‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 53 sur 70 · MAU80SE. ?U · texte numérisé non relu

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ou ses enveloppes n'ont pas cessé dans ces circonstances d'être le siège d'une inflammation chronique; quelquefois, par exemple , entretenue par une esquille détachée de la table interne du crâne , cette inflammation se termine par l'induration , le ramollissement du cerveau, par des épaiiehements plastiques , par la formation de néoplasmes (tumeurs accidentelles) , etc.

Le traitement antiphlogistiquc, employé de bonne heure et au début de ces phénomènes alarmants , peut seul arrêter les progrès de l'inflammation chronique, des dégénérescences consécutives et de l'amaurose qu'elles produisent.

Sous-bspkce IV. — Amaurosc symplomaliquc du clvlhiunx tremens.

§74. — Il existe une espèce particulière d'irritation encéphalique décrite pour la première lois par Sutton, sous le nom de delhium tremens , et appelée encore par quelques auteurs folie des ivrognes. Cette affection , constamment déterminée par l'abus des liqueurs alcooliques, est souvent accompagnée d'une amblyopie amaurotique , ou d'une amaurose irritative dont la nature particulière est très facile à reconnaître quand l'affection principale a atteint son apogée. Il n'en est pas de même quand elle ne fait que commencer, et quand l'amblyopie se trouve , comme c'est le plus souvent le cas , parmi ses symptômes peu développés ou ses signes précurseurs ; quand cette espèce d'amblyopie est franchement irritative et existe sur des individus robustes et sanguins , elle est encore assez facile à reconnaître, même à son début, par ses signes ordinaires; mais il y a des cas où, sur des sujets d'une santé peu florissante , ou même d'une constitution débile et cachectique, cette maladie se montre avec des signes qui font d'abord hésiter le praticien , même le plus exercé;

Ainsi , les malades se plaignent d'abord d'un trouble de la vision accompagné de peu de symptômes ;irritatifs ou même exempts de tout signe d'irritation cérébro -oculaire ; les contours des objets leur paraissent mal dessinés, et les objets même leur semblent nager ou trembloter ; leur vue baisse et devient plus courte. Quelquefois ils voient des taches vermiculaires, tantôt légèrement brillantes, tantôt grisâtres et plus ou moins sombres. Enfin, les symptômes sont de nature, tantôt à laisser du doute sur la nature torpide ou irritative de la maladie , tantôt à la faire paraître irritative malgré la constitution débile de l'individu, tantôt enfin à faire croire à l'existence d'une amblyopie torpide, malgré la vigueur apparente du malade. Si , dans ces cas > on examine le genre de vie, on finit par découvrir l'abus des spiritueux j ou , si le malade n'en convient pas , on lui demande si le matin il se sent mai à son aise , faible , tremblotant , tant qu'il n'a pas pris quelques gouttes d'une boisson spiritueuse quelconque; s'il éprouve des vomituritions ou des nausées tant qu'il est à jeun ; s'il a des sueurs nocturnes, des rêves, qui se rapportent à l'exercice de son état ou de son métier, etc. , ou d'autres symptômes de delirium commençant. S'il répond par l'affirmative, le mot de l'énigme est trouvé, et l'on peut hardiment faire le traitement du delirium tremens. L'abstinence complète ou presque complète des boissons alcooliques, l'usage habituel d'une limonade sulfurique, un régime végétal, des bains de pieds irritants, des lotions , des fomentations et des ablutions froides de la tête, des yeux et de la région circum-orbitaire , particulièrement pendant la durée des bains de pieds , des purgatifs salins , le repos des yeux et de l'intelligence, l'exercice au grand air, les saignées générales et locales dans le cas d'une constitution forte, d'un pouls plein, fort et serré, et de la présence de symptômes congestifs.

