‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 40 sur 70 · COMBINAISONS DE LOPHTHALMIE RHUMATISMALE · texte numérisé non relu

COMBINAISONS DE LOPHTHALMIE RHUMATISMALE

complétée par l'emploi d'agents thérapeutiques spéciaux", savoir, des antirhumatismaux.

Combinaisons de V ophthalmie rhumatismale. — Le catarrhe et le rhumatisme , et partant , les ophthalmies catarrhale et rhumatismale doivent leur origine aux mêmes causes, selon que celles-ci portent leur action sur les membranes muqueuses ou sur les membranes fibreuses. Si cette action est moins forte , elle affecte les premières ; elle attaque les dernières , quand elle est plus énergique ; d'autres circonstances connues et inconnues peuvent d'ailleurs concourir à lui imprimer une direction particulière. Souvent on voit, sous l'empire des mêmes causes , ces deux espèces d'états morbides se succéder ou alterner entre eux. Combien est grand le nombre des individus de tous les âges, à partir de la puberté, qui , sous l'influence des différents degrés du froid et de ses variations, contractent d'abord des coryzas et des toux catarrhales, puis des rhumatismes articulaires, d'abord légers et finalement violents et aigus ! Sur deux de nos élèves nous avons été à même , il y a un an , de démontrer à notre clinique toutes ces alternatives curieuses pour la pathologie. S'il y a une connexité et un antagonisme pathologique si évidents entre les muqueuses et entre les fibro-séreuses des régions les plus distantes les unes des autres , devons-nous être surpris que cette transition soit beaucoup plus manifeste et plus fréquente dans l'organe de la vision, dont la muqueuse et la fibro-séreuse sont en rapport de contiguité et presque de continuité ? Aussi voit-on très souvent une inflammation catarrhale de la conjonctive s'étendre à la sclérotique par suite de l'accroissement de l'intensité de ses causes, ou même sans cause connue ; nous disons alors que l'ophthalmie catarrhale a envahi la sclérotique , qu'elle s'est transformée en ophthalmie rhumatismale, ou qu'elle s'est compliquée de cette dernière. Nous appelons la double combinaison , qui en résulte , ophthalmie catarrho-rhumatismale.

COMBINAISONS DE l'oPRTHALMIE RHUMATISMALE. 28 1

Elle se développe de la manière suivante : les terminaisons fines des vaisseaux de la conjonctive s'étendent de plus en plus vers la cornée; quand la marche de l'affection est lente, on voit la sclérotique s'injecter de la manière que nous avons indiquée ( p. 25G ) ; les terminaisons fines des deux injections se réunissent et augmentent insensiblement jusqu'à leur plus haut degré. La fig. 2 de la pi. I \ et l'observation II en donnent un exemple bien remarquable. Si au contraire la marche de l'affection est aiguë, l'injection catarrhale, tout en devenant plus rapprochée et plus confluente , s'étend en même temps avec rapidité vers le bord de la cornée, et de là jusque dans la sclérotique en suivant une marche rétrograde. Souvent alors toute la conjonctive oculaire est couverte de vascularités abondantes et fort peu distantes , de telle sorte qu'il devient difficile de reconnaître celles de la sclérotique dont la phlegmasie ne se trahit que par ses symptômes fonctionnels. L'injection conjonctivale de l'ophthalmie rhumatique est susceptible aussi de s'étendre davantage , sous l'influence de circonstances semblables, sur la conjonctive, avec des phénomènes analogues à ceux de l'ophthalmie catarrhale. Cette espèce de combinaison peut être nommée ophthalmie rhumatismo-catarrhale.

