‹ Traité de la carie dentaireChapitre 14 sur 36 · CONDITIONS ANATOMIQUES PRÉDISPOSA.NTES · texte numérisé non relu

CONDITIONS ANATOMIQUES PRÉDISPOSA.NTES

Nous pourrions passer en revue et réfuter successivement les autres influences invoquées : les altitudes, les bassins géologiques les climats, le mode d'alimentation, les conditions de richesse ou de pauvreté, etc., et nous arriverions à cette conséquence qu'aucune de ces circonstances, considérée à part, ne peut fournir l'explication que nous cherchons.

Quelle est donc la signification de cette carte et de ses dispositions principales?

Nous avons déjà développé plus haut des remarques touchant l'influence de la race dans la question qui nous occupe, et il nous paraît évident que c'est encore à des considérations de cet ordre qu'il faut recourir pour expHquer les diverses teintes qui nous sont offertes.

En consultant les documents recueillis sur l'ethnologie de la France et en particulier le remarquable travail de M. Broca^, on reconnaît que les vestiges les mieux conservés des deux principales races qui ont peuplé notre sol sont représentées dans notre carte par des teintes opposées. Ainsi, la race celtique, renfermée dans la région de Bretagne est teintée en blanc; l'autre région blanche de la carte se rapporte encore à une agglomération de populations gauloises, région celtique centrale. D'autre part, si l'on considère la traînée noire qui parcourt la France du nord-est au sud-ouest, sans tenir compte de quelques teintes intermédiaires sans importance, on trouve que cette direction est précisément celle qu'a suivie l'invasion kimrique qui a envahi la Gaule vers le septième siècle avant notre ère, et laissé des traces si profondes ^ Or, aux contrastes bien définis qui séparent ces deux races. Celtes et Kimris, nous croyons qu'on doit ajouter pour les seconds la circonstance de caries nombreuses par défectuosité primitive de constitution dentaire.

D'autres considérations intéressantes peuvent être soulevées par cet aperçu. Si l'on vient à comparer notre carte à d'autres qui ont été dressées pour diversesinfirmités, comme parexemple celle deM.Broca^

* Mémoires de la Société d'anthropologie, t. I.

* Quelques groupes kimris se retrouvent encore assez purs sur l'étendue de ce parcours ; tels sont les Boiens de la Teste, les Volkcs tectosages (Belges) de Toulouse, etc.

^ Broca, Mém . cité, carte p. 56 et deux cartes inédites du même auteur pour exemptions par défaut de taille dans les périodes 1851-1849 et 1850-1854. E. Magitot. 5

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GIIÂP. II. ÉTIOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

pour défaut de taille, on arrive à un résultat singulier. Ainsi, tandis que les départements de Bretagne sont blancs sur notre carte, ils sont noirs sur celle de M. Broca ; la même inversion se retrouve pour la région celtique centrale. Au contraire, toutes nos teintes noires qui indiquent les populations kimriques sont blanches dans celle de M. Broca. Cette opposition constante de teintes nous conduit à cette conclusion que les populations de la France se séparent, d'une manière générale, au point de vue de la carie dentaire en deux grandes familles : la famille celtique à individus petits, et trapus, et à dentition robuste; la famille kimrique à individus grands, blonds et dont l'organisation dentaire est défectueuse.

Nous n'étendrons pas plus loin ces considérations nécessairement bornées encore dans l'état actuel de la science anthropologique. Mais nous croyons qu'il reste bien démontré que, dans l'explication des caries endémiques, on doit tenir compte des questions de race bien plus que des conditions diverses de sol ou de milieu.

Les prédispositions anatomiques de la carie dentaire transmissibles par hérédité peuvent, ainsi qu'on le voit, constituer un fait normal, sans relation avec tel ou tel état morbide, les sujets présentant d'ailleurs les conditions ordinaires de stature, de forme et de beauté. La carie est alors une affection parfaitement isolée et locale. Mais ce n'est pas constamment le cas et nous aurons maintenant à tenir compte, dans la production des défectuosités générales de l'organe dentaire, des influences exercées par les constitutions et les diathèses.

D'une manière générale et en dehors des questions de race, une constitution robuste implique la perfection de toutes les parties de l'organisation, par conséquent celle des dents, et par suite la résistance énergique de celles-ci aux agents de la carie et leur intégrité persistante • tandis qu'une constitution faible prédispose tout à fait à cet ordre d'altérations. Nous n'avons point à revenir ici sur les causes intimes de ces dilférences ; elles ont été développées plus haut : la forme extérieure des dents, la continuité et la netteté des contours de la surface, toutes les apparences entin, peuvent être les raêmes^ et cependant la structure varier profondément d'un état extrême de la constitution à Lautre. Les tempéraments ont un effet analogue 5

CONDITIONS ANATOMIQUES PRÉDISPOSANTES. 07

ainsi : les tempéraments sanguins et nerveux semblent moins sujets à la carie; les tempéraments lymphatique et bilieux y sont disposés. Enfin les maladies chroniques et les diathèses, outre qu'elles provoquent, ainsi que nous le verrons plus loin, la production dans la salive des agents altérants propres à la carie, peuvent si elles dominent l'organisation d'un sujet pendant les phases de l'évolution dentaire, devenir cause de troubles dans ces phénomènes. Tel est le rachitisme, qui entraîne la diminution du volume des dents, leur teinte habituelle, pâle et transparente, et leur texture délicate. 11 en est de même des diathèses tuberculeuse, rhumatismale, syphilitique, etc. Cette dernière surtout produit des effets désastreux sur les dents, et l'on voit des enfants affectés de syphiHs héréditaire, présenter des dents petites, déformées, à cannelures profondes et dont l'émail et l'ivoire, imparfaitement calcifiés, sont parsemés de taches opaques et restent faibles et friables ^

La carie dentaire pouvant se produire à tous les âges de la vie, les dents temporaires et les permanentes y sont également sujettes. De plus, les causes diverses qui la provoquent auront d'autant plus de prise sur les tissus, que la dent aura effectué depuis moins de temps son éruption. En effet, une dent au moment de sa sortie n'a pas la résistance et la compacité qu'elle pourra acquérir par la suite, et une carie, à cette époque, l'envahira plus aisément. Une autre circonstance doit être notée ici, au sujet de la première dentition, c'est le rôle de la grossesse. On a vu que les dents permanentes subissaient l'influence des affections et des conditions diverses de la première enfance , pendant la durée de laquelle s'effectue l'évolution. En ce qui concerne la première dentition, qui se produit comme on sait depuis le deuxième mois après la conception, ce sont les conditions de la mère, les accidents ou phénomènes divers de la gestation, qui règlent les qualités de texture et d'organisation intimes des dents pendant tout le temps de la vie intra-utérine. Il résulte de là que, toutes conditions égales d'ailleurs, si la grossesse a été régulière et normale, la première dentition sera correcte et résistante ; que si elle a été troublée et interrompue par des circonstances morbides quelconques, les dents présenteront, à un certain * Voy. Huttchinson, Ophtalmie, Hospital Reports, n° 4 et 5, planche CXGI.

degré, les défectuosités localisées ou générales que nous avons décrites à propos des dents permanentes, et par conséquent toutes les prédispositions à la carie qui s'y rattachent. On comprend dès lors comment des dents temporaires déjà frappées par avance de défauts de composition intime, subissent si aisément Finiluence des agents destructeurs.

B. Conditions anatomiques acquises. — Les.conditions anatomiques accidentelles qui peuvent prédisposer à la carie sont les lésions traumatiques modifiant la structure des tissus dentaires, telles que les fissures, les fractures, l'usure et les luxations.

Les fissures, qm sont spéciales à l'émail, surviennent soit par une violence extérieure, soit par une transition brusque dans la température de la bouche. La fréquence de ces fissures est telle qu'on trouverait difficilement une dent adulte qui n'en présentât pas une ou plusieurs dans sa couche d'émad. Toutefois, en l'absence de toute cause efficiente, des fissures à peine pénétrablesmême par les Hquides et qui ne se révèlent parfois qu'à la dessiccation ou dans une coupe microscopique, n'ont pas de signification ni d'importance; mais lorsqu'elles sont plus étendues et perméables, elles peuvent jouer exactement le rôle que nous avons reconnu aux sillons ou anfractuosités congénitales. D'autre part, si les fissures siégeaient sur un point d'ailleurs favorablement disposé aux actions chimiques comme un interstice dentaire, et que ces actions s'y produisissent assez énergiquement, une carie se formerait aussitôt. Ces interstices dentaires sont encore sujets à une autre lésion accidentelle de l'émail que nous devons signaler. C'est une espèce d'usure ou de désagrégation résultant du contact et des vibrations de deux dents contiguës pendant les mouvements des mâchoires et les actes de la mastication. Il se produit ainsi sur des points opposés de deux dents serrées l'une contre l'autre une sorte de dissociation des prismes de l'émail, suivie de la formation d'une petite dépression ou d'une ouverture pénétrant à une profondeur variable de la couche d'émail et atteignant souvent jusqu'à l'ivoire. Ce fait contribue à exphquer le siège de prédilection de certaines caries pour les interstices dentaires.

Les fractures, et nous voulons parler ici des fractures partielles

CONDITIONS ANÂTOMIQUES ACQUISES. 00

sans pénétration de la cavité de la pulpe, en privant la couronne d'une partie plus ou moins étendue de sa couche d'émail et d'ivoire, découvrent ainsi des parties profondes par conséquent moins denses et plus accessibles aux actions chimiques. C'est ainsi qu'on voit souvent la carie attaquer un point d'une dent antérieurement fracturée. Si la perle de substance a traversé la cavité de la pulpe et entraîné la perte de cet organe, le développement de la maladie est encore plus prompt car les actions destructives renfermées et localisées dans une cavité naturelle y acquièrent une grande énergie.

