GENRE IV. AMAUROSE TRIFACIALE
§ 63. — Depuis qu'un physiologiste célèbre, et dont le nom fait autorité, M. Magendie , a découvert, par d'intéressantes expériences sur des animaux vivants , que la section du nerf trifacial donne lieu , entre autres phénomènes , à la dilatation de la pupille et à la cécité, on a assigné à ce nerf un rôle important dans la fonction visuelle, et on a admis une amaurose particulière résultant de ses lésions. Avant M* Magendie , déjà Platner, Béer et M. Ribes (d'autres ont parlé d'amauroses causées par des affections des nerfs alvéolaires guéries par l'extraction de dents cariées), avaient ramené certaines amauroses à des lésions du nerf frontal.
Nous avons recherché , dans notre nombreuse pratique ainsi que dans les ouvrages , des exemples d'amauroses pouvant être ramenées à ces lésions. Nous avons vu de nombreux cas d'affections névralgiques ou paralytiques du nerf tri-facial ou de ses branches , accompagnées de symptômes d'une vision plus ou moins affaiblie, et de la dilatation de la pupille; mais, dans tous ces cas , la vision reprenait sa netteté normale , dès que le malade regardait les objets à travers une petite ouverture pratiquée dans un papier noir , ou à travers des lunettes parfaitement opaques , à l'exception d'une petite ouverture transparente existant à leur centre. Nous devons par conséquent regarder ces affections comme des mydriasis , c'est-à-dire comme des dilatations de la pupille dépendantes d'une lésion des nerfs cil ia ires.
On s'explique facilement la grande influence que doit avoir, sur les fonctions des nerfs ciliaires, et sur la mobilité de la pupille, le nerf trijumeau, qui fournit, par son rameau nasal, la racine longue du ganglion ophthalmique , lequel donne naissance à presque tous les nerfs ciliaires. Dans les expériences de M. Magendie, on n'a pas essayé si l'application d'un appareil qui eut remédié à la trop grande dilatation de la pupille n'aurait pas rétabli plus ou moins complètement la netteté primitive de la vision ; avant d'adopter une opinion définitive sur la question importante de savoir quelle est la part du nerf trifacial dans l'acte de la vision , nous croyons devoir attendre que ces essais soient répétés et modifiés dans ce sens.
Quant aux cas cités d'amaurose tri-faciale , nous n'en connaissons aucun où les lésions concomitantes du cerveau et des origines du nerf optique, n'aient pas rendu un compte suffisant de l'abolition de la vision. Les cécités produites par des lésions de la région frontale et sus-orbitaire ont toujours été , jusqu'à présent , soit des mydriasis , soit des amauroses cérébrales évidentes , produites par des contusions et leurs suites , telles que des commotions du cerveau, des encéphalites, etc. , etc.
Nous devons dire au sujet du trouble visuel , produit par des lésions des nerfs sous-orbhaires ou alvéolaires , que nous n'avons pas encore eu occasion de le constater jusqu'ici; nous pensons que ces cas aussi rentrent probablement dans la catégorie des mydriasis. Nous nous proposons de réunir en un mémoire nos réflexions et observations sur les faits de cette nature , dès que la terminaison de cet ouvrage nous aura accordé quelques moments de loisir.
La suppression de la sécrétion de la pituitaire joue-t-elle un aussi grand rôle dans la production de l'amaurose que Béer , Demours et d'autres l'indiquent? Il est vrai que dans un grand nombre d'amauroses commençantes , les malades accusent une sécheresse particulière , ou une plénitude dans la narine cor-
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respondante , et que souvent on les soulage en provoquant la sécrétion de la pituitaire. Ce phénomène peut s'expliquer par la sympathie des nerfs naso-ciliaires avec d'autres nerfs de l'appareil visuel, et cette amaurose , que nous n'avons guère eu occasion d'observer , serait une variété de l'amaurose trifaciale.