‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 7 sur 70 · Si les symptômes se mêlent ou se confondent · texte numérisé non relu

Si les symptômes se mêlent ou se confondent

sur l'ophthalmologie. l5

jusqu'à un certain degré J de telle sorte qu'il devienne difficile de les analyser et de rapporter chacun d'eux à l'affection qui le produit, ces maladies sont dites compliquées ( une encéphalite et une gastrite ou une pneumonie ; une ophthalmie traumatique et une plaie de la tête).

26. Si, par suite d'une affinité organique, comparable jusqu'à un certain point à l'affinité chimique, les symptômes des deux maladies coexistantes se réunissent de manière à n'en former pour ainsi dire qu'une seule et à déterminer ainsi de nouveaux caractères, différant plus ou moins de ceux qui appartiennent aux deux affections primitives, ces dernières se seront combinées ou auront formé une véritable combinaison. (C'est ainsi qu'une affection hémorrhoïdale préexistante , une maladie scrofuleuse ou une simple disposition lymphatique impriment à une ulcération syphilitique , à une ophthalmie traumatique , un cachet particulier et des caractères spéciaux bien différents de ceux des deux maladies primitives.) Quelquefois les symptômes de l'une des deux affections combinées absorbent presque entièrement ceux de l'autre.

27. Ces combinaisons peuvent être simples (Tophthalmie et l'affection scrofuleuse, par exemple, forment en se combinant l'ophthalmie scrofuleuse), ou doubles ( l'ophthalmie scrofuleuse catarrhale, par exemple , est la combinaison de lophthalmie scrofu-

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leuse et de l'ophthalmie catarrhale) ; elles peuvent même être multiples.

28. Ces combinaisons sont très importantes pour l'étude de la nosologie et de la pathologie; en leur prêtant plus d'attention, bien des discussions oiseuses auraient été épargnées. Ce sont incontestablement les affections de l'œil qui en offrent les exemples les plus évidents et les plus remarquables ; peut-être devrions-nous faire une exception pour les ulcérations du derme et des parties sous-jacentes.

29. Les combinaisons de l'ophthalmie proprement dite avec les autres maladies qui peuvent résider dans les différentes membranes de l'œil sont du plus haut intérêt. Elles constituent ce qu'on a appelé les ophthalmies spécifiques. Nous n'admettons ce dernier mot que parce qu'il est généralement admis et compris; mieux vaudrait peut-être les appeler ophthalmies combinées. L'ophthalmie, comme l'inflammation, est toujours la même et n'admet que des variétés selon la différence des tissus. Nous avons déjà dit que la multiplicité des tissus constituant l'œil et appartenant aux différents systèmes de l'économie fait que les maladies les plus fréquentes, telles que le catarrhe, le rhumatisme, la goutte, les affections hémorrhoïdales et dysménorrhoiques, la syphilis, etc., peuvent se reproduire dans l'œil et s'annoncer par des phénomènes manifestes. Ces affections se montrent presque toujours sous forme inflammatoire , soit parce

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que dans l'œil, organe très délicat, extrêmement riche en nerfs et en vaisseaux, et par conséquent doué d'une excitabilité nerveuse et vasculaire exquise , toute irritation prend facilement la forme et l'aspect de l'inflammation; soit parce que, dans un tissu disposé à telle ou telle maladie , l'inflammation se combine facilement avec cette dernière affection.

30. Un examen attentif des yeux affectés d'inflammation prouve que leur aspect n'est pas toujours le même ; que ces différences d'aspect ne peuvent être rapportées exclusivement au degré d'intensité ; qu'elles sont par conséquent essentielles et coïncident presque toujours avec des maladies de certains autres organes , dont la structure et la fonction sont analogues ou identiques à celles de la partie affectée de l'œil ; qu'ainsi il y a inflammation combinée.

31. Les caractères différentiels objectifs ou anatomiques des ophthalmies combinées siègent principalement dans l'injection vasculaire , dans ses différentes formes et ses terminaisons.

Jusqu'ici l'on a fait peu d'attention à ces diverses formes d'injection, bien que leur existence presque toujours constante eût dû suffire pour démontrer quelle utilité il y aurait à les étudier.

Les terminaisons , il est vrai , ont été mieux observées ; mais on a commis de graves erreurs en attribuant quelques unes d'entre elles à des ophthalmies qui ne les amènent jamais.

L'injection, de même que les terminaisons; telles que la for*

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mation de phlyctènes ou de pustules , la suppuration , etc. , ««digue avec certitude la présence de telle ou telle maladie ( scrofules , rhumatisme , etc.), qui se combine avec Finfiammation de l'œil.