L'usure des dents est un phénomène normal et permanent qui résulte de la disposition relative et du mode de rencontre des deux arcades dentaires; aussi est-elle d'autant plus prononcée que cette rencontre est plus immédiate et plus verticale. C'est à elle que les incisives doivent la disparition des dentelures qu'elles présentaient à l'éruption, et les molaires l'effacement graduel de leurs tubercules. Ce phénomène lent et progressif dure pendant toute la vie et a pour effet une réduction de plus en plus grande de la hauteur des dents, en même temps qu'il en fait disparaître complètement la couche d'émail et pénètre à une certaine profondeur dans le tissu de l'ivoire. Cette usure varie sensiblement encore suivant le mode d'alimentation, et des recherches ethnologiques sur des crânes des époques primitives paraissent avoir étabU qu'elle était alors très-prononcéo, en raison peutêtre de l'alimentation crue qui était alors à peu près seule usitée ^

L'influence de cette usure des dents sur la carie dentaire est la même que celle des autres circonstances qui mettent Tivoire à découvert en privant la dent de sa protection d'émail. Il faut dire toutefois que ce phénomène n'arrivant à un certain degré que chez le vieillard, est contre-balancé par l'augmentation de densité et de résistance qu'ont acquis les tissus dentaires par les modifications moléculaires incessantes qu'ils éprouvent. D'autre part, les surfaces usées étant polies et glissantes, offrent très-peu de prise aux actions chimiques, de sorte qu'en définitive, les caries développées sur des points d'usure chez l'adulte et le vieillard sont relativement rares.

* Voyez Garrigou, Bulletins de la Soc. d'anthropologie, 1864, p. 959.

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Une autre usure sur laquelle uous devons nous arrêter est celle que peuvent produire les anneaux ou liens divers appliqués accidentellement sur les dents dans les appareils d'orthopédie ou de prothèse. Celle-ci a une bien plus grande importance en ce qu'elle peut survenir même chez des sujets jeunes. Aussi voit-on souvent l'altération prendre naissance au fond de la gouttière ou de la dépression causée par un lien métallique ou autre.

Les luxations complètes ou incomplètes des dents suivies de consolidation ont sur le développement de la carie une influence prédisposante qui résulte du trouble profond apporté dans la nutrition de l'organe. En effet, il est fréquent d'observer, à la suite d'une consolidation, que la dent reste frappée de mortification de sa pulpe et par conséquent de l'anéantissementdes fonctions de cet organe devenu dès lors impropre à fournir les actes de résistance qu'il oppose à l'envahissement de la carie. La dent prend alors une coloration brune ou noire, et la carie, lorsqu'elle se développe, y progresse plus rapidement, affectant en même temps la teinte foncée qui résuite de la pénétration même des canalicules dentaires par les éléments mortifiés de la pulpe centrale.

§ 3. De la sali^'e et, de ses modifications.

Nous nous proposons de démontrer dans ce paragraphe que la salive est le véritable agent de la carie, non point par sa constitution première, impropre par elle-m.ême à exercer aucune action sur les dents, mais par suite des variations infinies que peut éprouver sa composition sous diverses influences que nous déterminerons, variations résultant soit du développement spontané de substances douées d'une action altérante sur les tissus dentaires, soit de l'introduction accidentelle de ces mêmes substances venues toutes formées du dehors. Nous sommes ainsi conduits à étudier : A, la salive normale; B, ses modifications accidentelles et morbides.

La salive doit être envisagée au point de vue qui nous occupe sous deux aspects successifs : l^les sécrétions salivaires proprement dites

OU salives simples; 2° la salive mixte composée de la réunion et du mélange de ces dernières dans la cavité buccale avec les différents produits de la muqueuse elle-même. Les salives simples sont les suivantes :

1° La salive parotidienne, fluide comme de l'eau, d'une densité de 1,006, absolument dépourvue de viscosité, alcaline, et tenant en dissolution des substances qui, par le refroidissement et le repos, forment un dépôt blanchâtre qu'on reconnaît comme formé de carbonate de chaux cristallisé en rhomboèdres et mêlé ou combiné à une certaine proportion de matière organique; aussi dégage-t-elle de l'acide carbonique si on la traite par les acides. Cette particularité sert d'explication aux dépôts parfois si abondants de tartre sur les grosses molaires supérieures, surtout à leur face externe, au voisinage de l'orifice du canal de Sténon et particulièrement lorsqu'une circonstance quelconque frappe d'inaction le côté correspondant. Ce liquide, constamment alcalin d'après Cl. Bernard^, a été quelquefois trouvé acide par M. Mitscherlich, chez l'homme, sur les bords d'une fistule parolidienne lorsque le liquide s'écoulait en petite quantité, mais la réaction redevenait alcaline dès qu'il coulait en abondance. Ce fait toutefois ne saurait établir que la salive parotidiennc puisse être acide, cette réaction étant due sons doute, dans l'expérience dont il s'agit, à la présence de la sueur ou de quelque produit de fermentation sur les bords cutanés de la fistule.

Cette salive contient en moyenne de 95 à 98 pour 100 d'eau contre 2 à 5 de substances solides qui sont principalement des carbonates de chaux soit libres, soit combinés, suivant Lehmann^, avec de la matière organique. Cette matière organique, commune, sauf quelques différences secondaires, aux diverses espèces de salives, et qui a été appelée par Berzélius ptycdine^ est coagulable et n'existe dans le liquide parolidien qu'en très-petite quantité. On trouve aussi du chlorure de potassium, du bicarbonate de chaux, un peu de phosphate de chaux, et enfin du sulfo-cyanure de potassium qui a élé rencontré par quelques auteurs.

* Leçons de physiologie eo^périmcntale, 1856, t. H, p. 62. - LerJibKch dcrPhys. Cliemie, t. H.

Des variations peuvent survenir dans la sécrétion de la glande parotidienne comme dans celle des autres glandes salivaires. On sait que les parotides sécrètent alternativement et que leur salive est la seule qui se produise en dehors des repas; la diète a donc sur sa sécrétion une influence m.oindre que sur les autres. La présence dans la bouche d'aliments secs paraît la provoquer spécialement et son expulsion dépend de la compression qu'exercent sur la glande les muscles de la région parotidienne dans les mouvements masticatoires. Les expériences de Cl. Bernard^ ont en outre prouvé que la glande est sous l'influence du trijumeau et du facial, ce qui explique pourquoi certaines névralgies de la cinquième paire et les altérations des dents donnent lieu à une salivation abondante due sans doute en grande partie à une hypersécrétion du liquide parotidien.

2° La salive sous-maxillaire ^ hquide limpide, mais doué d'une grande viscosité qui lui donne, par le refroidissement, une consistance comme gélatineuse. Elle ne laisse pas déposer, comme la précédente, de cristaux de carbonate de chaux, mais sa réaction est néanmoins franchement alcaline. Elle renferme, d'après les analyses de Bidder et Schmidt, près de 3 pour lOO de matière organique et 5 pour iOO de matières inorganiques, et ne contient pas de sulfo-cyanure de potassium. La sécrétion de la glande sousmaxillaire est intimement liée au phénomène de gustation et se produirait par une action réflexe du nerf du goût, branche hnguale de la cinquième paire sur des filets nerveux qui pourraient être, d'après Cl. Bernard, des rameaux de la corde du tympan. Ces particularités, qui donnent à la glande sous-maxillaire une physionomie spéciale, expliquent comment le jeûne et la diète peuvent entraîner la suppression presque absolue de la sécrétion de cette glande.

5^* La salive sublinguale, isolée pour la première fois par Cl. Bernard^, est un liquide transparent, alcalin, doué d'une viscosité extrême, qu'il doit, comme la précédente, à la présence de la matière organique coagulable, filante, ptyaline de Berzélius et considérée longtemps comme un ferment salivaire spécial. On doit rapprocher de la salive sublinguale le liquide produit par la glande accessoire du

* Loc. cit., p. 69.

2 Arcli. gêner . de méd., 1847.

canal de Sténon ou parotide accessoire qui fournit une salive offrant les mêmes caractères.

4" Aux salives simples, que nous venons d'indiquer, il faut ajouter le produit de la sécrétion des différentes glandules buccales, si nombreuses sous la muqueuse, et qu'on a improprement nommées g/a/îdes miicipares. Ces glandules ne sécrètent point le mucus, lequel est produit par un phénomène que nous expliquerons plus loin, mais un liquide salivaire véritable qui varie suivant les points de la bouche qu'occupent les divers groupes de ces glandules; ainsi celles du voilo du palais et de la voûte palatine produisent une salive voisine de La sublinguale; celles de la face interne des lèvres et des joues versent un liquide analogue à la saHve parotidienne.

Enfin à ces liquides salivaires proprement dits s'ajoute un dernier produit de sécrétion buccale, le mucus^ dont la quantité relative varie infiniment suivant les sujets ou diverses circonstances, et dont nous étudierons plus loin le mode de formation et le rôle particulier.

La salive mixte ^, c'est-à-dire le liquide buccal résultant du mélange des diverses sécrétions qui sont versées dans la bouche, constitue, examinée chez l'homme, un hquide spumeux, trouble, qui par le repos se sépare en trois perlions : l** une qui surnage, formée par un liquide écumeux et filant, plus ou moins abondant; 2° une portion moyenne, claire, limpide et moins visqueuse ; 3^ la portion inférieure se présentant sous la forme d'un dépôt d'une substance gris blanchâtre, dans laquelle l'examen microscopique fait voir des cellules d'épithélium de la bouche en grande quantité, des globules de graisse, des leucocytes ou globules muqueux, des détritus d'aliments, des cristaux de carbonate de chaux, des vibrions et des cryptogames coïncidant avec l'altération des parcelles alimentaires restées entre les dents. Certaines de ces parties ne sont, du reste, qu'accidentelles, et ne peuvent être considérées comme des éléments constitutifs d'aucune salive spéciale.

