‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 55 sur 70 · GENRE VII. AMAUROSE GANGLIONNAIRE OU ABDOMINALE · texte numérisé non relu

GENRE VII. AMAUROSE GANGLIONNAIRE OU ABDOMINALE

§ 94. — Il est des cas d'amaurose qui dérivent indubitablement d'un état morbide des viscères abdominaux. L'affaiblissement de la vision est précédée de phénomènes de nature à ne point laisser méconnaître le dérangement de l'innervation et de Jâ circulation abdominales ? pression et sensation de malaise &

l'épigastre , tension des hypocondres , lassitude générale , anorexie , digestion pénible , flatulence , irrégularité dans les évacuations, amertume de la bouche, lenteur et intermittence du pouls , céphalée frontale, etc. Il s'y joint des symptômes de disposition hémorroïdale , goutteuse , hypocondriaque , hystérique, etc. S'il y a amblyopie , elle se modifie, au début, d'après le degré plus ou moins fort de la souffrance abdominale , ou d'après la disposition morale plus ou moins mélancolique du malade. Il y a ordinairement un mieux notable pendant les premières heures de la matinée. La liberté des fonctions abdominales exerce une influence remarquable sur l'état de la vision. Les symptômes locaux ré vêtent plus souvent les caractères de l'ambiyopie torpide , que ceux de l'amblyopie irritative.

§ 95. — C'est là ce que nous voulons désigner par le nom (Vamaurose ganglionnaire ou abdominale. Plusieurs 'variétés de cette espèce d'amaurose sont décrites par les auteurs sous le titre (V amauroses sympathiques. Ces dernières s'expliquent , selon nous, facilement par la continuité de toutes les parties du système nerveux , et c'est pour cette raison que nous comprenons l'amaurose hémorroïdale, menstruelle (ces dernières peuvent aussi être de véritables amauroses cérébrales), goutteuse , hypocondriaque , hystérique , vermineuse , et certaines amauroses qui accompagnent la grossesse , etc. , etc. , sous la dénomination commune d'amaurose ganglionnaire. S'il est permis de nous exprimer d'une manière métaphorique , nous dirons que l'une ou l'autre partie du système ganglionnaire représentant dans ces cas un des pôles de la chaîne du système nerveux , transmet son affection à l'autre pôle , "dont le siège est la rétine.

§ 96. — L'expérience ne nous a appris aucun symptôme particulier qui servirait à faire distinguer ces différentes variétés de l'amaurose ganglionnaire, si ce n'est les phénomènes.

de l'hypocondrie, de l'hystérie, des irrégularités hémorroidales ou menstruelles, l'affection vermineuse. L'amaurose ellemême se traduit dans ces circonstances , comme dans toutes les autres , par les symptômes de la congestion, de la torpeur ou de l'altération organique. Le traitement qu'elle réclame doit être dirigé d'après ces caractères, et d'après la nature de l'affection abdominale qui paraît lui avoir donné naissance.

§ 97. — C'est aux cas de ce genre que s'applique quelquefois avec avantage une méthode de traitement, à laquelle Schmucker, Richter et Scarpa ont voulu donner une étendue trop générale. Les moyens recommandés dans l'amaurose , par ces illustres praticiens, ont pour but d'exciter les extrémités nerveuses du système ganglionnaire abdominal , et de provoquer par là une modification salutaire de l'innervation vicieuse de l'organe visuel. Il y a toujours du danger à se laisser aller à l'emploi routinier d'une pareille méthode. Les émétiques et les évacuants qui la composent peuvent convenir lorsque les causes de l'amaurose sont de nature à en réclamer l'emploi. Ils sont au contraire désavantageux , si l'amaurose ganglionnaire est accompagnée d'un état congestif , si elle est due à la suppression du flux hémorroïdal ou menstruel , état qui , cédant souvent sans difficulté aux saignées révulsives, peut s'aggraver singulièrement sous l'influence d'un empirisme intempestif.

