LA CAPSULE DU CRISTALLIN
Les mots cristalloïdite , périphakité , phahohyménite , et capsulite , sont des termes identiques que les ophthalmologistes ont employés pour désigner l'inflammation de la membrane qui entoure le cristallin. Nous traiterons plus particulière-
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ment dans cet article de la cristalloïdite antérieure , c'est-àdire de l'inflammation du feuillet antérieur de la capsule, feuillet qui a encore reçu le nom de cristalloïde antérieure. Quant à la phlegmasie de la cristalloïde postérieure > c'est-àdire du feuillet postérieur de la capsule cristalline , nous n'avons jamais eu l'occasion de l'observer d'une manière bien positive. Cette circonstance peut être due à la rareté de l'affection , à sa chronicité , ou bien , et c'est ce qui nous paraît le plus probable, à la difficulté que l'on éprouve à reconnaître une opacité commençante dans une membrane aussi profondément située , difficulté qui s'accroît encore par la contraction que produit dans la pupille l'irritation concomitante des autres membranes internes. L'analogie permet toutefois d'admettre que les cataractes capsulaires postérieures sont le produit de la cristalloïdite postérieure.
Il est beaucoup plus facile de constater une inflammation localisée dans le feuillet antérieur de la capsule cristalline. Pour nous Yiwéite des auteurs n'en est qu'une variété ; nous pensons que la plupart des symptômes que les ophthalmologistes assignent à l'inflammation de la surface postérieure de l'iris , doivent être rapportés à une phlegmasie simultanée de cette dernière et de la capsule antérieure.
Symptômes. — Les phénomènes morbides qui caractérisent la cristalloïdite antérieure se manifestent ordinairement avec assez de lenteur, et souvent même ils débutent d'une manière latente. Quelquefois cependant on les voit marcher avec rapidité, et donner à l'affection une forme plus ou moins aiguë. Ils apparaissent en général de la manière suivante :
Dans le principe , la pupille se trouble et se remplit d'une espèce de fumée légère. Quelquefois même de petits flocons opa ques formés par de la lymphe plastique flottent dans l'humeur aqueuse , et ce liquide alors perd un peu de sa limpidité. On peut constater de la manière la plus évidente que c'est la
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capsule antérieure qui est le siège de cette opacité , car celle-ci semble très rapprochée du plan de l'iris. Peu à peu le trouble augmente dans la membrane enflammée qui prend une teinte terne , d'un gris blanchâtre mêlé tantôt d'un peu de bleu , tantôt d'un peu de jaune. La cristalloïde se gonfle et se rapproche de l'iris et de la marge pupillaire. L'opacité qu'elle offre s'étend quelquefois uniformément sur toute sa surface ; mais le plus souvent elle est inégalement distribuée et se présente sous l'apparence de stries , de bandes , de plaques grisâtres disposées de diverses manières, ou de points plus ou moins foncés qui donnent à cette membrane un aspect chagriné. La loupe rend cette disposition plus évidente. Dans le plus grand nombre des cas , l'opacité commence auprès du bord pupillaire sous forme de bandelettes semi-lunaires; alors, s'il n'y a point une complication d'iritis , on reconnaît en provoquant la dilatation de la pupille , soit à l'aide de l'obscurité, soit en instillant entre les paupières quelques gouttes d'une solution narcotique , que l'altération s'étend au loin derrière l'iris. L'opacité de la capsule , la teinte nouvelle qu'elle a revêtue et les inégalités qu'on y voit , sont dues à l'exsudation d'une matière fibro-albumineuse sur la surface de la capsule antérieure , ou dans son tissu même , exsudation dont la quantité augmente de plus en plus , et finit par souder cette dernière membrane à la face postérieure de l'iris , dans une étendue d'abord assez bornée , par exemple , dans quelques points de la circonférence pupillaire. De l'immobilité de ces portions de la marge indienne, tandis que le reste de l'iris est mobile, il résulte que la pupille se dilate partiellement, en formant des sinuosités entre les points adhérents. Il arrive souvent , surtout après l'emploi de moyens mydriatiques , que ces sinuosités donnent à l'ouverture pupillaire des configurations variées, quelquefois l'apparence d'un as de trèfle. Dans certains cas , des vaisseaux de nouvelle formation se portent
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de la circonférence ou du centre de la capsule à l'iris , renforcent les adhérences, et communiquent à la capsule devenue opaque un aspect strié , rougeâtre , parfois celui d'une espèce de réseau. Il est beaucoup plus fréquent de rencontrer sur la cristalloïde antérieure des taches et des plaques d'un brun plus ou moins foncé \ qui résultent d'un dépôt de pigmentum de l'uvée. Ce dépôt se manifeste toutes les fois que la matière fibro-albumineuse exsudée à la surface de la capsule touche le plan postérieur de l'iris et s'y colle. Le mécanisme d'après lequel s'opère la formation de ce dépôt peut être expliqué de la manière suivante.
