CHAPITRE PREMIER
A BIÉSUMÉ AXATOMIQUE SIR LA STRUCTURE DE L'ORGA!\E »EI\TAIRE *
Dans l'étude liistologique des dents adultes nous distinguerons deux paragraphes : l'^ les parties dures : dentine, émail, cément ; 2° les parties molles : pulpe ou germe dentaire, et le périoste ou membrane alvéolo-dentaire.
§ 1"' . Parties dures des dents.
A. Dentine ou Ivoire. — La dentine ou ivoire représente la partie la plus considérable de l'organe dentaire ; c'est sur elle que sont moulés les deux autres tissus, l'émail recouvrant la couronne, le cément tapissant la racine. Aussi résulte-t-il de cette disposition qu'elle ne se montre nulle pari à l'extérieur. On a cependant admis que l'ivoire était découvert sur un point, le collet de la dent; mais les recherches modernes ont établi qu'en cet endroit le cément se prolongeait de quelques millimètres sur le bord de l'émail.
Au point de vue descriptif, la dentine est une substance jaunâtre
* Voir pour les développements de ces notions anatomiques nos études spéciales : Du développement et de la structure des dents humaines, ïn-^", 1857, J. B. Baillière; p. 85. — Genèse et évolution des follicules dentaires, \m' Ch. Robin et E. Magitot. Journal de pJiysiologie, G planches, 1860, p. 07 1.
10 CïlAP. L ANATOIIE PATHOLOGIQUE.
et demi-transparente sur une dent fraîche; d'un blanc éclatant et nacré sur une dent sèche. Sa densité est intermédiaire entre celle du cément et celle de Fémail, et varie d'ailleurs avec l'âge : ainsi, relativement faible chez l'enfant et l'adulte, elle devient très-considérable chez le vieillard, dont les dents sont très-dures et très-fragiles.
La face extérieure de la dentine est tapissée par l'émail dans la couronne, et le cément dans la racine. Dans la couronne, elle est couverte de petites dépressions concaves hexagonales, signalées par Owen et Huxley, et destinées à recevoir l'extrémité des prismes de l'émail, ce qui leur donne un aspect réticulé assez remarquable. Dans la racine, la surface externe de l'ivoire est inégale et rugueuse, couverte d'anfractuosités remplies par le cément.
La face interne répond à la cavité de la pulpe et aux canaux dentaires qui en naissent; elle se moule exactement sur les parties qu'elle recouvre, et présente les innombrables orifices des canahcules ouverts à la surface du germe.
La cavité dentaire qui contient la pulpe présente donc, ainsi que cette dernière, la môme figure, au volume près, que la dent à l'extérieur. Cette cavité, très-grande chez l'enfant, où la pulpe est volumineuse, diminue graduellement avec l'âge, circonstance qui nous permet de dire que l'accroissement en volume de la dent est continu, non point, il est vrai, comme chez les rongeurs, où cet organe, appelé à s'user continuellement par la mastication, croît dans sa longueur et se trouve chassé sans cesse bors de l'alvéole; cet accroissement continu chez l'homme se renferme dans la cavité de la puipc, dont la capacilé s'affaiblit peu à peu, pour disparaître entièrement sous la production incessante de l'ivoire.
L'ivoire est composé d'une substance fondamentale parcourue par un nombre considérable de canalicules.
La substance fondamentale paraît complètement homogène, et très-finement granuleuse à un fort grossissement; soumise à une macération prolongée dans Facide chlorhvdrique, elle peut se décomposer dans sa totalité en grosses fibres parallèles à la direction des canalicules ; ces grosses fibres peuvent elles-mêmes se décomposer en fibres plus petites, circonstance qui a fait croire à un certain
nombre d'auteurs que la dent avait en réalité une structure fibreuse (Nasmytb, Raschkow, M. Oudet). Mais il est facile d'observer que ces fibres ont une forme très-irrégulière, et qu'elles sont purement artificielles. Elles résultent, en effet, de la disposition des tubes qui, dirigés parallèlement l'un à l'autre, interceptent entre eux des portions de dentine auxquelles la décalcification donne l'apparence de fibres. La substance fondamentale se distribue dans toutes les parties de l'ivoire en proportions variables : ainsi, dans les parties extérieures sous-jacentes à l'émail et au cément elle est bien plus abondante qu'au voisinage de la cavité dentaire, où les canalicules sont extrêmement serrés.
