OPHTIIALMIE DES NOUVEAUX-NES
de la conjonctive est loin de manquer dans l'ophthalmo-blennorrhée des enfants. Si on ne le constate pas avec la même facilité que chez les adultes , c'est parce que d'une part la laxité des tissus dans un âge aussi jeune rend les granulations confluentes , et que d'autre part il est souvent impossible, sur les enfants, d'examiner avec attention l'aspect de la conjonctive palpébrale, le gonflement inflammatoire des paupières rendant leur exploration ^douloureuse , et la tendresse des mères ne permettant que rarement au médecin de continuer les recherches nécessaires pendant que l'enfant crie et fait des efforts pour se soustraire à notre examen.
Nous dirons ici en passant que la photophobie n'existe qu'exceptionnellement dans l'ophthalmie des nouveaux-nés comme dans les blennorrhagies oculaires en général, quand elle est compliquée de sclérotite ( v. Ophtlialinie catarrho-rhumatismale)y- ce qui n'est pas très fréquent. Lorsque cette complication manque, les yeux affectés du plus abondant flux puriforme fixent parfaitement la lumière , sans difficulté et sans signes de douleur. On vient de voir que c'est à la tension inflammatoire et douloureuse des paupières , souvent extraordinaire dans cette affection, que nous attribuons la résistance que l'on rencontre lorsqu'on essaie d'écarter ces voiles membraneux ; cette résistance est due plutôt à un effort musculaire volontaire et instinctif qu'à un véritable blépharospasme nerveux.
La constitution délicate des enfants en bas âge explique pourquoi chez eux l'ophthalmie blennorrhagique est souvent ac« compagnée d'un haut degré de fièvre et de réaction générale. Ils sont agités , ils ne dorment pas; leur pouls est accéléré, leur peau brûlante. Souvent il existe en même temps du dévoiement. On a même dit que si les progrès de l'ophthalmie ne sont pas arrêtés à temps, les petits malades dépérissent rapidement et peuvent tomber dans une espèce de marasme qui se termine même quelquefois par la mort. Nous avons vu tant
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d'enfants robustes et bien nourris conserver toutes leurs forces après être devenus aveugles par suite de cette terrible maladie, que, conformément à notre expérience, nous regardons une constitution débile, scrofuleuse, et l'atropîiie qui m résulte comme les causes principales qui rendent l'écoulement bleuîiorrlmgique plus abondant et plus pernicieux.
La puissance de l'art est grande pendant les premières périodes de l'ophthalmie des nouveaux-nés et avant qu'elle n'ait donné lieu à des lésions de la cornée. Le pronostic est favorable toutes les fois que Fophthalmie n'a pas encore dépassé les limites du miroir de l'œil. Le traitement est ordinairement d'action lente. Les épanchements interianieUaires de la cornée sous forme de taies plus ou moins épaisses et les cicatrices de cette membrane sont des terminaisons fréquentes. Si l'ophthalmie a été violente , elle peut donner lieu aux staphylômes de la cornée, de l'iris, aux adhérences de cette membrane, à l'oblitération de la pupille , et à la fonte purulente de l'œil.
Le traitement de l'oplitlialmie des nouveaux-nés sera dirigé d'après les principes déjà exposés dans les généralités de l'ophthalmie blennorrhagique , mais il doit être modifié à raison de l'âge et de la constitution tendre des malades.
Une ou deux sangsues appliquées derrière l'oreille du côté affecté provoquent chez des enfants si jeunes une déplétion sanguine suffisante ; l'évacuation ne doit pas être poussée plus loin quand la face commence à pâlir. Si au contraire elle reste rouge ou qu'elle s'injecte de nouveau, on ne doit pas craindre de revenir à une nouvelle application de sangsues, principalement chez les enfants qui ont de l'embonpoint et la face fortement colorée.
Les purgatifs sont des évacuants fort appropriés et dans beaucoup de cas mieux supportés par les enfants que les émissions sanguines. Leur choix doit également être réglé d'après leur âge ; chez un enfant de quelques jours , trois ou quatre
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cuillerées de sirop de rhubarbe et de chicore'e ou une solution de manne produisent le même effet qu'une dose de calomélas et de jalap chez, un enfant âgé d'un ou deux ans.