Dans le cas d'un développement assez remarquable du

symptôme du délire, de petites closes de préparations opiacées ou d'eau distillée de laurier-cerise sont les moyens qui nous ont réussi à guérir cette affection , même quand elle était déjà assez avancée. Nous n'avons jamais eu besoin d'employer des révulsifs autrement que pour éviter la rechute, en nous bornant aux plus doux, tels qu'un vésicatoire de Tanin porté pendant une semaine. Plusieurs fois nous avons vu des rechutes dès que les malades recommençaient à se livrer à l'abus des boissons, Nous avons eu dernièrement la satisfaction d'obtenir une guérison complète sur un confrère de la campagne, où l'affection avait déjà atteint une hauteur telle , qu'il était dans l'impossibilité de suivre les travaux de sa profession. Chez ce malade, aucun exutoire n'a été nécessaire. L'amblyopie, considérée comme symptôme du delirium tremens, n'a été décrite nulle part, à ce que nous sachions.

Cette espèce , qu'on peut regarder comme l'effet d'une sorte de narcotisme produit par les liqueurs alcooliques , fait la transition naturelle à l'espèce suivante.

,Sous-bspèce V. — Amaurose produite par les narcotiques.

§ 75- — On a beaucoup parlé d'amauroses déterminées par l'usage des narcotiques; notre expérience ne nous a fait reconnaître jusqu'ici des cas pareils que quand le narcotisme avait produit une congestion cérébrale ou un épanchement avec les symptômes de l'irritation ou de la compression parmi lesquels peut se trouver l'ainaurose ; nous n'avons jamais vu ces amauroses non accompagnées c^u narcotisme général. C'est particulièrement la belladone, dont l'usage interne et même externe a été accusé de produire l'amblyopie et l'amaurose , et des observations assez nombreuses ont été rapportées à l'appui de cette assertion. Nous croyons pouvoir dire , sans crainte d'être taxé d'exagération, crue peu de

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praticiens ont fait autant que nous un usage aussi fréquent de la belladone et à des doses aussi élevées , principalement à l'extérieur, et cependant nous n'en avons jamais vu résulter le moindre symptôme d'amblyopie. ïl est au contraire très ordinaire de voir le symptôme qui suit constamment l'emploi particulièrement local de la belladone , c'est-à-dire la dilatation de la pupille ou le mydriasis, produire, quand il est arrivé à son plus haut degré, un trouble plus ou moins notable de la vision. Ce trouble, cependant, comme nous. l'avons déjà dit à l'occasion de l'amaurose trifaciale ( § 63) , dû à la lésion fonctionnelle des nerfs ciliaires, est tout-à-fait indépendant de la rétine, dont les fonctions ne sont que momentanément lésées par le nombre excessif de rayons lumineux qui viennent la frapper. Le même moyen que nous avons déjà indiqué , celui d'un morceau de papier où l'on pratique une pupille artificielle , vient constamment rectifier l'erreur du diagnostic, et fait, par son application sur l'œil, cesser le trouble de la vision. La belladone a en outre un effet particulier, qu'elle détermine tout aussi bien , quand on l'administre à l'intérieur, que quand elle est appliquée localement, c'est de produire des visions singulières d'objets déiigurés et risibles, de mouches volantes, ainsi que d'autres ballucinations visuelles. INous reviendrons sur ce point important de pathologie et de matière médicale dans le mémoire sur le nerf trifacial, et le système ciliaire que nous avons annoncé § 63.

Sous-espèce VI. — Amaurose cérébrale irritative nerveuse.

§76. — Le cerveau , aussi bien que les autres parties du système nerveux , peut être le siège de névroses. Ces dernières, en affectant les portions de l'encéphale destinées à concourir à la fonction visuelle, se manifestent par l'affaissement ou l'abolition totale de la vision sans lésion sensible de l'œil.

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L'amaurose cérébrale nerveuse attaque des sujets d'une constitution très nerveuse et sensible, qui ont été long-temps en proie à des émotions tristes, qui ont éprouvé des revers de fortune, et qui en même temps étaient forcés de se livrer à une occupation fatigante pour la vue. Il est de ces individus, se disant eux-mêmes très nerveux , d'un caractère extrêmement sensible et mobile, sujets aux migraines et se plaignant d'un affaiblissement notable de la vue. Chez eux l'iris a conservé sa contractilité ; l'œil présente la constitution que nous avons fait connaître sous le nom de constitution oculaire nerveuse; il n'y a pas de signes qui indiquent une irritation sanguine cérébrale ou oculaire ; l'examen le plus scrupuleux ne découvre qu'un état d'éréthisme nerveux général.