Toute la masse de l'ivoire offre une disposition comme stratifiée, indiquée sur une coupe verticale par des lignes courbes parallèles entre elles et au contour extérieur de la couronne. Ces bgnes, appelées par Owen lignes de contour, sont ordinairement assez rapprochées l'une de l'autre, et leurs intervalles sont réguliers. C'est également au niveau de ces lignes qu'on observe sur les mêmes coupes le profil des globules de dentine et des espaces interglobulaires, lorsqu'il en existe. Ces globules et les espaces qu'ils interceptent ne sont pas également marqués dans les différentes dents, car ils s'effacent progressivement avec l'âge sans jamais toutefois disparaître entièrement : aussi peut-on les retrouver même sur des dents de vieillard sous la forme de lignes courbes très-pâles et très-fines.
La dentine est limitée dans toute sa surface extérieure par une couche continue de granulations noires très-nombreuses et de formes très-variées. Cette couche granuleuse, sous-jacente à l'émail et au cément, a été prise par Retzius et J. Muller pour un amas de corpuscules osseux dans lesquels se termineraient les canalicules. Mais un examen attentif démontre que bien que les granulations soient continues avec les extrémités terminales des canalicules, on ne saurait les assimiler à des corpuscules osseux, mais qu'on doit plutôt les regarder comme des petites lacunes creusées dans l'épaisseur de l'ivoire, à sa limite extérieure, pour favoriser les communications entre les tubes qui sillonnent ce tissu. x\ussi avons-nous proposé d'appeler cette couche granuleuse le réseau anastomotiqne des canalicules dentaires, destiné à permettre un libre parcours au fluide
d'inibibition et favoriser ainsi le mouvement organique, Ce qui le prouve, c'est que l'aspect sous lequel ces cavités se présentent est le même que celui des canalicules. Aussi, lorsque ceux-ci sont remplis par un liquide qui les rend blancs et transparents, les petites cavités sont blanches et transparentes, et elles deviennent noires et opaques lorsque les tubes, remplis d air, offrent la même couleur. D'ailleurs il est facile, en faisant varier le foyer du microscope, de voir que les deux parties communiquent librement entre elles. Cette couche granuleuse a été signalée depuis longtemps. C'est elle qui, selon Cuvier, représenterait le vestige de membrane située entre l'ivoire et Fémail et qu'il crut avoir découverte.
Les canalicules dentaires, découverts en 1678, par Leeuwenhoeck, sont des tubes microscopiques creusés dans l'épaisseur de l'ivoire. Ils s'ouvrent dans la cavité dentaire par un orifice en contact immédiat avec la surface de la pulpe, et se dirigent en rayonnant de ce point vers la face extérieure de la dent, présentant dans leur trajet un grand nombre de sinuosités plus ou moins prononcées. Outre ces sinuosités partielles, on observe aussi des courbures générales intéressant un grand nombre de tubes, qui subissent ainsi dans toute leur longueur deux ou trois grandes inflexions.
Le calibre des tubes varie avec les différents points de leur étendue. A leur orifice, dans la cavité de la pulpe, il peut atteindre 0'"'",005; mais le diamètre moyen est de 0"^"^,0015 à 0™",002. Dans les extrémités terminales des canalicules, le calibre devient quelquefois si faible que les dernières ramifications échappent à la vue. La ténuité extrême de ces tubes pourrait à la rigueur servir d'argument contre l'opinion de certains auteurs qui veulent les assimiler aux canaux de Havers du tissu osseux. Il est facile de voir qu'en effet le diamètre moyen des globules sanguins (0"''",006) est toujours supérieur à celui des tubes.
