LÉSIONS ANATOMIQUES DE LA PREMIÈRE PÉRIODE
B. LÉiSIONS AIVATOMIQIJEIB» DE LA CARIE DENTAIRE
(Voir les deux planches à la fin du volume.)
Après l'aperçu qui précède des caractères normaux de l'organe dentaire, nous allons, dans l'étude des lésions anatomiques de la carie, et afin d'apporter un ordre méthodique dans cet examen, considérer cette maladie à divers degrés également distincts par les caractères, leurs symptômes et le mode de traitement qui leur est applicable. Dans cette division artificielle, que nous maintiendrons dans tout le cours de ce travail et qui nous paraît éminemment favorable à notre description, nous admettons trois périodes successives : Période. Carie superficielle^ carie de l'émail.
2^ Période. Carie moyenne ayant envahi l'ivoire après avoir perforé la couche d'émail.
5^ Période. Carie profonde ou pénétrante^ c'est-à-dire celle qui étant parvenue jusqu'au centre de la cavité de la pulpe, a mis à nu l'organe qu'elle renferme.
§ 1. Première période. Carie superficielle, Carie de Témail.
Cette carie peut affecter plusieurs formes. Lorsqu'elle débute sur une partie lisse de la couronne d'une dent comme dans le cas d'altérations multiples sous l'influence d'une cause active et générale, elle se présente sous l'apparence d'un point blanchâtre, opaque, sur lequel l'émail a perdu son aspect vitreux et transparent. Si l'on applique sur ce point la sonde, on reconnaît que le tissu de l'émail est devenu friable et comme crayeux, susceptible d'être enlevé par le grattage dans une étendue variable en profondeur et qui atteint rapidement jusqu'à la couche d'ivoire.
Si l'altération, au lieu de prendre naissance sur une partie lisse de la couche extérieure d'émail, se produit dans une anfractuosité ou un sillon préexistant de la couronne, elle présente un caractère un peu différent. Il faut remarquer tout d'abord que dans ces sillons, ces anfractuosités congénitales si fréquentes dans les molaires, par
u CHAP. I. ANATOMJE PATHOLOGIQUE.
exemple, l'émail peut présenter certaines imperfections de structure qui seront étudiées plus loin ; il peut même manquer complètement. Il en résulte alors que l'ivoire n'est plus protégé que par une couche d'émail plus ou moins amincie et parfois même se trouve complètement à découvert au fond du sillon en question. S'il survient alors une cause altérante, l'ivoire s'y trouve directement exposé au fond de l'ouverture primitive, et la maladie débute ainsi d'emblée par la deuxième période sans avoir passé par la première. Cette dernière forme est même assez fréquente, surtout dans les caries accidentelles, c'est-à-dire celles qui se produisent sans causes directes appréciables et qui ne s'attaquent qu'à un nombre de dents relativement restreint.
Dans tous les cas, cette carie superficielle de l'émail une fois confirmée se présente sous les caractères suivants : La cavité, ordinairement fort petite, laisse à peine pénétrer la pointe d'une sonde ; quelquefois elle affecte la forme d'une gouttière fort étroite comme le sillon lui-même qui en a été le siège. L'orifice n'a pas une dimension plus large que la cavité, laquelle pénètre parfois jusqu'à la couche superficielle de l'ivoire, et mesjjre ainsi en hauteur l'épaisseur même de la couche d'émail. Dans d'autres circonstances, la maladie procédant plutôt en largeur qu'en profondeur, l'émail se trouve altéré, brisé dans une certaine étendue de la surface ; les prismes, dissociés et détruits, donnent à la couche l'aspect irrégulier, couvert de mamelons ou de saillies aiguës et rugueuses au doigt (planche 1, fig. 1,2, 3, d,cl,cl).
L'examen microscopique permet de reconnaître les particularités qui suivent : Au niveau de l'orifice extérieur de la petite cavité et sur le pourtour de la partie altérée, la cuticule a disparu, et si l'on vient à soumettre à l'action de l'acide chlorhydrique une coupe mince d'une dent cariée à ce degré, on voit que cette membrane, absente au niveau des parties malade?, se soulève sur le pourtour. Ce phénomène toutefois n'est pas constant. Il s'observe principalement chez les sujets jeunes, alors que cette membrane n'a point été usée encore par les influences physiques auxquelles les dents sont soumises. Douée d'une grande résistance aux actions chimiques et susceptible d'opposer ainsi aux premières atteintes de la carie un obstacle sé-