Dans les deux formes, les astringents sont aussi peu tolérés que dans Fophthalmie rhumatismale simple. Le traitement de l'ophthalmie catarrhale est insuffisant et échoue presque constamment dès que l'affection est entièrement développée. Il convient d'attaquer d'abord l'ophthalmie rhumatismale par la médication qui lui est propre, et de n'y joindre le traitement de l'ophthalmie catarrhale que vers le déclin et lorsque l'injection scléroticale et la photophobie ont complètement disparu. Les deux combinaisons de l'ophtlialmie rhumatismale que nous venons de décrire peuvent donner lieu à une ophthalmo-

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blennorrhée qui nécessite le traitement réuni des ophthalmies blennorrh pique et rhumatismale.

Quant aux autres combinaisons de cette ophthalmie , nous en parlerons plus tard.

Dans les cas où les membranes fibro -séreuses du globe oculaire sont frappées d'inflammation par suite d'une cause traumatique , il est quelquefois difficile de distinguer cette ophthalmie, surtout lorsqu'elle a acquis une certaine intensité, de la phlegmasie rhumatismale des mêmes tissus. Nous rencontrons dans l'une et dans l'autre la même injection de la fibreuse oculaire, la même sensibilité de l'œil à la lumière. Il existe une circonstance très remarquable dans l'histoire de l'ophthalmie traumatique, c'est la promptitude et la constance avec lesquelles la sclérotique s'injecte dans les cas où la substance de la cornée a été frappée par la cause traumatique, et surtout quand un corps étranger est resté fixé dans les lames de cette membrane. Sa circonférence devient alors rapidement le siège d'une zone vasculaire , composée de vaisseaux d'un rose pâle , rectilignes, parallèles entre eux, et disposés en forme de rayons autour du bord de la cornée. Si le corps étranger a profondément pénétré dans la substance de cette membrane, ou quand il y a demeuré pendant un certain temps, les pointes des vaisseaux scléroticaux se prolongent peu à peu, et dépassent d'un quart de ligne ou d'une demi-ligne le bord du disque transparent de l'œil ; ces vascularités semblent avoir une tendance à se diriger vers le siège du corps étranger. Ce dernier s'entoure alors d'une opacité nébuleuse qui forme une espèce d'auréole. Il est difficile d'expliquer d'une manière satisfaisante pourquoi une sclérotite succède immédiatement à la lésion traumatique de la cornée. Est-ce parce que le frottement exercé par le corps étranger sur la conjonctive palpébrale provoque l'engorgement de ses vaisseaux , et que ces derniers irritent récipro-

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quement la surface lisse du globe oculaire? Nous n'osons émettre cette opinion que sous une forme de supposition.

Si la sclérotite traumatique offre une ressemblance complète avec la sclérotite rhumatismale en ce qui concerne ses caractères anatomiques et physiologiques , elle en diffère beaucoup par rapport à sa marche et au traitement qu'elle exige. Une fois que les causes qui ont provoqué la première de ces phlegmasies ont cessé d'agir, elle cède promptement à tm traitement rationnel, et est loin, à moins d'une complication particulière, de présenter le caractère rebelle qu'on observe quelquefois dans l'ophthalmie rhumatismale. Autant celle-ci est antipathique au froid, et n'admet pas les applications humides et réfrigérantes sur l'organe phlogosé, autant ces moyens trouvent-ils leur emploi avec avantage dans la sclérotite traumatique.

Première observation. Ophthalmie catarrh.o-rhumatismale double avec tendance à l'oplithalmo-blennorrhée.

t M. T., tisserand, âgé de vingt ans, nous consulta le 11 janvier 1833 pour une ophthalmie assez intense dont il fut presque guéri par les antiphlogistiques. Quelque temps après, l'affection reprit de la gravité. Le 5 février, l'oplithalmie présenta un caractère compliqué. Les vaisseaux injectés de la conjonctive du globe de l'œil étaient évidemment partagés en deux groupes différents. Le premier était composé de vaisseaux rouges presque écarlates qui commençaient avec un bout très délié dans la conjonctive de la sclérotique à la distance de quelques lignes du bord de la cornée; ils grossissaient vers la paupière, pour diminuer ensuite de volume et se perdre sur la conjonctive palpébrale en des stries fines, parallèles entre elles et perpendiculaires sur le diamètre transversal du cartilage tarse. Ce

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groupe de vaisseaux appartenant à la conjonctive formait Tin* jection que nous appelons catarrliale.

