LÉSIONS ANATOMIQUES DE LA DEUXIÈME PÉRIODE
plètes, et tantôt libres et isolés, ayant les apparences de petits calculs. Cette dernière disposition se rencontre surtout lorsque, par sa marche rapide, la carie a provoqué au sein de la pulpe des points d'irritation multiples qui ont amené la production sur place de masses d'ivoire irrégulières.
Portées sous le microscope et observées à un grossissement de 300 diamètres environ, ces petites productions ou des fragments de leur substance, ainsi que les lames prises dans l'osselet dentifié d'une cavité centrale, présentent la constitution qu'on reconnaît à la dentine secondaire chez le vieillard, c'est-à-dire une masse à peu près homogène et transparente au sein de laquelle se remarquent çà et là quelques faisceaux irréguliers de canalicules parallèles rarement anastomosés et sans issue. La substance fondamentale de l'ivoire offre en tous points l'aspect et la texture qu'elle a dans le tissu normal. Quant aux canalicules, ils semblent être plus flexucux et d'une largeur supérieure au diamètre normal. Nos mensurations nous ont montré, en effet, que leur diamètre était de 0"™, 005 à O^^'jOOS, tandis que les dimensions normales sont en moyenne de 0"™,0015 à 0™™,002.
Si, après avoir examiné ainsi à cette deuxième période la constitution anatomique de la paroi de la carie, on vient à en étudier le contenu, ou le trouve représenté par une masse pulpeuse molle dont la réaction, observée directement sur un papier de tournesol mouillé d'eau distillée, est franchement acide. Ce fait, déjà signalé par Tomes, nous a paru constant toutes les fois qu'on expérimentait sur le contenu d'une carie en voie de progression, tandis que celles qui sont à l'état de suspension ou d'arrêt, comme les caries sèches, ne présentent pas la même réaction et peuvent offrir un milieu alcalin ou neutre, conditions corollaires d'ailleurs de leur suspension même.
Cette masse pulpeuse, envisagée dans sa composition, renferme une foule d'éléments divers provenant soit de la dent elle-même, soit de débris alimentaires ou autres substances étrangères.
Les débris d'origine dentaire sont d'abord des prismes d'émail plus ou moins altérés, parfois encore réunis en faisceaux ou isolés et brisés. L'altération dont ils sont l'objet se reconnaît à la plus grande E. Magitot. 5
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netteté et l'irrégularité de leurs contours très-foncés en même temps qu'à l'état finement granuleux et opaque de leur masse. Le contour foncé, surtout pour les prismes encore réunis en faisceaux, indique que l'altération les pénètre et commence à les isoler un à un. D'autres fois on rencontre ces mêmes prismes tellement réduits et brisés, qu'on en reconnaît à peine à leurs petits fragments la constitution première (pl. II, fig. S^bb b).
A côté de ces débris d'émail on en rencontre d'autres plus nombreux et plus volumineux, qui proviennent de l'ivoire; ce sont de petites lames molles, de consistance gélatineuse, blanchâtres ou colorées en jaune ou en brun, et dans lesquelles on retrouve encore à quelques faisceaux de canalicules interrompus la conformation antérieure. Tantôt ces fragments se présentent au foyer de l'instrument dans le sens longitudinal des canalicules, tantôt par une tranche transversale ou obHque et montrant les orifices mêmes ou une étendue assez faible de leur trajet. Ces divers fragments laissent parfois aussi apercevoir sur le bord brisé de la préparation un ou plusieurs filaments flottants qui ne sont autres que les parois propres des canalicules isolés par l'altération (pl. II, fig. 8, a a a).
Lorsqu'on peut examiner à un grossissement assez fort quelquesuns de ces canalicules imparfaitement oblitérés, on constate par une observation attentive que la lumière et la cavité de ces tubes est souvent remplie de granulations d'une grande ténuité. Les granulations sur lesquelles l'examen ne peut s'étendre plus loin, sont ou bien de nature calcaire et phosphatique, dues au travail constant dont la pulpe est le siège, ou bien d'origine extérieure, granulations colorantes de la nature de celles qui pénètrent le tissu des dents cariées et leur donne la teinte plus ou moins foncée qu'elles présentent. Quelques petites lamelles très-minces dont la surface est perpendiculaire à la direction des Canalicules, s'offrent à l'œil sous forme d'un crible par^ semé dé petits orifices qui, n'ayant qu'un trajet fort court, apparais-^ sent comme un point blanc limité par un contour net et foncé. L'observation de ces lamelles ainsi présentées permet aussi à un fort grossissement d'observer dans la lumière des canalicules quelques amas dé grariulations assez adhérents à la paroi, et qui sont sans doute de la nalut^ë de celles dont nous venons de parler.