Le nombre des canalicules est parfois si considérable que leurs parois arrivent presque au contact. A leur origine, sur la surface de la pulpe, ils envoient des ramifications latérales qui circonscrivent ordinairement la base des cellules ou des masses de dentine calcifiée qu'elles représentent, puis ils subissent une première bifurcation dont les branches se subdivisent bientôt à leur tour un grand nom-
bre de fois, de sorte qu'un seul tronc primitif peut, suivant Kolliker, donner naissance jusqu'à seize canalicules. Ceux-ci marchent alors parallèlement, sans présenter, pendant un certain trajet, de nouvelles bifurcations; mais, lorsqu'ils arrivent près delà surface extérieure de l'ivoire, ils se divisent de nouveau en une foule de .rameaux ou ramuscules qui se terminent alors dans le grand réseau anastomotique dont nous avons parlé plus haut. Les anastomoses réciproques des canalicules s'effectuent de différentes façons: ordinairement elles sont latérales et obliques, quelquefois directement transversales, quelques-unes enfin sont disposées en anses.
Chaque canalicule dans son tronc principal, ses branches secondaires, et ses cavités anastomotiques, est tapissé d'une paroi propre dont l'existence, souvent contestée, est nettement révélée par l'examen de coupes minces de denline, soumises à l'action d'un acide étendu. Les parois propres, composées d'un tissu résistant, sont alors isolées de la substance fondamentale de l'ivoire, et flottent dans la préparation sous l'aspect de filaments noirâtres. Elles sont formées d'une matière homogène transparente, sans granulations, ni stries; sans aucune trace d'organisation, en un mot, et ne contenant ni vaisseaux ni tubes nerveux.
Les canalicules dentaires renferment pendant la vie un fluide transparent et incolore, contenant, selon Hannover, des matières calcaires en dissolution. Ce fluide est vraisemblablement destiné à effectuer le mouvement organique au sein de la dent; c'est du moins ce qu'il est très-logique de croire, bien qu'aucune expérience directe n'en donne la démonstration. On a bien admis, il est vrai, que ce liquide était soumis à un mouvement permanent à travers toute la substance de l'ivoire ; mais d'autres auteurs ont nié cette circulation. Pour nous, nous sommes très-disposé à croire que ce liquide, chargé de matériaux de nutrition, baigne les canalicules dans toute leur étendue, et effectue le double mouvement d'assimilation et de désassimilation, établissant ainsi un certain échange, lent à la vérité, mais favorisé encore par la disposition même des canalicules et leurs anastomoses si multipliées.
Les dents ne contiennent pas trace de vaisseaux ni de nerfs, et quant aux autres cavités qu'on rencontre quelquefois dans l'épaisseur
de la dentine, elles paraissent résulter d'un arrêt de développement ou d'une calcificaiion imparfaite, aussi faut-il les considérer comme des vices de conformation. Ce sont sans doute ces cavités toujours fort petites, déjà signalées par Gzermak et Hannover, et dont nous possédons nous-même un exemple remarquable dans notre collection, qui en ont imposé à Tomes pour des canaux de Havers, et à d'autres auteurs pour des caries internes.
On a attribué depuis longtemps, et on attribue encore aujourd'hui à rivoire une sensibilité propre, même en l'absence constatée de ramitications nerveuses, et on s'appuie sur ce que les dents ressentent vivement l'impression de la température, des acides, etc., et perçoivent les qualités physiques des corps soumis à leur contact, tels que grains de sable, cheveux, etc.
