PROPOSITIONS SUR LES GENERALITES DE
i . Il serait à désirer qu'on parvînt en médecine à fonder un système semblable à celui qui est aujourd'hui généralement adopté en histoire naturelle.
2. Un pareil système, excluant les définitions et n'admettant que les descriptions , aurait pour base l'exposition de l'ensemble des caractères appartenant à chaque maladie.
Cette proposition sert de complément à la première. On verra également que les propositions suivantes ont une connexion in^ time avec celles qui les précèdent. Combien le véritable progrès fie Tar| n'a-441 pas été retardé par çe§ débitions vagueg çjgg
maladies qui ne sont que des descriptions incomplètes ou des rêveries hypothétiques ! Ce sont, en effet , ces définitions qui, d'une part , ont soulevé mille discussions futiles , établi et propagé de funestes erreurs , et d'autre part , ont exercé sur la thérapeutique une pernicieuse influence ; caria définition d'une maladie étant donnée , une certaine méthode de guérir en est la conséquence inévitable.
Ce n'est pas ainsi que nous comprenons la science. Après avoir indiqué l'erreur , nous saurons l'éviter , et Y expérience seule nous guidera dans ce long et difficile ouvrage. La maladie in concreto est pour nous , comme tout autre objet du monde externe, reconnaissable à certains caractères plus ou moins 'perceptibles à nos sens , et subissant , pendant sa durée , certaines modifications plus ou moins constantes. L'ensemble de ces caractères et de ces modifications constitue la nature ou l'essence de la maladie, de même que l'ensemble des caractères botaniques et de leurs modifications successives constitue la nature ou l'essence d'une plante. Cette définition de la nature des maladies nous éloigne , comme on le voit , singulièrement de ceux qui, trop superficiels, ne considèrent, dans,tousles états pathologiques, que le siège, et de ceux qui, par un défaut contraire , ont la prétention d'approfondir la nature intime de la maladie , qu'il est évidemment impossible de connaître.
Laissant de côté les travaux des pathologistes anciens , nous dirons quelques mots de trois systèmes qui ont pris naissance dans les derniers temps, et qui doivent, à ce titre, fixer particulièrement notre attention. Au premier rang se place le physiologisme , auquel appartient le mérite d'avoir reconnu à l'anatomie pathologique ses véritables droits , d'avoir fait justice des entités et des fièvres essentielles, et introduit dans l'étude de la pathologie une méthode d'observation plus féconde en résultats et moins accessible aux digressions spéculatives. Vint ensuite X organicisme , qui, par l'ardeur avec
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laquelle ses partisans ont insisté sur l'importance de la localisation , a rendu des services dont personne ne saurait reconnaître mieux que nous la valeur. Et cependant, l'un et l'autre de ces systèmes , s'attachant de préférence à certains caractères morbides pour en négliger d'autres , furent loin de remplir les espérances qu'ils avaient fait concevoir. On doit surtout les accuser d'avoir nui, sous beaucoup de rapports, aux progrès de l'art de guérir. Ainsi le physiologisme , en voulant ramener tout à l'irritation et à l'inflammation , a souvent négligé les indications les plus importantes à remplir, tandis que l'organicisme en accordant une attention tout entière , non pas à la nature du mal, mais seulement à l'organe qui en était le siège, oublia souvent que deux affections différentes peuvent attaquer le même organe, et s'exposa ainsi à combattre par un mode unique de traitement des maladies qui ne pouvaient céder qu'à des médications différentes. Pour nous (et nous croyons parler le langage de tous les praticiens ) un système est sans valeur dès que le diagnostic différentiel ne sert pas avant tout à nous fournir des indications plus positives , et partant un traitement différentiel.