Les soins les plus minutieux de propreté sont de rigueur. Si plusieurs enfants se trouvent rassemblés dans le même local , il est important qu'on les sépare les uns des autres ; les yeux doivent être lavés toutes les cinq ou toutes les dix minutes avec une solution tiède d'acétate de plomb (d'un à quatre grains et davantage pour chaque once d'eau distillée) , ou de sulfate de cuivre (d'un à deux grains pour chaque once d'eau). Le médecin doit apprendre aux nourrices chargées du service de ces malades la conduite à suivre pour ne pas laisser croupir entre les paupières gonflées la matière puriforme qui se concrète en croûtes souvent fort irritantes. Le mieux est d'écarter doucement ces voiles , d'absterger avec une extrême précaution et à l'aide d'une éponge très fine et imbibée du collyre la surface conjonctivale des paupièrf s , et de faire tomber entre celles-ci , dans l'angle externe , le jet du liquide dont une partie est retenue et sert à atténuer le mucus ; on peut même avec avantage faire injecter le collyre, à l'aide d'une seringue, par une personne intelligente et prudente.
Aussitôt après la période aiguë de l'ophthalmie, l'état boursouflé de la conjonctive et la sécrétion purulente réclament l'emploi d'astringents topiques plus énergiques ; nous donnons la préférence aux instillations, répétées deux ou plusieurs fois par jour, du laudanum de Sydenham, étendu ou pur, entre les paupières. Ce moyen est en même temps très efficace dans les cas où il s'agit d'arrêter les progrès d'une ulcération de la cornée , ou d'empêcher la dégénérescence staphylomateuse d'une procidence de l'iris. C'est ici que le collyre de nitrate d'argent trouve son emploi. Ce traitement, joint aux remèdes propres à combattre des complications accidentelles , et surtout celle d'une constitution lymphatique , suffit presque
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toujours pour faire disparaître l'inflammation de la conjonctive. La reproduction est si active dans cet âge, que l'état granulé de la muqueuse palpébrale disparaît presque toujours par l'usage des collyres astringents, de l'onguent de précipité blanc ou rouge et des instillations de laudanum. On n'a guère besoin de recourir à la cautérisation ou à l'excision de la conjonctive ; ces derniers moyens deviennent cependant quelquefois nécessaires dans les cas de granulations abondantes et à 'ectrqpium sarcomateux , produit par l'ophthalinie des nouveaux-nés et quand une procidence de l'iris s'est formée et menace de dégénérer en stapbylôme. Enfin, les taies de la cornée, suite de cette affection, se résorbent quelquefois avec une rapidité étonnante par l'usage topique du laudanum, du précipité blanc, d'une pommade d'hydro-iodate de potasse (un grainsur un grosd'axonge,) etc., quand elles ne dépendent que d'un simple épancbement interlamellaire d'une matière albumineuse.
Quatrième variété. — De l'ophihalmie BrENxoRUUAGîçcE syprnuTiQtr.
OV OPÎJTHALMÎE GO-\OKRIIOÏQL'!> .
Nous aurons occasion plus tard d'exposer quelques idées sur la nature de la sypbilis; nous n'indiquerons ici, par anticipation , que nos doutes sur l'identité des affections blennorhagiques dites syphilitiques et des affections cbancreuses. jXous regardons les premières comme des catarrhes , modifiés seulement par l'action d'une cause spéciale. Quand même elles ne seraient point des affections de nature catarrhale , les ressemblances frappantes qui existent entre les caractères des catarrhes et les leurs seraient dignes d'intérêt et d'attention. Ces considérations s'appliquent particulièrement aux analogies existant entre l'ophthaliùïé bJennorrhagique syphilitique ou
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gonorrhoïque ( nous lui conserverons ce nom impropre , puisqu'il est généralement adopté) , et l'ophthalmie blennorrhagique ordinaire. C'est pourquoi nous traitons ici de l'ophthalmie gonorrhoïque ; ensuivant cette marche, nous éviterons des répétitions oiseuses.