Le resserrement de la pupille étant devenu considérable et permanent par la coexistence d'uniritis plus ou moins violent, ou bien les mouvements de l'iris non enflammé ayant cessé momentanément durant le sommeil, cette membrane se colle à la capsule à la faveur de l'exsudation plastique. Lorsque ensuite le retour de la lumière imprime à l'iris des mouvements de contraction et de dilatation, la matière concrescible encore molle, inégalement déposée entre la cristalloïde et la face postérieure de l'iris , est tiraillée sous forme de filaments, tantôt blancs, tantôt brunâtres, quand ils sont enduits du pigmentum de l'uvée ; de là les brides filamenteuses qui font adhérer l'iris à l'uvée. Ces filaments, quelle que soit leur couleur, affectent des formes et des dispositions variées ; ils s'étendent en ligne droite de la marge pupillaire au centre ou au bord de la capsule, s'entrecroisent et s'entrelacent en différentes directions, se réunissent en réseaux, etc.
Dans d'autres cas les contractions alternatives et surtout les dilatations de la pupille, particulièrement quand elles sont brusques, provoquent l'arrachement du pigmentum, qui, dans les points où l'exsudation plastique est la plus abondante, reste adhérent à la capsule et y produit des taches brunâtres tantôt marbrées, tantôt arborisées ou dendritiques. L'aspect poin-
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tillé de ces taches , la réunion de la substance colorée en plaques, bandelettes et membranes, la couleur brune et souvent très foncée de cette dernière ( caractères que l'emploi de la loupe rend encore plus évidents), enfin l'existence de ces taches sur les portions seules de la capsule, qui, pendant l'apogée de l'inflammation , ont été couvertes par l'iris, prouvent d'une manière incontestable que les stries sont formées par le pigmentum de l'uvée , et qu'elles diffèrent sous tous les rapports des stries vasculaires de la capsule, avec lesquelles on serait tenté de les confondre. Ces dernières n'existent que très rarement ; des recherches nombreuses et scrupuleuses nous ont donné la conviction que les auteurs qui professent l'opinion contraire sont dans l'erreur. Il est vrai que les mouvements de l'iris impriment souvent aux filaments pigmenteux qui sont collés sur la face antérieure de la cristalloïde une forme telle , que la régularité de leur disposition rayonnéeet le mode suivant lequel ils semblent se ramifier derrière la pupille, en imposent même à des observateurs exercés, et les font prendre pour des vaisseaux très fins développés sur la capsule. D'ailleurs une expérience d'une exécution facile démontre que l'on peut à volonté produire ces plaques brunes, en soumettant à l'action de l'alcool un œil récemment dépouillé de sa cornée et de la partie antérieure de la sclérotique. L'albumme, coagulée par l'alcool, soude à la capsule le pigmentum de l'iris, comme le fait sur le vivant l'action delà lymphe plastique (fibro -albumine) exsudée. Si, quelques heures après, vous arrachez l'iris, en le saisissant par son bord libre avec une pince fine, vous voyez que le pigmentum est resté collé par plaques sur la capsule antérieure du cristallin. Les anciens ont donné avec assez de justesse le nom de cataracte arborescente ou dendritique à l'espèce de cataracte qui résulte de la disposition que nous venons de mentionner. Il faut se garder de la confondre avec la cataracte noire. ( Yoyez l'article Cataracte. )
