CHAPITRE III. DE LA KERATITE OU PHLEGA1ASIE DE LA
CORNEE.
A. Première espèce : inflammation db la conjonctive cornéale
OD KÉRATO- CONJONCTIVITE.
Caractères anatomiques . — La conjonctivite cornéale succède toujours à la conjonctivite scléroticale, qui d'ordinaire ne cesse pas d'exister quand l'inflammation gagne la conjonctive de la cornée. Les vaisseaux sanguins de la conjonctive scléroticale se prolongent sur la surface de la cornée ; ils peuvent devenir tellement nombreux qu'ils finissent par couvrir toute la cornée et donner à sa face antérieure un aspect uniformément rouge , maladie qui , lorsqu'elle est chronique, a reçu le nom àepamius. Mais avant que l'affection ne soit arrivée à ce degré d'intensité , on voit entre les vaisseaux qui sont rouges et plus ou moins élevés au-dessus du niveau de la cornée , des espaces où la cornée et la conjonctive cornéale ont conservé leur structure normale; seulement cette dernière membrane est
KÉRATITE. bl
devenue un peu trouble et grisâtre ou d'un gris-bleuâtre, mais sans aspect pointillé.
Les caractères physiologiques , quant à la douleur, à l'absence de la pliotopliobie et du larmoiement, sont semblables à ceux de la conjonctivite. Le trouble de la vision est proportionné à l'obscurcissement plus ou moins considérable du miroir de l'œil.
La marche de cette affection est presque toujours chronique.
Terminaison. -— Elle peut se terminer par le pannus , après s'être compliquée de kératite proprement dite ; quelquefois la suppuration et l'ulcération de la cornée se manifestent sous l'empire de circonstances différentes que nous exposerons en parlant de l'ophthalmie rhumatismo-scrofuleuse.
Traitement. — Bien que nous ayons décrit la maladie comme un inflammation simple, elle est toujours le résultat de causes spéciales ; la médication antiphlogistique ordinaire ne saurait en triompher , si elle n'est pas aidée par l'usage de moyens spéciaux.
B. Seconde espèce. : kératite proprement dite, kératite primitive ou nojy
VASCLliAIBE; INFLAMMATION DE LA SUBSTANCE OU DES LAMES DE LA CORNÉE.
Caractères an atomique s. — Un trouble de la cornée siégeant dans la totalité de cette membrane ou dans quelques unes de ses parties , car la kératite est souvent partielle , une opacité de plus en plus considérable sans vascularités , annoncent la phlogose de la substance propre de la cornée , qui devient terne et prend une teinte d'un gris cendré. Je n'ai jamais observé la couleur d'un vert de mer que MM. Mackenzie et Yelpeau assignent à la cornée frappée d'inflammation ; aucun autre observateur ne l'a pas non plus signalée ; nous pensons donc que l'opinion de MM. Mackenzie et Velpeau est erronée à cet égard. M. Velpeau assigne à la kératite un grand nombre de
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symptômes qui appartiennent à d'autres ophthalmies, et qui n'existent dans la phlegmasie de la cornée que lorsqu'elle est compliquée d'une inflammation siégeant dans d'autres membranes. La surface de la cornée malade est parsemée de petits points extrêmement fins, d'un aspect varié; tantôt ils sont opaques et gris , et la cornée ressemble alors à un verre dépoli ; on dirait qu'elle est couverte de cendre ou d'une poussière fine ; tantôt ces points sont diaphanes , et semblables à de très petites pklyctènes contenant un liquide limpide , ce qui donne à la surface de la membrane une apparence inégale et granulée. Souvent on aperçoit dans la cornée une infinité de petites excavations iarges environ comme la pointe d'une épingle. Si l'on regarde la cornée de côté, la partie la plus enflammée de cette membrane paraît souvent gonflée , saillante et quelquefois ramollie. Quand la phlegmasie est pure , elle n'est accompagnée d'aucune vascularité dans la cornée, dans la sclérotique, ni dans aucune portion de la conjonctive.
Caractères physiologiques. — Dans la kératite pure et simple, il y a absence complète de photopliobie et de sécrétion.