Cette sensibilité tactile est tout à fait étrangère à Tivoire, et doit être attribuée à la facilité extrême avec laquelle cette substance subit les moindres vibrations, les moindres ébranlements que lui impriment les corps extérieurs, et qu'elle transmet à la pulpe, dont le tissu, extrêmement riche en nerfs, remplit exactement sa coque solide, et perçoit ainsi les moindres impressions qui lui sont communiquées ; elle est d'ailleurs variable d'intensité suivant les différentes couches du tissu. Dans le voisinage de la pulpe, elle est naturellement très-vive par suite de la transmission si facile des impressions reçues ; elle diminue progressivement quand on s'éloigne de ce point, pour redevenir de nouveau excessive au niveau de la couche grise ou couche des cavités anastomotiques. Cette particularité permet d'attribuer à la paroi propre qui tapisse les canalicules et leurs anastomoses un certain rôle dans la production du phénomène. Cette membrane, recouvrant en effet un canal perméable dans toute l'épaisseur du tissu, est plus susceptible que l'ivoire lui-même de transmettre par voie d'ébranlement ou de vibration les influences extérieures, et là où cette membrane présente une étendue plus grande, se retrouve la sensibilité la plus vive.
B. De l'Émail. — Uémail^ ou substance vitreuse, revêt d'une couche continue la surface externe de la couronne. Celle couche présente une épaisseur variable; considérable à la surface triturante
STRUCTURE NORMALE DE L'ORGAiNE DENTAIRE. 15
et surtout au niveau des tubercules, elle diminue progressivement à mesure qu'on se dirige vers la racine pour se terminer au niveau du collet par un bord droit très-mince.
L'émail est une substance d'un blanc laiteux, présentant d'ailleurs des nuances très-variées, suivant les sujets ; il est diaphane, et sa nature homogène, jointe à sa constitution chimique, extrêmement riche en matériaux calcaires, lui donne une dureté telle qu'il résiste à la lime et fait feu avec le briquet (Nasmyth). L'union intime de l'émail avec l'ivoire, la disposition étroitement serrée des éléments qui le composent, et sa résistance très-grande aux actions chimiques, constituent pour la couronne un puissant moyen de protection. Cependant cette substance peut disparaître peu à peu, par usure, sous les efforts de la mastication, et laisser à nu l'ivoire de la couronne. Cette circonstance n'a pas néanmoins l'influence fâcheuse qu'on pourrait lui supposer, car elle ne se présente physiologiquement que dans un âge avancé, et la dentine, ayant alors acquis elle-même une dureté considérable, peut résister seule aux influences auxquelles elle est soumise.
La couche d'émail qui entoure la couronne se compose d'un nombre infini de bâtonnets prismatiques par pression réciproque, dont la longueur est égale à l'épaisseur même du tissu sur le point correspondant, et qui sont intimement unis sans interposition d'aucune substance.
L'émail s'applique intimement par les rugosités de sa face profonde, à la surface de la dentine, creusée, comme nous l'avons vu, de petites dépressions pour recevoir les parties qui le composent; sa face externe, également rugueuse, est recouverte d'une légère pellicule amorphe, signalée pour la première fois par Nasmyth ^ sous le nom de capsule persistante, et à laquelle les auteurs se sont effor-
* Cette cuticule, qui n'a été jusqu'à présent signalée en France par aucun anatomiste, est très-facile à isoler. On prépare a cet effet une mince lamelle dans la couronne d'une dent au moment de son éruption ou un peu avant; on use peu à peu cette lamelle, en prenant soin de laisser intact le bord libre de Témail. On la place alors entre deux lames de verre, au sein d'un peu d'eau, sur le champ du microscope; on ajoute une goutte ou deux d'acide chlorhydrique, et on voit bientôt se soulever du bord de l'émail une mince membrane, que les bulles de gaz chassent de tous côtés*
i6 CHAP. I. ÂNATOMTE PATHOLOGIQUE.
ces d'attribuer un rôle et une origine antérieurs au développement de la dent. Cette pellicule, nommée par KôUiker cuticule de rémail, est une mince membrane qu'on ne peut isoler de la surface de l'émail qu'au moyen des acides. Elle est transparente et un peu granuleuse ; son épaisseur moyenne est de O'^'^'jOOl. Si l'on en croit le même auteur, elle est inattaquable par tous les agents chimiques, jouit d'une grande résistance, et offre ainsi à la dent un excellent moyen de protection. Si on la fait bouillir dans la potasse ou la soude, elle se gonfle légèrement sans se désagréger, et l'alcali qui a servi à celte préparation donne alors, par l'acide chlorhydrique, un léger précipité soluble dans un excès d'acide.