La réaction de la salive mixte est, d'après la plupart des auteurs, normalement alcaline, ce qu'elle devrait au phosphate de soude tribasique qu'elle contient, mais serait susceptible de varier suivant

* CL Bernard, Mém. sur les salives, et Comptes rendus et Mém. de la Soc. de bioL, 1852, p. 349.

diverses circonstances. Nos observations nous ont amené à établir, dans cette recberche de la réaction de la salive, une distinction entre la réaction étudiée sur la muqueuse de la langue et des joues qui est réellement alcaline, et celle de la surface des dents et des gencives qui est fréquemment acide. Nous avons même constaté souvent ce fait cbez des sujets exempts de tout état anormal de la bouche ou de la santé générale, et il nous a paru coïncider avec deux circonstances principales : la grande viscosité de la salive et l'existence de couches épaisses de mucosités sur les dents. Or cette viscosité étant due à la présence de la matière coagulable albuminoïde ou ptyaline, celle-ci est susceptible par sa nature même de devenir l'agent de fermentations diverses avec productions acides aux dépens de certaines matières alimentaires retenues à la surface des dents et dans leurs interstices, par le mucus lui-même qui leur sert de milieu. Ces circonstances coexistent aussi avec des caries dont le nombre ou la gravité paraissent proportionnelles à cette viscosité et à cette prédominance du mucus.

C'est donc un fait parfaitement démontré pour nous que la salive observée dans le sillon gingivo-labial peut être normalement acide, et cela pendant toute la durée de la vie; de sorte qu'en admettant a priori la conséquence de cet état sur les dents, la destruction de celles-ci doit commencer aussitôt qu'est achevée leur éruption ; ce qui arrive en effet chez un certain nombre de sujets dont les dents sont dès l'enfance envahies par cette maladie.

Cette réaction acide particulière au sillon gingivo-labial à l'état normal, avait été constatée également par M. F. Boudet^, qui a reconnu en outre qu'elle était surtout marquée au voisinage des incisives supérieures, tandis que pour la gencive inférieure la salive qui y afflue sans cesse neutralise cette réaction. Cette circonstance, vérifiée par nous, expHque encore pourquoi les incisives inférieures échappent habituellement à la carie, tandis qu'elle affecte de préférence les supérieures.

Deux réactions peuvent donc s'observer à la salive au contact des dents dans l'état normal. Dans un grand nombre de cas, cette

* Joîirn. de phys. et chim., mai, 1842.

réaction est alcaline comme dans tout le reste de l étendiie de la muqueuse et les dents conservent ordinairement une intégrité complète; dans ces circonstances, cette réaction est acide, et ce fait qui entraîne comme conséquence la production de caries dentaires nombreuses, semble être une disposition normale et habituelle à certains sujets, susceptible de s'étendre quelquefois aux divers membres d'une même famille, et transmissible par hérédité au même titre que d'autres prédispositions quelconques.

Les divers éléments qui composent la salive mixte normale ont donc une réaction primitive alcaline, et l'état acide proviendrait exclusivement du fait de certaines altérations ou fermentations, non point de ces éléments eux-mêmes, mais de substances étrangères introduites accidentellement ou par l'alimentation, et qui par cette voie donnent heu à des produits acides. Or tandis que la prédominance dans le liquide salivaire du mucus et de la matière coagulable, peut favoriser éminemment la production de ces fermentations, et par suite l'apparition de la carie, leur faible proportion, dans d'autres cas, jointe à l'excès d'alcalinité de la salive, peut s'opposer à ces fermentations ou en neutraliser les effets.

La salive est douée d'une odeur fade, nauséabonde, qui n'a rien de commun avec les odeurs propres à la bouche elle-même, et qui résultent de certains dégagements de gaz dus aux phénomènes de putréfaction des matières alimentaires, ou à ceux que peuvent présenter les cavités des caries.

Abandonnnée à elle-même dans un vase à l'air libre, la salive subit au bout de quelques jours une altération de nature putride, mais la fermentation proprement dite ne s'y développe qu'aux dépens de substances alimentaires tenues en dissolution ou en suspension dans son intérieur. Les expériences de Cl. Bernard ont établi nettement que les dilférentes salives isolées sont impropres à transformer en dextrine une dissolution d'amidon, malgré la présence de la matière coagulable ou prétendu ferment qu'elles renferment , et lorsque dans la bouche il se produit un commencement de fermentation des matières amylacées, ce résultat serait dû à l'intervention de substances étrangères pouvant remplir à un moment donné le rôle actif de ferment. Ces considérations conduisent à envisager le rôle phy-

siologique de la salive dans les actes de la salivation et de la uéglulilion comme purement mécanique. Une masse d'aliments étant introduite dans la bouche, la salive parotidienne, provoquée par les premiers contacts alimentaires et les mouvements des mâchoires, humecte ces aliments, les divise jusqu'à ce que le développement de leurs qualités sapides provoque la sécrétion des glandes sublinguale et sous-maxillaire, dont la viscosité n'aurait pour effet que de faciliter le ghssement du bol alimentaire dans le pharynx et l'œsophage. Le phénomène des fermentations amylacées doit donc être considéré dans la salive comme exceptionnel, et s'il vient à se produire partiellement au début d'un repas, c'est que la salive abandonnée à ellemême depuis un certain temps est devenue le siège de diverr; actes de transformations sous l'influence de matières étrangères susceptibles de jouer le rôle de ferments; mais il cesse bientôt complètement après le passage du premier bol alimentaire, ef la salive conserve alors le seul rôle mécanique dévolu normalement à ce liquide.

On peut envisager, dans la composition de la salive, les éléments suivants :

1° Eau. La proportion d'eau contenue dans la salive mixte varie, d'après les analyses de Berzélius, Simon, Tiedmann et Gmelin, Bidder et Schmidt, etc., de 992 à 995 p. 4,000, ce qui réduit de 5 à 8 la proportion de matières solides organiques et inorganiques. Suivant Lhéritier, la proportion d'eau serait plus considérable chez les enfants ; elle augmenterait aussi dans certaines maladies, la chlorose, et diminuerait dans d'autres, les phlegmasies. Ce liquide est dans la salive, ainsi que dans toutes les autres humeurs de Féconomie, non point libre, mais à l'état d'eau de constitution combinée à la matière organique elle-même.

2° Matières organiques. Les matières organiques signalées dans la salive mixte sont :

a. L'albumine.

b. La caséine.

c. Les cellules épithéhales.

d. Des matières grasses.

e. Du mucus.

f. Une matière organique spéciale.

(j. Des parasites végétaux et animaux.

h. Des substances diverses formant des taches ou dépôts sur les dents.

La présence de V albumine^ tour à tour contestée et admise par les auteurs, a paru toutefois démontrée à Cl. Bernard. Ce fait n'a d'ailleurs pas une signification bien importante pour le sujet qui nous occupe; il en est de môme de la caséine.

Les cellules épithéliales caractérisent la salive mixte ou buccale, car à l'examen des diverses salives obtenues directement des conduits excréteurs, on n'en rencontre pas. Il faut donc les considérer comme des éléments détachés de la muqueuse buccale. Quelques leucocytes sont dans le même cas, et proviennent des phénomènes d'irritation si fréquents dans la bouche. Ces leucocytes, si on les observe en particulier dans les amas blanchâtres des interstices dentaires, apparaissent gonflés et granuleux, comme ils le sont d'ordinaire après avoir été soumis à l'action d'un acide étendu, circonstance qui est en relation avec cette réaction acide fréquente du miheu dentaire.

Les matières grasses contenues dans la salive se présentent au microscope sous la forme de gouttelettes d'huile, et proviennent sans doute des aliments. Certaines réactions de ces matières ont fait dire à Tiedmann et Gmelin^ qu'elles contenaient du phosphore.

Le mucus buccal sur la constitution duquel les auteurs sont loin d'être d'accord, doit nous arrêter un instant ; il compose, d'après Berzélius% la moitié du résidu sec de la salive ; ses réactions ont été diversement interprétées.

Une expérience de Cl. Bernard^ sur un chien dont on avait divisé les divers conduits salivaires, a montré que la muqueuse buccale recouverte seulement de ce produit avait conservé la réaction alcaline. Le mucus est donc alcalin à la surface de la muqueuse des joues et de la langue ; mais il n'en est pas constamment de même au niveau du collet des dents et des interstices dentaires. Dans une série

* Recherches sur la digestion, t. I, p. 11.

^ Traité de chimie, p. 157.

