LÉSIONS ANATOMIQUES DE LA PRE.MÏÈRE PÉRIODE
rieux, la culicule, lorsqu'elle est, restée inlacle, forme une excellente protection. C'est ce qui explique pourquoi la maladie se développe le plus ordinairement dans ces anfractuosités, ces trous naturels ou autres vices de conformation au niveau desquels cette membrane manque par solution de continuité également congénitale. L'usure qu'éprouvent les dents pendant la vie, et d'autres circonstances traumatiques peuvent aussi la détruire, mais les actions chimiques proprement dites doivent êtres douées d'une certaine énergie et prolongées pendant un temps assez long pour la ramollir, la soulever, et pénétrer au-dessous d'elle.
Quoi qu'il en soit, on ne retrouve plus trace de la cuticule au niveau même de la partie cariée. L'orifice de la cavité est ordinairement irrégulier, un peu évasé et garni de débris de prismes d'émail plus ou moins altérés, opaques, friables et souvent réduits en poussière. La coloration des parties est variable. Si la carie a suivi une progression rapide, elle est blanche ou jaunâtre; si, au contraire, la marche a été lente ou parfois suspendue, la coloration est foncée, brune ou noirâtre. Cette coloration est due au dépôt de matières pulvérulentes tenues en suspension dans la salive ou introduites accidentellement par l'alimentation. Ces matières se déposent peu à peu dans les interstices des prismes dissociés, les remplissent, et si, par une circonstance assez fréquente, la carie, une fois produite dans la couche d'émail, s'arrête soit pour un temps, soit définitivement, elle reste à jamais pénétrée d'une teinte plus ou moins foncée. Les caries apparaissent alors dans la bouche sous forme de taches de couleurs variées, taches indélébiles et dont l'étendue en profondeur équivaut souvent à l'épaisseur même de la couche d'émail.
On rencontre aussi dans la cavité de la carie quelques débris alimentaires et autres matières diverses en petite quantité, et que nous retrouverons, d'ailleurs, dans les périodes plus avancées de la maladie.
Outre les altérations spéciales de la couche d'émail, on constate à l'examen d'une coupe mince verticale des caries de cette période, un phénomène d'une grande importance dont l'ivoire lui-même est le siège avant qu'il ait subi personnellement l'envahissement de la
maladie ; nous voulons parler d'une zone blanche, transparente, qu'on trouve sous-jacente à la portion altérée de la couche d'émail. Cette zone a une forme à peu près constante : celle d'un cône à base extérieure répondant au point altéré de la couche d'émail et dont le sommet tronqué, dirigé vers le centre de la dent, atteint assez rapidement la paroi de la cavité de la pulpe sur la surface même de cet organe. Ce cône transparent qui avait déjà attiré l'attention de quelques observateurs, Henle, Tomes, etc., doit être décrit ici, bien qu'il appartienne dans les différentes phases de son évolution à tous les degrés de la carie. Il est l'indice de la résistance organique de l'organe dentaire, la preuve de la lutte que soutient la pulpe contre l'envahissement de l'altération. Il ne se rencontre donc pas, comme on le pense bien, dans la carie produite artificiellement, dont il constitue précisément à peu près la seule différence.
Le premier début de cette zone, que nous désignerons sous le nom de zone ou cône de résistance^ apparaît sous l'aspect d'une petite tache blanche située soit dans la portion d'ivoire immédiatement sous-jacente à l'émail altéré, soit dans un endroit intermédiaire entre ce point et la surface de la pulpe, soit plus rarement dans le voisinage de celle-ci (pl. f, fig. 1 et 2, ^, ^, e). Cette petite tache s'agrandit en se prolongeant dans la direction du rayon de la couronne, occupant bientôt en longueur toute l'étendue même de ce rayon (pl. I, fig. 5 et 4, f/, cl). Par une observation attentive à un grossissement de 200 à 500 diamètres, on reconnaît que ce cône doit sa transparence à l'obhtération d'une partie ou de la totalité des canalicules compris dans les limites de la zone. Sa production s'effectuant le plus ordinairement de la circonférence au centre, il en résulte qu'elle suit dans son développement une marche simultanée à celle de la carie dentaire et dans le même sens qu'elle, de manière que celle-ci, au moment où elle pénètre dans Tivoire, trouve la couche homogène et résistante susceptible d'apporter un retard ou un arrêt plus ou moins prononcé à sa progession.
Cette réaction de Forgane dentaire qui n'a point d'analogue dans l'émail, lequel subit passivement l'altération, a pour agent la pulpe centrale surexcitée par l'irritation extérieure à travers l'épaisseur de la couche d'ivoire et par l'intermédiaire des canalicules. Cette irri-