La cuticule de l'émail paraît composée d'une matière organique azotée, imprégnée de sels calcaires, car sa combustion donne une odeur ammoniacale et laisse un résidu de cendres alcalines.
La direction qu'affectent les prismes ou colonnes de l'émail est ordinairement verticale relativement à la surface de la dentine sur laquelle ils reposent. Dans les points où cette surface est convexe, les prismes perdent leur disposition parallèle, et se portent en divergeant vers la surface extérieure de l'émail. Cette circonstance donne lieu vers l'extrémité périphérique de ces prismes à des écartements que remplissent de petites colonnes engrenées pour ainsi dire comme des pyramides dans les intervalles des autres, et n'atteignant pas par conséquent jusqu'à l'ivoire. Dans les surfaces concaves, au contraire, les colonnes nées des côtés opposés de la concavité forment des angles par leur réunion ou se rencontrent par leurs extrémités libres. Dans ces deux cas, la jonction des prismes est souvent imparfaite, et ceux-ci éprouvent alors, par leur rencontre, des changements de direction d'où résultent des amas irréguliers disposés dans différents sens et formant quelquefois comme des tourbillons. Ces vices de conformation, fréquents dans la concavité de la couronne des molaires, forment souvent à la surface de l'émail une fissure au fond de laquelle l'ivoire est mis à nu.
Dans leur direction totale, les colonnes de l'émail éprouvent des inflexions ou ondulations parallèles, quelquefois régulières, d'où résultent des courbures générales; d'autres fois irrégulières, ce qui donne lieu à des directions spirales ou en zigzag ; ces particula-
rites ne se présentent d'ailleurs que dans les points où l'émail offre une grande épaisseur, car dans ceux où la minceur est telle qu'une seule colonne mesure toute l'épaisseur de la couche émaillée, les prismes sont régulièrement parallèles.
La jonction des colonnes de l'émail est souvent imparfaite, de sorte qu'on trouve entre eux des lacunes assez nombreuses dans les dents mal conformées, surtout au voisinage de la surface de l'ivoire. Dans ce dernier point, elles ont ordinairement la forme de vacuoles allongées, qui peuvent quelquefois dépasser la limite de l'émail et pénétrer un peu dans l'ivoire, où les auteurs ont admis qu'elles recevaient dans leur intérieur les ramifications terminales des canalicules, dont on les a même considérées comme des élargissements. D'autres lacunes peuvent se présenter encore au milieu des faisceaux de prismes, mais nous n'avons jamais observé cependant les cavités que Tomes a signalées dans l'intérieur des prismes eux-mêmes. Ces divers vices de conformation ont le grave inconvénient de prédisposer les dents aux lésions trauraatiques et à la carie.
Les prismes de l'émail présentent des stries transversales réciproquement parallèles et distantes environ de 0"^°^,002 à 0" ",004. Cette disposition, que les auteurs ont comparée à la striation des fibres musculaires de la vie animale, nous paraît être le fait d'une modalité particulière de l'organisation même de ces éléments.
L'émail, une fois développé, n'éprouve qu'un mouvement organique extrêmement lent ; mais ce mouvement existe ; on n'ignore pas en effet les changements de densité et de coloration dont ce tissu est le siège pendant le cours de la vie, ainsi que la fragilité qu'il acquiert lorsque la dent est séparée de l'économie, et par conséquent morte.
