‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 15 sur 70 · CHAPITRE IV. DE L IRITIS , IRIDITE OU INFLAMMATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. DE L IRITIS , IRIDITE OU INFLAMMATION

DE L'iRIS.

(Nota. Ce mémoire, ainsi que la description des iritis

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spéciaux, était primitivement destiné à concourir pour le prix proposé par la Société médico-pratique de Paris. Empêché par des occupations nombreuses d'en terminer la rédaction avant le terme fixé, j'ai présenté ce travail, accompagné de dessins d'iritis, à cette Société savante, deux mois avant que la décision ne fût prononcée; elle me fit l'honneur de me nommer membre résident , à cause de cette communication.)

-L'iris se compose : 1° d'une membrane séreuse très fine, qui le tapisse en avant , c'est-à-dire du côté où il borne en arrière la chambre antérieure ; 2° d'une trame cellulo-vasculaire, très riche en filets nerveux , trame qui en forme pour ainsi dire le parenchyme; 3° d'une couche pigmenteuse qui recouvre la face de la membrane du côté où elle correspond à la chambre postérieure. Cette couche pigmenteuse est regardée comme une membrane distincte par des anatomistes du premier ordre , bien qu'elle ne soit constituée que par une agrégation de molécules pigmenteuses, et ne ressemble à une membrane véritable que dans certains états pathologiques. En localisant l'inflammation de l'iris dans ces différentes parties , nous établirons les divisions suivantes :

A. Première espèce. Inflammation de la lame séreuse , qui couvre l'iris antérieurement : iritis séreux.

B. Deuxième espèce. Inflammation du tissu parenchymateux de l'iris : iritis parenchymateux, iritis phlcgmoneux ou iritis proprement dit.

Ç. Troisième espèce. Uvëitis ou inflammation de l'uvée, si nous admettons l'existence d'une véritable membrane uvée. Mais nous verrons que l'uvéitis des auteurs n'est autre chose que l'inflammation de la capsule antérieure du crystallin, inflammation qui se propage à la surface postérieure de l'iris , et

de là à son parenchyme ou tissu propre , et que , par conséquent , l'on ne doit pas regarder comme une espèce distincte d'iritis une lésion qui n'est qu'une complication de la maladie qui fait l'objet de ce travail.

Nous aurons soin , en décrivant l'iritis , de donner les symptômes le plus complètement qu'il nous sera possible , et dans l'ordre de succession qu'ils observent le plus souvent. Mais n'oublions pas que la nature ne s'est point imposé une marche invariable, et que les caractères des maladies ne sont point toujours aussi tranchés , aussi constants et aussi fixes qu'on veut bien les présenter dans les manuels.

Un nosologistequi, au fond de son cabinet, isole et classe ces caractères symptomatiques , a souvent bien de la peine à les reconnaître au lit du malade. Nous devons donc avant tout avertir , 1° qu'une partie des symptômes peut manquer dans un grand nombre de cas ; 2° que leur ordre de succession est sujet à quelques variations. Nous mentionnerons les exceptions qui offrent un certain degré de stabilité , et les différences qui peuvent avoir lieu. Nous tâcherons, d'ailleurs, de mettre quelque ordre et quelque clarté dans nos descriptions , en traitant séparément , dans des sections particulières , des différentes formes accidentelles qui dépendent de la marche de la maladie , de ses complications, de ses variétés , etc. , etc.

A. Première espèce : inflammation de la séreuse de l'iris od iritis séreux.

Caractères anatomiques. — Un aspect plus luisant du globe oculaire, dont la surface antérieure paraît lubrifiée par une quantité abondante de larmes, constitue un des premiers symptômes que Ton aperçoit quand on a l'occasion d'observer cette inflammation dèà son début. Ilfaut joindre à ce symptôme une diminution dans la mobilité de l'iris, dont les mouvements deviennent plus lents et moins étendus. Presque toujours la pupille de l'œil qui est

le premier affecté est plus étroite que la pupille de Fœil sain • au début, cependant , il peut arriver que la pupille ne perde rien de ses caractères normaux, qui subsistent quelquefois assez long-temps. Cette lenteur dans les mouvements de l'iris, peu marquée d'abord , augmente insensiblement , de même que le resserrement de la pupille , et quelquefois , bien que très rarement , elle est telle que l'iris semble privé de toute mobilité; néanmoins, il n'est jamais complètement immobile. En effet , en faisant passer soudainement l'œil malade d'une lumière douce ou d'une demi-obscurité à la clarté du grand jour, on obtient une forte contraction de la pupille; et si vous faites ensuite cesser l'action de cette vive lumière , la pupille se dilatera peu à peu.