^ Leçons de 'physiologie, II, p. 121, 1850.

d'observations faites par nous chez Thomme, le mucus qui recouvre les dents el les gencives, essayé au papier de tournesol légèrement mouillé d'eau distillée, a été souvent trouvé acide, même dans Fétat physiologique, mais plus particulièrement dans le cours de certaines maladies aiguës ou chroniques avec diète et diminution ou suppression de la sécrétion salivaire. Il est donc avéré pour nous que si les sahves simples sont invariablement alcalines, le mucus buccal peut, au voisinage des dents et accidentellement, acquérir une réaction acide. Or les mucosités, presque nulles chez certains sujets, peuvent devenir très-abondantes chez d'autres, et cette dernière circonstance nous a toujours paru coïncider avec la production de caries nombreuses et à marche rapide. Nous ferons remarquer aussi que, d'après nos observations, la prédominance du mucus paraît exclure la présence de dépôts de tai^tre à la surface des dents dans les lieux d'élection, et cette remarque, que nous avons répétée bien souvent, nous permet de reconnaître à première vue la réaction ordinaire de la muqueuse voisine des dents. Si le mucus est abondant et la sahve visqueuse, le milieu dentaire sera acide et le tartre rare ou manquant complètement , cette, substance étant dissoute aussitôt que produite ; mais on devra rencontrer dans la bouches des caries plus ou moins nombreuses, à coloration blanchâtre, de forme molle et à marche rapide. Si, au contraire, le dépôt muqueux manque complètement, on constatera une réaction locale alcaline, la présence souvent très-abondante de tartre avec ses conséquences sur le bord gingival et un nombre relativement moindre ou l'absence complète de caries. Entre les deux extrêmes il y a une série de degrés qui se rapprochent plus ou moins de la réaction neutre, point où se trouvent théoriquement les conditions d'intégrité absolue des dents et des gencives. On peut aussi observer simultanément sur divers points de la même bouche une réaction ici alcaline, là acide. Il est fréquent en effet de voir la muqueuse gingivale supérieure acide et des caries des incisives correspondantes, tandis que la muqueuse observée à la mâchoire inférieure est alcaline, avec dépôts calcaires et absence absolue de caries. Il est donc, nous le répétons, de la plus grande importance de distinguer dans l'étude des conditions de la salive la réaction alcaline constante de la muqueuse générale et la

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réaction propre à la gencive, laquelle peut de la sorte et suivant les individus ou diverses circonstances être acide, alcaline ou neutre.

Le mucus buccal, qu'on croyait autrefois dû à la sécrétion deglandules spéciales, (jlandules mucipares^ est, de même que tous les mucus quelconques de l'économie, le résultat d'une sécrétion directe de muqueuse et de son épitliélium en l'absence complète d'organes glandulaires. La surface du cliorion de la muqueuse comprise dans les interstices des orifices glandulaires, fournit les matériaux de production des mucus aux éléments épithéliaux qui les élaborent et en déterminent la composition, en sorte que le mucus est en réalité une sorte d'exsudation épithéliale K

Cette substance, ainsi formée, offre tous les caractères communs aux mucus en général contenant un principe spécial, la mucosine, substance albuminoïde non miscible à l'eau, et plus lourde que ce liquide. Ce mucus buccal peut, ainsi que les mucus nasal et intestinal, passer dans certaines circonstances à l'état concret ; il se produit alors dans la bouche des masses plus ou moins dures, des croûtes, ou fuliginosités qui se déposent à la surface de la langue, des gencives et des dents pendant la durée de certaines maladies fébriles, par exemple. Ces masses concrètes jouent, ainsi que nous le verrons plus loin, un rôle important dans la production des caries dans les affections aiguës, les phlegmasies, etc.

La matière organique particulière à la salive, fort difficile à isoler, et qui avait été observée d'abord dans la salive mixte avant les découvertes de Cl. Bernard, est une substance albuminoïde différant sensiblement de l'albumine proprement dite, appelée par les auteurs ptyaline^ et offrant quelques variétés de réaction suivant les différentes salives simples. Ainsi dans la salive parotidienne, cette substance est coagulable par la chaleur, l'acide azotique et le sulfate de magnésie, qui ne coagule pas l'albumine ; dans la salive sous-maxillaire, cette ptyaline ne coagule ni par la chaleur ni par l'acide azotique ; dans la salive subUnguale, elle est tellement visqueuse qu'elle s'oppose à ce qu'on puisse apprécier à l'aréomètre la densité du liquide,

* Voir Littré et Ch. Robin. Dictionnaire de médecine, 12^ édition, art. Mucus et Sécrétion.

et ne se trouble pas à l'air, contrairement à celle que contiennent les salives précédentes.

Cette manière organique spéciale se forme de toutes pièces dans les cellules épithéliales qui tapissent les culs-de-sac glandulaires, et sa sécrétion se continue pendant un certain temps, même après la mort. De plus, on peut l'extraire directement en l'exprimant par la pression du tissu glandulaire lui-même séparé du corps, ou en faisant une infusion de ce même tissu. On parvient ainsi à la recueillir et à l'observer avec les particularités qu'elle présente suivant les différentes glandes.

Les études modernes permettent de considérer cette substance comme une matière propre aux diverses salives simples dans lesquelles elle figure en proportion variable présentant des propriétés voisines de celles de l'albumine, mais nullement susceptibles de jouer le rôle de ferment, puisque d'après ce que nous avons dit, les salives sublinguale et sous-maxillaire qui lui doivent leur viscosité considérable, restent impropres à produire la fermentation de l'amidon. Notons toutefois que si, d'après les idées les plus récentes, on ne doit plus accorder à la salive dans les actes de la digestion aucun rôle dissolvant de matières amylacées, nous ne saurions toutefois refuser à la ptyaline une part d'influence au même titre que toute autre substance albuminoïde analogue dans les actes de fermentation qui se produisent par des contacts prolongés au sein de la cavité buccale dans les interstices dentaires, les sillons ou anfractuosités congénitaux des dents et les cavités des caries préexistantes.

Les parasites végétaux et animaux contenus dans la salive proviennent des dépôts inlerdentaires ou du bord gingival. Si, en effet, on place sur une lame de verre pour l'examen microscopique une petite quantité de ces amas caséeux blanchâtres qui recouvrent le matin à jeun la surface dos dents, on y constate les particularités suivantes :

La plus grande partie de la masse est représentée par une quantité innombrable de filaments très-déliés, enchevêtrés dans tous les sens, et présentant sur certains points où on les trouve isolés, quelques courtes subdivisions. Ces filaments ont tous les caractères d'un parasite végétal del'espècedos algues, leptotrixbuccaUs, déjà constaté

plus haut (pl. Il, fig. 8). A ce parasite végétal s'ajoute quel(iuofois une autre espèce, voisine de l'oïdium du muguet, mais en moindre quantité. Des parasites animaux se rencontrent en nombre considérable, ce sont des vibrions, le vibrio lineola, puis on trouve accessoirement des cellules épithéliales de la bouche, des globules graisseux provenant des aliments, de petites masses irréguUères offrant tous les caractères du phosphate de chaux, et qui représentent des fragments de tartre, quelques leucocytes , des débris ahmentaires divers, et enfin une quantité relativement grande de granulations amorphes rassemblées en amas irréguHers dans les interstices des filaments de cryptogames, et qui sont douées de coloration verte, brune ou noire. Ce sont ces granulations provenant sans doute des aliments qui forment ces couches diversement colorées, ordinairement verdâtres ou brunes, qui recouvrent la surface des dents. Ces taches auxquelles on serait tenté d'attribuer un rôle dans les phénomènes d'altération des dents, n'ont en réalité aucune importance. Elles existent d'ailleurs dans beaucoup d'espèces animales, le chien, le chat, le cheval, les ruminants; elles sont très-abondantes, surtout chez ces derniers, où elles forment des croûtes vertes pouvant recouvrir parfois presque toute la hauteur de la couronne, et constituées par de la matière colorante végétale provenant de l'alimentation. D'autres taches s'observent encore; elles sont absolument noires et particulièrement fréquentes chez les fumeurs; elles sont composées simplement de fines parcelles charbonneuses.

Quant aux parasites végétaux et animaux dont on constate aussi la présence dans la cavité des caries en voie de progression, leur développement nous paraît lié aux phénomènes de fermentation buccale en général. On sait quel rôle fait jouer M. Pasteur à certaines espèces de microphytes et microzoaires dans sa théorie des fermentations, et soit qu'on considère ces phénomènes comme le résultat d'actes physiologiques de ces êtres inférieurs, soit qu'on regarde la production de ceux-ci, ainsi que nous serions disposé à le penser, comme un épiphénomène de ces fermentations mêmes, les conditions de la bouche peuvent donner raison à l'une ou l'autre de ces hypothèses.

V* Magitot.

5° Matières inorganiques. Les matières inorganiques trouvées normaiement dans la salive mixte de l'homme sont:

a. Des carbonates alcalins.

b. Des phosphates terreux.

c. Des chlorures.

d. Des sulfates et des lactates.

e. Du sulfocyanure de potassium.

Les carbonates alcalins proviennent principalement de la salive parotidienne qui en contient une plus grande quantité que les autres. Un fait digne de remarque, c'est que la salive mixte en renferme proportionnellement moins que la salive parotidienne. Cl. Bernard^ en donne Texplication suivante : Les salives pures, en arrivant dans la bouche au contact de l'air et de la muqueuse buccale, subissent une sorte de décomposition qui détermine la précipitation des carbonates insolubles. C'est ce fait qui contribue, suivant nous, à la formation des dépôts de tartre, dont nous allons expliquer le mode exact de production.

Les phosphates signalés dans la salive mixte sont surtout des phosphates de chaux et de soude; ils formeraient même la presque totalité des calculs salivaires.

Le tartre est une masse concrète, pierreuse, ordinairement jaunâtre, ou diversement colorée, susceptible d'acquérir parfois une très-grande dureté et qui se dépose à la surface des denots. Les points où on l'observe spécialement sont, par ordre de fréquence, la face postérieure des dents antéro-inférieures, situées en regard de Torilice des conduits sécréteurs des glandes sous-maxillaire et sublinguale; la face externe des molaires supérieures, au voisinage de l'orifice du canal de Slénon, puis les molaires inférieures. Use dépose très-rarement à la face linguale des molaires des deux mâchoires, et ne se rencontre jamais à la face postérieure des dents antéro-supérieures qui n'est pas baignée par la salive. Ces dépôts de tartre qui, lorsqu'ils sont abondants, deviennent l'indice d'une réaction alcaline habituelle de la salive, peuvent se produire par masses parfois considérables, surtout lorsque, par une cause quelconque, les dents

* Leçons de physiologie, p. 152,

du côte de la bouche ne prennent plus part à la mastication devenue exclusive au côte opposé. Nous avons vu les dépôts de tartre si abondants parfois qu'ils entouraient de toutes parts une série de dents enfouies ainsi au milieu de la masse. C'est à ce phénomène que Ton doit rapporter les récits de Pline et d'autres auteurs anciens sur les cas de dents réunies et constituant alors en apparence une seule dent demi-circulaire pour chaque mâchoire.