LÉSIO.NS ANATOMIQUES DE LA DEUXIÈME PÉRIODE. r,:,
Les autres substances qu'on rencontre dans le contenu d'une carie sont :
Des cellules épi lliéliales'pavimenteuses détachées de la muqueuse buccale (pl. II, fig. 8, e);
Des globules de graisse de provenance alimentaire;
Des globules muqueux ou leucocytes (dd) empruntés aux parties voisines de la gencive, et enfin des parasites végétaux et animaux infusoires auxquels, dans certaines théories de la carie dentaire (Ficinus), on a attribué un rôle important.
Les parasites végétaux sont de deux espèces : 1° une algue filiforme, Leptothrix huccalis (Robin), représentée par des filaments parfois innombrables enchevêtrés les uns dans les autres et présentant sur certaines places quelques courtes subdivisions (e) ; 2° une espèce voisine de l'Oïdium du muguet (/), mais en moindre quantité que la précédente.
Les parasites animaux sont des vibrions, le Vibrio 1 ineol a (Ehrenberg) (g) y très-abondant dans certaines caries, plus rares dans d'autres, et dont la présence ne paraît jouer, ainsi que les parasites végétaux, aucun rôle bien manifeste dans la production non plus que dans la marche de la maladie.
La carie dentaire ou plutôt son contenu est doué d'une certaine odeur qui varie sensiblement, suivant les cas. La cavité par ellemême, c'est-à-dire l'ivoire ramolli, ne présente qu'une odeur fade, un peu nauséabonde, qu'on retrouve d'ailleurs dans l'haleine des sujets qui offrent par une cause générale un grand nombre de caries simultanées; mais cette odeur est rarement seule, et il s'y joint le plus souvent des gaz putrides résultant de l'altération des substances alimentaires ou autres au sein de la cavité.
La distinction entre les odeurs diverses de la bouche, du ])harYnx ou des voies respiratoires, et celles de la carie^ n'est pas toujours facile. Une carie peut présentera cet égard trois caractères : 1° l'odeur fade, 2° l'odeur putride, 3" l'odeur gangréneuse. Cette dernière ne s'observe que lorsque la maladie a atteint sa troisième période et que le tissu de la pulpe a subi partiellement ou en totalité une destruction par ganj^rène consécutivement à des phénomènes inflammatoires. Ainsi une carie qui, dans certaines circonstances simples, peut ne
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présenter qu'une odeur faible, simplement un peu fade, peut, dans d'autres cas et à une période avancée, réunir ces diverses exhalaisons et devenir pour la bouche un véritable foyer d'infection.
A cette étude anatomo-pathologique de la deuxième période de la maladie, nous devons rattacher l'examen des caractères de la carie spontanément arrêtée ou carie sèche.
Si l'on pratique une coupe d'une dent affectée d'une carie de cette nature (pl. II, fig. '1, rfrf), on observe les caractères suivants : La surface extérieure de l'ivoire, irrégulière, pohe et douée d'une grande dureté, est colorée en jaune ou en brun plus ou moins foncé, limitée sur les côtés par des débris d'émail dont l'altération est également suspendue. Le tissu compacte et homogène semble au premier abord n'offrir aucune trace d'organisation. Toutefois on rencontre encore çà et là quelques faisceaux courts de canalicules flexueux et plongés, par places, au sein de la masse uniforme et transparente. L'épaisseur de l'ivoire ainsi transformé est considérable, car elle dépasse toujours plus ou moins la paroi de la cavité de la pulpe et envahit même parfois, ainsi que nous l'avons vu, la totalité de cette cavité que remplit complètement une production de même nature. Toute cette masse sur laquelle repose la eurface d'une carie sèche, est douée d'une dureté à peu près double de celle qui est ordinaire à l'ivoire sain et explique fort bien de la sorte l'obstacle complet qu'elle oppose aux progrès de l'altération.
g 3. Troisiciiic période. Carie profonde ou pénétrante.
Dans ce troisième degré de la maladie, l'altération a envahi la profondeur de la dent, découvert la cavité centrale, et n'a plus pour limite extrême que la disparition totale de la couronne et le ramollissement complet des racines.
Au moment où la carie, franchissant la paroi de la cavité de la pulpe, met cet organe en contact avec l'air extérieur, elle affecte en raison de ces circonstances une physionomie toute particulière. L'observation permet de reconnaître que, dans le début de cette période, la communication s'est effectuée par un pertuis ou canal situé à la partie la plus profonde de la cavité. Ce pertuis est tantôt très-court
tKSIUNS ANATOUQUES DE LA TROISIÈME PÉRlODIi, ZI
lorsque la carie est vaste ou qu elle rencontre un point élevé de la cavité centrale, tantôt assez long, oblique ou sinueux, lorsque des phénomènes de résistance énergique ont modifié les parties.