Un autre groupe de vaisseaux injectés, plus fins, plus serrés, plus droits, d'une couleur de carmin pâle, était distribué autour de la cornée, au bord de laquelle ils s'arrêtèrent ; leurs bouts plus déliés cessaient à une ligne et demie à peu près du bord de la cornée, sans communiquer avec le commencement des vaisseaux conjonctivaux. Ce second groupe appartenait à la sclérotique, et constituait le commencement de l'injection que nous nommons rhumatismale. Il y avait en même temps larmoiement, photophobie, sécrétion de mucus peu abondante encore, mais plus considérable que dans les conjonctivites catarrhales ordinaires; la douleur dans l'œil était peu forte. Mais le symptôme le plus important , c'étaient des végétations à demi stphériques de la conjonctive palpébrale d'un rouge écarlate foncé, tirant sur le pourpre, nombreuses, serrées, élevées et fermes.

Nous dirigeâmes l'attention des personnes présentes à notre clinique sur ces trois séries de phénomènes, qui indiquaient une ophthalmie catarrho -rhumatismale avec tendance à la blenuorrhée oculaire. L'examen ultérieur vint constater le diagnostic; le malade, presque rétabli, était allé dans la cour, au milieu de la nuit du 2 au 3 février ;« il avait de suite éprouvé de légers frissons, de la toux, une légère douleur dans les muscles du thorax, etc.

Quoique la douleur, le larmoiement et la photophobie gênassent et inquiétassent le plus le malade , ce fut pourtant l'imminence de l'ophtlialmo-blennorrhée qui demanda le plus d'attention. La complication rhumatismale , dans ce cas , nous força de nous borner , pour le premier jour, à l'application de six sangsues à chaque tempe , et d'ajourner l'usage des collyres astringents; un purgatif fut ordonné pour le lendemain, avec la disposition qu'un collyre astringent antiphlogistique (fait

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avec deux grains de sous-acélate de plomb par chaque once d'eau distillée) serait employé immédiatement après que le purgatif aurait opéré.

9 jévrier. Ce traitement a modifié l'état des yeux d'une manière notable. Dans l'œil gauche , l'injection rhumatismale a entièrement disparu ; la conjonctive scléroticale, qui entoure la cornée , a repris sa blancheur normale jusqu'à une distance de plusieurs lignes de la cornée ; dans l'œil droit , il y a encore quelques traces de l'injection rhumatismale autour de la cornée. La photophobie , la douleur, le larmoiement , ont cessé ; il ne reste plus qu'un léger picotement. Mais ce qui est plus essentiel encore , c'est que , sous l'empire de cette médication , les granulations des conjonctives palpébrales ont perdu leur caractère menaçant ; de discrètes, saillantes, rouge-foncé, fermes, elles sont devenues molles , rouge-pâle, confluentes et aplaties de manière à être presque étendues en nappe sur la surface interne des conjonctives palpébrales.

Le même collyre fut continué avec une double dose de sousacétate de plomb. Des granulations rouge-pâle , confluentes et peu élevées étaient restées ; pour les combattre , des astringents peu forts étaient indiqués ; mais la crainte de faire renaître l'ophthalmie rhumatismale nous obligea à user de précaution dans l'emploi des astringents , particulièrement parce que le malade avait les yeux très sensibles. Peu à peu la dose du sous-acétate de plomb liquide fut portée à six grains par chaque once d'eau , puis le sulfate de cuivre substitué à l'acétate de plomb , avec addition de six gouttes de laudanum de Sydenham. Ce collyre fut bien supporté, sans provoquer la moindre rougeur permanente des yeux. Sous l'emploi de ce topique , dont la force fut peu à peu augmentée , les granulations s'affaissaient de plus en plus. Les granulations finirent par disparaître entièrement. Nous avons encore revu le malade plusieurs fois; l'affection ne s'est pas reproduite.