Le tartre se compose principalement de matières minérales, phosphates et carbonates terreux, dont la proportion relative est trèsvariable suivant les diverses analyses. (Berzclius, Vauquelin, Bibra.) Ainsi, tantôt on trouve 60 p. 100 de phosphates, tantôt la môme quantité à peu près de carbonates. Nous nous expliquons très-facilement ces différences dans les résultats obtenus ; ainsi si le tartre analysé a été recueilli sur les grosses molaires supérieures qui se recouvrent particulièrement des dépôts de la salive parotidienne, il y aura prédominance de carbonates comme dans ce liquide lui-même. S'il a été extrait de la face postérieure des incisives inférieures, il sera riche en phosphates. Ces variations de composition chimique se retrouvent d'ailleurs dans la constitution des calculs salivaircs, et y sont soumises à la même explication.

Les sels, carbonates ou phosphates, sont dans le tartre, mélangés et réunis à une certaine proportion de matière organique, à des cellules épithéliales, des globules graisseux, des leucocytes, des algues filiformes et des infusoires des genres vibrio et monas.

On a émis sur la formation du tartre diverses hypothèses :

M. Serres a admis l'existence de glandes tartariques siégeant dans l'épaisseur des gencives et ayant la propriété de sécréter le tartre des dents. L'observation anatomique n'a point démontré l'existence de ces glandes.

Cl. Bernard ^ donne comme probable une explication qui ferait dépendre la formation du tartre d'une irritation du périoste alvéoloden taire à la suite du déchaussement des gencives ramollies par des fragments alimentaires pendant les actes de la mastication. Il compare cette sécrétion anormale à celle qui accompagne parfois la pé-

Leçons de physiologie, p. 134.

riostite des os. Celte explication ne saurait être admise, et outre qu'on ne peut attribuer au périoste dentaire aucune action sécrétoire, il suffirait pour la faire rejeter de remarquer que l'existence de dépôts de tartre se constate sur certains corps étrangers introduits dans la bouche comme des appareils de prothèse en l'absence complète des dents, et conscquemment du périoste dentaire.

Une troisième théorie est celle de M. Dumas, qui admet dans la bouche deux espèces de salives, l'une acide, l'autre alcaline qui sursature la première. La salive acide tiendrait en dissolution les phosphates, et dès que l'acide serait saturé par la seconde salive alcahne, ceux-ci se précipiteraient.

Cette théorie ne nous paraît pas tout à fait conforme à la vérité. Dans notre opinion, le tartre résulte d'un simple dépôt par précipitation des phosphates et carbonates terreux tenus en dissolution dans la salive à la faveur de la matière organique avec laquelle ils sont combinés. A leur arrivée dans la cavité buccale, les principes se dédoublant au contact de l'air et de la muqueuse, les sels insolubles dans l'eau se précipitent et se déposent à la surface des dents.

La quanlité de tartre qui se fait dans la bouche varie infiniment suivant les sujets, et ces différences dans notre théorie s'expliquent aisément. En effet, d'une part les salives simples peuvent contenir, chez certains individus, une proportion moindre de sels terreux en dissolution, et le dépôt tartreux sera relativement faible ; d'autre part, le dépôt peut rencontrer, à mesure de sa précipitation à la surface des dents une réaction accidentelle acide qui le neutralise et le fait rentrer en dissolution dans la salive ; et si enfin le dépôt déjà peu abondant se trouve en présence d'un milieu acide fort énergique, il subsiste encore au contact des dents, et malgré la neutrahsation du tartre formé, une réaction acide qui entraîne des effets désastreux sur ces organes.

L'existence ou l'absence du tartre dans la bouche présente donc, dans l'histoire de la carie dentaire, une certaine signification : trèsabondant, il indique une réaction alcaline franche de la salive ainsi que du milieu où se trouvent les dents et exclut la carie de ceUe-ci ; absolument nul, il imphque nécessairement un milieu dentaire acide, avec toutes ses conséquences sur l'état de ces organes; puis

entre ces deux états exlreines se groupent des degrés, avec prédominance plus faible, alcaline ou acide, et les résultats variés qui en résultent.

On pourrait objecter à cette théorie de la formation du tartre la grande disproportion souvent observée de phosphates terreux peu abondants dans la salive, tandis que le tartre en contient environ 60 pour 100. Cette objection n'est pas fondée si l'on réfléchit que la quantité de salive sécrétée en moyenne en quarante-huit heures chez l'homme est de 400 grammes environ de sorte que, si peu que contiennent de phosphates les liquides salivaires, la formation du tartre s'explique encore; car on sait que ce dépôt se produit ordinairement avec une extrême lenteur, et qu'il faut souvent plusieurs années pour en former une couche d'une certaine épaisseur.

Les ckohires alcalins se rencontrent en notable proportion dans la salive mixte de Thomme. Ils ne présentent, au point de vue qui nous occupe, aucun intérêt particulier; il en est de même des sulfates.

Les lactates sont à peu près dans le même cas ; nous croyons toutefois que leur présence dans la salive n'est pas normale, mais qu'elle est accidentelle et provient des fermentations lactiques dont la salive est le milieu.

Quant au siilfo cyanure de potassium tour à tour admis et contesté par les auteurs, sa production serait liée, si l'on en croit Eberle^ à un état particulier du système nerveux et deviendrait dans cortames circonstances l'agent virulent de la rage.

B. — MODIFICATIOINS ACCIDENTELLES ET l'ATIIOLOGIQUES DE LA SALIVE.

Nous venons d'étudier la salive dans ses caractères normaux et ses réactions physiologiques ; nous allons envisager maintenant les modifications de constitution et de sécrétion qu'elle peut présenter soit accidentellement par l'intervenlion de diverses substances étrangères qui y sont introduites, soit pathologicjuemeut sous l'influence de certains étals morbides.

' Physiologie der Yevdaimng.

86 CIIAP. ïl. ÉTIOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

i° Modifications accidentelles de la salive. — Les changements de composition qui peuvent survenir au sein des liquides buccaux par voie accidentelle sont de deux ordres : ils peuvent dépendre de la présence de substances fermentescibles dont les produits d'altération arrivent à prédominer dans la salive ou provenir de l'introduction dans la bouche de substances à action directe ou à composition fixe. Nous ne nous occuperons dans ces deux cas que des agents qui peuvent faire éprouver aux tissus dentaires avec lesquels ils sont en contact des altérations de nature chimique, limitant ainsi cette étude au sujet qui nous occupe.

a. Fennentations salivaires. On appelle fermentation en général certaines métamorphoses que sont susceptibles d'éprQuver, dans des conditions délerminées, des principes immédiats végétaux et animaux soit au contact des tissus vivants et sous l'influence d'agents spéciaux nommés ferments^ soit dans des miheux artificiels, réalisant par imitation les conditions naturelles \

Toute fermentation représente la combinaison àa diverses circonstances : 1° les conditions du développement des fermentations ; 2° les agents de ces fermentations ou ferments proprement dits • o** des substances fermentescibles.

Les conditions des fermentations sont :

1° La présence de Teau ;

2*^ Le concours d'une certaine température de 25 à 40 degrés en moyenne ;

5° L'intervention de l'oxygène ;

4" Le concours du temps, c'est-à-dire le séjour assez prolongé des matières fermen'escibles au contact de substances jouant le rôle de ferments.

Il est évident que les diverses conditions de fermentations se trouvent réunis au plus baut degré dans la cavité buccale, l'eau, la température, le contact de l'air, et en ce qui concerne le temps, il peut être considérable, car c'est dans les interstices dentaires, les anfractuosités congénitales, les sillons ou trous naturels qu'offre si souvent la surface des dents que se produiront ces phénomènes

* Berlhelot, Chimie organique fondée sur la synthèse, p. 57i. — Voy. aussi Ch. Robin, des Fermentations, thèse pour i'agrégalion, 1847, p. 5.

ainsi localisés à l'abri de tout dérangement. Quant au ferment, outre que la salive, par la matière organique albuminoïde ou ptyaline qu'elle contient, peut remplir cet office, la bouche renferme presque constamment, par le fait de l'alimentation, des débris de matières qui peuvent jouer le même rôle, car « toute substance azotée d'origine végétale ou animale analogue à l'albumine et les produits azotés de l'altération de ces mêmes substances susceptibles d'éprouver le phénomène de décomposition spontanée connue sous le nom de putréfaction^ peuvent remplir le rôle de ferment ^ »

Les substances les plus particulièrement aptes à entrer en fermentation sont ordinairement les principes immédiats essentiels végétaux et animaux, qu'on peut ranger sous deux ordres : 1" les principes immédiats azotés, albumine, fibrine, caséine, etc. ; 2° les principes immédiats non azotés, les gommes, les sucres et les combinaisons de ces différents corps entre eux. On voit ainsi quel champ vaste offre à ces actes de fermentation la cavité buccale, car l'alimentation y amène incessamment des substances de cet ordre.

Les produits de fermentation, c'est-à-dire le résultat des transformations des substances fermentescibles, peuvent aussi se ranger sous deux groupes, suivant que les matières sont azotées ou non azotées.