Reste un troisième et dernier système, auquel nous donnerons le nom de naturel. C'est celui de l'homme célèbre dont nous sommes beureux de nous dire l'élève , et d'avoir pu placer le nom en tête de cet ouvrage. Ayant reconnu les vices des doctrines médicales professées jusqu'à ce jour , ce savant professeur a su appliquer avec un rare génie à la science de la pathologie la méthode adoptée pour l'étude de l'histoire naturelle. Ce système, que nous adoptons dans toute son étendue, est fondé sur la réunion méthodique de tous les caractères appartenant aux objets dont il s'occupe, que ces caractères soient anatomiques ou fonctionnels , qu'ils aient trait aux phases et aux métamorphoses qu'une maladie doit parcourir, à ses terminaisons , à ses causes prédisposantes et occasionnelles,
ou enfin à son traitement. Toute circonstance qui contribue à éclairer la nature d'une maladie , quelle que soit la catégorie à laquelle elle appartienne , fait partie de ses caractères , et doit pouvoir être mise à profit par l'observateur consciencieux. Le système naturel a donc le mérite de donner toute la latitude possible à l'expérience , de ne laisser passer inaperçu aucun fait, de pouvoir facilement introduire dans le cadre de ses descriptions tout ce que l'observation découvre de nouveau , de s'assimiler tout ce qu'il y a de bon et de vrai dans les différentes doctrines des autres. Cette méthode nosologique est un véritable système , et ne peut donc être comparée en aucuiie manière à l'éclectisme , qui , tout en prétendant choisir ce qu'il trouve de bon chez les uns et les autres , ne fait qu'accumuler, sans ordre , sans méthode et sans principe suprême, des idées et des faits qui , manquant d'un lien intérieur , ne peuvent que conduire au plus grossier empirisme.
Si, d'un côté, nous reconnaissons au système naturel appliqué à la pathologie le mérite d'avoir élargi le champ de l'observation , et de nous avoir mis à même de mieux approfondir la nature des maladies , en un mot , d'avoir assigné à la pathologie son rang parmi les sciences naturelles ; nous revendiquons encore en sa faveur celui d'avoir rendu les faits observés plus directement utiles, en tant qu'il en a tiré des conclusions importantes pour le traitement des maladies , en formant des indications d'après les caractères réunis, ou quelquefois d'après les caractères isolés , mais prédominants. Si l'on nous faisait le reproche d'adresser ici au système naturel un éloge qui revient avec le même droit à ses devanciers , nous ferions un appel à l'opinion publique qui , depuis long-temps , s'est ouvertement prononcée sur ce point, et ne cesse pas, dans le moment même où nous écrivons , d'accuser hautement le physiologisme et l'organicisme d'avoir fait plutôt rétrograder qu'avancer la thérapeutique. - r- ■ .•
sur l'ophthalmologie. 5
3. Les caractères des maladies sont anatomiques (y compris les caractères physiques ou lésions de rapports, etc.), chimiques (négligés et peu connus jusqu'à présent), et physiologiques.
Nous entendons par caractères anatomiques toutes les altérations de structure reconnaissables aux sens , qu'elles soient découvertes après la mort ou pendant la vie , qu'elles soient perceptibles à l'œil nu ou muni de verres grossissants. Ces caractères peuvent se modifier durant la marche même de la maladie. Leurs modifications ou métamorphoses ont presque entièrement été négligées jusqu'à ce jour, malgré l'attention exclusive qu'on a accordée dans les derniers temps à l'anatomie pathologique au détriment d'autres caractères ( chimiques et physiologiques ) non moins importants.
4- Ces caractères réunis donnent une idée nette et complète des maladies.
Plus haut nous avons dit : Tout ce qui contribue à éclairer la nature d'une maladie constitue un de ses caractères. L'expression nature d'une maladie équivaut , selon nous , à l'ensemble de ses caractères. En disant que les caractères des maladies sont anatomiques, chimiques et physiologiques, peutêtre avons-nous trop restreint la latitude que nous voulions laisser à leur examen. Des maladies se caractérisent incontestablement par quelque chose de plus que les phénomènes fonctionnels et organiques. Ainsi la marche, les modifications qui surviennent spontanément dans le cours de l'affection, la durée , la terminaison , les causes , les changements produits dans les symptômes par l'influence des agents nécessaires à la vie et même par la méthode curative , constituent de véritables caractères. Deux maladies peuvent paraître identi-
ques tant qu'on les étudie anatomiquement et physiologiquement , et leur différence ne se faire sentir qu'à l'examen des causes qui les ont produites , ou des moyens thérapeutiques qui les combattent ou les aggravent ; de là l'ancien adage : Ex juvantïbus et nocentibus etiam indicatio.
5. Sur les corps vivants les maladies se manifestent par certains phénomènes appréciables, appelés symptômes (de Gu|/.'7UMrT<o, tomber avec, c'est-à-dire, coïncider).
6. Les symptômes sont objectifs quand ils peuvent être reconnus par les sens.
C'est surtout sur cet ordre de symptômes que nous aurons constamment soin d'appeler l'attention du lecteur, comme nous y appelons toujours celle de nos élèves. Ils ne donnent pas aussi souvent lieu à l'erreur que les symptômes subjectifs, et lorsque celle-ci arrive , elle dépend alors bien plus souvent des facultés imparfaites de l'observateur lui-même que de toute autre chose.