Des discussions multipliées ont été soulevées touchant l'origine de l'ophthalmie gonorrhoïque. La question principale , agitée à cet égard , est celle de savoir si l'ophthalmie gonorrhoïque peut se former par une sorte de métastase. Voici en peu de mots ce que l'expérience nous a démontré à ce sujet.
1° L'ophthalmie gonorrhoïque , comme toute ophthalmie blennorrhagique , peut se développer à la suite du transport immédiat du mucus gonorrhoïque sur l'œil , quand les malades , par exemple , négligeant Tes soins de propreté , portent aux yeux les doigts chargés de mucus virulent , ou quand ils les lavent avec l'éponge dont ils se sont servis pour nettoyer les parties entachées de pus gonorrhoïque. Il n'est pas rare de voir ce transport du mucus urétral sur l'œil se faire par suite d'une absurde pratique assez répandue dans la basse classe , celle qui consiste à se laver les yeux avec de l'urine pour se débarrasser d'une légère ophthalmie le plus souvent catarrhale. Toutefois la question de savoir si un individu peut s'infecter lui-même, et ?i la matière sécrétée par la muqueuse urétrale n'est pas devenue trop homogène à l'économie pour pouvoir agir sur une autre muqueuse, n'est pas encore définitivement décidée.
2° L'ophthalmie catarrhale peut se développer accidentellement chez un individu affecté de gonorrhée, sans qu'on puisse découvrir quelque rapport entre l'une et l'autre affection; le malade ne croyant point avoir mis Fœil en contact avec le mucus urétral et l'écoulement n'ayant ni cessé, ni diminué , il se peut , à la vérité , que sur un individu affecté d'une blennor-
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rhagie urétrale l'irritation catarrhale de l'œil acquière une disposition à se transformer plus facilement en ophthalmie purulente.
3° Les cas dans lesquels l' ophthalmie gonorrhoïque , produite par l'effet de la métastase , se manifeste immédiatement après la suppression de l'écoulement urétral , sont extrêmement rares. Nous avons cependant observé des exemples qui ne laissent guère de doute sur ce mode de production de Toplithalmie gonorrhoïque. Dans ces cas, la marche de l'affection est le plus souvent sur-aiguë, et se termine rapidement par la rupture du globe oculaire , si elle n'est point promptement jugulée par un traitement des plus énergiques.
Les phénomènes qu'offre cette ophthalmie sont entièrement identiques à ceux de Fophthalmie biennorrhagique en général. Il paraît que dans la première un seul œil est le plus souvent affecté. Cette différence n'est cependant ni généralement vraie, ni essentielle , et ne saurait en conséquence constituer un caractère de diagnostic.
Cette ophthalmie présente les mêmes dangers que toute autre variété del'ophthahnie biennorrhagique. Pénétrés de l'idée de sa nature métastatique, quelques praticiens ont essayé d'en mitiger la gravité en lui opposant une sorte de révulsion spécifique. Les uns ont cherché à rétablir ou à exciter l'écoulement urétral en introduisant dans l'urètre une bougie chargée de substances irritantes , d'onguent de précipité rouge , par exemple, de tartre stibié, ou même de matière gonorrhoïque ; d'autres, croyant trouver une analogie presque identique dans les caractères des matières puriformes sécrétées par la muqueuse urétrale et par la conjonctive , ont cherché à inoculer dans l'urètre le produit de la sécrétion de cette dernière. Le succès de l'un et de l'autre de ces procédés pratiques est douteux par la raison indiquée plus haut.
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Le traitement de Fophthalmie gonorrhoïque diffère à peine de celui dont nous avons exposé les principes lorsque nous avons parlé de l'ophthalmie blennorrhagique en général. La seule différence consiste dans l'attention qu'il faut accorder en même temps à l'état de l'écoulement urétral ; il est essentiel que ce dernier se fasse librement. Si la violence de l'inflammation est la cause d'une diminution dans la sécrétion urétrale, il faudra employer les émissions sanguines, les cataplasmes émollients sur le périnée et sur les organes sexuels , les frictions mercurielles et les bains cbauds pour débarrasser l'engorgement du système capillaire , et pour rétablir le flux purulent. Si au contraire l'usage intempestif des répercussifs ou un refroidissement accidentel ont occasionné la suppression de Turétroi rbagie , on pourra quelquefois la rétablir par l'emploi d'une bougie enduite de la matière gonorrhoïque d'un autre malade, ou d'une substance irritante , tels que la teinture des cantbarides, l'onguent de précipité rouge, etc.
