‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 23 sur 70 · CH0R01DITE. X · texte numérisé non relu

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cette dernière est couverte d'une exsudation blanche de lymphe plastique , entremêlée de stries de pigmentum qui se continuent en haut et en bas avec le bord pupillaire. Les limites de la cornée et de la sclérotique se confondent ensemble.

Œil droit. — Sclérotique moins bleue et moins inégale que celle de l'œil gauche ; les taches légèrement bleuâtres qui se trouvent dispersées sur sa surface la font paraître comme marbrée. L'iris est moins foncé que celui de l'œil gauche ; son bord pupillaire adhère à la partie inférieure de la capsule. Des brides de matière plastique , qui s'étendent de divers points de la cristalloïde à l'ouverture pupillaire , lui donnent la forme d'un as de trèfle. L'exsudation lympathique de la capsule est çà et là couverte de restes de pigmentum.

Il ne reste plus de la faculté visuelle de l'œil gauche que la perception de la lumière. La malade voit encore assez bien de l'œil droit , même pour écrire. Ce dernier est sujet aux photopsies ; la malade ressent des douleurs à la région des tempes à la moindre fatigue des yeux. Les photopsies , qui autrefois ont également affecté l'œil gauche, sont remplacées par la myodesopsie ( vue de mouches ). De temps à autre les douleurs de la malade s'aggravent.

Le traitement , composé des moyens antiphlogistiques ( saignées, purgatifs, mercuriaux), de l'emploi des emménagogues , et de la belladone à l'extérieur , n'a jusqu'ici eu d'autre effet que de mitiger les recrudescences de l'inflammation.

L'irrégularité des menstrues , la disposition arthritique de la malade , sa profession fatigante pour la vue , et peut-être quelque accident survenu pendant sa dernière grossesse et durant ses couches , voilà un nombre suffisant de causes pour expliquer l'origine de l'affection de la choroïde. Il nous a été impossible de recueillir de la bouche de la malade des renseignements satisfaisants sur la marche progressive de sa maladie depuis onze ans , époque où ses yeux ont commencé à s'affecter

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Lorsque nous la vîmes pour la première fois , l'amincissement et la décoloration bleuâtre de la sclérotique , jointe à la dégénérescence staphylomateuse du corps ciliaire , au cercle arthritique , aux douleurs circum-orbitaires et aux pliotopsies , ne laissèrent point de doute sur l'existence d'une choroïdite chronique , qui avait déjà produit des lésions considérables dans la choroïde et les tissus contigus. La paroi antérieure de la capsule porte les vestiges de l'inflammation ou d'un travail congestionnaire qui s'est transmis de la choroïde à elle. Les taches pigmenteuses , collées sur la surface antérieure de la capsule , de même que les brides qui donnent à la pupille de l'œil droit la forme d'un as de trèfle , nous font présumer que l'ouverture de l'iris ayant été fort rétrécie dans une période antérieure de la maladie , s'est dilatée ensuite , soit par les mouvements spontanés de l'iris , soit par la cessation de l'état de tension de cette membrane , ou enfin par l'effet connu de la belladone. L'albumine exsudée à la surface de la capsule s' attachant facilement à l'uvée, celle-ci , en se rétractant, a laissé des parcelles de pigmentum sur la cristalloïde qui constituent ce qu'on appelle généralement la cataracte pigmenteuse. Ce phénomène est très fréquent; nous en avons parlé avec plus de détails à l'occasion de la cristalloïdite. Il suffit de faire ici mention de cette circonstance , en raison de sa fréquence comme complication de la choroïdite. Pour compléter l'explication que nous avons donnée de ce phénomène, nous dirons que, dans l'inflammation de la choroïde et de l'iris, le pigmentum , produit de leur sécrétion , ne pouvant pas rester sans éprouver quelque changement , devient peut-être plus soluble, se détache par conséquent plus facilement de l'uvée , et reste ainsi collé à la capsule couverte de matière albumineuse.

Les saignées dérivatives à l'aide des sangsues appliquées à différentes reprises à l'anus et aux parties génitales, les mercur jaux et les antimoniaux , ainsi que les purgatifs et la teinture

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de semences de colchique administrés à l'intérieur , enfin les frictions d'onguent napolitain faites sur le front , n'ont jusqu'ici rien changé à l'état de la malade , sinon que ces moyens ont calmé ses douleurs et diminué les photopsies.

Quoique nous ayons tenté , en dernier lieu , l'emploi des aloétiques , joint à l'usage externe de la belladone, le pronostic est mauvais , et les lésions de la choroïde paraissent être en dehors des ressources de l'art. Tout ce que nous pouvons augurer de bien , c'est la conservation de la vue à l'état où elle se trouve actuellemeut.

Quatrième observation. Irïtis. — Inflammation du. corps ciliaire. — Guérison partielle.

