‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 24 sur 70 · CHOR01DITE · texte numérisé non relu

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mentum de Tuvée offrit les mêmes dispositions que nous ayons fait observer dans un autre cas.

Le traitement, dirigé d'après des principes semblables à ceux qui ont été suivis dans les cas qui précèdent , eut pour résultat d'enrayer les progrès de l'inflammation , d'améliorer l'état général de la santé, et de ramener la faculté visuelle presque à son état normal.

Cinquième observation. Conjonctivite. — Kératite et choroïdite scrofuleuses. — Développement physique extraordinaire. — Aménorrhée.

Mademoiselle Louise O. . . , âgée de quinze ans, cheveux noirs, iris brun , est très robuste et d'une taille très élevée pour son âge ; toute l'architecture de son corps annonce chez elle la pléthore sanguine et lymphatique. Depuis son enfance elle a été continuellement sujette aux affections scrofuleuses, telles qu'éruption du cuir chevelu , engorgement des glandes du cou , ophthalmie. Les glandes du cou sont gonflées au moment où elle se présente à notre clinique ( 3 novembre 1836 ). Malgré son développement physique , elle n'est pas encore réglée.

Depuis quatre ans ses yeux sont toujours souffrants; ils offrent les caractères suivants :

L'œil gauche est plus affecté que l'œil droit. Les follicules palpébraux des deux yeux sont légèrement engorgés ; les cils sont tombés en partie. La conjonctive palpébrale présente l'injection catarrhale à un léger degré. Des troncs vasculaires très gros, d'un pourpre livide et variqueux, viennent de tous les points de la circonférence de l'hémisphère oculaire antérieur former comme un disque de rayons qui commencent dans le pli conjonctivo-scléroticalet convergent versla cornée. Au lieu de franchir le bord de cette dernière , la plupart de ces vaisseaux se terminent en pointes très fines à deux ou trois lignes de distance de sa circonférence. Quelques uns forment des anas*

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tomosestrès irrégulières; d'autres, situés au côté externe, s'avancent jusqu'à la cornée et en dépassent le bord. La sclérotique, située au-dessous de ce lacis variqueux, est bleue et sale, sans injection, et présente un renflement circulaire autour de la cornée , dû à l'amincissement de son tissu et au gonflement du corps ciliaire. Des varices ou des staphylômes du corps ciliaire, situés à la partie interne de la sclérotique, paraissent correspondre au siège anatomique des procès ciliaires. La convexité de la cornée est augmentée ; elle est presque devenue conique. Sa partie externe est légèrement opaque; son centre est occupé par un épanchement inter-lamellaire leucomateux , gros comme la tête d'un petit clou, entouré d'un nuage demi-diaphane et offrant au milieu un point noirâtre. Les vaisseaux variqueux de la conjonctive viennent du côté externe de la circonférence du globe se rendre à l'épanchement inter-lamellaire de la cornée. La pupille est dilatée, la chambre antérieure très large, l'iris n'est guère altéré. L'œil est très sensible au toucher; presque pas de photophobie. Mais ce qu'il y a de particulier, c'est que la malade croit quelquefois sentir comme un froid glacial qui s'étend sur les paupières et sur l'œil.

L'œil gauche présente la même injection variqueuse de la conjonctive scléroticale qu'on voit à l'œil droit, sauf qu'elle est moins intense. Un petit nombre de vaisseaux franchissent le bord de la cornée à sa partie inférieure. Ils aboutissent à une légère opacité, résultant d'un épanchement peu considérable dans les lames de la cornée. La sclérotique de cet œil n'est ni bleuâtre, ni amincie, ni inégale comme celle de l'œil gauche.

La vision est considérablement troublée. La malade est myope. La mobilité des yeux est gênée ; il y a un léger strabisme. Sauf de fréquents maux de tête et des étourdissements, dont la malade se plaint , l'état de sa santé ne présente rien d'extraordinaire.

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On a employé les saignées locales et révulsives réitérées, les frictions mercurielles autour des organes malades , les emménagogues et parmi eux surtout les pilules composées d'extrait d'aloès et de sabine. En moins de six semaines la complication de choroïdite a été heureusement combattue par cette médication. Il ne reste de cette affection qu'un obscurcissement leucomateux de la cornée. Les règles ont paru deux fois. La malade est toujours en traitement.