Vetcb et plusieurs autres auteurs, principalement en Angleterre , ont décrit une sclérotite semblable en tout à celle qui constitue Fopbtbalmie rbumatismale comme succédant à la blennorrhagie urétrale. Nous n'avons pas eu occasion d'observer des cas pareils; mais plusieurs praticiens distingués et dignes de foi , M. Trousseau , par exempte , nous ayant assuré avoir vu des rhumatismes articulaires, ou des affections accompagnées de tous les symptômes , de ceux-ci succéder à des gonorrhées , des inductions fort curieuses et importantes pour la pathologie pouvant d'ailleurs être tirées de ces faits , nous les recommandons à l'attention des médecins, de même que nous ne laisserons passer aucune occasion de les constater et d'en éclairer la nature.
OBSERVATIONS n'oPIÏTHÀLMIES C.ATARRIIALES. cJ /\Ç)
Première obskevation. Ophllialmie catarrhaîe avec granulations. — Guérison prompte. ( PL 1 , Gg. t. )
M. D. , âgé de trente ans, se présente à notre clinique le 20 janvier 1835.
L'œil .gauche a l'aspect suivant :
La paupière inférieure renversée présente la conjonctive partagée- en trois parties distinctes : l'antérieure est celle qui recouvre le cartilage tarse ; elle est couverte, du côté interne, de stries fines, d'un rouge-vermillon ; du côté externe, d'un velouté de feu , d'un rouge plus foncé tirant sur le carmin , dans lequel on distingue quelques élévations granulées , circonscrites , d'une teinte un peu plus clair, un peu diaphanes; derrière cette partie de la conjonctive palpébrale, il y en a deux autres qui forment des plis saillants sur lesquels le velouté et les granulations sont encore plus prononcées.
Le réseau irrégulier des vaisseaux fins commence dans ces trois parties formant la conjonctive palpébrale.
Dans la conjonctive scléroticale , cette injection devient plus régulière ; les vaisseaux dont les troncs regardent vers la conjonctive palpébrale sont d'un rouge pâle, jaunâtre, peu larges, tout droits, à peu près parallèles entre eux et légèrement bifurques ; ils se terminent à une ligne et demie ou deux lignes du bord de la cornée avec des extrémités fines et pointues , de manière à laisser un espace blanc circulaire en forme de bande, exempt d'injection vascuiaire , autour du miroir de l'œil. La conjonctive est un peu jaunâtre et dans un état de légère relaxation Une petite quantité de mucus est collée au grand angle en dessous de la caroncule lacrymale. La sclérotique est parfaitement saine.
Aucune trace de larmoiement ni de photophobie. Diagnostic. — Conjonctivite catarrhaîe chronique, avec épaississement et granulations fie ïa conjonctive.
2Ô0 OBSERVATIONS d'oPHTHALMIES CATARRHALES.
Le commémoratif vient confirmer ce diagnostic; le malade a depuis long-temps des coryzas fréquents et habituels ; il est enchifrené ; il tousse , est oppressé de la poitrine et crache souvent; l'auscultation fait entendre un peu de râle muqueux. L'ophthalmie existe depuis trois mois avec collement des yeux le matin , sensation de gravier entre les paupières , démangeaison , etc.
Traitement. — Il confirme également l'exactitude du diagnostic ; par l'emploi de quelques purgatifs salins et l'emploi d'un collyre astringent ( eau dist. * ij , sulfate de cuivre gr. ij, laudanum de Syd. gtt. xij), dont la force est peu à peu augmentée , l'affection s'améliore promptement , et la guérison complète a lieu en quatre semaines ; après , il survient une rechute , non dans la muqueuse de l'œil , mais dans la muqueuse bronchique.