Les substances azotées livrées à la fermentation dans la bouche, à la faveur des interstices dentaires ou des anfractuosilés préexistantes, amènent la production des résultats ordinaires à l'air libre, c'est-à-dire le phénomène de la putréfation avec formation d'eau, d'acide carbonique, dédoublement de certains sels, et le dégagement d'hydrogène sulfuré et de produits ammonicaux. Le résultat est le plus souvent, au point de vue qui nous occupe, de donner à la bouche l'odeur putride qu'elle présente assez souvent; mais la réaction terminale serait cependant dans ces circonstances plutôt alcaline qu'acide. Toutefois, si sous Tinfluence de dispositions favorables, l'oxydation de ces matières albuminoïdes a été poussée plus loin, il peut se produire une réaction acide due à la formation de produiis appartenant soit à la série beiizoïque, soit à la série acétique et ses

* Berthelot, Chimie organique, etc., p. 575.

CHAP. II. ÉTiOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

homologues \ Parmi les produits les plus constants de ces transformations, on remarque les acides gras volatils (acide butyrique, ^alérique, etc.), homologues de l'acide acétique, et dont on verra le mode d'action sur les tissus dentaires dans la relation de nos expériences directes.

Les substances non azotées donnent lieu, par leur fermentation dans la bouche, à divers produits parmi lesquels nous rencontrerons surtout les agents spéciaux d'altération de la carie dentaire. Dans les fermentations qu'on peut ranger sous différents groupes ^, un certain nombre toutefois n'ont, au point de vue qui nous occupe, aucune importance : telles sont la fermentation des corps gras, celle des éthers, des alcools, la fermentation dextrinique des fécules. Mais il en est plusieurs qui nous touchent directement et concourent à l'explication de notre problème : ce sont les fermentations acides en général et spécialement les fermentations lactiques et butyriques, etc.

La fermentation lactique se produit aux dépens des sucres, de la glucose, de la lactose ou sucre de lait, des gommes et de diverses autres matièresvoisines des sucres. Cette fermentation s'effectue d'ailleurs avec la plus grande facilité et n'a besoin, à défaut de ferment spécial, que de la présence d'une matière azotée quelconque qui en joue immédiatement le rôle. C'est elle qui prend le plus souvent naissance dans la bouche et qui donne à la muqueuse gingivale et aux amas blanchâtres qui recouvrent les dents leur réaction acide. Or, nos expériences directes démontrent que cet agent est un élément destructeur des plus énergiques des tissus dentaires, môme dans une dissolution aqueuse au J/100, et nous sommes convaincus que dans certains amas muqueux qui séjournent au contact des dents, cette proportion est souvent dépassée. M. Pasteur^ a réussi à découvrir un ferment lactique spécial. C'est la levûre lactique, fermentiim lacticum, à laquelle il reconnaît, ainsi qu'aux levures alcoolique, acétique, etc., l'organisation d'un être vivant ; ce qui l'a conduit, dans l'ensemble de sa théorie, à assimiler la fermentation lactique à un

* Gerhardt, Traité de chimie organique, t. IV, p. 431 et 548.

Berthelot, Chimie organique, etc., p. 586. ■> Com.pt. rend, de l'Acad. des se, t. XLV, p. 015 et t. XLVII, p. 224.

phénomène physiologique accompli par un microphyte voisin de la levure de bière. Sans entrer dans la discussion encore pendante de cette doctrine des lermentations, nous dirons seulement que si l'on admet l'intervention nécessaire d'un être vivant dans ces transformations, la cavité buccale offre, comme on l'a vu, la réunion d'un certain nombre de parasites végétaux et animaux, qui sont, sinon identiques, du moins très-voisins de ceux qu'a décrits M. Pasteur.

La fermentation butyrique s'opère sur un certain nombre de substances : les sucres, l'acide lactique, l'acide citrique, l'acide tartrique, les substances albuminoïdes, la fibrine. Pour les sucres, elle succède à la fermentation lactique, de sorte que dans le cours d'une carie produite par le sucre, comme nous le développerons plus loin, la fermentation de celle-ci peut parcourir deux phases successives : la phase lactique et la phase butyrique, qui toutes deux exercent leur influence altérante sur le tissu des dents.

La fermentation butyrique de l'acide lactique se produit très-facilement et avec une grande rapidité dans la bouche lorsque, même en l'absence de sucres, cet agent vient à se trouver placé direclement au contact des dents, comme par exemple dans les cas de vomissements chargés spécialement de suc gastrique lequel, comme on sait, renferme de l'acide lactique à l'état libre. La fermentation butyrique des acides citrique et tartrique, lorsqu'elle se produit dans la bouche, ajoute ses effets à ceux déjà si énergiques de ces agents : et si l'on considère que les matières albuminoïdes, fibrine, etc., peuvent parvenir, par un séjour prolongé dans des conditions convenables, à produire les mêmes résultats, on comprendra facilement quel rôle important reste dévolu à l'acide butyrique dans l'histoire de la carie dentaire.

La fermentation butyrique s'effectuerait au moyen d'un microzoaire du genre vibrion, le fermentum butyricum^ découvert par Pasteur en 1861. Ce ferment a cela de particulier que l'oxygène de l'air le tue', de sorte qu'il constitue un organisme qui vit uniquement aux dépens de l'oxygène combiné; aussi se développe-t-il surtout dans les liquides où il rencontre des matières albuminoïdes

* Comptes rendus, t. LUT, p. 1226.

90 CIIAP. II. ÉTIOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

déjà fermentées ou oxydées^, conditions diverses que réunit parfaitement la cavité buccale.

A côté de ces deux fermentations types, lactique et butyrique, qui dominent par la fréquence et l'énergie de leur action une grande partie de notre sujet, nous placerons d'autres fermentations de même ordre. Ce' sont :

La fermentation succinique, valérique et propionique des sucres; La fermentation pectique des fruits ;

La fermentation acétique des glucoses et de l'alcool, etc. ; mais ces divers phénomènes sont ou trop peu étudiés dans leur mécanisme et les conditions spéciales de leur formation, ou susceptibles par leur réaction finale dans les conditions physiologiques d'une trop faible influence sur la constitution de la salive pour être prises en sérieuse considération.

D'après les données qui précèdent, la cavité buccale et plus spécialement les interstices des dents, le bord libre des gencives et les divers points plus favorablement disposés de ces parties doivent donc êlre regardés comme des foyers véritables et permanents de fermentation alimentaire. Toutefois la rapidité et l'énergie de la fermentation varient considérablement suivant les sujets, même dans l'état normal. On observe en effet des différences infinies dans la nature et l'intensité de ces phénomènes. Ainsi, lorsque chez un sujet déterminé la sahve est douée d'ime alcalinité très-forte, elle devient susceptible de neutraliser, à mesure qu'ils se produisent, les résultats de ces fermentations mêmes, et cette neutralisation donnant en définitive au milieu où se trouvent les dents une réaction neutre ou alcaline, celles-ci échappent à toute altération. Si, au contraire, cette alcalinité est faible, elle devient insuffisante à neutraliser les effets des fermentations et laisse au contact des dents une réaction franchement acide qui entraîne la production de la carie. Il faut ajouter cependant que, abstraction faite de la nature même de la réaction primitive de la salive, le milieu dentaire n'est pas nécessairement et constamment acide, et l'on rencontre des individus chez lesquels ce milieu est parfaitement et habituellement

^ Ch. de Vaureal, Essai sur les ferments, thèse inaugurale, 1864, p. 101.

MODIFICATIONS ACCIDEiNTELLES DE LA SALIVE.

neutre; on doit en conclure alors que les fermentations buccales sont nulles ou trcs-faibles , et dans l'observation pratique on reconnaît que cet état correspond à certaines conditions de la bouche : la salive est fluide, sans viscosité, la surface des dents et des gencives est dépourvue de mucosités, et il y a production notable de tartre.

C'est qu'en effet le mucus et la viscosité de la salive sont deux circonstances éminemment favorables aux fermentations, le premier servant de milieu à ces phénomènes, la seconde favorisant leur développement par la ptyaline à laquelle est due celte viscosité, et qui est en môme temps susceptible de jouer le rôle de ferment.

Ces considérations ont pour nous une signification tellement précise que toutes les fois qu'on conslaiera dans la bouche la limpidité de la salive et l'absence au contact des dents de dépôts muqueux blanchâtres, on pourra conclure a priori à la réaction neutre du milieu dentaire et constater que les dents sont ordinairement dépourvues de carie ; si au contraire la salive est visqueuse et filante entre les arcades dentaires, comme cela s'observe parfois à un haut degré, on rencontre des amas de mucosités abondantes à la surface des dents et celles-ci sont affectées de carie.