En général, il n'y a point de douleur dans cette inflammation , le malade ressent tout au plus une douleur obtuse ; il éprouve une sensation de tension et de pression dans le globe oculaire. La vision est troublée; ce trouble survient peu à peu. Les objets semblent entourés d'un brouillard ou d'une fumée. La cécité devient complète dans les degrés les plus avancés de la maladie.
Marche. — Elle est presque toujours lente , même quand l'affection est intense. Cette phlegmasie débute de prime abord dans la cornée même, sans être précédée de conjonctivite scléroticale ou cornéale , et alors il n'y a dans la membrane affectée aucun développement de vaisseaux, charriant du sang rouge, appréciables à l'œil nu ou à la loupe. Cette forme peut
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être appelée kératite primitive , pour qu'on la distingue de la troisième variété , dont elle diffère également par ses symptômes , sa marche et ses terminaisons.
Terminaisons. — Abandonnée à la nature , la maladie ne se termine pas par résolution. Des épanchements interlamellaires formés par une matière fibro-albumineuse , des taies épaisses, véritables cicatrices interlamellaires, des opacités occupant tout le tissu malade , quelquefois enfin des stapliylômes de la cornée, lui succèdent; jamais elle ne se termine par la suppuration , par des abcès , par l'ulcération de la cornée ; ces phénomènes ne surviennent que dans les cas où elle esttraumatique, ou bien quand il y a eu complication de sclérite sur un individu lymphatique.
Traitement. — 11 doit être très énergiquement antiphlogistique. Les moyens que nous avons conseillés dans la sclérotite sont également applicables à la kératite. Quand la maladie n'est pas traumatique , les antiphlogistiques seuls ne suffisent pas. M. Juengken préconise les applications locales, qui ne nous paraissent utiles que dans la kératite traumatique , maladie qui, selon nous, ne se présente presque jamais sous la forme de kératite primitive. Nous ne pouvons pas approuver davantage le conseil du même auteur, qui prétend qu'on doit remplacer les émissions sanguines par les mercuriaux , quand l'inflammation est prête à se terminer par la suppuration. Une pareille tendance de la phlogose , si elle pouvait avoir lieu dans la kératite primitive , serait plutôt de nature à nous faire cesser l'emploi de mercuriaux , moyens qui , loin d'enrayer le travail de la suppuration , ne manqueraient guère de le se~ couder et de le solliciter par leurs propriétés antiplastiques. Les collyres chargés de sublimé ou de laudanum, et portés sur la cornée affectée dans l'épaisseur de sa substance , ne sont guère employés impunément, car souvent leur usage est suivi de l'aggravation des symptômes d'irritation.
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G. Troisième espèce : kératite secondaibe a la k.éb.ato-coiuonctiviïb.
Elle réunit les caractères des deux variétés précédentes, avec prédominance tantôt des uns , tantôt des autres. La vascularité envahit quelquefois la substance même de la cornée ; l'aspect pointillé est le plus souvent moins marqué. La terminaison par suppuration n'est pas rare. C'est à cette forme et à la première que se rapportent les descriptions données par la plupart des auteurs français, qui connaissent moins la deuxième variété. (Voir Ophthalmies scrofuleuse et rhumatismale.) Le traitement est celui de la kératite primitive.
D. Quatrième espèce : inflammation de la membrane de l'hdmeub aqueuse ;
AQUO-CAPSULITIS DES ANGLAIS.
La surface interne ou concave de la cornée est terne , trouble , légèrement grisâtre , parsemée de points opaques et quelquefois colorés. Cette affection est extrêmement rare, et a été probablement confondue avec la seconde variété par la plupart des observateurs qui l'admettent comme très fréquente. On ne peut la bien observer que quand elle existe seule et sans complication de kératite proprement dite ; dès que la cornée elle-même devient opaque , il est impossible d'apercevoir les changements qui se développent à sa surface postérieure. Pour la bien observer, il faut qu'on regarde la cornée de profil ; on reconnaît alors que celle-ci a conservé sa pureté , sa transparence , enfin son aspect normal dans toute sa partie externe et dans sa substance, et que les phénomènes morbides n'occupent que sa surface concave ou postérieure.