation. Le mercure employé dans cette forme est absorbé et porté dans le torrent de la circulation, et agit plus rapidement et plus directement sur les vaisseaux du globe oculaire. Des frictions, chacune à la dose de six grains à un demi- scrupule d'onguent, sont faites de quatre à huit fois par jour.
On comprend maintenant que les purgatifs et les mercuriaux remplissent parfaitement l'indication de diminuer la plasticité du sang. Nous nous contentons ici d'en avoir rapidement indiqué l'usage et expliqué l'action; nous n'entrerons pas dans des détails ultérieurs relativement aux sels neutres , au nitrate de potasse , à l'eau de laurier-cerise , à certaines autres substances vénéneuses, agents dans lesquels l'expérience a fait connaître des vertus analogues. Ils semblent, en effet , presque tous agir en diminuant la plasticité des liquides et en rendant le sang artériel plus veineux.
Il nous reste à dire quelques mots sur certaines indications
-auxiliaires de l'inflammation, et sur les agents thérapeutiques les plus propres à les remplir.
I. La sensibilité est considérablement exaltée dans l'inflammation. Ce phénomène est d'autant plus saillant dans l'œil que cet organe reçoit un grand nombre de nerfs , qui , après un court trajet, se rendent presque directement aux parties auxquelles ils sont destinés. Dans l'ophthalmie, et surtout dans la phlegmasie des membranes internes de l'œil, y compris la .sclérotique , l'exaltation de la sensibilité se manifeste d'une double manière , savoir :
1° Par la douleur, 2° par la photophobie, ou sensibilité à la lumière, et les photopsies (phantasmes lumineux) , sensations morbides qui sont exclusivement propres à la rétine, organe immédiat de la vision.
L'innervation se trouvant toujours en connexion étroite avec l'état du système sanguin, la douleur, bien qu'elle soit un symptôme de l'inflammation, ne manque jamais d'augmenter à son tour la congestion et l'irritation. Ce qui est plus remarquable encore, c'est que dans les inflammations de nature ex sudative, plastique, dans les inflammations des tissus séreux et membraneux, chaque paroxysme de douleur se termine par l'exsudation de lymphe, travail qui dans l'iritis s'accomplit pour ainsi dire sous nos yeux. Or, il est de la plus haute importance de combattre la douleur, tant pour en empêcher les résultats funestes que pour soulager le malade. L'opium nous paraît â cet égard le meilleur agent thérapeutique. On l'administre à l'intérieur en substance ou en extrait à la dose d'un quart, un demi-grain, et quelquefois à des doses plus élevées si les circonstances l'exigent. Lorsque les douleurs affectent la forme de paroxysmes , on emploie avec avantage les friclions sur la région sus-orbitaire avec le laudanum de Rousseau ou la poudre d'opium, à la dose de trois à six grains, humectée
46 TRAITEMENT DES OPHTHÀLMÏES.
avec de l'eau ou un peu de salive. Ces frictions peuvent être répétées plusieurs fois par jour, et surtout avant les accès de douleur.
La belladone, la jusquiame et le stramonium sont des moyens doués de propriétés spéciales , et trouvent un emploi étendu dans les circonstances suivantes , savoir :
i ° Dans les cas où il s'agit d'obtenir la dilatation mécanique et temporaire de la pupille , afin d'en empêcher l'oblitération, ou bien encore afin que l'iris ne contracte pas des adhérences avec les tissus voisins.
a0 Dans la photophobie et les photopsies, qui dépendent toujours de l'irritation primitive ou secondaire de la rétine.
Nous employons de préférence la belladone à cause de la certitude de son action. Les instillations dans l'œil, d'une solution filtrée d'extrait de belladona ( huit grains pour un gros d'eau distillée ) , s'emploient surtout quand on veut obtenir la dilatation de la pupille. Lorsqu'il s'agit de diminuer la sensibilité de la rétine , et que l'on craint que le contact immédiat du médicament avec les tissus irrités de l'œil n'augmente l'irritation, on prescrit des frictions quatre à huit fois par jour, à l'aide de l'extrait de belladona sans fécule , sur le , front, la région sus-orbitaire, les pommettes, les tempes, etc. Ces frictions , jointes aux autres antiphlogistiques , sont le plus puissant moyen pour faire cesser la photophobie. Si la sensibilité morbide de la rétine était cependant assez rebelle pour résister à ce traitement , on pourrait en augmenter l'action en administrant la belladona à l'intérieur chez les enfants , à la dose d'un quart à un tiers de grain en poudre , et chez les adultes , à celle d'un demi-grain et davantage , quatre à six fois par jour.
IL Nos idées sur le traitement local des oplithalmies seront plus spécialement exposées lorsque nous traiterons de
TRAITEMENT Dfcâ OPHTïUUlIES. ^7
leurs différentes espèces. Nous dirons en passant que nous n'admettons qu'avec une extrême réserve l'usage des fomentations émollientes , et que nous proscrivons d'une manière presque absolue celui des cataplasmes émollients sur l'œil enflammé. Il n'y a qu'un seul cas où leur application , encore assez générale en France , puisse être admise ; c'est lorsque toutes les membranes ayant été envahies par la plilegmasie , le travail de la suppuration s'est emparé de la totalité du globe , et qu'il n'y a plus d'autre indication à remplir que celle de faire cesser le plus vite possible l'état de tension extrême des parties phlogosées, les souffrances atroces du malade, et le danger de la propagation de la plilogose au cerveau et aux méninges.
Dans tous les autres cas de plilegmasie oculaire , le but du médecin doit être , non pas de favoriser la suppuration et de ramollir les parties enflammées , mais de faire avorter toute action morbide qui tendrait à laisser dans l'œil une lésion apte à en troubler les fonctions, d'empêcher , par exemple , la formation des cicatrices opaques de la cornée transparente , etc.
Nous avons dit plus haut quelques mots relatifs aux collyres en parlant des moyens répercussifs. Nous répétons ici que ces moyens topiques , de même queles pommades ophthalmiques, moyens si dangereux entre les mains des charlatans , ne sont utiles que dans la conjonctivite; encore faut-il distinguer les espèces de cette inflammation , si l'on veut les employer avec avantage.
III. Il est presque superflu dédire que l'exercice de l'organe phlogosé doit nécessairement augmenter sa congestion. Cependant , il faut distinguer entre l'exercice actif de la vision , et l'impression pour ainsi dire passive de la lumière. Un certain degré de lumière , ce stimulus naturel de l'organe visuel, lui est nécessaire , lors même que l'une ou l'autre de ses par-
ties est malade. La lui soustraire d'une manière absolue , comme on le pratique souvent dans les plus légères conjonctivites et sclérotites , rend la rétine d'une sensibilité telle , que bientôt la lumière la plus modérée suffit pour provoquer une rétinite. Nous reviendrons sur ce point en parlant des ophthalmies spéciales.
Si maintenant nous résumons les règles du traitement des ophthalmies en général , nous établirons les indications suivantes :
1° Il faut rechercher et combattre les causes locales ou constitutionnelles qui ont provoqué ou qui entretiennent l'inflammation oculaire.
2° Faire cesser l'abord trop violent du sang vers l'œil par des moyens appropriés , c'est-à-dire :
a , les répercussifs ; b , les déplétifs ; c , les révulsifs.
3° Diminuer la plasticité du sang.
4° Combattre la sensibilité exaltée de l'œil.
5° Seconder , dans certains cas , le traitement général par un traitement local.
6° Accorder à Forgane enflammé le repos , sans lui soustraire entièrement son stimulus naturel.