TROISIÈME PÉRIODE
librement dans une cavité spacieuse, y acquiert ordinairement une intensité plus grande et peut même y devenir rapide, de lente qu'elle élait primitivement.
Les symptômes de cet état appartenant, lorsqu'il subsiste une portion de la pulpe, à la mise à nu de cet organe, seront décrils plus loin à propos de la forme rapide. Nous devons dire toutefois que les accidents divers sont en général peu intenses en raison même de la réduction de volume qu'a éprouvée l'organe et des troubles plus ou moins profonds de vitalité qui en sont la conséquence. L'exploration de la cavité au moyen de la sonde fait alors reconnaître, au delà du pertuis qui livre passage à l'instrument, une région anfractueuse, irrégulière, dans laquelle la pointe du stylet le plus fin s'engage parfois difficilement, rencontrant au milieu de masses de (lentille des lambeaux plus ou moins altérés de la pulpe. Il résulte de cet ensemble de phénomènes de résistance, alternant souvent avec des retours d'envahissement au centre de la dent, que cette période est surtout caractérisée au point de vue des douleurs par des intermittences de crises et de calme qui correspondent exactement aux alternatives mêmes de perforation et de réparation des cloisons de dentine secondaire, de manière que la pulpe, tour à tour protégée et dénudée, passe successivement d'une phase inflammatoire à l'état sain jusqu'à ce qu'elle disparaisse.
Dans quelques circonstances enfin de cette période extrême, la maladie présente un caractère d'indolence et d'insensibilité absolues, ce qui provient tantôt du retrait progressif et complet de la pulpe, tantôt du phénomène de dentification totale de Torgane.
Si la carie prend à cette troisième période la forme rapide, elle offre des particularités toutes spéciales, et comme elle est de beaucoup plus fréquente que la forme sèche, elle doit nous arrêter plus longtemps.
Au moment de la pénétration de la cavité de la pulpe et de la mise à découvert de l'organe, le premier phénomène qui se produit est l'inflammation de celui-ci. Cette inflammation, résultat de l'influence de l'air et des agents extérieurs, est bornée d'abord au seul point dénudé et s'étend ensuite de proche en proche à la totalité ■| du tissu. Elle frappe aussitôt l'organe dans ses aptitudes fonction-
150 CHAP. llf. MARCHE, SYMPTOMAïOLOGHil.
nelles et sa vitalité, le mettant dès lors dans l'impossibilité d'opposer à la maladie la moindre résistance. L'inflammation que la rapidité de l'envahissement ne laisse point s'apaiser ou s'éteindre, a pour terminaison ordinaire et rapide soit la fonte du tissu, soit sa gangrène. La cavité centrale de la dent privée ainsi de l'organe qu'elle contenait, se laisse librement envahir par la carie et celle-ci, livrée alors à elle-même, s'étend dans tous les sens, ramollissant et détruisant peu à peu la totalité de la couronne.
Tel est, d'une manière résumée, le mécanisme de la marche de la carie à sa troisième période lorsqu'elle affecte cette forme rapide.
A cet ensemble de faits correspondent des symptômes spéciaux et des signes particuliers :
Si l'inflammation développée au sein de la pulpe dès sa mise à découvert est superficielle et légère, la douleur est ordinairement intermittente, revenant par accès quelquefois réguliers ou se reproduisant par une circonstance provocante, le contact de l'air ou d'un liquide froid, un choc, la rencontre d'une matière alimentaire, le vide fait dans la bouche par succion, etc. Cette douleur, primitivement bornée à la région dentaire, est souvent assez vague d'abord et le sujet n'en distingue que rarement le point précis, accusant parfois une dent voisine ou la dent correspondante de la mâchoire opposée, particularités qui sont dues à des localisations névralgiques sur des parties plus ou moins distantes du même tronc nerveux ou des rameaux secondaires. Ces points douloureux ne se bornent même pas toujours aux dents et aux mâchoires, mais se portent sur un lieu très-lointain du siège du mal et peuvent se rencontrer, d'une manière générale, sur une ramification quelconque du système nerveux sensitif de la face dans le côté correspondant. C'est ainsi, par exemple, qu'une carie d'une molaire inférieure cause une douleur tantôt sur le point d'émergence du nerf dentaire au trou mentonnier, ou sur un rameau quelconque du voisinage, tantôt sur des filets nerveux des régions cervicale ou crânienne. D'autre part, la carie d'une dent supérieure produit une douleur à l'émergence du trou sousorbitaire ou sur l'un des rameaux cutanés de la tempe, des paupières, de la joue et même du cuir chevelu; les points douloureux