Il suffira, quant à présent, de donner la division de ce genre d'amaurose dans ses espèces et sous-espèces, afin qu'on puisse se faire une idée nette de leur nature et du traitement qu'elles exigent.

Espèce I. — Amacrose ganglionnaire irritative. Soos-espècb ï. — Amaurose ganglionnaire congestive.

§ 98. — La'pléthore abdominale, la dysménorrhée et l'aménorrhée, la suppression du flux liémorroïda! , etc, , peuvent

produire l'amaurose par leur influence directe sur le système nerveux ganglionnaire, sans produire une congestion cérébrooculaire. Cette origine de la maladie, ainsi que celle des autres espèces, indique en même temps son traitement.

Sous-espèce II. — Amaurose ganglionnaire nerveuse irritative.

§ 99. — Elle est presque toujours un symptôme de l'hypocondrie , de l'hystérie et d'autres affections nerveuses sur des individus chez lesquels ces affections produisent plutôt un état d'excitation générale du système nerveux qu'un état d'insensibilité. L'amaurose vermineuse , plus rare que ne l'ont dit les auteurs, est le plus souvent une variété de cette sous- espèce ; on sait que dans cette dernière variété le symptôme de la dilatation pupillaire est singulièrement développé.

Cependant, depuis quelque temps , nous soupçonnons que l'affection, regardée ordinairement comme une amaurose vermineuse , est plus souvent une simple mydriase. L'amaurose gastrique ou saburrale des auteurs , c'est-à-dire l'abolition plus ou moins complète et plus ou moins permanente de la vision , par suite d'un excès de table , d'une indigestion , d'une supersécrétion bilieuse, etc. , qui cède très constamment à l'emploi de la méthode anti-gastrique et évacuante , appartient encore à cette espèce.

Espèce II. — Amàdrosb ganglionnairb xorpide.

§ 100. — Elle se montre sur les individus hypocondriaques et hystériques, chez lesquels il y a moins de réaction et d'excitabilité , et plutôt un état de passivité et d'apathie. L'amaurose vermineuse peut aussi quelquefois la produire. Les auteurs, et particulièrement Béer, ont signalé une espèce de goutte sereine qui suivrait l'abus des médicaments amers et l'usage journalier de quantités considérables d'une bière trop forte, Çet|e espèce, que nous n'avons jamais eu occasion d'obseryçj^

peut être rangée ici et être expliquée par la surexcitation des houppes nerveuses de la muqueuse gastrique, suivie d'un état de torpeur et d'asthénie voisin de la paralysie.

Espèce III. — Amàurose gauglionnaire organique.

§ 101. — Les nombreuses altérations organiques des viscères abdominaux, et principalement des organes parenchymateux et glandulaires , tels que le foie , la rate , les reins , les ganglions mésentériques , etc. , leur hypertrophie, leur état tuberculeux , leur dégénérescence squirrheuse ou cancéreuse, etc. , doivent nécessairement entraîner des anomalies nombreuses de l'action nerveuse des plexus abdominaux et du grand nerf sympathique dans le cortège desquels l'amaurose se trouve assez fréquemment comme symptôme ; c'est particulièrement le foie dont les engorgements , l'hypertrophie et les tubercules produisent assez souvent une diminution ou l'abolition de la vision , qui ne disparaît ou ne s'amende qu'avec l'affection principale. De simples engorgements inflammatoires chroniques produisent assez souvent la même espèce de cécité, et peut-être même aurions-nous pu établir sur cette base une autre sous-espèce de l'amaurose ganglionnaire irritative en lui donnant le nom d'amaurose ganglionnaire sub-inflammatoire.

Il est facile de voir que dans toutes ces espèces et sous-espèces de l'amaurose ganglionnaire , le traitement doit être d'abord uniquement dirigé contre la maladie principale. Plus tard , des moyens locaux choisis d'après l'espèce et appliqués à la région oculaire, tels que l'extrait de belladona dans les amauroses irritatives, et les frictions excitantes ou les vésicatoires volants dans les amauroses torpides , peuvent concourir d'une manière efficace à compléter le traitement.

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