Deuxième obsbrvatioïî. Ophthalmie catarrho - rhumatismale. ( Planche I, fig. 2. )

Sur l'œil d'une personne de quinze ans la conjonctive palpé- Lrale est légèrement injectée ; la conjonctive scléroticale présente la même injection que dans l'œil de la figure 1 ; mais au lieu de se terminer brusquement par une extrémité déliée et pointue , à une certaine distance de la cornée , les vaisseaux , parvenus à une ligne et demie ou deux lignes du bord de cette membrane, se continuent dans la sclérotique en devenant d'une ténuité extrême , et en cessant de se bifurquer aucunement ; ils sont tous droits , parallèles entre eux , très resserrés et d'un rouge carmin ; ils s'avancent jusqu'au bord du miroir de l'œil. Sécrétion muqueuse peu abondante, léger commencement de pliotophobie.

Diagnostic. — Ophthalmie catarrho - rhumatismale commençante, ou conjonctivite catàrr haie avec commencement de sclérotite rhumatismale.

CommémGratif . — Coryza depuis quelque temps. La malade s'est exposée à un courant d'air, après avoir déjà eu l'œil ronge depuis plusieurs jours ; commencement de douleur lancinante.

Traitement. — Purgatif salin ; frictions d'onguent napolitain sur le front et la tempe pendant quelques jours ; puis collyre de borax, scrup. 1/2, eau distillée de laurier-cerise §j, mucilage de semence de coing 5j. Prompt rétablissement.

Troisième observatîoh. Ophthalmie catarrhale avec tendance blennorrhoïque. — Iritis et cristalloïdite rhumatismales. — Guérison.

M. Jean L , vannier, âgé de trente-un ans, d'une habitude

cachectique, a perdu l'œil droit à la suite de la petite -vérole , dont il porte les marques à la figure. Cet œil est atrophié. Il

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ne se souvient pas d'avoir eu d'autres maladies , sauf des douleurs rhumatismales et erratiques dans les membres, auxquelles il a été constamment sujet. L'invasion de l'affection de l'œil gauche, pour laquelle il se présenta le 17 janvier 1837 à nos consultations , date de cinq jours. Il en attribue la cause à un refroidissement , contracté dans l'une des caves où il est obligé de travailler.

La conjonctive palpébrale de cet œil est considérablement boursoufflée; la conjonctive oculaire présente une injection tellement confluente qu'il est impossible de constater l'état de la sclérotique sous-jacente; la sécrétion muqueuse de l'œil est abondante; le mucus s'amasse danslepliconjonctivo-palpébral sous forme de stries d'un blanc-jaunâtre. Il y a photophobie , mais elle est peu intense. L'iris offre une légère décoloration ; sa teinte est d'un vert sale ; on distingue aisément sa texture rayonnée. La pupille est resserrée et immobile , la crystalloide antérieure couverte d'un grand nombre de petits points grisâtres , et la marge pupillaire bordée de filaments de matière plastique demi-diaphane. Le malade voit les objets comme au travers d'un brouillard ; la tête et l'œil sont sans douleur ; le malade ne se plaint que de trouble de la vision et de démangeaison aux paupières.

On ordonne une saignée du bras gauche de quatre palettes; le lendemain une application de quinze sangsues au-devant de l'oreille du côté affecté ; on prescrit les frictions sur le front avec l'onguent napolitain , qui doivent être faites de deux en deux heures, et à l'intérieur trois doses par jour de calomélas (1/2 grain) et d'opium ( 1/4 grain).

Le 20 janvier, le changement dans les phénomènes locaux n'est guère notable. La pupille a cependant repris un peu de sa mobilité ; le malade se plaint d'élancements dans l'œil , qui dans la nuit troublent son repos.

2 88 OBSERVATIONS d'oPHTHALMIE RHUMATISMALE.

Les frictions sur le front et le calomélas à l'intérieur sont continués. On fait appliquer un vésicatoire à la nuque.