7. Les symptômes objectifs se rattachent quelquefois à des altérations organiques qui deviennent apparentes ; ils correspondent alors à des caractères anatomiqUes, on peut les appeler phénomènes (démotiverai, apparaître); d'autres fois , ils se rapportent à des lésions fonctionnelles qui sont en rapport direct avec des altérations organiques; le nom de signes leur conviendrait alors (signes stéthoscopiques, par exemple).
8. Les symptômes sont subjectifs quand ils ne consistent qu'en certaines sensations plus ou moins
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obscures, ressenties parle malade, sensations que le médecin n'a aucun moyen d'apprécier indépendamment du dire de ce dernier. On pourrait les appeler symptômes proprement dits. Ils se rattachent d'ordinaire à des lésions fonctionnelles qui ne sont pas la conséquence nécessaire des altérations organiques avec lesquelles elles coïncident.
L'examen du malade devrait toujours commencer par l'exploration des symptômes objectifs, dont la valeur, nous le répétons , est bien supérieure à celle des symptômes subjectifs. Si cette règle est difficile à suivre pour la généralité des maladies internes, elle est, selon nous, possible et rigoureusement nécessaire pour les affections des yeux , les maladies dites chirurgicales et celles de la peau. Aussi est-ce pour nous une loi (et ceux qui ont assisté à notre clinique confirmeront tous au besoin la vérité de ce que nous avançons) de ne jamais laisser parler le malade de ses sensations individuelles avant que nous n'ayons terminé l'examen des phénomènes appréciables par les sens de l'observateur. Quelque simple et naturelle que cette manière de procéder puisse paraître, nous croyons cependant qu'il importe d'autant plus d'insister sur ce point, qu'il ne se passe pas de jour où nous ne soyons témoins de fausses méthodes employées dans l'examen des malades, suites de la légèreté avec laquelle on passe sur ce point important de l'instruction médicale dans la plupart des cliniques. Quant à nous, pénétré de cette conviction, que sans la méthode d'examen indiquée tout à l'heure il n'est pas de diagnostic prompt ni certain, nous affirmons encore qu'avec les méthodes contraires le médecin est exposé à mille erreurs, et, chose non moins funeste pour le malade, à des tâtonnements qui exercent toujours sur le traitement une pernicieuse influence.
g. Plus une maladie a des symptômes objectifs, ou plus le médecin sait lui en reconnaître, et plus le diagnostic est clair et positif (par exemple, les maladies des poumons) ; plus sont nombreux les symptômes subjectifs, et plus le diagnostic perd de certitude (comme dans les maladies du système nerveux ganglionnaire). Il est évident par cette raison que, pour la nosologie, les symptômes proprement dits, comparés aux phénomèmes et aux signes, sont d'une importance secondaire.
10. Le commémora Uif doit se classer dans la même catégorie que les symptômes proprement dits. Expression de ce que les malades ou les personnes qui les entourent ont observé hors la présence du médecin, il doit occuper un rang encore inférieur.
11. La médecine éviterait la plupart des reproches dont elle est l'objet, si le diagnostic n'était fondé que sur des phénomènes et sur des signes, Pour arriver approximativement à ce degré de certitude, il faut : i° séparer soigneusement les symptômes objectifs des symptômes subjectifs et du commémoratif; 2° étudier d'abord les maladies qui présentent exclusivement ou principalement des phénomènes et des signes.
12. Les caractères anatomiqucs s'étudient presque toujours sur le cadavre. C'est sur le vivant qu'il faudrait les rechercher, quand ils se manifestent comme phénomènes , pour parvenir à apprécier exactement la manière dont ils se rapportent aux caractères physio-
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logiques ainsi qu'à la nature et à la marche des maladies.
Cette proposition, qui serait paradoxale si elle n'était appliquée qu'aux maladies internes , s'explique par celle qui suit.
i3. On ne peut bien étudier ces caractères sur le vivant que dans les organes externes. Beaucoup de points de médecine encore en litige aujourd'hui trouveront peut-être leur solution quand on aura donné plus d'attention et étudié plus à fond la pathologie des organes externes, la doctrine des maladies de la peau, la chirurgie médicale (non mécanique) , spécialement celle des ulcérations, et les maladies des yeux.
