TRAITEMENT PRÉVENTIF
SI fréquentes des dents temporaires chez les enfants auxquels on permet l'usage immodéré et presque permanent de celte substance ^ Ce fait est encore plus grave chez les nouveaux-nés au moment de la sortie des premières dents, et, si ces dernières offrent si prématurément la carie, on doit l'attribuer souvent au lait de vache du biberon, aux bouillies chargées d'une grande quantité de sucre, au miel et autres préparations sucrées qui remplacent trop souvent l'alimentation maternelle.
Ces considérations sur l'hygiène de la bouche dans la première enfance doivent être prises, ce nous semble, en très-sérieuse attention, et tous les médecins ont pu être témoins des accidents et des désordres qu'occasionne si souvent la carie des dents temporaires. Il ne faut point oublier, en effet, que ces dents sont appelées à remplir leurs usages pendant une période qui s'étend du sixième mois après la naissance jusqu'à la douzième année, terme de la chute de la dernière dent caduque.
Il est donc parfaitement indiqué , chez l'enfant comme chez l'adulte, de modérer ou supprimer même l'emploi du sucre, et nous entendons ici parler du sucre en nature qui fond lentement et sé-
* C'est aussi au sucre qu'il faut attribuer sans doute la carie de certains animaux domestiques, le chien et le chat par exemple.
D'ailleurs la carie dentaire, dans les espèces animales qui la présentent, s'offre avec la même physionomie que chez l'homme. Chez le cheval, où elle s'observe assez fréquemment, son développement est soumis aux mêmes lois. 11 a été remarqué, en effet, qu'elle se produit soit dans les anfractuosités congénitales delà couronne, soit à la suite de lésions traumatiques par des corps étrangers, des pierres, par exemple, contenues dans les aHments, et, sans aucun doute, par voie de fermentation dans les points ainsi prédisposés. Elle semble encore héréditaire, comme cela résulterait de certaines remarques de M. Trasbot. Sa marche et sa terminaison sont les mêmes ; seulement l'unique ressource qu'on lui oppose en art vétérinaire est l'ex^ traction, opération toujours grave et difficile chez le cheyal, et qui entraîne souvent, au point de vue des usages domestiques, une incapacité complète de l'animal. Nous ne saurions donc trop engager à substituer à cette méthode quelques tentatives thérapeutiques, dans le but, sinon de conserver l'organe, du moins d'arrêter les progrès de la maladie et d'en suspendre les accidents.
Dans d'autres espèces domestiques, les ruminants et les pachydermes par exemple, la carie ne s'observe jamais. Il est bon de remarquer toutefois, à cet égard, que ces animaux n'ont qu'une vie fort courte, puisqu'on les sacrifie pour les besoins de l'alimentation avant qu'ils aient atteint même l'âge adulte. Cependant, chez les espèces sauvages, on ne la rencontre pas.
]7r> GlIAP. V. TRAITEMENT.
journe longtemps dans la bouche bien plus que des liquides ou mets sucrés, dont le passage sur les dents est assez rapide. Nous ne proscrivons donc point le sucre, élément important de l'alimentation; nous protestons simplement contre l'abus qu'on en fait.
Ces avertissements touchant l'usage du sucre s'adressent encore au même titre pour les aliments acides, fruits divers à maturité douteuse, tels que citrons, oranges, pommes, etc., et l'on a vu plus haut Pinfluence délétère des agents particuliers de ces fruits, acides citrique, malique, etc.
Nous signalerons aussi l'emploi Je certains médicaments : les acides minéraux, employés parfois assez légèrement dans la bouche, comme l'acide chlorhydrique, éminemment dangereux • l'acide nitrique, le nitrate, acide de mercure, et plus particulièrement l'alun. Ce dernier agent est employé communément dans le traitement des angines tonsillaires ou pharyngées, les différentes formes de stomatites, etc., et l'on connaît son influence désastreuse sur les tissus des dents. Nous n'hésitons donc pas à déclarer qu'il devrait être rejeté à peu près absolument de la thérapeutique des affections de la bouche et de la gorge, et qu'on doit lui substituer d'autres agents à réaction neutre et non moins efficaces : le chlorate de potasse, le borax, le nitrate d'argent, le perchlorure neutre de fer, etc.
Nos recommandations s'adressent encore aux cosmétiques, dentifrices mous (opiats), ou pulvérulents à réaction acide. Cette réaction est due ordinairement à la présence d'une notable quantité d'alun pulvérisé. Les préparations dont nous parlons, en raison de la présence même de cette substance, ont la propriété de blanchir admirablement les dents, ce qui leur vaut une faveur considérable. Ils ont une grande influence sur la carie, et il est telle poudre dentifrice qui est responsable de la perte de bien des dents. Il paraîtra donc étrange, comme le signalait avec tant de raison un savant regretté. Réveil^, que la vente des cosmétiques en général ne soit point surveillée, réglementée au même titre que les préparations pharmaceutiques, et que les dentifrices acides en particulier ne soient point relégués dans les préparations dangereuses ou nuisibles.
* Bulletin de f Académie impér. de médecine, vol. XXVII, pp. 865 et 1160.