Ces conditions extrêmes d'intégrité absolue ou d'altération grave des dents ont donc leur explication dans les qualités plus ou moins fermentescibles de la salive et les circonstances plus ou moins favorables de ces actes de fermentation, de sorte que si l'on envisage par une vue d'ensemble les divers états de la salive chez l'homme d'une manière générale, on peut déterminer trois classes très-tranchées : la première, composée des salives neutres , sans prédominance sensible des résultats des fermentations buccales sur l'état alcalin de la salive, et c'est là qu'il faudrait théoriquement placer le point d'intégrité absolue des dents et des gencives; la seconde, composée des salives alcalines, soit par prédominance de phosphates et carbonates salivaires sur les produits fermentés, soit par l'absence même de tout phénomène de fermentation : les dents, dans ces circonstances, restent absolument à l'abri de toute altération, et l'inconvénient qui peut simplement résulter de cet état est le dépôt de m.asses de tartre avec leurs effets ordinaires sur les gencives; enfin,

92 ClIAP. II. ÊTÏOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

la troisième^ comprenant les salives à réaction acide résultant tantôt de l'insuffisance des éléments alcalins delà salive à neutraliser les fermentations, tantôt de la superactivité de celles-ci. Ce cas est le plus grave, car s'il se prolonge pendant un temps assez long ou s'il est habituel et permanent, il entraîne fatalement la destruction progressive et complète des dents. Ces trois états, qu'on peut appeler fondamentaux de la salive et qui sont susceptibles de s'observer d'une manière constante chez des individus dans l'état de santé doivent alors être regardés comme normaux et résultant, en l'absence de toute circonstance morbide, de dispositions primordiales de la bouche ou des liquides buccaux. Ils peuvent en outre se reproduire dans les différents membres d'une môme famille et devenir transmissibles par hérédité au même titre que toute autre disposition congénitale quelconque. C'est ainsi que ces considérations, limitées d'abord à certains sujets, peuvent s'élever à des questions bien plus générales de famille ou de race et contribuer à l'explication de ces caries qui deviennent, pour certaines races et certaines contrées, une affection pour ainsi dire endémique.

b. Introduction directe dans la salive de substances susceptibles d\ûtérer les dents. Les substances nuisibles aux dents qui peuvent se trouver par voie accidentelle dans la salive proviennent, soit de l'alimenlation, soit de l'emploi de certains médicaments.

L'alimentation fait entrer dans la bouche une longue série d'agents destructeurs des dents: se sont les acides organiques, acétique, citrique, malique, lactique, etc., les sels acides, les oxalates et les tartrates, dont l'action sur les dents est bien prévue et que nos expériences détermineront nettement. On connaît d'ailleurs la sensation spéciale dite agacement qui se produit par exemple au bout d'un certain temps lorsqu'on a mangé un fruit acide. Cette sensation correspond à une altération directe de la superficie de la dent par l'agent acide du fruit. Elle a pour résultat immédiat de rendre au contact de la langue la surface des dents comme dépolie et rugueuse, et si, par une cause accidentelle, l'usure par exemple, la couche d'émail manque sur un point de la couronne, l'agent acide rencontrant un sol moins résistant et plus voisin du centre sensible de Torgane, peut donner lieu cà de véritables douleurs. Nous devons ajouter

ftlODlFlCATlONS ACGlDEMELLKS DE LA SALIVE. uô

que, dans le dernier cas, la sensation de l'agacement est immédiale, ce qui cxcluerait la possibilité d'une altération chimique exigeant toujours un certain temps pour se produire. 11 faut alors expliquer cet effet par le transport capillaire, à travers les canalicules dentaires, des substances en question et de Tifritation qu'elles causent ainsi à la pulpe elle-même.

L'action des acides organiques ne saurait donc être contestée et sera d'ailleurs développée dans le paragraphe suivant. Elle doit, par conséquent, être considérée dès maintenant comme une cause directe de carie, lorsque, par l'usage habituel de certaine alimentation végétale ou l'abus de certains fruits, les dents se trouvent d'une manière presque permanente exposées à leur influence. Ainsi s'expliqueraient les caries habituelles à certaines populations, soumises à ce mode d'alimentation spécial et aussi celles que présentent certaines espèces animales, les singes, par exemple, et surtout les grandes espèces, chimpanzés ou gorilles, qui sont essentiellement frugivores^

Les substances médicamenteuses employées dans le traitement des affections locales de la bouche et du pharynx, et douées d'une action nuisible sur l'organe dentaire, sont en première ligne les acides minéraux, chlorhydrique, azotique, le nitrate acide de mercure, etc., agents dont nous n'avons pas besoin d'expliquer l'effet désastreux sur l'ivoire et l'émail, et que l'on devrait proscrire de la thérapeutique de la bouche toutes les fois qu'ils peuvent arriver au contact des dents. On observe en effet que chez les malades qui ont à plusieurs reprises supporté des applications de ce genre, les dents présentent des phénomènes généraux de sensibilité ou de douleur parfois excessifs qui résultent des altérations plus ou moins profondes subies par leur tissu. Ces altérations, il est vrai, lorsqu'elles sont bornées à une faible étendue se suspendent et peuvent même, par suite de l'abandon des moyens thérapeutiques, rester définitivement stationnaires ; mais on comprendra que, même après ce temps d'arrêt, la lésion plus ou moins profonde de la dent n'en est pas moins irréparable et constitue par la suite une nouvelle cause prédisposante de carie.

* Voyez du Cliaillu, loc. cit.

94 CllAP. JI. ÉTIOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

Après l'emploi des acides minéraux énergiques, nous citerons l'alun, si souvent appliqué au traitement de certaines affections de la bouche et du pharynx, et dont nos expériences établiront l'action destructive, spéciale et exclusive à l'émail des dents, circonstance qui donne à cet emploi un caractère de gravité tout particulier. Nous avons maintes fois observé des malades traités pendant quelque temps par l'emploi de ce médicament, et chez lesquels l'émail présentait des altérations superficielles, pour ainsi dire généralisées à toutes les dents. La mastication, les moindres changenients de température, le contact des corps étrangers étaieiit devenus intolérables.

Nous rapprocherons de l'emploi de l'alun à titre de médicament, l'usage de certains dentifrices qui doivent à cette substance la propriété de donner àTémail.une blancheur éclatante qui résulte de l'altération même qu'ils lui font subir. Un grand nombre de poudres dentifrices débitées dans le commerce doivent leur succès à une notable proportion d'alun dans leur composition. L'influence de ces dentifrices devient par un usage prolongé tout spécialement délétère pour la couche d'émail qui, arrivée peu à peu à l'état crayeux et friable, se détache par fragments et finit par laisser à découver l'ivoire sousjacent.

L'emploi d'autres médications acides, le perchlorure de fer lorsqu'il n'est pas absolument neutre, le nitrate d'argent, etc., peuvent motiver les mêmes remarques. Ce dernier agent, employé en applications sur les gencives au voisinage des dents, a en outre l'inconvénient de colorer celles-ci de taches noires presque indélébiles.

2° Modifications morbides de ia salive. — Par modifications morbides de la salive, nous entendons les changements qu'apporte dans sa sécrétion ou dans sa composition l'influence des états pathologiques. Ils peuvent se classer sous trois chefs principaux :

a. Affections locales de la bouche et du pharynx ;

h. Affections générales aiguës;

c. Affections générales chroniques.

Les états locaux de la bouche et des parties voisines qui peuvent

troubler les réactions salivaires, sont les affections inflammatoires de la muqueuse et les complications locales de maladies d'un autre ordre.

Il est un fait d'observation clinique, c'est que la stomatite, l'amygdalite, la pharyngite exercent pendant leur durée une influence incontestable sur les taches ou dépôts qui recouvrent les dents. Ces taches enirent ordinairement en dissolution, et les dépôts, s'ils sont calcaires comme le tartre, éprouvent le même effet. D'autre part, les amas de mucosités ont augmenté à la base des dents, et celles-ci sont le siège de sensations d'agacement qui font dire souvent aux malades qu'elles leur semblent avoir été frottées avec de l'oseille ou du citron. Celte sensation est très-exacte et répond en effet précisément au phénomène qui s'est produit. Sous l'influence de l'affection inflammatoire de la muqueuse, il survient une hypersécrétion de mucus, une élévation notable de la température de la bouche, et en même temps une certaine difficulté pour les sujets à apporter aux dents les soins de propreté habituels, toutes conditions qui donnent aux fermentations salivaires une intensité et une rapidité plus grandes; alors des produits acides, lactique ou autres, se forment à la surface des dents, où ils effectuent les désordres habituels. Si l'inflammation a été faible ou de courte durée, les effets se bornent à une légère altération superficielle de la couronne; mais si la maladie a eu une durée longue ou une gravité considérable, les accidents produits localement sur les dents prennent une intensité plus grande et provoquent dans les interstices dentaires ou dans d'autres conditions favorables l'apparition de véritables caries.

Ces considérations se rattachent aux affections inflammatoires, non-seulement de la bouche, comme toutes les formes de stomatite, mais aussi aux diverses espèces d'angines dont les effets retentissent sur l'état de la cavité buccale presque aussi énergiquement que la stomatite elle-même. Nous devons appeler spécialement l'attention sur l'angine tonsillaire, si fréquente chez les enfants, où elle peut subsister longtemps à l'état chronique pour revenir par intervalles à des périodes aiguës, circonstances capables de donner la raison de certaines caries qui ravagent si souvent les dents temporaires et les dents permanentes peu après leur éruption.

90 CFIAP. n. ÉTIOLOGIE ET EXPÉlUtNCES.

Les différentes formes chroniques des affections buccales ou pharyngées ont la même influence. Nous signalerons maintenant spécialement la pharyngite granuleuse qui s'accompagne presque constamment de caries nombreuses dont la gravité s'augmente souvent par diverses médications employées, ainsi que nous l'avons vu plus haut.