32. Presque toujours le commémoratif 'vient à l'appui de ces conclusions. Souvent on n'a qu'à faire l'inspection des yeux pour prononcer sur l'existence de telle ou telle affection pathologique. Le diagnostic est cependant susceptible d'être amené à une plus grande perfection encore.

33. L'injection vasculaire spéciale et les autres phénomènes présentés par les différentes ophthalmies combinées trouveront probablement leur explication :

A. Dans les vaisseaux que presque chaque membrane de l'œil reçoit d'un tronc différent.

B. Dans les rapports de structure et de fonction des diverses membranes avec certains systèmes et organes.

C Dans la texture probablement très complexe de certaines membranes et parties de. l'œil, réputées simples parce qu'elles sont peu connues sous les rapports anatomiques et physiologiques. C'est ainsi que les variétés de formes de la pupille dans les iritis combinés reposent peut-être sur la structure composée de l'iris.

34^ Du reste , dans les sciences d'expérience les faits précis et certains doivent toujours précéder I03

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explications^ autrement on se voit à tout moment forcé d'avoir recours à des hypothèses. C'est pour avoir voulu donner des explications de faits mal établis et pour avoir négligé la statistique, que les médecins eux-mêmes retardent journellement les progrès de l'art de guérir. Assurément le reproche d'incertitude adressé si fréquemment à la médecine a bien moins sa cause dans cette science elle-même que dans la manière dont on l'exerce et surtout dans celle dont on observe. — Pour ne point tomber dans cette faute,, nous nous sommes proposé , quelle que soit la fermeté de notre conviction sur la justesse des principes ci-dessus présentés, de refaire toutes nos expériences et nos observations, mais de les refaire d'une manière statistique qui, en excluant toute idée préconçue, mènerait définitivement à la vérité. Dans ce but, nous avons fait lithographier des tableaux synoptiques pour y inscrire une histoire abrégée des maladies observées par nous. Ces tableaux contiennent vingt colonnes destinées à l'indication de la date., des nom et prénoms du malade, de son âge, sa profession, son do-, micile, du nom de la maladie, des symptômes, de l'invasion, du commémoratif, du traitement antérieur et actuel, interne et externe, du régime, de la marche de la maladie, du nombre des jours du traitement pour chaque maladie, du chiffre des malades traités dans chaque mois, et desobservationsparticulières qui pourraient se présenter. Nous n'insisterons pas sur les

avantages de ces divisions. Notre but dans la formation de ces tableaux est de faire voir que le diagnostic, les phénomènes et le commémoratif, inscrits dans leurs colonnes respectives et comparés entre eux, prouvent d'une manière positive que sur un nombre donné d'ophthalmies une légère fraction n'a point présenté dans le commémoratif les circonstances nécessaires pour constater le diagnostic ; d'après nos ob» servations faites jusqu'ici, ce résultat n'a pas lieu trois fois sur dix, et, dans le reste des cas, les antécédents aussi bien que les phénomènes actuels viendront prouver^ce que nous établissons en règle. Nous ne croyons pas nous faire illusion en espérant que cette manière d'observer appliquée à la médecine en général et avec exactitude par tous les médecins, et ses résultats étant réunis, après un grand nombre d'années, dans les différents pays et leurs diverses localités, etc., porterait la science de guérir presque au degré de perfection dont sont susceptibles les autres tranches des sciences naturelles.

Nous ne nous sommes pas pressé jusqu'ici de publier les résultats et les conclusions tirés de la statistique , par la raison toute simple qu'il faut avoir observé avec soin pendant des années avant de présenter des chiffres qui puissent servir de base à des axiomes. Cependant les travaux de ce genre que nous avons entrepris depuis long-temps nous mettent déjà à même d'annoncer comme un résultat certain la confirmation du diagnostic différentiel des ophthalmies par le commémoratif 7 et le succès des méthodes mixtes de traitement , telles que

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nous les avons proposées et mises en pratique pour les inflammations que nous appelons combinées. Si la statistique parvient à démontrer d'une manière certaine , ainsi que nous n'en doutons pas , la nécessité de traiter les inflammations de l'œil et celles des autres organes comme des maladies composées là où elles le sont effectivement, nous nous verrons suffisamment récompensé des difficultés que nous avions à vaincre , et qui se sont encore accrues à raison du nombre des malades qui se présentaient à notre clinique. Nous persévérons donc dans la tâche que nous nous sommes imposée , et nous continuerons ce travail statistique jusqu'à ce que nous jugions être arrivé à un résultat positif, digne d'être soumis à l'opinion du public médical.

35. La nature même de l'inflammation et les différences qu'elle présente d'avec la simple congestion et l'irritation, pourront, par les raisons ci-dessus exposées, être mieux étudiées sur l'oeil que sur les autres organes.