Ce cas offre d'autant plus d'intérêt qu'il peut servir d'exemple de l'affection décrite par MM. Jaeger et Froriep , sous le nom de kératite scrofuleuse , et par M. Ammon sous celui d'inflammation du ligament ciliaire. Ces auteurs, il est vrai , ont puisé leurs descriptions dans la nature. Tout en applaudissant à la fidélité de leurs tableaux, nous ne blâmons pas moins les efforts continuels que font un grand nombre d'ophthalmologistes pour multiplier inutilement les subdivisions des affections oculaires et polvr créer de nouvelles espèces de maladies là où il est facile de ramener les variétés à leurs formes simples. Pour nous la kératite scrofuleuse de Jaeger et l'inflammation du ligament ciliaire d'Ammon n'est rien autre chose qu'une choroïdite, compliquée de kératite et affectant des individus scrofuleux. Le cas précédent vient encore prouver la large part que l'aménorrhée et la suppression du flux menstruel ont dans la production de la choroïdite. L'origine de cette affection est ici on ne peut pas plus évidente : développement physique extraordinaire, aménorrhée, et de là, congestion cérébrale et choroïdienne , sollicitée par la constitution scrofuleuse de l'individu.

Sixième obsirvatioit. Développement insensible d'un glaucome. — Accès de choroïdite aiguë après sa formation. — Efficacité prompte d'un traitement énergique.

Louis-Nicolas L...... coiffeur, âgé de quarante-cinq ans .

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d'une constitution nerveuse et lymphatique, vient, le 21 octobre i836, réclamer du secours à la clinique. La vue de l'œil gauche s'est perdue depuis trois mois sans douleurs et sans que le malade y ait éprouvé d'autre sensation qu'une espèce de mouvement oscillatoire.

La figure du malade porte l'expression des plus violentes souffrances. Il a constamment les mains appliquées sur l'œil gauche , dont il cherche à apaiser les douleurs par la pression. Celles-ci durent depuis trois jours. Elles sont sourdes , mais continuelles et paraissent siéger dans l'orbite derrière le globe de l'œil et dans la région circum-orbitaire. Les bords des paupières sont gonflés et injectés. La conjonctive palpébrale est rouge et veloutée. La conjonctive scléroticale est couverte d'un lacis vasculaire pourpre et variqueux. La sclérotique est le siège d'une zone vasculaire dont les ramifications se bifurquent et ne sont pas très serrées. Un cercle veineux fort étroit entoure la circonférence de la cornée. La partie inférieure de la substance de la cornée est infiltrée de sang. L'iris, brun, est décoloré et sale. La pupille est dilatée , immobile et ovalaire. Derrière cette ouverture, on découvre une opacité glaucomateuse. Le globe de l'œil est sensible au toucher. Cécité complète de cet œil. Point de photopsies, mais photophobie con- ' sidérable. Le pouls n'est pas accéléré. Le malade n'a pas eu de frissons; point de chaleur à la peau.

Le malade attribue l'origine de son mal à des coups qui lui ont été portés à la tête et à l'œil dans une rixe, il y a dix mois. À dater de cette époque , sa vue s'est affaiblie. Il se rappelle obscurément avoir eu dans son enfance quelques affections de nature lymphatique ( engorgements glandulaires ). Pendant ses années de service militaire il a été souvent exposé à l'humidité. Jamais il n'a eu ni affections hémorrhoïdales ou goutteuses , ni maladies vénériennes ou dartreuses. On ordonne une saignée du bras de quatre palettes , le calo-

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mêlas à la dose d'un demi-grain avec i /8 de grain d'opium' à l'intérieur de deux heures en deux heures , et des frictions sur le front, chacune de trois grains d'opium avec autant de calomélas , réitérées d'heure en heure.

21 octobre. — Les douleurs ont cessé ; l'injection de la conjonctive a diminué. Le sang épanché entre les feuillets de la cornée est complètement résorbé. L'iris présente un aspect tacheté ou tigré. La pupille reste glaucomateuse. Application de quinze sangsues au-devant de l'oreille gauche. Continuation du traitement , sauf la saignée.

22 octobre. — Recrudescence des douleurs , de la photophobie et de la rougeur. On ordonne une nouvelle saignée de quatre palettes , en même temps qu'on persiste dans la continuation des autres moyens.

Cette médication ayant délivré le malade de ses souffrances, il ne retourne à la clinique que le 4 décembre , où nous constatons l'état suivant de son œil :

Absence presque totale d'injection scléroticale et conjonctivale , sauf quelques légères traces de vascularités variqueuses; pupille très dilatée et perpendiculairement ovalaire ; bord noir de l'uvée renversé en avant et tranchant avec l'opacité visible derrière la pupille. Iris rétracté vers le corps ciliaire. Opacité glaucomateuse complète. L'œil droit ne présente rien d'anormal ; l'iris est brun , parfaitement sain , mobile ; la vision n'est pas troublée. Le malade ressent encore de temps à autre quelques élancements très tolérables dans l'œil gauche. On lui recommande de faire une application mensuelle d'un certain nombre de sangsues à l'anus, de se purger de quatre en quatre jours avec l'eau de Sedlitz et de prendre dans les intervalles des pilules d'aloès et de soufre sublimé. Une révulsion est établie à la nuque à l'aide d'un cautère. Nous n'avons plus revu le malade depuis.

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