Les affections générales aiguës favorisent la production de la carie dentaire de la manière suivante : sous l'influence d'un état pathologique de ce genre, pyrexies, fièvres éruptives, maladies inflammatoires, phlegmasies des parenchymes, fièvres paludéennes, etc., il se produit, par une action réflexe sur la bouche, des phénomènes immédiats qui sont une suppression plus ou moins complète des Hquides salivaires proprement dits, d'où la sécheresse de la langue et la soif habituelle des malades, et simultanément une hypersécrétion muqueuse, d'où le phénomène de la langue dite saburraleet les dépôts de mucosités à la surface des dents et des gencives. A ces deux circonstances vient se joindre l'inaction de la cavité buccale, lasuppression des mouvements masticatoires, par suiic de la diète, et la bouche se trouve ainsi placée dans des conditions toutes nouvelles. Le mucus buccal produit incessamment et avec abondance se déposant sur place, passe rapidement à l'état concret et forme ces masses dures et diversement colorées qui constituent ce qu'on appelle fuliginosités. Ces dépôts muqueux, que ne peut désormais dissocier ou dissoudre la salive tarie dans sa sécrétion, séjournent ainsi au contact des dents pendant toute la durée souvent longue de l'affection; or, à ces masses de mucus se mêlent nécessairement diverses substances aUmentaires albuminoïdes ou mylacées, le plus souvent du sucre et des gommes provenant des tisanes, et il s'étabht au contact des dents un foyer de fermenlation des plus actifs. Si l'affection survenue est de nature intestinale, entérite aiguë, fièvre typhoïde, etc., les mêmes effets produits dans la bouche sont encore exagérés et les désordres ultérieurs plus considérables. En effet, lorsqu'à f époque de la convalescence d'une affection de ce genre, et plus particulièrement des fièvres typhoïdes, on vient à détacher les croûtes de mucus qui encombrent la bouche, on constate, en ce qui concerne les dents, qu'elles ont subi une altération locale, surtout

énergique au niveau du collet, et apparaissant d'ordinaire sous forme de petites plaques jaunâtres enfoncées, avec déperdition de la couche d'émail et dénudation de l'ivoire, qui forme alors le fond delà dépression et devient le siège d'une sensibilité très-vive au contact d'un instrument ou l'impression d'un liquide à température trop basse ou trop élevée. Ces conséquences locales des affections aiguës sur la bouche peuvent se vérifier journellement ; et si, au moyen du papier de tournesol légèrement mouillé, on essaye la réaction des croûtes de mucus elles-mêmes ou de la surface des dents, on la trouve constamment et franchement acide. Un nombre infiniment faible de malades atteints d'affections aiguës échappent à ces conséquences, surtout si, par une négligence assez ordinaire, on n'a porté du côté de la bouche aucune attention ni appliqué aucun moyen neutralisant les effets de la fermentation locale. On rencontre pourtant quelques sujets dont les dents offrent une constitution et une structure si parfaites et si robustes, qu'ils les retrouvent à leur convalescence dans l'état primitif. Ces exemples sont rares ; mais on comprendra avec quelle simplicité peuvent s'éviter les désordres que nous signalons. L'enlèvement quotidien des fuliginosités et l'application répétée fréquemment d'un collutoire alcalin pendant toute la durée de l'affection en neutrahseraient complètement l'influence.

Ces circonstances d'altérations chimiques de la salive dans les maladies, amenant en définitive une réaction acide au papier de tournesol, ne sont pas d'ailleurs des faits d'observation récente. Dès 1855, Donné ^ avait constaté que la plupart des affections aiguës entraînaient pour la bouche cette conséquence uniforme avec simples variations dans l'intensité de la réaction. Ainsi dans la pneumonie, la bronchite, la pleurésie aiguë, il avait constaté l'état acide plus ou moins marqué de la bouche. Dans certaines affections intestinales, gastrites, entérites, fièvres typhoïdes de diverses formes, ses observations cliniques, recueillies avec grand soin, ont établi que la sahve primitivement alcaline au début de la maladie , devenait successive-

* Voy. Recherches sur les caractères chimiques de la salive, considérés comme moyen de diagnostic dans quelques affections de Festomac, Archives génér. de mé' decine, 1835. — Histoire physiologique et pathologique de la salive, 1856. E. Magitot. 7

ment neutre, puis acide, pour reprendre à la convalescence sa réaction primitive. Ces signes avaient même acquis pour Donné une assez grande importance pour devenir, entre ses mains, un élément de détermination de la gravité et des périodes critiques des maladies, ainsi qu'un moyen de diagnostic différentiel.

Les affections chroniques et certaines diathèses ont une influence non moins incontestable sur la production de la carie dentaire. Elles agissent toutefois d'une manière un peu différente : la sécrétion des salives proprement dites n'est pas sensiblement modifiée comme quantité ; mais l'état des liquides buccaux offre certaines particularités appréciables même par l'examen direct. La salive devient plus visqueuse, formant entre les dents, dans la séparation des mâchoires, des filaments nombreux; les malades observent souvent eux-mêmes cette particularité qui rend difficile l'expulsion des crachats et donne à la bouche une sensation particulière comme savonneuse ou grasse. En outre, les dents ne présentent pas de dépôt de tartre, si ce n'est parfois encore à la face postérieure des incisives inférieures, voisines des conduits excréteurs des glandes sous-maxillaire et sublinguale. De plus, elles se recouvrent ordinairement de taches verdàtres que nous avons indiquées comme de provenance alimentaire, et qui nous ont paru souvent en coïncidence avec la sécrétion acide du milieu dentaire.

Ces taches qui tapissent quelquefois toute la surface des dents, à l'exception de la partie triturante, sont en même temps plus épaisses et plus larges, surtout au voisinage du collet et dans les interstices dentaires, où elles s'accompagnent toujours de dépôts de mucosités blanchâtres fort abondants qui deviennent le siège de fermentations buccales. Ces dépôts, toutefois, ne sont pas concrets et durs comme pendant le cours d'une affection aiguë, mais restent mous, caséeux, très-faciles à détacher de la surface des dents, et présentent avec une réaction franchement acide la constitution que nous avons signalée plus haut.

Les affections chroniques qui réalisent ces elfets sont principalement les formes intestinales, entérite, dysenterie, gastralgie, dyspepsie. Elles ont pour effet d'exagérer la proportion de ptyaline salivaire, agent de viscosité et de fermentation, et de provoquer une

hypersécrétion de mucus, deux phénomènes qui se produisent soit par influence directe de l'atération intestinale, soit par action réflexe de Tétat général sur les conditions de la bouche.

Ces circonstances se constatent très-facilement dans le cours des affections que nous avons signalées, et où l'on reconnaît que les dents, subissant l'effet acide de leur milieu, se trouvent rapidement atteintes de caries, à marche rapide, et affectant à la fois un nombre considérable ou la totalité de celles-ci. Puis s'il survient une suspension dans la marche de l'affection ou une guérison complète, la carie en voie de développement s'arrête spontanément, passe à l'état de carie sèche et s'y conserve tant que persiste l'état de santé pour reprendre son cours ordinaire si la maladie vient à reparaître.

Ainsi s'établit la relation si souvent constatée, mais restée jusqu'ici inexplicable, entre les affections chroniques et la carie dentaire.

Certaines conditions physiologiques font éprouver aux dents une influence de même ordre, la grossesse par exemple. On a reconnu en effet, de tout temps, à cet état une action sur la formation de la carie, et sans que l'on puisse établir une relation directe ou réflexe de l'utérus sur les conditions de la bouche. La grossesse, selon nous, entraîne la production de la carie par deux ordres de phénomènes qui sont d'abord les troubles des fonctions digestives, vomissements, etc., qui modifient la réaction des liquides buccaux, et ensuite par le phénomène de compression qu'exerce vers le miheu et la fin de la gestation l'utérus distendu, sur l'estomac et l'intestin, entraînant pour la bouche les mêmes résultats.

Quant à l'allaitement, auquel on a attribué des effets du même ordre sur l'état des dents, nous n'avons à cet égard aucun élément de démonstration, et nous sommes porté à croire que cette prétendue influence serait plutôt due à la grossesse elle-même ou résulterait de la complication d'autres affections.

Les diathèses, que les auteurs anciens rendaient si volontiers responsables de tous les phénomènes mo-rbides dont l'explication était difficile, ont été également invoquées bien souvent dans l'étiologie de la carie dentaire : les diathèses rhumatismale, goutteuse, syphilitique, etc., étaient dans ce cas. Nous ne saurions reconnaître à ces états généraux une influence manifeste, si ce n'est lorsqu'ils sur-

CHAP. ÏL ÉTIOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

viennent dans l'enfance, où ils troublent les phénomènes d'évolution des tissus dentaires et entraînent les défectuosités de structure et de composition étudiées plus haut. Mais à l'âge adulte, ils ne sauraient altérer les dents autrement que parles complications morbides qu'ils peuvent présenter, lesquelles agissent de la manière qui leur est propre.

g 3. Expériences directes: production expérimentale de caries

artificielles.

Les considérations qui précèdent tendent à établir que la carie dentaire résulte d'une altération purement chimique exercée sur Fémail et l'ivoire des dents soit par des produits de fermentation acides développés au sein de la salive, soit par des substances altérantes introduites directement dans la bouche. Or, si cette théorie est exacte, on doit pouvoir réahser les mêmes effets si l'on vient à soumettre des dents humaines saines, séparées du corps et privées dévie, à l'action directe des mêmes agents qui produisent cette affection dans l'économie. Cette réalisation est en effet possible, et nous allons exposer et développer une série d'expérimentations qui nous ont conduit tantôt dans la bouche et sous les conditions de développement ordinaires delà carie naturelle, tantôt dans les liquides artificiels,' à former des altérations identiques à celle de cette maladie.

Ainsi se trouvera démontrée, ce nous semble sans réplique, la véritable nature de la carie dentaire, qu'il serait désormais impossible de regarder comme une affection d'origine interne et organique ou lésion vitale de nutrition, ainsi qu'on le croit encore généralement aujourd'hui.

Deux moyens s'offraient à nous pour la solution de ce problème : le premier consistait à produire des caries dans la salive humaine ; le second à les provoquer dans des liquides artificiels imitant la composition de celle-ci, ou du moins contenant en dissolution l'agent spécial qui exerce sur la dent son action ordinaire; ce qui nous a conduit à diviser nos expériences en deux groupes : A, expériences dans la salive naturelle et sur le vivant; B, expériences de laboratoire.

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