C. Du Cément. — Le cément, partie la moins considérable de l'organe dentaire, est une véritable substance osseuse.
Dans les dents humaines, il revêt toute la surface extérieure des racines. Commençant au niveau du collet par un bord aminci qui se prolonge même un peu sur l'émail, il s'épaissit peu à peu à mesure qu'on s'approche du sommet de la racine où son épaisseur atteint parfois 3 à 4 millimètres. Son aspect extérieur est très-analogue à celui de l'os ; il est jaunâtre et opaque, d'une densité voisine E. Macitot. '■2
de celle du tissu osseux, et inférieur à celle de la dentine. Appliqué intimement sur la surface extérieure de cette dernière, il remplit exactement toutes les anfractuosités qu'elle présente, de sorte que la ligne de démarcation des deux tissus devient souvent inappréciable. Sa surface externe, couverte de petites nodosités, est tapissée de la membrane alvéolo-dentaire, qui fait ici Foffice d'un véritable périoste, et dont les vaisseaux communiquent avec le tissu cémentaire.
La couche de cément se développe en même temps que les racines qu'elle recouvre, et présente un accroissement de volume continu. C'est ainsi que, très faible au début de sa formation, son épaisseur s'accroît avec l'âge et devient assez grande dans la vieillesse, circonstance qui pourrait expliquer comment certaines dents de vieillards se maintiennent dans leurs alvéoles, grâce à la couche de cément qui les entoure, et malgré l'atrophie complète de la pulpe centrale.
De même que les os, le cément se compose d'une substance fondamentale et de cavités osseuses (corpuscules osseux de Purkinje, ostéoplastes, Robin). Quant aux canaux de Havers, ils ne se rencontrent chez l'homme que lorsque le cément acquiert une certaine épaisseur, au sommet des racines, par exemple, et principalement dans les masses hypertrophiques connues sous le nom d'exostoses, affections très-communes chez l'homme.
La substance fondamentale du cément est homogène ou finement granuleuse et diaphane. Au voisinage du collet, où elle ne contient pas d'ostéoplastes, elle est mince, transparante et friable; aussi la rencontre- t-on souvent marquée de stries, de fissures, etc. Dans les parties les plus épaisses^ elle présente quelquefois la disposition en couches stratifiées, ordinaire dans le tissu osseux, et l'on peut y observer également dans ces circonstances la présence de quelques canaux de Havers, dont la lumière sert de centre commun aux stratifications de la substance osseuse.
Les corpuscules osseux ou ostéoplastes sont ordinairement dis^ posés dans l'intérieur du cément d'une façon très-irréguhère ; il ne faudrait donc pas leur considérer avec Kolliker la précision de forme et les divers caractères qu'on leur trouve dans les os. Leur nombre est toujours en rapport avec l'épaisseur de la couche de cé-
ment. Leur direction, suivant Hannover, est telle que leur grand diamètre se présente perpendiculairement à l'axe de la dent, tandis que, d'après Kôlliker, le diamètre serait parallèle à cet axe. Pour nous, nous les avons toujours vus placés çà et là dans l'épaisseur du cément. Ce n'est que dans les points où se rencontre un canal de Havers que les osiéoplastes prennent une direction parallèle au contour des lames stratifiées, et offrent alors une forme et une disposition à peu près régulières.
Les canalicules ramifiés des ostéoplastes participent le plus souvent de l'irrégularité de la cavité ; aussi les voit-on présenter les directions les plus bizarres. Dans certains cas ils se portent tous du même côté, et simulent une touffe de mousse (Tomes) ; d'autres fois ils partent tous du même point de la cavité ; quelquefois enfin ils manquent complètement. Dans quelques endroits, on voit les canalicules se porter vers la surface extérieure du cément et la membrane ♦ alvcolo-dentaire, à laquelle ils empruntent sans doute des matériaux de nutrition.