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S'il est vrai que l'inflammation de la capsule soit, dans la presque majorité des cas, non vasculaire, et que, sous ce rapport, elle ne diffère pas de la phlegmasie d'autres séreuses , nous devons dire cependant qu'il peut arriver que des vaisseaux se développent à la surface antérieure de la capsule , ou, en d'autres termes , que la périphakite devienne vasculaire. Dans ces cas, les vaisseaux de la capsule ont toujours une teinte rouge plus ou moins marquée et une surface lisse et uniformelles filaments de fibro-albumine, enduits de pigmentum, ont au contraire une coloration brune plus ou moins foncée , et une surface inégale, pointillée, et comme parsemée de rouille fine. NoUs espérons mettre avant peu sous les yeux du public médical des dessins qui fourniront la preuve manifeste de ce que nous venons d'avancer sur la différence existant entre les vascularités et les taches pigmenteuses de la capsule antérieure.
M. de Walther a donné une description détaillée de l'injection vasculaire de la capsule dans l'inflammation de cette membrane. D'après lui, il se formerait sur la cristalloïde antérieure une couronne vasculaire correspondant au bord pupillaire , et composée de plusieurs arcades. A cette couronne , suivant ce célèbre chirurgien, viennent aboutir plusieurs vaisseaux provenant de la circonférence de la capsule , et une série d'autres vaisseaux qui semblent naître du milieu de l'uvée, de telle sorte, qu'on serait tenté de les prendre pour des prolongements des vaisseaux de cette dernière. M. Walther croit même avoir vu des vaisseaux provenant de la partie postérieure du cristallin et s'étendant jusqu'à sa partie antérieure avec des ramifications arborisées. Nous ne contestons pas l'existence de vascularités sur la capsule , dans certains cas de cristalloïdite ; mais nous ne pouvons admettre avec M. Walther que ce phénomène se manifeste fréquemment. Malgré le grand nombre de malades que nous voyons journellement
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et la meilleure volonté de découvrir une injection telle qu'elle est décrite par cet estimable professeur , enfin malgré tout le soin que nous mettons à examiner à la loupe les cas nombreux de périphakite qui se présentent à nous , nous n'avons rencontré que deux fois des vascularités sur la capsule antérieure du cristallin , et encore n'offraient-elles pas les ramifications variées décrites par M. Walther. L'observation ainsi que les discussions verbales que nous avons eues sur ce sujet avec ce praticien distingué, nous confirment dans l'opinion que M. Walther a considéré comme des vascularités de la capsule les filaments pigmenteux qu'il n'est pas rare de rencontrer dans l'irido-périphakite. Nous avons même observé ensemble un malade chez lequel M. Walther diagnostiqua une vascularité des plus manifestes et des plus marquées dans la cristal loïde antérieure; la loupe cependant ne me fit découvrir dans l'œil de ce sujet que des plaques pigmenteuses brunes et pointillées , alternant avec des filaments lymphatiques également enduits de pigmentum et présentant une surface inégale, phénomènes pathologiques que nous avons rencontrés plus d'une fois sur le cadavre.
Il peut encore arriver que le centre de la capsule soit seul affecté. Alors l'iris ne contracte point des adhérences avec la cristalloïde antérieure , et la pupille conserve sa disposition normale. Dans d'autres circonstances , la capsule n'est phlogosée qu'à la circonférence.