36. Il nous reste à indiquer en quelques mots l'utilité pratique qu'on tire de l'ophthalmologie pour éclairer la thérapeutique. Nous reviendrons ailleurs avec plus de détails sur ces questions qui du reste se commentent d'elles-mêmes.

D'abord aucun organe ne fournit par ses maladies un champ aussi vaste à l'emploi des moyens pharmaceutiques et des moyens chirurgicaux.

37. Tant qu'il s'agit de l'emploi des agents pharmaceutiques , le tissu malade et ses caractères anatomiques, accessibles aux sens, donnent des indica-

lions bien plus précises; le moindre changement ^ produit par les agents thérapeutiques ou par des circonstances accidentelles, devient manifeste. On conclut bien plus sûrement des causes agissantes aux effets obtenus. Les combinaisons, les complications cèdent successivement aux moyens mis en usage, la maladie se simplifie visiblement et finit par guérir.

38. Quant aux moyens chirurgicaux,-^ non seulement la nécessité de leur emploi est indiquée d'une manière bien moins équivoque, mais encore le choix des moyens spéciaux est mieux caractérisé. Nulle part la chirurgie et la médecine interne ne sont mieux en état de combiner leurs efforts. Partout des indications claires et précises.

39. Nulle part enfin la grande question si souvent débattue et non encore définitivement résolue, celle de la force mèdicatrice de la nature, et la dispute entre la médecine active et la médecine expectante, ne peut être aussi admirablement éclairée.

L'ophthalmologie démontre que, dans les maladies, comme dans les grandes crises , la nature suit ses lois générales , qui tendent à la conservation de l'espèce, bien plus qu'à celle de l'individu. Tous les efforts qui se manifestent et qu'on a imputés à une tendance restauratrice réglée , peuvent fort souvent amener la destruction de l'organe et de l'individu luimême. H est important d'expecter quand la nature elle-même fait bien ou peut tout faire , et d'agir hardiment lorsqu'elle demeure stationnaire ou tend a la destruction. Le bon médecin , le médecin qui profite des conseils et des moyens que

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lui offre la nature , guérit bien plus fréquemment et bien plus sûrement que la nature seule. Au lieu de répéter l'ancien axiome « medicus naturœ minister , » on pourrait défendre la thèse « natura medici ministra. » Qu'on nous comprenne bien : que le médecin utilise toutes les ressources de la nature , qu'il n'en néglige , qu'il n'en méprise aucune , mais qu'il ne croie pas que, laissées à elles-mêmes, elles suffisent à la guérison. Qu'il dirige sagement la nature, qu'il n'ait pas trop de confiance dans sa puissance méclicatrice. Et pour revenir aux preuves que l'oplithalmologie fournit au sujet de ce que nous venons d'avancer nous affirmons qu'un iritis tant soit peu intense ne sera jamais radicalement guéri par la nature seule, tandis qu'il est fréquent de le voir guérir par les efforts sagement réunis de la nature et du médecin. Quant aux maladies réputées incurables , leur guérison n'est pas plus fréquente par les efforts seuls de la nature, qu'elle ne l'est par les secours de l'art.

4.0. Les changements matériels qui surviennent dans l'œil et qui se manifestent si visiblement aux regards de l'observateur guident avec certitude le médecin dans les essais comparatifs qu'il fait sur la valeur relative des différents systèmes de thérapeutique. Il suffirait, en effet, de quelques guérisons d'amauroses bien constatées ou d'iritis graves, produites en ma présence par le traitement homœopathique , pour me faire devenir un zélé partisan de ce système.

4i. Ces considérations générales suffiront pour montrer quelle est la dignité de l' ophthalmologie 9 l'utilité qu'en peuvent retirer la nosologie rationnelle et le système naturel de la médecine, et quelle est en

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ïnème temps la tendance que nous tâchons de lui imprimer. Tous nos efforts auront pour but d'éclairer cette science et de lui faire reprendre, en France, le rang qu'elle mérite parmi les parties de l'art de guérir, » en France, sa première patrie, où elle a été créée par les Saint-Yves, les Janin, les Maître-Jan, etc., et où elle n'a été injustement négligée, sans doute, que parce qu'on en a méconnu la véritable portée, et qu'on l'a confondue avec ce qu'on appelle ordinairement une spécialité médicale. Ce nom convient bien mal à l'ophlhalmologie, puisque, loin de s'occuper exclusivement des affections chirurgicales ou médicales de certains organes, elle embrasse au contraire en entier le vaste champ de la nosologie et de la thérapeutique chirurgicales.

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