Les dimensions des ostéoplastes sont assez difficiles à déterminer ; néanmoins leur diamètre moyen nous a paru être de O'^^^Oo à O'""',06 • dans leur plus grande longueur. Kolliker en a signalé de si allongés qu'on pouvait les comparera des canalicules de l'ivoire, analogie qu'on ne saurait méconnaître, dit-il, et qui établirait une transition insensible entre le cément et la dentine. Nous n'avons jamais observé cette disposition, et nous admettons entre les deux substances une limite assez nette, que ne franchissent jamais les parties constituantes de l'une ou de l'autre.
La communication des ostéoplastes et de leurs divisions avec les branches terminales des canalicules dentaires a été admise par un certains nombre d'anatomistes. Kôlliker indique même, comme nous venons de voir, un système spécial de canaux intermédiaires aux deux autres, et destinés à établir ces anastomoses. Hannover nie cette circonstance et se fonde sur ce que le cément et l'ivoire sont séparés par une matière particulière, le strdtim intermedïum^ transformation de la memhrana intermedïa qui s'oppose à cette communication. Sans invoquer cette dernière intervention, que nous avons toujours rejetée, nous ne croyons pas pouvoir admettre cette
CllAl». l. AiNATOMIE PATHOLOGIQUE.
union entre les canaux de l'ivoire et ceux du cément: ces deux substances sont très-distinctes, leur structure et leur composition chimique sont très-différentes, et les modes de nutrition et de développement de ces deux tissus sont indépendants.
9 g 2. Parties molles des dents.
Sous le nom de parties molles des dents adultes, on comprend la pulpe ou germe dentaire et la membrane alvéolo-dentaire.
A. Pulpe dentaire. — Lapulpe dentaire, chez l'adulte, n'est autre chose que la papille dentaire du fœtus, dont le volume est énormément réduit par suite des progrès du développement; elle occupe la cavité centrale dont est creusée l'épaisseur de la dentine, et se •prolonge dans les racines à travers les canaux dont celles-ci sont traversées. Exactement moulée sur les parois de la cavité qui la contient, elle représente par sa forme celle delà dent qui la couvre: ainsi, disposée en fuseau dans l'intérieur des canines, elle est taillée en biseau dans les incisives, et offre dans les molaires un nombre de saillies coniques égal aux tubercules de la couronne. Son volume, considérable chez l'enfant, diminue graduellement avec l'âge, et se trouve réduit chez le vieillard à un mince filet allongé, occupant l'étroit canal de la dent. Enfin elle disparaît complètement vers le terme de la vie, lorsque la production incessante des éléments de l'ivoire a comblé entièrement la cavité qu'elle occupe.
La pulpè dentaire est un organe mou, de couleur rougeâtre ou rosée, ne présentant par sa surface aucune adhérence avec la paroi dentaire.
Examinée chimiquement par M. le professeur Wurtz*, elle a été trouvée imprégnée d'un liquide fortement alcalin, et contenant en dissolution une matière albuminoïde particuUère. Cette matière serait une modification de l'albumine qui se forme par l'action des alcalis sur ce principe. Elle précipite par l'acide acétique, ce qui la distingue de l'albumine normale. Le liquide qui la tient en dissolution est
* Voy. l'Union médicale, 25 noveiubro 1856.
incomplètement coagulé par Ja chaleur : il est précipité d'ailleurs par les acides minéraux, le tannin, les sels métalliques, tels que le sous-acétate de plomb, le sulfate de cuivre, le sublimé ; l'alcool le coagule en flocons épais. L'alcalinité de ce liquide excluant l'idée d'y admettre le phosphate de chaux à l'état de simple dissolution, il paraît plus probable que ce sel est intimement combiné à la matière albuminoïde elle-même.
La pulpe dentaire incinérée a donné, entre les mains du même chimiste, un résidu fortement alcalin, dans lequel on n'a découvert que des traces de phosphate de chaux.