Quand l'inflammation de la capsule se présente sous la forme simple dont nous venons de tracer les caractères , le trouble de la vision est en rapport avec les altérations de la membrane. Les objets paraissent entourés d'un brouillard plus ou moins épais ou couverts d'une gaze légère. Souvent la faiblesse de la vue existe long-temps avant que l'œil du médecin puisse constater quelque altération dans la couleur et la forme de la pupille , et qu'il soit possible de porter un diagnostic bien
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positif. Si néanmoins, à une époque encore peu avancée de la maladie , on instille entre les paupières une solution mydriatique , il peut arriver que la marge pupillaire devienne irrégulière , et mette en évidence des adhérences naissantes entre la capsule et les bords de la pupille. Ordinairement les observateurs peu exercés ne reconnaissent que trop tard la nature inflammatoire de l'affection , prescrivent une médication stimulante dirigée contre une asthénie supposée de la rétine , et exaspèrent dès lors la maladie. Il peut encore arriver que le malade éprouve , par intervalles , dans les parties profondes de l'œil une sensation de gêne et de tension douloureuse. En résumé, opacité de la capsule et trouble de la vision, tels sont le plus souvent les seuls symptômes par lesquels se trahit cette affection obscure.
Les auteurs ont encore attribué à la cristalloïdite antérieure quelques autres caractères, tels qu'une zone vasculaire précornéo-sclérotidienne , l'immobilité et la difformité de l'iris , le larmoiement, la photophobie , les photopsies, etc. Nous devons dire que ces symptômes n'appartiennent pas à la maladie dont nous traitons, quand elle est à l'état de simplicité. La présence de ces phénomènes indique toujours une complication de sclérotite, d'iritis, de choroïdite ou de rétinite. La périphakite simple et non compliquée se voit moins fréquemment que celle qui est accompagnée de la phlegmasie d'une ou de plusieurs autres membranes ; elle est cependant assez fréquente pour ne pas être méconnue , et pour pouvoir être distinguée d'autres inflammations siégeant dans les divers tissus oculaires , inflammations qui, comme la cristalloïdite, ont des caractères spéciaux qu'on n'a pas en général appréciés avec assez de rigueur.
Complications. — Après avoir tracé le tableau de la périphakite simple , nous allons indiquer les complications les plus communes que cette maladie peut offrir.
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Viwéite des auteurs (M. Siméons particulièrement), ou, selon nous, qui n'admettons pas l'existence de l'uvée, Yirido-péripha- Hte ou irido-cristalloïdite ■, est une forme de cristalloïdite compliquée des plus fréquentes. Cette affection est très souvent confondue avec l'iritis proprement dit; elle en diffère cependant par l'absence complète ou presque complète de changements visibles dans la texture et la couleur de l'iris. Nous pensons que, dans la plupart des cas, la capsule antérieure est le point de départ de l'action phlegmasique qui, de là, se transmet par continuité à la face postérieure de l'iris. Il peut même arriver que cette dernière reste exempte d'inflammation; les altérations que l'iris ou la pupille subissent alors ne sont que des conséquences mécaniques produites par le contact de la surface indienne postérieure avec les exsudations albumineuses formées sur le feuillet antérieur de la capsule. Nous avouerons même que nous sommes tenté de regarder la plupart des cas cités parles auteurs sous le nom d'uvéites , comme de simples cristalloïdites antérieures.
L'irido-périphakite est caractérisée d'abord par les symptômes qui sont propres à la cristalloïdite , et , en second lieu , par quelques changements dans la forme, la mobilité et la netteté de la marge pupillaire. Les adhérences qui collent la surface postérieure de l'iris à la capsule s'opposent à la liberté des mouvements de la pupille , souvent cette dernière est entièrement immobile ; d'autres fois elle conserve une partie de sa mobilité. Les adhérences qui se portent de la marge pupillaire à la cristalloïde antérieure affectent , comme nous l'avons observé plus haut, des formes très variées. Quelquefois la pupille est comme bordée, soit entièrement, soit partiellement, par un bourrelet plus ou moins volumineux d'une matière plastique de couleur blanchâtre ; d'autres fois les rayons de l'iris paraissent se continuer sur la capsule. Ces adhérences sont le plus souvent couvertes de pigmentum.
