CH0R01DITE
y sont plus sujets que d'autres personnes. Nous avons également vu la choroidite compliquer des ophthalmies scrofuleuses invétérées et profondes, mais plus souvent sur de jeunes filles affectées de dysménorrhée que chez des garçons, et chez ces derniers principalement quand ils présentaient la prédisposition lymphatique délicate et sanguine ; et qu'il y avait dans leur famille une tendance héréditaire aux affections hémorroïdales et aux congestions sanguines cérébro -oculaires. C'est probablement ce qui a fait dire à M. Rosas que l'âge de puberté chez les femmes est une des causes prédisposantes principales de la choroidite.
Je saisis l'occasion de fixer un instant l'attention sur un état spécial des yeux qui m'a semblé offrir des rapports étroits avec le développement de la maladie dont il s'agit; je nommerai cette expression organique particulière la constitution ou le tempérament oculaire. Analogues aux tempéraments individuels ces constitutions des organes visuels prendront leur caractère spécifique dans la prédominance de l'un ou de l'autre système, soit sanguin , soit nerveux de l'oeil. C'est ainsi que l'organe de la vue relativement au corps humain n'est , à l'avis de plusieurs auteurs , qu'un microcosme dans le grand tout de l'individu.
C'est l'exagération du système veineux de l'œil , la constitution oculaire veineuse qui a particulièrement trait au sujet qui nous occupe; cet état s'annonce par des yeux proéminents, par une couleur bleuâtre de la sclérotique, un dépôt abondant de pigment noir sur la choroïde, et sur la surface postérieure de l'iris. Les yeux de cette espèce sont expressifs; on les trouve chez les individus aux cheveux noirs , au teint brun ; ils sont propres aux peuples de l'Orient; et, malgré une vigueur apparente, ils sont délicats, doués d'une sensibilité morbide, et supportent peu les fortes impressions. Ces yeux , dit-on , sont disposés à l'amaurose. Or, la perte de la vue dépend, dans ces
CHOROÏDITE. 123
cas , moins fréquemment qu'on ne le pense , d'une véritable névrose de la rétine ; elle n'est le plus souvent que secondaire : ordinairement c'est une affection du système veineux, un engorgement sanguin de la choroïde qui conduit à l'amaurose. La choroïde , avec son système vasculaire , est la veine porte de l'œil ; elle aussi dépure le sang en sécrétant le pigment noir. Chez les individus doués d'un tempérament abdominal, veineux , la veine porte devient le siège d'un genre de maladies spéciales ; de même la choroïde , dont la structure offre une prédominance veineuse , devient le siège d'un genre de maladies tout-à-fait analogues à celles qui affectent le système vasculaire abdominal. Ces dernières suscitent des troubles graves dans le système nerveux , désignés ordinairement sous le nom d'hypocondrie ; les anciens les désignaient plus spécialement sous le nom d'hypocondrie cum materiâ. La choroïde, à son tour, et dans son état morbide , agit sur le système nerveux de l'œil , et produit des phénomènes morbides secondaires trop souvent envisagés comme primitifs; c'est ainsi que le sang veineux , dont la circulation ne se fait pas librement dans la choroïde, engendre souvent les illusions optiques les plus bizarres; ces malades croient voir des mouches volantes, des cercles lumineux, des flammes , illusions qui leur donnent de vives inquiétudes , et les mettent dans un état d'anxiété continuelle : c'est une hypocondrie oculaire occasionnée par une distribution inégale du sang de la choroïde. Les hommes dont les yeux sont proéminents, cyanoses, et tels que nous venons de les indiquer, sont sujets à ces visions ; ils y attachent une importance telle , qu'il m'est arrivé de les voir reproduire fidèlement par le dessin les fantômes qu'ils voyaient devant eux , et surtout après les repas ; chez eux cependant la vue n'est point affaiblie ordinairement. Quoique la guérison de cet état morbide soit aussi difficile que celle de la véritable hypocondrie , cependant,
1 24 CHOROÏDÏTE.
dans la plupart des cas , il n'offre rien de dangereux ; et si quelque symptôme alarmant se présente , il est dû plutôt aux moyens mis en usage pour combattre le mal qu'à tout autre motif. Toutefois, je ne conteste pas l'efficacité de certains agents : c'est ainsi que ceux qui diminuent la pléthore veineuse de l'œil peuvent être efficaces , quoique le plus souvent on se voie dans le cas de ne pouvoir la faire disparaître entièrement ; l'attention du malade reste fixée sur les fantômes visuels , sa situation morale se rapproche à la fin de la monomanie , et l'expérience apprend que plus le médecin attache d'importance à ce symptôme vis-à-vis du patient , plus on entretient la concentration de ses idées sur sa maladie.