La consistance de la paroi profonde d'une carie pénétrante est encore très-variable. Dans certains cas, le tissu de l'ivoire est tellement spongieux qu'un instrument, une rugine par exemple, peut, sans le moindre effort, enlever ou enfoncer la cloison et faire communiquer ainsi largement entre elles les deux cavités. Dans d'autres circonstances, le fond de la carie offre une densité considérable; le pertuis est parfois difficile à reconnaître ; ses parois sont très-dures ; toutes les parties voisines de l'ivoire sont résistantes, brunes ou noires. Les cas de ce genre sont encore remarquables en ce qu'on n'y retrouve souvent aucune trace de la pulpe disparue par suite de gangrène ou de suppuration profondeetqu'ilsse compliquent depériostite chronique avec ou sans écoulement purulent par le canal des racines.
Dans lous les cas, la lésion offre la forme générale de deux cavités superposées, celle de la carie et celle de la pulpe, réunies par un canal intermédiaire. Les caractères de la première cavité, c'est-à-dire de la carie ayant été décrits dans le paragraphe précédent, nous n'avons pas à y revenir, mais il nous reste à étudier l'état de la cavité de la pulpe et du pertuis qui les réunit.
Cette cavité profonde, remplie normalement par l'organe central de la dent dont elle représente la forme exacte, subit dans cette période de l'envahissement diverses altérations. L'orifice de communication de la cavité de la carie avec la pulpe affecte différentes formes; tantôt il présente une étendue considérable, irrégulière, résultant de l'affaissement spontané ou provoqué delà lame profonde d'ivoire. Tantôt il est si étroit, qu'il laisse à peine passer le stylet le plus fin, et qu'il faut l'élargir et le régulariser pour apprécier l'état des parties profondes. Dans quelques circonstances, au lieu d'un orifice de communication, on en voit deux et même trois, comme cela peut se produire au fond de caries vastes et très-anciennes. Au delà de ces parties se trouve alors la pulpe, avec les lésions qui lui sont propres.
Cet organe exposé subitement à l'influence des agents extérieurs, éprouve immédialement des phénomènes inflammatoires d'intensité
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variable et qui se traduisent à l'observation directe par certaines altérations. Si la mise à nu est récente et peu étendue en surface, on constatera une légère injection peu profonde et localisée sur le point mênne de la dénudation, le reste de l'organe ayant conservé ses caractères normaux. Si la pénétration de la pulpe est ancienne, l'inflammation a gagné une plus grande partie de la masse, qui est alors tuméfiée, d'un rouge brique plus ou moins foncé, présentant sur quelques points des foyers hémorrhagiques, reconnaissables à l'œil nu, à de petites taches noires incluses au sein du tissu injecté. Dans des circonstances encore plus avancées, la pulpe est notablement réduite de son volume, et les parties restantes sont entrées en suppuration permanente ou ont subi une fonte partielle par suite de gangrène. L'organe se trouve alors réduit en une sorte de putrilage informe et fétide dans lequel l'examen le plus minutieux ne retrouve qu'avec peine la trace de l'organisation primitive.
D'autres particularités se rencontrent dans la pulpe ainsi modifiée : si, même après sa dénudation, l'irritation a été légère comme dans les caries à marche lente, il se produit une hyperproduction de dentine sur le point découvert et il s'ensuit alors que le pertuis, après être resté béant pendant un certain temps, se trouve ainsi oblitéré par cette production secondaire d'ivoire qui ramène la carie à la deuxième période. Ce phénomène spontané, dont on peut utiliser le mécanisme dans la thérapeutique de la maladie, oppose à sa marche une certaine résistance. Si au contraire, la carie a progressé avec rapidité et que la perforation soit large, la pulpe s'enflamme tantôt dans une partie de sa substance, tantôt dans sa totalité et présente à l'observation les caractères et les produits ordinaires de l'inflammation des tissus mous et vasculaires en général : cette inflammation offre dans sa marche des alternatives de recrudescence et de calme, de sorte que l'organe dont les fonctions se suspendent momentanément, peut les reprendre, mais ordinairement d'une manière irréguhère et saccadée. Ce sont ces alternatives qui donnent lieu aux productions de lames ou fragments de dentine secondaire que nous avons signalés tantôt sous la forme de cloisons incomplètes, tantôt sous celle de petits osselets ou calculs inclus au sein du tissu plus ou moins modifié.