Quand même la contraction de la pupille, qui se manifeste au début de l'affection , serait excessive et ne cesserait pas sous l'influence d'un jour modéré ou d'une demi-obscurité , toujours au moins quelques gouttes d'une solution d'un extrait narcotique ou d'atropine , instillées entre les paupières , provoquent promptement la dilatation de l'ouverture pupillaire , tant que la phlogose n'a point envahi le parenchyme de l'iris. Le rétrécissement de la pupille , quel qu'en soit le degré , est régulier et uniforme ; le bord pupillaire reste nettement découpé, uni et lisse, et la forme de la pupille est ronde; celleci ne se dévie dans aucune direction , et ne se porte point en arrière ; son limbe brun conserve toute son intégrité ; il ne se rétracte , ni ne s'allonge dans aucune de ses parties ; il ne devient ni effilé, ni frangé. Dans cette première période de l'iritis séreux , l'ouverture pupillaire a sa clarté normale et sa teinte d'un noir foncé ; on n'y aperçoit que rarement un léger trouble ; ce phénomène ne survient que lorsque l'affection est très avancée. Ce n'est aussi que plus tard que l'humeur aqueuse perd sa limpidité. L'investigation à la loupe ne démontre aucune altération dans la configuration 7 la structure et la couleur

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du bord pupillaire et de la capsule , aucun commencement d'é-> panchement dans les chambres antérieure ou postérieure, nulle trace de trame filamenteuse , cellulaire ou vasculaire entre l'iris et la capsule antérieure du cristallin. Une irrégularité dans la forme de l'ouverture pupillaire , une lacération et une déchiqueture du limbe brun de l'iris, un trouble plus ou moins considérable dans la pupille , dénotent une complication de cristalloïdite. (Voir uvéitis. )

A la diminution de la mobilité de l'iris, et à l'altération de ses diamètres , il faut joindre un léger changement dans la couleur de cette membrane. Peu appréciable au début, il n'est visible que pour un observateur très exercé. Quelle que soit cette couleur , elle contracte une nuance plus terne et plus sale que dans l'état physiologique , mais la couleur fondamentale n'éprouve dans aucun cas un véritable changement. On peut définir avec quelque exactitude cette altération dans la couleur de l'iris, en disant qu'une teinte d'un gris pâle a été ajoutée à la couleur normale et non essentiellement altérée de la membrane; l'iris bleu , par, exemple , reste toujours bleu , mais on y voit un léger mélange grisâtre ; un iris brun conserve sa couleur, mais subit aussi la même addition d'une teinte grise. Ce mélange du gris avec les couleurs normales ôte à celles-ci leur éclat physiologique, et les rend ternes. Nous verrons au contraire que , dans l'iritis parenchymateux , il existe un changement véritable dans la teinte fondamentale de la membrane; alors l'iris bleu devient vert, l'iris brun devient d'un brun rougeâtre , etc.

La légère altération de couleur qui survient dans l'iritis séreux n'est pas plus manifeste à la loupe ; mais quand l'affection est arrivée à son plus haut degré , on reconnaît que la surface antérieure de l'iris est inégale, et offre des points, des stries opaques et grisâtres, qui proéminent légèrement, et qui quelquefois même sont tomenteux ou villeux. Ces inégalités

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cependant sont si peu considérables ? qu'il est toujours facile de discerner la structure rayonnée de la membrane et £ a couleur normale , à travers la séreuse opaque placée devant l'iris. Les stries , les fibres , les sillons du petit et du grand cercle , continuent à être parfaitement manifestes , et l'on voit qu'ils ont conservé toute leur intégrité- La teinte grisâtre de l'iris , que l'on rencontre dans l'iritis séreux , est formée par un épanchement d'un liquide albumineux trouble , sécrété par la séreuse enflammée , épanchement qui doit nécessairement lui enlever une partie de sa diaphanéité.

Il est rare de voir l'iris se gonfler durant cette inflammation de sa séreuse , se rapprocher de la cornée par suite d'une turgescence, et rétrécir l'espace de la chambre antérieure. Ce phénomène ne survient que lorsque son parenchyme commence à s'enflammer , ou tout au plus dans les cas où une congestion dans les membranes internes de l'œil a précédé ou accompagne la phlegmasie. Il est moins rare au contraire de voir la chambre antérieure offrir plus d'ampleur que de coutume par suite de la tension que l'iris éprouve et du rétrécissement de la pupille. Quelquefois , par suite de cette plus grande capacité de la chambre antérieure , la cornée a un aspect plus luisant , et parait plus convexe. Nous devons dire néanmoins que ce phénomène est bien moins fréquent dans l'iritis séreux que dans les cas d adhérences existant entre l'iris et la cristalloïde antérieure , et occasionnées soit par un iritis parenchymateux, soit par une périphakite , peut-être même est-il toujours dû à un degré plus ou moins élevé de ces dernières maladies.