Deuxième observation. Ophthalmie blennorrhoïque de l'œil droit. — Traitement énergique. — Guérison.
Madame G...., âgée de quarante ans, dévideuse en coton , d'une constitution pléthorique , vient depuis quatre semaines à la clinique pour faire traiter son enfant affectée d'ophthalmie catarrho-lymphatique. Le 22 février 1837, elle est subitement prise de violents maux de tête et de douleurs dans l'œil droit. Vingt-quatre heures après l'invasion de la maladie, nous constatons l'état suivant :
Rougeur et gonflement considérable des paupières de l'œil droit; rougeur et aspect grenu de la conjonctive paîpébrale; conjonctive scléroticale gonflée et formant un bourrelet saillant d'un rouge vif et d'un aspect lobule autour de la circonférence cornéale ; sécrétion muqueuse abondante : mucus puriforme se déposant en forme de stries à la surface de la conjonctive, et s'amassant dans le pli conjonctivo-palpébral.
OBSERVATIONS DOPIITHALMIES CATARRHALES. s5l
La malade se plaint de picotement dans l'œil ; point de photophobie. La narine du côté droit sécrète beaucoup de mucosités. La malade n'a jamais eu d'affection leucorrhoïque. Elle a eu ses règles quatre jours avant l'invasion de l'ophthalmie.
Prescription. — Saignée du bras de quatre palettes ; le soir du même jour, application de 15 sangsues au-devant de l'oreille droite. Frictions d'onguent napolitain sur le front , de deux en deux heures. Fomentations d'eau froide sur l'œil affecté. A l'intérieur , le calomélas à dose purgative.
L'amélioration est sensible le lendemain ; les douleurs sont moindres , le chémosis persiste. Un épanchement interlamellaire très circonscrit commence à se former à la partie interne de la cornée. La sécrétion muqueuse est encore copieuse.
Prescription. — Application de 18 sangsues au-devant de l'oreille droite. Les lotions froides de l'œil sont remplacées par l'usage -d'un collyre d'acétate de plomb (deux grains pour chaque once d'eau distillée ). On continue les frictions mercurielles.
Le 27 février, le chémosis a complètement disparu. Il n'en est resté qu'une injection catarrhale confluente de la conjonctive oculaire. La partie palpébrale de cette membrane offre un aspect villeux. Les prodromes de salivation nous commandent de cesser les frictions d'onguent napolitain. Le collyre d'acétate de plomb fait place à une solution de sulfate de zinc (gr. iij pour une once d'eau distillée). Le 2 mars , on applique un vésicatoire à la nuque.
La malade , qui était Convalescente , n'est plus revenue à la consultation.
Ce cas offre l'exemple d'une oplithalmie bîeiinorrhagique d'origine simplement catarrhale, et due probablement aux causes qui ont provoqué une affection presque identique chez la petite fille de la malade, L'ophthalmie a acquis rapidement
202 OBSERVATIONS D OPHTHA.LMIES CATARRHALES.
( en vingt-quatre heures ) un développement tel , qu'il a fallu déployer contre elle l'appareil antiphlogistique dans toute son étendue. Grâce à l'énergie de la médication , l'amélioration n'a pas été moins prompte que l'invasion de la maladie. La conjonctivite, malgré son intensité, n'a pas été accompagnée de photophobie , ce qui était du. à l'absence complète de sclérotite. Les frictions mercurielles ont été employées ici exceptionnellement à cause des douleurs qui nous firent craindre d'abord que l'ophthalmie ne fût compliquée d'un commencement d'inflammation dans l'une des membranes internes. Nous avons ici essayé exceptionnellement l'usage externe de l'eau froide qui a bien réussi.
Troisième et qcatkïème observai iow. Ophlhalmies catarrhales et blennorrhoïques attaquant des familles «ntières.