Les douleurs ont complètement cessé le 27 janvier; l'injection de la conjonctive a considérablement pâli ; la sécrétion muqueuse a diminué. On reconnaît maintenant à la pupille une forme horizontalement ovalaire; le nombre des petits points plastiques de la capsule antérieure paraît être moindre.

On laisse le vésicatoire à demeure. Depuis cette époque nous n'avons plus revu le malade. L'amélioration progressive dans son état , dont nous avons été témoin , nous fait espérer que sa guérison s'est accomplie.

La profession du sujet , qui le forçait à s'exposer souvent à des refroidissements, jointe à sa disposition ancienne aux affections rhumatismales , furent des circonstances suffisantes pour expliquer l'origine et le caractère de son affection oculaire.

Il paraît que dans le principe la conjonctive seule avait été le siège d'une irritation catarrhale ; au moment où le malade vint nous consulter , nous découvrîmes dans cette membrane les traces d'une inflammation avec tendance évidente à l'état blennorrhoïque. Bien que l'injection confluente de la conjonctive scléroticale nous ait empêché de bien reconnaître l'injection delà sclérotique, la photophobie qui existait chez ce malade ne nous laisse guère douter que l'action phlegmasique ne se soit étendue sur la sclérotique avant de se transmettre à l'iris et à la cristalloïde. Ce cas fournit de nouveau un exemple frappant de l'affinité ou de la presque identité qui existe entre l'inflammation catarrhale et l'inflammation rhumatismale ; affections dont l'une et l'autre proviennent de la même cause , savoir de l'abaissement subit de la température ou de quelque autre changement brusque dans l'état de l'atmosphère ; affections qui ne diffèrent , strictement parlant , que par la diversité du tissu frappé par le même agent morbi-

OBSERVATIONS b'oMITHÀLMIE RHUMATISMALE. 289

nque. Chez cet individu dont le système séro-fibreux , à cause d'affections rhumatismales antérieures , se trouvait déjà dans une prédisposition morbide, l'irritation de l'œil , catarrhale d'abord , ne tarda pas à se propager aux tissus fibreux et séreux de l'organe; à la conjonctivite se joignît bientôt une affection que nous appelons rhumatismale , par la double raison que le refroidissement en a été la cause déterminante , et que des tissus, qui sont en général le siège du rhumatisme ont été principalement affectés. L'iritis , dans ce cas , s'est borné à la surface séreuse de l'iris. Sa texture rayonnée n'a pas éprouvé d'altération notable; la forme ovalaire de la pupille a été caractéristique ; la teinte de l'iris a pris une nuance sale , sans être essentiellement changée. L'inflammation n'a pas été accompagnée de ces douleurs sous-orbitaii es , constantes dans l'iritis parenchymateux. Le tissu séreux de la cristalloïde a pi omptement participé de l'irritation rhumatismale. Sans qu'il se soit développé des vascularités dajis cette membrane , sa phlegmasie s'est révélée par l'exsudation d'une infinité de petits points blanchâtres disséminés à sa surface.

Quatrième observation. Iritis rhumatismal de l'œil droit. — Guérison.

M. Théodore B , commis dans un magasin de lingeries,

âgé de vingt-sept ans, d'une constitution nerveuse, teint pâle, iris brun , n'a jamais eu de maladies vénériennes. Obligé de travailler dans des magasins exposés à des courants d'air, li attribue l'origine de son affection à un refroidissement.