Caractères physiologiques. — Une sensation de tension et de pression incommode dans la partie antérieure du globe oculaire existe quelquefois dans l'iritis séreux , mais il arrive fréquemment que ce symptôme manque. Cette affection n'est accompagnée de photophobie, de larmoiement , et d'une véri-

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table douleur aiguë , que lorsqu'elle est compliquée d'une inflammation de quelque autre membrane de l'œil. Cette complication existe dans la plupart des cas où l'on observe l'iritis séreux dès son début. Nous devons dire ici que les auteurs n'ont pas assez localisé les altérations que les différentes membranes oculaires peuvent offrir, ni fait assez attention à la succession des phénomènes inflammatoires que ces membranes sont susceptibles de présenter. Quant à la vision, elle n'est que légèrement troublée, tant que la maladie se maintient dans cet état de simplicité.

Plusieurs auteurs regardent comme un signe sinon constant, du moins très fréquent d'iritis séreux , une injection fine de la sclérotique, injection souvent partielle et bornée quelquefois à la partie supérieure de cette fibreuse. Cette disposition vasculaire ne doit pas être considérée comme un caractère propre à l'iritis , mais comme indiquant une complication accidentelle de sclérotite naissante qui ne tarde pas à faire des progrès, si l'affection est abandonnée à elle-même.

L'iritis séreux a déjà été décrit comme tel par plusieurs auteurs. Quelques uns , M. Mackenzie par exemple , le considèrent comme formant le premier degré de l'iritis , ce qui, au fond , peut paraître indifférent quand on se rappelle bien les synonymies. Ainsi, par suite des qualifications différentes dont se sert M. Mackenzie , ce qu'il appelle second degré de l'iritis correspond à ce que nous décrirons comme le premier degré de l'iritis proprement dit.

Marche de la maladie. — L'affection est tantôt aiguë , survient subitement , et atteint avec rapidité le plus haut degré d'intensité ; tantôt sa marche est lente , et même chronique. Sa durée peut donc être de quelques jours , de quelques semaines, et même de plusieurs mois ; mais nous ne croyons pas que la maladie , dans son état de simplicité , puisse dépasser une ou tout au plus deux semaines, lorsqu'elle est convenablement

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traitée. Une durée plus longue de l'iritis séreux semble toujours se lier , soit à une complication inflammatoire d'une des membranes externes de l'œil , soit à la coexistence de ce que l'on a appelé uvéite , forme qui n'est en réalité que l'in flammation de la cristalloïde antérieure. Toutes les fois, en effet , que nous avons observé l'iritis séreux dans son état de chronicité, nous avons trouvé en même temps les symptômes de la cristalloïdite antérieure , ou ses suites , telles que les adhérences de l'iris à la capsule , une irrégularité et une forme anguleuse de la pupille , etc.

Comme nous l'avons déjà mentionné , l'affection peut débuter sans aucune complication de conjonctivite ni de sclérotite , etc. , etc , sans avoir été précédée d'aucune inflammation d'une ou de plusieurs membranes oculaires. De toutes les phlegmasies auxquelles elle peut succéder , une des plus fréquentes que l'on cite est celle de la membrane de l'humeur aqueuse qui revêt la surface postérieure de la cornée. La continuité des deux feuillets séreux semblerait expliquer d'une manière très naturelle cette circonstance. Néanmoins , d'après notre expérience , l'inflammation de la membrane de l'humeur aqueuse est très rare.

L'inflammation de ces deux séreuses peut se propager aux tissus propres de la cornée et de l'iris, sans que les symplômes de ces inflammations en éprouvent quelque modification. C'est donc sans raison que des auteurs ont fait de cette variété , qui à peine en est une , une affection à part ( kérato-iritis ).

D'après notre observation , l'iritis séreux n'affecte qu'un seul œil à la fois , mais il peut abandonner son siège primitif et se fixer sur l'autre œil, surtout quand on a négligé de combattre les causes qui lui ont donné naissance.

Causes. — • Elles sont les mêmes que celles de l'iritis parenchymateux. L'iritis séreux est produit quand ces causes ont

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