Nous avons parlé de conjonctivites catarrhales accompagnées de sécrétion muqueuse abondante et d'un état grenu de la conjonctive, qui attaquent successivement ou simultanément plusieurs membres de la même famille exposées aux mêmes causes nuisibles. Nous allons indiquer succinctement quelques cas de cette espèce , dont les symptômes n'ont rien présenté d'extraordinaire , mais qui sont dignes d'être rapportés comme pouvant donner une idée de la manière dont ces affections peuvent devenir endémiques dans certaines localités. Le 3 octobre 1836, vint se présenter à notre clinique Marie- Antoinette Gh...., couturière, avec ses deux enfants ,x âgés de onze et de trois ans, tous les trois affectés de blennorrhée modérée de la conjonctive. Cette famille habita un quartier malsain et très humide ; la mère et les enfants furent forcés de passer les nuits dans une chambre mal défendue contre la pluie. L'affection se déclara successivement sur le garçon aîné, la mère et la petite fille. Chez la mère, l'ophthalmie ca-
OBSERVATIONS DOPIITIIALMIE S CA T ARRHALES. 2 55
tarrliale était compliquée de sclérotite rhumatismale; cliez les enfants , d'habitude scrofuleuse , l'affection avait revêtu quelques caractères spéciaux à l'ophthalmie lymphatique, et se distingua surtout par l'injection catarrho-lymphatique de la conjonctive scléroticale.
Un cas analogue , consigné dans les registres de notre dispensaire, est celui de madame D.'... et de ses deux enfants, tous simultanément affectés de conjonctivite catarrhale, mais à un degré moindre que les précédents. L'affection data, chez l'un des enfants, de deux ans; chez la mère, de dix-huit mois; et chez l'autre enfant, de deux mois. Les instillations d'une solution de sulfate de zinc, jointes à l'usage de purgatifs, triomphèrent proinptement de cette affection , endémique pour ainsi dire dans la même famille. Ce traitement simple ne suffit point à combattre l'affection bien plus grave, quoique de même nature, dans le cas qui précède. La phlegmasie intense et compliquée réclama l'application de sangsues au-devant des oreilles pour les enfants , et une saignée du bras de quatre palettes pour la mère. Après avoir fait les émissions sanguines nécessaires , on passa à l'usage externe des collyres saturnins , et à l'usage interne de la teinture des semences de colchique , qui plus tard , pour les enfants , fit place à la solution d'hydrochlorate de baryte. Laguérison, dans les deux cas, fut complète et radicale. Nous croyons devoir attribuer, dans ce cas, l'extension de la phlegmasie sur plusieurs individus plutôt à l'action des mêmes causes catarrhales qu'à la contagion.
Cinquième observation. Granulations fongueuses de la conjonctiTe palpébrale. — Guérison par l'excision , suivie de cautérisation.
Une religieuse de l'hôpital Saint-Antoine nous amena, le 19 décembre, une demoiselle âgée de trente ans, et affectée de granulations de la conjonctive palpcbrale de l'œil gauche.
A la paupière supérieure , elles avaient dégénéré en une fongosité du volume d'une lentille de forme aplatie, et attachée à la conjonctive par une espèce de pédicule. Cette fongosité fut enlevée à l'aide de ciseaux courbes , et la plaie cautérisée avec le nitrate d'argent. La tumeur fongueuse , examinée après l'excision , était d'un rose pâle , diaphane , un peu lobulée , et paraissait être composée d'une trame cellulaire. La cautérisation fut répétée les jours suivants. Après dix jours de traitement , il s'était formé , à la place du fongus . une cicatrice étoilée. Le reste de la conjonctive n'était plus que légèrement velouté. On recommanda à la malade, au moment de son départ pour la province , de continuer elle-même la cautérisation de la conjonctive palpébrale à l'aide du sulfate de cuivre , et d'en seconder les effets par les instillations de laudanum de Sydenham entre les paupières.
Des granulations de la conjonctive un peu fortement développées sont souvent suivies de dégénérescence fongueuse sanguine. On s'expliquera facilement cette transformation si l'on se rappelle ce que nous avons dit sur la structure des végétations grenues de la muqueuse oculaire. Elles se composent d'une trame cellulo-vasculaire qui n'a qu'à se développer plus fortement pour devenir du tissu érectile.