Il vient nous consulter le 12 janvier, quatrième jour de sa maladie. Nous constatons alors les symptômes suivants :

L'œil droit est seul affecté; on y voit un lacis vasculaire presque confluent de la conjonctive scléroticale, et composé de vaisseaux d'un rose pâle. Les vaisseaux sont rectilignes ,

^go observations d'ophtttalmie RHUMATISMALE.

parallèles entre eux et disposés en forme de rayons autour de la cornée ; ils sont de l'ordre de ceux qu'on observe dans les cas où l'oplithalmie catarrhale menace de se compliquer de sclérotite rhumatismale ou lorsque cette dernière commence à envahir la conjonctive; en un mot, ces vaisseaux sont ceux qui constituent l'injection rhumatismale de la conjonctive. L'iris brun est devenu mat; sa teinte est grisâtre ; il a conservé sa texture rayonnée. La pupille très peu mobile a perdu sa couleur normale ; elle est grisâtre et comme remplie de fumée ; la partie inférieure de son bord se trouve collée à la capsule antérieure par une seule adhérence fine et filiforme. Le malade dit qu'il voit comme à travers un brouillard. L'œil n'est pas très sensible à la lumière. Le malade n'accuse aucune douleur à la tête.

L'ensemble des symptômes qui précèdent caractérisent fort bien le commencement de l'iritis rhumatismal. D'une part, nous trouvons absence complète d'une maladie constitutionnelle qui eût pu donner naissance à laphlegmasie de l'iris ; et d'autre part , le malade s'est exposé à des causes externes , aptes à provoquer cette inflammation. Il se peut que, dans ce cas, le refroidissement ait agi en premier lieu sur les membranes externes de l'œil et que l'iris ne se soit affecté que secondairement. L'iritis, tel qu'il s'est présenté le premier jour où nous vîmes le malade, ne s'étendait pas encore au-delà du feuillet séreux qui tapisse la surface antérieure de l'iris. Cette circonstance mérite d'être notée , d'autant plus que nous savons que les affections rhumatismales ont une tendance particulière à se fixer dans les tissus fibreux et séreux. Aussi l'inflammation offre-t-elle à cette époque de la maladie tous les caractères de l'iritis séreux. L'altération de la couleur de l'iris est fort peu prononcée ; sa teinte brune paraît s'être couverte d'un nuage grisâtre ; on y reconnaît facilement la texture rayonnée ; quoiqu'il se soit déjà formé une très mince adhérence sur la marge

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de la pupille, cette ouverture conserve encore un peu de mobilité. L'iris seul est affecté ; cela explique l'absence presque complète de là pliotophobie et des photopsies.

Nous ordonnons une saignée du bras de quatre palettes , et le lendemain de la saignée une application de quinze sangsues au devant de l'oreille droite. Aux émissions sanguines nous joignons l'usage interne de l'eau de Sedlitz et les frictions sur le front et les tempes avec l'onguent napolitain, frictions qui doivent être pratiquées de deux en deux heures.

Le malade ne remplit que fort incomplètement cette pres-r cription. Il se contente d'appliquer les sangsues, de prendre le purgatif et de faire les frictions ; la saignée n'est pas pratiquée. Nous le revoyons le 14 janvier, sixième jour de la maladie. L'inflammation a fait des progrès. L'injection conjonctivale se cotr pose de vaisseaux d'assez gros calibre ; au-dessous de la conjonctive on remarque un cercle d'une teinte rose et violacée qui entoure la cornée dans la largeur d'une ligne et demie. La texture rayonnée de l'iris commence à s'effacer dans le grand cercle ; la pupille est devenue plus mate encore ; elle présente une forme verticalement ovalaire, plus arrondie à son extrémité supérieure qu'à l'extrémité inférieure. L'exsudation plastique de l'angle inférieur de la pupille a augmenté. Peu de photophobie ; point de maux de tête. Mais pendant la nuit du 13 au 14 janvier le malade a éprouvé à la surface de l'œil des élancements qui cependant ne se sont pas propagés dans la région sus-orbitaire.

Les progrès rapides de l'affection n'ont pas manqué de mettre en évidence la nécessité d'un traitement très énergique, même dans le commencement de l'iritis. Malgré une saignée locale assez abondante et l'usage des frictions mercurielles, l'inflammation de la séreuse s'est étendue au parenchyme de l'iris; elle affecte la texture même de cette membrane, la pupille de-

292 OBSERVATIONS DOPHTHALMIÈ RHUMATISMALE»

vient immobile et prend une forme caractéristique et permanente pendant la durée de l'inflammation parenchymateuse ; 1* exsudation plastique augmente; des doujeurs nocturnes commencent à se faire sentir.