Cependant cet état n'est rien moins que fréquent ; les apparences trompent souvent, et là où, au premier coup d'œii , on a cru trouver un simple érétbisme nerveux, l'observation exacte découvre plus tard des symptômes de congestion qui modifient le diagnostic et le traitement ; ainsi beaucoup d'affections, prises au premier regard pour des névroses cérébrales, pour un simple érétbisme du grand centre nerveux , sont reconnues plus tard, et après un plus mûr examen comme dépendantes du ramollissement de la substance encépbalique.

Le traitement de l'amaurose cérébrale nerveuse ne varie en rien de celui de l'amaurose nerveuse en général , et se compose de l'emploi des sédatifs et des toniques généraux , accompagné des mesures hygiéniques que nous avons déjà exposées.

Espèce II. — Amaorose ckrébra.le torpidk.

§ 77. — Le cerveau, dans l'état d'anémie ou d'asthénie, plonge les organes des fonctions sensoriales dans un état analogue d'in-

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sensibilité. Souvent nous voyons la vue s'affaiblir ou s'abolir pendant l'état de syncope , occasionnée par une saignée abondante. Les malades yoient des couleurs variées , les objets leur paraissent noirs, leur vue s'obscurcit et la défaillance survient. Cette espèce d'amaurose momentanée se passe presque toujours aussi subitement qu'elle est survenue. Dans des cas rares elle devient stationnaire et permanente. Les anciens expliquaient cet accident par l'affaissement du cerveau, qui occasionnait, selon eux, la lipothymie. L'amblyopie ou l'amaurose, chez les personnes clilorotiques, celle qui succède à des pertes trop abondantes de liquides nutritifs , de sang , de lymphe, etc. , sont souvent de cette espèce. Les malades se plaignent d'un vide dans la tête; elle est le siège de douleurs sourdes, d'une sensation de bandeau qui serrerait le front, souvent d'une douleur fort caractéristique à l'occiput ; pâleur et maigreur générales , froideur des membres et de la surface du corps , faiblesse du pouls et impotence musculaire ; voilà les traits principaux de cet état pathologique.

Les phénomènes visuels sont ceux de l'amaurose torpide en général ; au début de l'affection les malades éprouvent une amélioration rapide de la vue après un bon repas ou après s'être excités par des boissons stimulantes, du vin, du café, ou par des émotions gaies.

Faut-il classer dans cette espèce l'amaurose que les ophthalmologistes anglais (Wallace, Mackenzie) ont vue succéder aux affections typhoïdes ? L'amaurose consécutive au typhus aurait cela de particulier, qu'ayant persisté long-temps, pendant des semaines et des mois, sans aucune apparence d'inflammation , elle finirait par se compliquer de phénomènes d'iritis , et surtout de décoloration de l'iris. Nous n'avons jamais rien vu qui ressemblât aux faits cités par ces auteurs, et nous suspendons notre jugement jusqu'au moment où l'occasion se

présentera pour confirmer par l'expérience la réalité de leurs récits.

Le traitement de l'amaurbse cérébrale torpide coïncide avec celui de l'amaurose torpide en général; c'est dans cette espèce que les révulsifs excitants, placés près de la tête ou sur la tête même , tels que les vésicatoires volants promenés sur le front et l'ustion sincipitale , par exemple , trouvent plus particulièrement leur emploi.

Espèce III. — Amalrose ciHEBBALE obganiqob.

§78. — Les altérations qui produisent cette espèce d'amaurose sont extrêmement nombreuses ; on peut les classer dans Tordre suivant.

1° altérations organiques dupéricrâne.