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La rêtinitc sub aiguë et chronique forme une complication de lapériphakite, qui n'est guère moins fréquente que la précédente. Dans ce cas, aux phénomènes manifestes d'une congestion cérébro-oculaire ou d'une amblyopie rétinienne congestive, tels que maux de tête, étourdissements, photopsies , photophobie, etc., viennent se joindre les symptômes objectifs de l'inflammation de la capsule, savoir, opacité de cette membrane en forme de stries, de points , de plaques, etc. La forme pointillée nous a paru surtout fréquente dans les cas de ce genre. Quant au trouble de la vision , il est trop considérable pour qu'on puisse l'attribuer à l'opacité souvent très partielle et à peine perceptible de la capsule. Ces cas se terminent quelquefois par l'opacité complète de la cristalîoïde antérieure , et, quand l'inflammation se propage sur la surface postérieure de l'iris, par l'oblitération delà pupille. Us sont rarement accompagnés de sclérotite ou de conjonctivite. La complication de rétinite se manifeste principalement chez les individus robustes, pléthoriques, d'une habitude apoplectique ; la marche en est presque toujours chronique. C'est probablement cette forme qui a donné lieu à une erreur commune à plusieurs auteurs, et qui consiste à considérer les exsudations pupillaires comme un des phénomènes de la rétinite. En traitant convenablement cette complication , on s'oppose à la formation d'une espèce de cataracte des plus fâcheuses sous le rapport du succès de l'opération, qui souvent est incomplet, et plus souvent encore entièrement nul.
La sclérotite peut aussi se combiner avec l'inflammation de la capsule. La zone péricornéo-sclérotidienne a été regardée par MM. Walther, Mackenzie, et par quelques autres ophthalmologistes comme un des signes les plus constants de la cristalloïdite. Cette assertion est entièrement en contradiction avec ce que nous avons observé jusqu'ici. La périphakite peut , en effet, exister sans zone scléroticale placée autour de la cornée.
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Quant à la complication de la choroïdite avec la cristalloïdite antérieure, nous aurons occasion d'en parler lorsque nous traiterons de l'inflammation de la choroïde.
Si après la formation des brides qui unissent la capsule à l'iris l'inflammation chronique vient à cesser, des adhérences plus ou moins fortes persistent après la guérison. La pupille ne conserve sa mobilité que dans les points où manquent ces filaments. Là où ils existent, la marge pupillaire est invariablement retenue par des brides qui la font adhérer à la cristalloïde antérieure. Cet état, appelé synéchie postérieure , trouble peu la vue, s'il n'est accompagné d'une étroitesse marquée de la pupille ou d'une opacité intense et étendue de la capsule.
Terminaisons.- — La terminaison la plus fréquente delà périphakite est la cataracte capsulaire ou capsulo-lenticulaire., souvent compliquée de synéchie postérieure partielle ou totale , c'est-à-dire d'adhérences existant entre l'iris et la capsule antérieure. Nous signalerons, dans notre article sur la cataracte, les variétés qui semblent être le produit de la phlegmasie du cristallin ou de sa capsule. La périphakite est quelquefois accompagnée d'une exsudation plus marquée et plus abondante sur un point de la cristalloïde antérieure, principalement à son centre, exsudation qui produit souvent une espèce de végétation sur la surface antérieure du feuillet séreux. C'est ainsi que se forment les cataractes dites végétantes ou pyramidales. Dans deux cas de périphakite sur aiguë nous avons vu de semblables végétations pyramidales, d'un volume considérable, se développer sous nos yeux au centre de la cristalloïde antérieure, et prendre avec assez de rapidité un accroissement tel qu'elles proéminaient dans la chambre antérieure. Dans l'un de ces cas , la végétation était blanchâtre ; dans l'autre, elle était ocrée, roussâtre, sans aucune connexion avec le bord pupillaire. La couleur de cette dernière végétation
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nous fait supposer qu'il y avait dans son sein des vaisseaux déliés j nous ne pûmes cependant les découvrir, quoique munis d'une excellente loupe.