L'influence favorable de l'étude plus approfondie de ces branches sur la pathologie en général se fait même déjà sentir d'une manière bien marquée. L'erreur si généralement répandue de nos jours, concernant l'identité desplilegmasies, commence à faire place aux preuves évidentes qui surgissent de toutes parts sur la multiplicité des formes que présentent les phénomènes inflammatoires. De ces travaux naissent des doctrines qui ne tarderont pas sans doute à opérer dans la science une réforme depuis si long-temps désirée ; en s'assimilant désormais ce que nos prédécesseurs ont laissé de bon , on ne craindra pas d'abandonner leurs erreurs pour les remplacer par des principes plus justes, lors même que la routine chercherait à les combattre par l'arme du ridicule.
i4- L'oplitkalmologie , plus encore que la chirurgie et la dermatologie, est propre à jeter une vive
ÎO PROPOSITIONS
lumière sur les questions les plus importantes de physiologie et de pathologie générale et spéciale.
C'est ce que tendent à prouver les aphorismes suivants, qui seront développés ailleurs avec tous les détails qu'ils demandent.
i5. Le gîobe de l'œil est un organe externe, situé à la périphérie du corps et accessible presque dans tous les détails de son organisation à nos sens; il n'y a guère d'organe qui se prête mieux que le globe oculaire à Y exploration externe. Yoilà le véritable sens de notre i/j-e aphorisme. D'un autre côté, nous aurions pu ajouter dans un autre sens que le globe de l'œil est un organe éminemment interne, c'est-à-dire qu'il n'y a guère d'organe dont les rapports, avec le reste de l'économie, soient plus intimes, plus multiples et plus variés, et dans lequel les différentes modifications morbides de l'économie tout entière se réfléchissent plus promptemeht et plus distinctement.
16. Quelques unes des parties de sa surface externe sont douées d'une transparence parfaite.
17. Par suite de cette position extérieure et de cette transparence on reconnaît dans l'œil des caractères anatomiques des maladies de ses parties constituantes, que dans la plupart des autres organes l'autopsie peut seule révéler, et L'on est toujours sûr de rapporter Les Lésions organiques à LU affection qui Leur correspond réellement. On évite par là le reproche le plus grave qui soit fait à l'anatomie pathologique.
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18. En outre on n'a pas les mêmes difficultés à établir des rapports directs et certains entre les altérations organiques et les lésions fonctionnelles correspondantes; et par des inductions tirées des maladies des yeux ? on pourra même éclairer ces rapports pour d'autres organes. Ces avantages deviendront encore plus grands et plus importants, si on les applique aux considérations suivantes.
19. L'œil se compose d'un grand nombre de parties appartenant aux systèmes dont se composent les autres organes, comme le système séreux, muqueux, fibreux, vasculaire, nerveux, lymphatique, etc. Les affections de ces systèmes doivent donc se trouver répétées dans les différentes membranes de l'œil, de sorte que presque toute la nosologie doit être et est réellement représentée dans l'œil, abstraction faite toutefois des différences qui résultent nécessairement du peu de volume de l'organe, de la finesse de ses tissus et des modifications qu'ils ont subies.
20. Outre les membranes qui appartiennent aux systèmes connus, il y a encore dans l'œil certains tissus particuliers, tels que la cornée, l'iris, la choroïde, tissus sans analogues dans le reste de l'économie et généralement très composés, à structure peu connue encore, mais susceptibles d'être bien étudiés, surtout à l'aide du microscope. Leurs maladies, et principalement leurs caractères anatomiques visibles, pourront éclairer une foule de questions de physio-
Jogie et de pathologie encore très obscures aujourd'hui.
21. On observe mieux que partout ailleurs les rapports de contiguïté et de continuité des différentes parties de l'organe malade , et par conséquent le mode de propagation des affections pathologiques d'un tissu à l'autre, la marche des maladies, leurs transformations, etc.
22. Nul organe ne présente plus que l'œil des sympathies nombreuses et étendues , que ces sympathies soient effectuées par des connexions directes ou indirectes de vaisseaux, de nerfs ou d'autres parties, ou qu'elles soient le produit de la similarité de structure ou des fonctions des organes. Ces sympathies encore sont plus patentes qu'ailleurs, par exemple celles des nerfs ciliaires avec les organes abdominaux.
23. Les compositions, complications et combinaisons des maladies sont un point très important de la pathologie et de la nosologie , auquel on n'a pas encore donné l'attention qu'il mérite.
2r|. Deux ou plusieurs maladies peuvent siéger sur le même individu ou sur le même organe ; si les symptômes de ces deux différentes affectioas n'exercent aucune influence les uns sur les autres, on les appelle composées (une encéphalite et un ulcère syphilitique ; une ophthalmie traumatique et une plaie de la jambe).