‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 41 sur 70 · CHAPITRE V. DE l'oPHTHALMIE ÉRYSIPÉLATEUSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. DE l'oPHTHALMIE ÉRYSIPÉLATEUSE

L'érysipèle des paupières et l'érysipèle de la face peuvent s'étendre à la conjonctive et y produire une forme particulière de plilegmasie, qui quelquefois semble même pouvoir exister sans que les paupières ou la face soient le siège d'un érysipèle. Yoici les symptômes de cette maladie qu'on peut regarder comme un érysipèle bulleux de la conjonctive.

Cette membrane se gonfle légèrement et prend une teinte d'un rouge pâle, jaunâtre, assez uniforme, dans laquelle on ne remarque que rarement des stries formées par des vaisseaux distincts. Toute la membrane malade contracte une certaine laxité, se déplace et se plisse dans une plus grande étendue pendant les mouvements du globe oculaire et semble légèrement infiltrée. Le phénomène le plus frappant et tout-à-fait caractéristique, c'est la formation d'un nombre plus ou moins considérable de vésicules lisses, tendues, le plus souvent ovalaires, de grandeur variable, depuis le volume d'un grain de millet jusqu'à celui d'un grain de chènevis et même d'un petit pois. Ces vésicules contiennent un liquide aqueux, semi-diaphane et d'une couleur jaune-clair, liquide, qui s'écoule facilement quand on incisela pellicule dans laquelle il est renfermé. Ces espèces de bulles font saillie entre les paupières, en gênent les mouvements, et produisent une sensation désagréable de picotement et de froissement. Le malade se plaint également d'une certaine tension. Je ne me rappelle pas avoir observé du larmoiement ni de la photophobie dans cette ophthalmie que d'ailleurs je n'ai rencontrée que trois fois dans toute ma pratique et que par conséquent je dois regarder comme extrêmement rare. Les auteurs me semblent en partie l'avoir confondue avec l' ophthalmie catarrhale accompagnée de chémosis partiel O p. 202).

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Comme les vrais érysipèles en général , cette conjonctivite particulière est précédée de fièvre et de symptômes de dérangement dans les fonctions du tube intestinal, et principalement dans celles du foie : langue chargée d'un enduit jaunâtre ou brunâtre , goût amer, anorexie , dyspepsie , etc. Ces symptômes ainsi que les mouvements fébriles cessent d'ordinaire avec l'éruption de l'érysipèle.

La marche de l'ophthalmie érysipélateuse est celle des éry sipèles en général. Cette phlegmasie cède souvent avec rapidité même à la méthode expectante. La tumeur chémosée de la conjonctive s'affaisse ; le contenu des vésicules se résorbe, ou bien ces dernières, en se rompant, laissent écouler leur liquide, sans qu'il se forme des ulcères , à moins d'une complication particulière. Nous n'avons jamais observé dans la conjonctive rien d'analogue à la desquamation, terminaison ordinaire de l'érysipèle du derme. Nous n'avons jamais non plus vu l'ophthalmie ér ysipélateuse s'étendre aux tissus profonds de l'œil; cependant cette transmission de la phlogose serait possible. L'ophthalmie érysipélateuse ne laisse presque jamais de suites. Dans des eau rares, il reste un œdème de la conjonctive qui ne se dissipe que fort lentement.

Les causes de Tophtlialmie érysipélateuse sont tout- à- fait identiques avec celles de l'érysipèle en général. Les personnes d'une habitude cachectique , d'un tempérament bilieux , ou celles qui sont affectées de certaines maladies du foie et des viscères abdominaux semblent y être principalement prédisposées. Le refroidissement est, parmi les causes occasionnelles, celle qui donne le plus souvent naissance à l'ophthalmie érysipélateuse. C'est pour cette raison que les personnes douées d'une peau vulnérable , transparente et d'un teint clair y sont le plus sujettes. Cependant il paraît que le refroidissement ne suffit pas seul pour donner heu aux affections érysipélateuses, puisque nous les voyons régner presque épidt iniquement

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dans certaines saisons et dans certaines années, et que d'autres fois on n'en rencontre pas pendant long-temps. Tout ce qui détermine un certain état d'orgasme dans le système de la veine porte , comme des émotions tristes ou vives , le chagrin , la frayeur, la colère, et enfin tout ce qui dérange les fonctions des intestins, une indigestion, un état saburral peuvent favoriser le développement d'une ophthalmie érysipélateuse.

Traitement. — Cette phlegmasie, comme nous l'avons dit, est quelquefois tellement légère qu'elle parcourt ses phases sans qu'onait besoin de lui opposer une médication active. Le traitement qu'on emploie dans des cas d'une plus grande intensité ne diffère pas de celui qu'on met en action contre Férysipèle d'autres parties. Vu l'état d'embarras gastrique, qui accompagne ordinairement l'ophthalmie érysipélateuse, on fera bien de débuter par l'administration d'un vomitif ou d'un purgatif, selon l'indication spéciale fournie par les symptômes généraux. On les fera suivre de l'usage de boissons légèrement sudorifiques, telles qu'une infusion chaude de fleurs de sureau avec addition d'acétate d'ammoniaque, ou de petites doses de camphre, etc. On peut revenir plusieurs fois aux évacuants tant que l'état saburral persiste.

Le traitement topique de r ophthalmie érysipélateuse est fort simple. On doit s'abstenir de l'application des onguents et des collyres. Il suffit, dans la majorité des cas, de couvrir d'une compresse sèche et tiède l'œil affecté. Plus tard, quand Férysipèle a passé la période d'acuité, et qu'il laisse un gonflement œdémateux de la conjonctive oculaire , on remplacera avec avantage les compresses simples par l'emploi de la chaleur aromatique à l'aide de l'application de sachets secs , remplis d'herbes aromatiques et légèrement frottés avec du camphre. Les malades doivent se tenir chaudement.

En résumé, nous dirons que nous considérons l'ophthalmie érysipélateuse comme une conjonctivite , due à des causes oc-

casionnelles analogues à celles qui produisent les ophthalmies catarrhale et rhumatismale , mais compliquée d'un dérangement dans les fonctions de la muqueuse intestinale et du foie , et de changements dans leur sécrétion , qui se traduisent par des symptômes généraux faciles à constater. L'ophthalmie érysipélateuse , se rapprochant dans tous ses caractères de l'érysipèle du derme , est toujours (du moins d'après notre expérience) de nature bénigne; son traitement doit être dirigé d'après les principes généralement connus pour le traitement des érysipèles.

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