L'inflammation de la capsule peut encore se terminer par résolution, et sans laisser après elle aucune altération ni dans la diaphanéité, ni dans la texture de la membrane affectée. L'obscurité qui règne dans les symptômes de cette phlegmasie et la difficulté que l'on éprouve à en reconnaître les premiers indices, font que l'on perd souvent le moment le plus opportun pour la combattre avec succès. Il est hors de doute que la plupart des cataractes commençantes que l'on cite comme guéries sans opération ne sont autre chose que des inflammations de la capsule antérieure. Tels sont les cas de guérison rapportés dans la dernière brochure de M. Gondret. Si nous voulions en citer de pareils comme des guérisons de cataractes, nous pourrions les compter par douzaines.
Causes. — Nous signalerons parmi les causes prédisposantes de la périphakite l'âge adulte et la disposition aux congestions cérébro-oculaires produites par des irrégularités dans le flux hémorrhoïdal ou menstruel, par la suppression de quelque sécrétion pathologique, par l'âge critique chez la femme , etc. On peut ajouter aux causes prédisposantes l'existence d'un travail dyscrasique, syphilitique, scrofuleux, arthritique ou herpétique. Parmi les causes occasionnelles qui donnent naissance à l'inflammation de la capsule, nous devons citer les lésions traumatiques de l'œil et la commotion de cet organe. La périphakite peut souyent se développer consécutivement à une inflammation siégeant dans un des tissus oculaires, tels que la rétine, la choroïde , ou l'iris. Enfin elle est quelquefois de nature rhumatismale ; dans ce cas , elle est presque toujours accompagnée d'une affection analogue qui a son siège dans d'autres membranes séreuses de l'œil.
Traitement, — Peu différent de celui de l'iritis chronique ,
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il consiste principalement dans les émissions sanguines souvent répétées, et dans l'usage, tant interne qu'externe, des mercuriaux. Ces moyens s'opposent à l'exsudation d'une matière plastique sur la capsule , et en provoquent la résorption , si déjà une exsudation s'est faite. Dans l'inflammation de la capsule, comme dans l'iritis chronique , il importe que l'on maintienne l'ouverture pupillaire dans une dilatation permanente, pour prévenir les adhérences qui se forment avec tant de rapidité entre la capsule antérieure du cristallin et la surface postérieure de l'iris. On atteindra ce but en prescrivant l'usage des narcotiques mydriatiques, d'après la méthode que nous avons exposée au traitement de l'iritis.
Les complications de la périphakite avec les affections de l'iris, de la sclérotique, de la rétine et de la choroïde, ainsi que la nature dyscrasique de la maladie , méritent l'attention du praticien , à cause des modifications qui en résultent pour le traitement. On opposera aux premières la thérapeutique dont on fait communément usage contre ces affections , traitement qui ne diffère de celui de la cristalloïdite que par son énergie plus grande ; on combattra la seconde , c'est-à-dire la nature dyscrasique de la maladie (pléthore lymphatique, 'syphilis secondaire , affections psoriques , etc.), par les médicaments spéciaux dont nous parlerons quand nous traiterons des ophthalmies combinées.