Nous appelons l'attention sur un phénomène fort curieux , dont nous parlerons plus tard. C'est cette espèce de zone précornéo-sclérotidienne d'une teinte rose, pourpre ou violacée, zone, qui sans être composée de vaisseaux distincts, présente plutôt une teinte uniforme. Cette zone , que nous appelons cercle dyscrasique , peut exister sans être accompagnée de photophobie , caractère constant de la sclérotite. Chez le malade qui fait le sujet de cette observation , nous avons observé le phénomène dont il vient d'être fait mention.

Yu la marche progressive de la phlegmasie, nous prescrivons de nouveau une saignée du bras de quatre palettes , quinze sangsues qui doivent être appliquées au-devant de l'oreille droite , et la continuation des frictions d'o nguent napolitain sur les régions sus-orbitaire et temporale, auxquelles nous substituons vers le soir des frictions sur les mêmes parties, d'heure en heure, avec deux grains de calomélas et deux grains d'opium brut ; à l'intérieur nous ordonnons , de trois en trois heures , une poudre composée d'un quart de grain de calomélas et d'un huitième de grain d'opium.

Le malade est encore cette fois indocile à nos prescriptions ► Au lieu de faire les frictions avec l'opium et le calomélas , il écoute les conseils d'une commère , et fomente son œil avec l'eau de guimauve. Dans la nuit du 17 au 18 janvier, les douleurs s' irradiant dans la région sus-orbitaire , deviennent insupportables; le 18 janvier la vision de l'œil droit est nulle, la conjonctive est chémosée, la pupille ovalaire et verticale; la capsule antérieure commence à s'affecter visiblement ; il existe de la fièvre.

OBSERVATIONS DOPHTHALMIE RHUMATISMALE. 20,3

Prescription. — Appliquer vingt sangsues derrière l'oreille droite; frictions sur le front avec le calomélas et l'opium; à l'intérieur, le calomélas avec l'opium.

Les douleurs avaient complètement cessé le 21 janvier; la pupille était redevenue ronde et mobile ; l'injection conjoncùvale avait diminué ; le malade commence à distinguer de cet ceil les caractères d'impression; il se plaint des prodromes de salivation.

Nous cessons l'usage des mercuriaux, et nous faisons appliquer un vésicatoire de Janin à la nuque.

La guérison était complète le 26 janvier; l'iris avait repris sa teinte et sa texture normales. Quelques points de pigmentum restent déposés sur la partie supérieure de la capsule.

Le 29 janvier, le malade, voulant reprendre ses occupations habituelles dans le magasin , éprouva une rechute qui nécessita de nouveau l'emploi des émissions sanguines et des frictions mercurielles. Les symptômes phlegmasiques de l'œil cédèrent promptement à ces moyens. Il se développa une phlébite violente à la suite d'une saignée du bras pratiquée par la main d'un chirurgien peu exercé ; elle fut heureusement combattue au moyen des cataplasmes émollients et des frictions d'onguent napolitain , faites sur le bras à hautes doses.

Le 6 février, la faculté visuelle de l'œil droit est complètement rétablie ; cet œil ne présente plus aucune différence d'avec celui du côté opposé.

Le succès a donc complètement justifié, dans ce cas, le traitement que nous jugeâmes nécessaire dès le début de l'affection. L'indocilité du malade nous fit voir que les diverses mesures thérapeutiques que nous avions ordonnées , tant qu'elles ne furent que partiellement mises en usage, ne suffirent pas pour enrayer la marche de l'iritis ; la phlegmasie a , au contraire, promptement cédé à ces moyens , dès qu'ils furent employés dans l'ordre que nous avions indiqué au malade de prime abord.

2^4 OPHTHALMIE ERYSIPLLATEUSE.

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