Mademoiselle D.. ., âgée de vingt-quatre ans, d'un tempérament sanguin et lymphatique, cheveux châtains, iris verdâtre, était sujette pendant son enfance aux affections scrofuleuses , dont elle porte les traces aux mains couvertes de cicatrices très étendues. Elle fut réglée pour la première fois à l'âge de quatorze ans. Dès lors, flux menstruel régulier et assez abondant , jusqu'à sa vingtième année , époque où , par suite d'une frayeur , les règles s'arrêtèrent. C'est depuis lors que cette jeune personne, bien que les règles se rétablirent comme d'habitude, commença à devenir maladive, et à être tourmentée par des maux de tête, des bourdonnements d'oreilles violents, surtout pendant la nuit, par des vomissements , etc. Il y a dix-huit mois que ses yeux ont commencé à s'affecter. Elle demeura long-temps sans pouvoir rien distinguer de l'œil gauche , qui fut le siège de beaucoup d'élancements et de photopsies.

Quand elle vint la première fois à notre clinique , elle présenta les signes d iritis syphilitique : décoloration de l'iris , aspect tomenteux du petit cercle, rétrécissement et ii régula-

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rite de la pupille , qui était tiraillée en haut et en dedans , douleurs circum-orbitaires. L'examen le plus scrupuleux ne put découvrir aucun symptôme de syphilis actuelle ; mais il y avait des indices non douteux qu'une affection syphilitique héréditaire avait existé lors des premières années de la vie de la malade. L'affection oculaire ne resta pas long-temps rebelleau traitement antiphologistique et mercuriel. Une rechute eut lieu, et l'inflammation se manifesta avec les mêmes symptômes que la première fois. Elle fut combattue de nouveau avec succes, et nous ne vîmes plus la malade pendant un temps très long. Lorsqu'elle se présenta, la troisième fois , à la clinique, l'affection oculaire avait changé de forme, et offrait les symptômes dont nous voyons aujourd'hui les traces.

Nous donnons ici la description de l'état des yeux de cette malade, tels que nous les avons trouvés le 7 novembre 1836. Œil gauche. — C'est celui qui est principalement affecté; très grand nombre de vaisseaux variqueux très déliés , venant de tous les points de la circonférence de l'hémisphère antérieur du globe oculaire , formant un cercle de rayons autour de la cornée. Ces vaisseaux rampent sur la surface de la conjonctive, et se bifurquent à mesure qu'ils s'approchent du bord de la cornée. Arrivés à quelques lignes d^ distance de celte dernière, ils se perdent en pénétrant dans la sclérotique , où ils s'anastomosent en forme d'arcades avec les branches voisines , et forment une zone autour du disque transparent de cette membrane. Cette zone , composée de vaisseaux superficiels , limite une bande bleu-noirâtre , large de deux lignes , correspondant exactement au siège du corps ciliaire et environnant toute la circonférence de la cornée. Cette bande, due à l'amincissement de la partie antérieure de la sclérotique , offre des inégalités et des élévations ; elle est un peu plus pâle en haut qu'en bas. Une zone de vaisseaux rectilignes , prenant leur origine des arcades décrites ci-dessus , se croise superfi-

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ciellement avec les bandes bleuâtres de la sclérotique, de sorte qu'elle paraît divisée à la manière des procès ciliaires, au gonflement desquels l'amincissement et la saillie de la sclérotique sont probablement dus. L'iris est sain ; son ouverture présente de légères irrégularités. La pupille n'est pas fort dilatée; son bord est légèrement dentelé par l'effet de petites languettes de pigmentum qui se collent dans toute son étendue à la capsule. Cette dernière est légèrement opaque.

L'œil droit ne présente rien d'anormal, sinon une forme irrégulière et un peu anguleuse de la pupille.

La malade, qui , dès le début de sa maladie , avait été soumise au traitement antiplilogistique combiné avec l'usage des mercuriaux à l'intérieur et à l'extérieur , et avec les frictions de belladone, commence à distinguer les objets de la plus petite dimension, sauf les caractères d'impression trop fins. Elle est encore, de temps à autre , sujette à des douleurs sus-orbitaires, à des vomissements et aux maux d'estomac.

Dans le cas qui précède, la phlegmasie de la choroïde , survenue après un iritis , s'est circonscrite à la partie antérieure de cette membrane et au corps ciliaire. La marche de l'affection a été très lente. Les causes ont été de l'ordre de celles que nous avons déjà signalées comme jouant un grand rôle dans la production delà choi oïdite -. constitution scrofuleuse, pléthore lympathique ou veineuse , anomalie des menstrues. Notons encore que la malade, dont la famille a éprouvé beaucoup de revers de fortune , a été en proie à des émotions tristes qui n'ont pas peu conti ibué à altérer sa santé. Ce cas se prête de nouveau parfaitement à l'étude de l'injection conjonctivosclérotidieiine , particulière à la choroïditef La division des procès ciliaires paraissait se dessiner nettement dans la bande bleuâtre qui entourait le bord de la cornée. Remarquons en passant qu'ici encore, malgré le peu d'étendue de l'affection, la capsule ne resta pas exempte d'altération , et que le pig-

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