Ce que nous avons dit au sujet du traitement des ophthalmies en général, et de celui de l'iritis en particulier, nous dispense d'entrer dans des détails ultérieurs sur celui de la cristalloïdite. Quant au diagnostic , nous devons ajouter que nous ne regardons comme superflue aucune des circonstances que nous avons exposées, quelque minutieuses qu'elles puissent paraître. Elles ont pour nous une valeur immense, car elles constituent des preuves matérielles de la nature inflammatoire d'une affection que l'on a trop fréquemment confondue
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avec l'amblyopie amaurotique torpide ou paralytique , et que Ton a traitée comme telle, c'est-à-dire par des excitants internes et externes , en négligeant les indications rationnelles. Une ophthalmie violente , suivie d'une cataracte de la plus mauvaise nature , ou d'une amaurose complète et incurable , est presque toujours la suite d'une pareille méprise , qui a été funeste à des milliers d'individus.
La cataracte pigmentcuse et la synéchie postérieure peuvent mieux être prévenues que guéries. Le traitement de la cristalloidite doit leur être opposé dès leur début et pendant toute la durée de la phlegmasie qui leur donne naissance. Quand celle-ci a cessé, on essaiera encore l'instillation d'une solution d'extrait de belladonna, dans le but de déchirer les adhérences et d'arracher une partie du pigmentum qui peut tenir plus fortement à la marge pupillaire qu'à la capsule. L'effet des purgatifs et des mercuriaux administrés extérieurement et intérieurement sera encore tenté dans le but de ramollir la matière exsudative ; l'usage interne des antimoniaux , et les préparations iodurées en frictions autour de la base de l'orbite, concourent , avec les moyens précités , à amener, si cela est possible , la résorption des dépôts fibro-albumineux. À ces moyens on joindra, quand toute irritabilité inflammatoire aura cessé, les instillations de laudanum, d'abord affaibli, puis pur, entre les paupières, et l'application , sur le bord libre de celles-ci , de la pommade de précipité rouge, et finalement de celle de précipité blanc à des doses prudemment et graduellement augmentées.
Bien qu'en général la résorption de ces fausses membranes soit rare et incomplète, nous avons cependant vu des cas de ce genre suivis d'un succès surprenant. Une seule tache ou un amas de taches de cette nature , placées au centre de la pupille et n'occupant qu'un espace fort circonscrit, nuisent beaucoup moins à la netteté de la vision que des points fort petits et
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pâles, mais nombreux et disséminés sur une grande étendue. Ces derniers pouvant souvent disparaître entièrement par la résorption déterminée à l'aide des moyens que nous venons d'indiquer , le résultat est très satisfaisant , prodigieux même pour le malade qui passe quelquefois d'un état de cécité presque complète à celui du libre usage de ses yeux.
Il est beaucoup plus rare de voir diminuer ou disparaître les taches foncées de la cristalloïde qui constituent la cataracte pigmenteuse. Nous ne savons pas si le pigmentum déposé à la surface de cette séreuse est susceptible de résorption ; cependant nous l'avons vu disparaître quelquefois par l'emploi du même traitement que nous venons de conseiller contre les exsudations fibro-albumineuses placées à la surface de la capsule. Il semblerait que, par suite de la résorption de l'enduit plastique qui attache la matière colorante à la capsule , cette matière colorante n'étant plus retenue , est enlevée par l'humeur aqueuse et disparaît dans ce fluide.
Si le traitement pharmaceutique échoue, et s'il reste au malade une vue imparfaite, mais suffisante pour qu'il puisse se conduire , il vaut mieux qu'il se contente de ce degré de vision et que le médecin se borne à prévenir les rechutes de l'inflammation ; une tentative d'opération réveillerait le plus souvent la phlegmasie, et augmenterait dès lors le trouble de la vue. Ce n'est que dans les cas de cécité complète ou presque complète qu'il convient d'opérer d'après les indications et les procédés que nous exposerons, en parlant de la cataracte pigmenteuse et de la pupille artificielle.
CHAPITRE VI. DE LA PHAKITE, CRISTALL1TE OU INFLAM- MATION DU CRISTALLIN.
