‹ Traité de la carie dentaireChapitre 21 sur 36 · CHAP. [II. MARCHE, SYMPTOMATOLOGIE · texte numérisé non relu

CHAP. [II. MARCHE, SYMPTOMATOLOGIE

un certain nombre d'exemples de ce genre et nous avons aisément reconnu que les prétendues caries n'étaient autres que des résorptions plus ou moins avancées des dents fixées aux parois du kyste, résorptions qui sont en tous points comparables au phénomène qui s'accomplit physiologiquement dans l'usure spontanée et progressive de la racine des dents temporaires. Dans certaines de ces cavités accidentelles, les dents offraient cet état de résorption assez avancé pour qu'elles fussent réduites à de petits fragments pouvant fort bien a priori en imposer pour des altérations de l'ordre de la carie.

Cette maladie ne se rencontre donc pas dans ces circonstances, bien qu'on puisse admettre à la rigueurque les dents plongées dans un liquide soient sujettes à y subir diverses altérations chimiques. C'est que le liquide du kyste est alcalin et ne paraît susceptible dans aucun cas d'acquérir la réaction acide. D'autres altérations pouvant simuler la carie se retrouvent encore sur les dents contenues dans ces productions hétérotopiques ; ce sont des dépressions, interruptions ou pertes de substance de l'émail dépendant de l'érosion, et qui sont d'autant plus marquées que ces organes, dans des circonstances morbides de ce genre, sont toujours frappés de diverses anomalies.

Une fois l'altération de la couche d'émail ainsi commencée à la surface, une petite dépression se produit par la chute des éléments dissociés des tissus, et l'infiltration se poursuivant dans les interstices et le long des faces contiguës des prismes, la carie apparaît alors sous la forme d'une cavité cylindroïde mesurant bientôt en profondeur l'étendue des prismes eux-mêmes dans la limite du point malade et pénétrant ainsi jusqu'à la partie la plus extérieure de la substance de l'ivoire.

Pendant la plus grande partie de cette période, aucune sensation, aucune douleur n'a pu avertir le sujet de l'existence de la maladie, l'émail étant absolument dépourvu de sensibilité. L'exploration directe aurait bien reconnu cependant la présence du pertuis primitif; mais si le point altéré est soustrait aux regards dans un intervalle des dents, rien n'en saurait d'abord déceler la présence.

Cette phase initiale de la maladie manque quelquefois complètement et nous avons vu que certaines dents, dont l'évolution avait subi des troubles plus ou moins profonds, présentaient à la surface

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de leur couronne des anfractuosités, des sillons, des trous de diverses fornnes pénétrant à une profondeur variable de la couche d'émail et atteignant fréquemment même la superficie de l'ivoire. Dans ces dernières circonstances, la carie, lorsqu'elle se produit dans des points ainsi prédisposés , débute donc d'emblée par la seconde période.

Parvenue à la dernière limite de la profondeur de l'émail, l'altération rencontre dans la partie la plus extérieure de l'ivoire cette couche (jrise^ dont on n'a pas oublié la constitution, et qui est creusée d'une série de cavités désignées par nous sous le nom de réseau anastomotique des canalicules dentaires.

A ce moment, deux particularités se présentent : si la carie a procédé lentement par suite du peu d'énergie ou de durée de la cause altérante, elle rencontre l'ivoire pour ainsi dire préparé à la résistance par l'augmentation de densité de sa substance et se trouve en face de la base du cône transparent et compacte dont nous avons étudié plus haut les caractères anatomiques : les canalicules dentaires sont en partie ou en totalité oblitérés par des dépôts de dentine secondaire; le réseau anastomotique, qui offrait une prise si facile à l'envahissement, est comblé par le même phénomène, et la substance uniforme et homogène oppose sa densité et sa résistance ainsi accrues à la marche de la maladie. Or, si la cause altérante vient à ce moment à suspendre ou diminuer son action, la carie s'arrête soit définitivement, soit temporairement, jusqu'à nouvelle intervention d'un agent destructeur.

Ces cas s'observent fréquemment dans la pratique, où l'on rencontre des caries qui se présentent sous l'apparence ordinaire de taches brunes ou noires, par la pénétration de matières colorantes, et dans lesquelles l'introduction d'un stylet rencontre bientôt un plan dur et résistant. Des caries prennent ces caractères lorsqu'elles se produisent, par exemple, sur le point d'une dent qui, après être restée en contiguïté avec l'altération d'une voisine, s'est trouvée consécutivement isolée par la guérison ou la suppression de cette dernière et soustraite ainsi aux chances de progression ultérieure.

Cette forme lente de la carie susceptible de suspension momentanée ou permanente s'accompagne d'une particularité corollaire,

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c'est son insensibilité souvent absolue. On remarque ainsi que, soit spontanément, soit sous des influences extérieures, le contact de la sonde, etc., la cavité, même au niveau de la couche superficielle de l'ivoire, est absolument inerte, fait qui est d'autant plus surprenant au premier abord, que cette couche jouit normalement d'une sensibilité excessive ; cela est dû à ce que les mêmes phénomènes qui ont amené l'oblitération des canalicules et de leurs anastomoses ont rendu la masse du tissu absolument imperméable et par suite inapte à la transmission des impressions extérieures; aussi l'instrument qui explore le fond d'une petite cavité de ce genre permet-il de reconnaître que le tissu est doué d'une résistance et d'une dureté considérables.

Quant au mécanisme même de ces modifications vitales qui amènent l'oblitération des canalicules et de leurs renflements terminaux, il est, ainsi que nous l'avons dit, le résultat de l'irritation produite à la périphérie de la dent par l'altération même qu'elle a subie. Cette irritation transmise à la pulpe provoque de la part de celle-ci une surexcitation fonctionnelle, et les matériaux qu'elle élabore sous cette influence, charriés dans les canalicules par le liquide qui les remplit, vont se déposer sur tout le trajet de ceux-ci, produisant ainsi par ce transport centrifuge de denline secondaire la métamorphose de rivûire en une masse homogène et uniforme.

La marche lente de la carie, à cette première période, avec les phénomènes divers que nous venons de décrire, est loin d*être constante et la maladie peut affecter une forme rapide qui en change totalement les caractères.

Lorsque, par suite d'une cause altérante générale ou énergique, la carie a parcouru en peu de temps l'épaisseur de la couche d'émail, ce qu'indiquent la friabilité plus grande du tissu et la coloration blanchâtre ou jaunâtre des parties, la cavité présente une sensibilité souvent très-vive aux impressions extérieures comme les transitions brusques dans l'état de la température de la bouche et le contact des instruments. Ce fait dépend de ce que la carie arrivée rapidement à la partie superficielle de l'ivoire rencontre ce tissu non préparé, pour ainsi dire, à la lutte et n'ayant à opposer à la maladie aucune trace du cône de résistance ou n'étant pourvu que d'un cône ébauché et

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