Sir Everard Home et Abelxrombie ont donné la description d'une espèce d'inflammation et d'épaississement du péricrâne, accompagnés de pression sur l'encéphale et d'amaurose , qui méritent de trouver place ici. ,

§ 79. — 2° Altérations organiques du crâne.

Quelquefois on ne trouve après la mort , chez des malades amaurotiques, que des exostoses en forme de pointes saillantes {spicula) partant de la surface interne du crâne, et qui ont produit pendant la vie une irritation continuelle de la masse cérébrale avec laquelle elles étaient en contact (Béer). Les exostoses de diverses parties du crâne sont une cause fréquente des maladies organiques du cerveau, et par conséquent de l'amaurose cérébrale organique. Les exostoses sont souvent accompagnées de la carie des os qu'elles affectent. Ces altérations peuvent être l'effet d'un travail syphilitique, goutteux, rachitique, etc.

§ 80. — 3° Altérations organiques des enveloppes deV encéphale.

Les méninges peuvent être le siège d'ossifications partielles,

de dégénérescence fongoïde , carcinomateuse , de tubercules , de kystes ou d'hydatides.

§ 81. — i° Anévrisme des artères cérébrales.

Wave a le premier fait entrevoir l'influence que la dilatation du cercle artériel peut avoir sur la production de l'amaurose. Si cette dilatation a lieu dans la partie postérieure de ce cercle , dit cet auteur, il en résulte une compression des nerfs oeulo-motcurs et une abolition plus ou moins complète des mouvements du globe et des paupières; si, au contraire, la dilatation occupe la partie antérieure du cercle artériel , elle exerce une compression sur les nerfs optiques , et la perte de la vision dérive nécessairement de cette compression. Les deux effets seront réunis dans le cas où la dilatation s'étendra à la totalité du cercle artériel.

Nous admettons la possibilité d'une pareille origine de l'amâurose ; c'est à l'expérience d'en constater la réalité.

§ 82. — 5° Altérations organiques de t encéphale.

Telles sont l'induration , le ramollissement, la suppuration de la masse cérébrale; les tissus de nouvelle formation qui peuvent s'y développer, les dégénérescences médullaires, mélanctiques, tuberculeuses, hydatiques, enkystées, etc. Ne pouvant raisonnablement présenter ici l'exposé des maladies organiques du cerveau , il nous suffit d'avoir sommairement indiqué les principales affections de ce genre qui peuvent donner naissance à ïamaurpse. Nous supposons connus les phénomènes locaux et généraux qui en laissent deviner l'existence. L âmaurosé qui les accompagne n'offre rien qui la distingue'de l'amau rose organique en général. Béer a essayé de tracer des caractères particuliers par lesquels il croit possible de reconnaître l'amau rose due aux désorganisations du cerveau. Elle attaquerait, d'après cet auteur, les deux yeux à la fois ; les malades verraient les objets sous des formes bizarres, defîgûrés (visas aèfigw'àius', metaniorphopsie) ; les mouvements

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de l'oeil et des paupières seraient convulsiFs ou abolis, etc. ; «es caractères ne se trouvent point confirmés par l'observation comme appartenant exclusivement aux cas de celte nature.

§ 83. — G° Hypertrophie ou dèucr.èrescence du corps jjituitaire (Rayer).

Cet organe se trouvant en contact immédiat avec la déeussation des nerfs optiques, ses altérations ne peuvent pas exister sans donner lieu à l'amaurose.

§ 84. — Le traitement ctè l'amaurose cérébrale organique est celui de l'amaurose organique en général. Les moyens les plus puissants sont les mercuriaux. employés à l'extérieur et à l'intérieur avec une grande énergie, et accompagnés d'une diète sévère (cdrajamis). Le deutocblorure d'bydrargyre mérite une recommandation particulière ; les moxas, les cautères appliqués à îa racine du cuir chevelu et l'ustion sincipitale , peuvent rendre de grands ses vices , et au moins ralentir la marebe de la maladie quand elle n'est plus compliquée de symptômes d'inflammation ou de congestion.

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