L'abdomen , foyer d'organes dépuratoires qui servent à l'élimination des fluides devenus impropres à l'entretien des fonctions , doit influer fortement sur un tissu qui remplit , dans l'organisation de l'œil, une fonction analogue. Or les stases abdominales, dont l'effet immédiat doit être de charger le système veineux du carbone surabondant , ne peuvent manquer de faire ressentir leurs effets à la choroïde , et la vraie médication curative doit consister ici à régler l'action dépuratoire des organes primitivement affectés. (V. ophth. arthritique.)
Sous le rapport du pronostic, et plus encore sous celui des chances de succès qu'offrent les opérations pratiquées sur les yeux, il est très important de ne point méconnaître le tempérament oculaire dont il s'agit ; plus d'une fois il arrive de voir l'opération de la cataracte sans résultat , sans qu'on puisse se rendre raison de l'insuccès qu'on rencontre , l'iris , la pupille et la cornée n'offrant aucune altération appréciable. Les yeux à système veineux prédominant conduisent à ces mécomptes ; l'inflammation s'y développe facilement sans que cet accident fâcheux , qui suit souvent l'opération de la pupille artificielle et de la cataracte , s'annonce par des phénomènes spéciaux. Les
CHOROÏDITE. IâO
yeux de l'espèce dont il s'agit prédisposent à la choroïdite arthritique et à son résultat morbide, le glaucome (i).
Terminaisons. — La choroïdite , quelle que soit l'apparence désespérée de cette affection, est susceptible de guérison; notre expérience nous autorise à émettre cette assertion. Non seulement à l'aide d'un traitement bien dirigé nous avons vu quelquefois la faculté visuelle se rétablir à une perfection à laquelle on ne s'attendait pas , vu la dégénérescence avancée du globe oculaire , mais nous avons même été témoin de la disparition partielle des altérations de la choroïde et de la sclérotique qu'on avait d'abord supposées comme incurables, Dans ces cas d'issue heureuse, la coloration livide de la scléro-
(i) Qu'on nous permette de joindre à cette digression quelques mots sur la constitution artérielle et nerveuse de l'œil , afin qu'on puisse saisir l'ensemble de nos idées sur ce point intéressant d'étiologie.
Le tempérament oculaire, sanguin artériel se rencontre fréquemment. La couleur des yeux tient le milieu entre le teint foncé des complexions veineuses et le teint bleu-clair des yeux à tempérament nerveux. La conjonctive s'injecte facilement. Ces yeux sont prédisposés à des inflammations actives, affectant de préférence les tissus de l'hémisphère antérieur, et parmi ces tissus, les superficiels plus que les profonds; la sclérotique, l'iris et la membrane de Descemet s'enflamment facilement. La marche des maladies présente, dans ces yeux , un caractère franc : sous ce rapport , ils offrent un contraste avec le tempérament oculaire veineux , dans lequel les maladies ont un caractère insidieux.
Le tempérament est nerveux quand l'œil présente, avec un teint bleu et clair, une expression particulière de douceur; il offre une certaine transparence et brille comme l'émail; l'exhalation de la surface palpébrale est toujours active, au point que l'œil paraît comme inondé de larmes; l'iris est d'une mobilité extrême, la sensibilité exaltée, sans que l'œil supporte de grandes fatigues; la vue toutefois est bonne; ces yeux sont sujets aux affections nerveuses de l'appareil optique. Or les travaux qui exigent de grands efforts de la vue, comme l'horlogerie, l'orfèvrerie, ceux relatifs à des recherches microscopiques, sont très nuisibles aux complexions de cette nature; là les affections morbides présentent des caractères que nous allons décrire en parlant de l'inflammation chronique de la rétine, exaltation morbide de la sensibilité avec défaut de ton à la première période, suivie d'une espèce de paralysie nerveuse pendant la deuxième.