Après avoir exposé notre opinion sur l'inflammation de la capsule du cristallin , nous croyons devoir entrer dans quel-
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ques considérations sur l'inflammation de la lentille cristalline elle-même. Cette phlegmasie est encore plus obscure que la cristalloïdite ; nous avons cependant vu des cas qui ne nous laissent guère douter de son existence. Dans le premier rapport trimestriel de notre clinique {Gazette Médicale , i83-y, 4 mars), nous avons rapporté un exemple de cristalloïdite se manifestant par un grand nombre de points blancs très fins , disséminés non seulement à la surface antérieure de la capsule , mais occupant encore d'autres plans, situés derrière cette membrane. Ces points d'un blanc grisâtre avaient évidemment leur siège dans la substance du cristallin. Cette observation est loin d'être la seule de ce genre que nous ayons rencontrée dans notre pratique. C'est surtout l'inflammation se présentant dans la cristalloïde sous la forme de points disséminés , qui paraît se communiquer le plus fréquemment à la substance du cristallin. Il se peut encore que certaines cataractes lenticulaires soient le produit d'un travail phlegmasique. Bien que cette supposition soit fort probable , nous ne voulons pas nous livrer à des hypothèses sur un sujet que l'expérience pourra éclaircir plus tard. Nous ne doutons pas que les anatomistes qui nient l'organisation vasculaire du cristallin ne soient prêts à rejeter également la possibilité de l'inflammation de ce corps transparent. Mais si d'une part les recherches anatomiques sur les vaisseaux de la capsule et de l'organe qu'elle contient ne nous paraissent pas encore offrir toute l'exactitude désirable , nous préférerons toujours subordonner la théorie qui , par une raison systématique n'admettrait pas l'inflammation du cristallin, à l'arrêt contraire prononcé par l'expérience. En attendant cet arrêt définitif , nous ne faisons que marquer la place que la cristallite doit occuper dans le cadre nosologique.
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CHAPITRE VII. — DE LHYALITE , HYALOÏDITE OU INFLAMMA- TION DE LA MEMBRANE HYALOIDE ET DU CORPS VITRÉ.
Les auteurs distinguent sous le nom à! hy alite une variété nosologique qui , d'après eux , est caractérisée par les symptômes suivants : opacité verdâtre , glaucomateuse , du fond de l'œil , immobilité et turgescence de l'iris, altération de la couleur de cette dernière membrane , trouble de la cornée , gonflement sympathique des paupières , tension dans le globe oculaire, douleur s'irradiant dans les parties qui environnent cet organe , photophobie , altération dans la faculté visuelle, etc.
Nous n'avons jamais rencontré , pendant la vie , quelque phénomène qui pût être considéré comme le résultat d'une inflammation de la membrane hyaloïde et du corps vitré ; nous sommes fondés à croire , d'après nos recherches et notre expérience , que les symptômes attribués par les auteurs à l'hy alite, ne dénotent point une phlegmasie du corps vitré et de sa membrane , mais appartiennent à la choroïdite. Nous insisterons avec plus de détails sur cette dernière considération, quand nous traiterons de l'inflammation de la choroïde. Il est loin de notre pensée de nier, d'une manière absolue , l'existence de l'hy alite , car, plus d'une fois , la dissection nous a montré dans le corps vitré des stries et des points opaques plus ou moins foncés, dont la formation ne peut être expliquée que par l'inflammation de cet organe ; mais , en disséquant le corps vitré et l'hyaloïde , nous n'y avons jamais trouvé cette teinte verte que l'on a signalée comme le caractère pathognomonique de l'hy alite , et qui , pour nous , appartient à la choroïdite. Cette coloration est produite par le mélange de la couleur bleuâtre de la choroïde congestionnée , et de la teinte jaunâtre du cristallin. Nous engageons le lecteur à recourir, pour de plus amples détails, à l'article Clioroïdite :
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