Au point de vue histologique, le germe dentaire de l'adulte n'offre que de très-légères différences avec le même organe chez le fœtus. On le trouve, en effet, composé d'une trame fibreuse assez serrée, avec interposition de matière amorphe homogène, finement granuleuse et transparente, au sein de laquelle se trouvent disposés des noyaux embryo-plastiques qu'on peut observer à toutes les périodes de leur évolution. Les noyaux sont moins volumineux cependant que chez le fœtus, mais leurs divers caractères sont identiques. On ne trouve plus, dans l'intérieur de l'organe, les masses calcaires et les cristaux d'hémathoïdine que nous avons signalés chez l'embryon; mais on constate encore, à la surface du germe, les cellules de la dentine disposées comme nous l'avons indiqué, et formant une couche continue. '
Les vaisseaux de la pulpe dentaire sont nombreux, d'où la couleur souvent rosée de cette partie. La pulpe reçoit autant de filets vasculaires et nerveux que la dent présente de racines. Ces vaisseaux pénètrent dans l'organe, s'y ramifient, et se terminent en anses à une certaine distance de la surface. Les capillaires ont, d'après Kôlliker, 0'™\009 à 0™'",010 de largeur ; ils appartiennent à la troisième variété de M. Ch. Robin, et forment des mailles assez serrées, d'où partent les veines. La pulpe dentaire paraît dépourvue de vaisseaux lymphatiques, mais elles présentent un système de ramifications nerveuses extrêmement riche. Dans chaque racine pénètre un filet nerveux qui a O^^^O? à 0™"',09 de diamètre, accompagné de plusieurs autres (jusqu'à six et davantage) ramuscules, n'ayant que G'""", 02 à 0"''",05. Les rameaux se dirigent vers la pulpe, y pénè-
n CHAP. I. ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
trent, s'y ramifient, et forment un plexus très-serré, qui se termine par des fibres primitives de 0""",002 à 0""",005 de largeur. Ces fibres se terminent à leur tour soit par des anses (Wagner), soit par des extrémités coniques ou renflées en bouton.
B. Membrane ou périoste alvéolo-dentaire . — Le périoste dentaire est une membrane mince interposée dans l'alvéole entre la dent et la mâchoire, et intimement adhérente au cément qu'elle tapisse dans toute sa surface. Formée par l'enveloppe externe, épaissie, du follicule, que nous avons vue se fixer fortement au collet de la dent, elle prend origine en ce dernier point, et y contracte souvent une assez forte adhérence avec le tissu gingival, dont elle ne paraît être du reste qu'une continuation, circonstance qui, dans l'opération de l'extraction des dents, cause quelquefois des déchirures de la gencive, quand on n'a pas pris le soin d'isoler la dent des parties molles. Elle se porte ensuite vers le sommet de la racine, envoyant çà et là quelques brides fibreuses lâches à la paroi alvéolaire, et, parvenue enfin au sommet, elle rencontre les vaisseaux et nerfs de la dent sur lesquels elle se prolonge pour former leur gaîne, sans se replier, comme on l'a cru, dans les canaux dentaires et y tapisser la surface de la pulpe. Ces vaisseaux ne sont donc pas accompagnés parle périoste dans leur trajet au sein de la dent, mais se trouvent en contact immédiat avec l'ivoire.
La structure de cette membrane participe en môme temps de la structure de la muqueuse et de celle du périoste osseux ; aussi peuton la considérer comme intermédiaire à ces deux derniers. On la trouve composée, en effet, d'une trame fibreuse simple, sans éléments élastiques, parcourue par un réseau vasculaire très-riche et de nombreuses ramifications nerveuses, formées, suivant KôUiker, par des tubes larges. La vascularité de cette membrane et sa richesse nerveuse expHquent les inflammations fréquentes dont elle est le siège, et les douleurs vives qui les accompagnent.
La membrane alvéolo-dentaire est susceptible de présenter un grand nombre d'altérations encore peu étudiées, et elle semble éprouver chez le vieillard une sorte d'hypertrophie graduelle, qui concourt peut-être, avec bien d'autres causes, à la chute physiologique de l'organe dentaire.