‹ Traité de la chaleur considérée dans ses applications. 4. éd. publiée (volume 2)Chapitre 126 sur 137 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Assainissement des casernes.

3117. En 1848, M. Desjobert a publié sur l'état sanitaire de l'armée, une brochure dans laquelle il établit, d'après des données statistiques, que dans la population civile, la mortalité des hommes de 20 à 27 ans est de 11 sur 100, tandis que d'après le général Paixhans, dans l'armée, en temps de paix, elle s'élève à 19 sur 100,

'•.IIM'lTItl-: VIII. — ASSAINISïîKMKNT DES CVSEIlNKS. o«il

If» >n|(|,i|v ;i\;iiil iiii âge égalriiiriil (■uiii|iii"> ciilic Jn ri 21 ;iii>. cl ('l'Iicndaiil elle dcM'ail rire iiiMiiidi'c, parce (|iic Inii h'idIiiicI dans lanm'c ((ih' les lioiiiincs itin|»ics au si'r\ic(i vÀ (|ui oui une cniisliUiliôM supérieure à la nioxeune. M. I)esj(d)eii allrihue cette plus grande iinM'Ialil»' à trois causes principales : une alinientaliiMi insulTisanle. do gardes de nuit trop rn''(|ii(Miles. et le défaut daéralion des casernes. ,1e ne parlerai (pic de ce dernier objet.

Km 18'ji). iMic commission présidée par le général Schramm. lui nonnnée par le ministre de la guerre pour examiner Tt-tat sanitaire des casernes ; j'extrairai du ra[)port de M. Leblanc (|U(dques laits unporlants à signaler. Trois expériences (Uit été laites dans trois chambres appartenant à des casernes rlilTérentes de l'aiis ; les volumes dair des chambres par homme étaient de 13"', 6, I l"',o'«- et 8'",o'i. ; après un séjour de 10 heures, les quantités d'acide carboni(|iic lrou\ées dans l'air ont cté de 0,0032; 0,0034; 0,01430. hans les deux premières, les volumes d'air introdints accidentellement par les jointures et par les ouvertures des portes pendant les l'iitrées et les sorties nocturnes des soldats ont été à peu près doubles du volume d'air de la chambre, et dans la dernière à j)eu près itioitié. Alors, dans les deux premières chambres, chaque individu a eu à peu près 4 mètres d'air pur heure, et dans la dernière à peu près l^jGO. 'A la fin des deux premières expériences, l'état hygrométrique était égal à 0,73 de celui correspondant à la saturation complète; dans la dernière, il était égal à 0,83. Le matin, l'odeur était plus prononcée dans la troisième chambre que dans les autres; néanmoins on y a séjourné sans trop de dégoût ni de répugnance.

3118. Des ventouses conmiuniquant avec des cheminées ont été établies dans une des casernes de Paris, et ont donné d'assez bons résultats ; dans une des chambres à ventouses, le volume d'air introduit par suite de l'appel, a été de 2"", 4 d'air par homme et par heure, et dans une autre, ce volume s'est élevé à 7 mètres.

i)G> ventouses communiquant à des cheminées de 8 mètres de hanteiu' ont été placées dans les écuries de la caserne du quai d'Orsay ; ime de ces cheminées a appelé 334 mètres cubes d'air par heure, pour un excès de température de 4''o ; l'elTet total des 17 cheminées a pu fournir le jour de l'expérience environ oOOO mètres cubes d'air, et comme l'écurie renfermait 87 chevaux, la ventilation était de 57 mètres cubes par cheval et par heure. Ces nouvelles dispositions ont diminut' la moilalit»' de> chevaux dans un(^ très-grande proportion.

Pkci.h. m '^6

o(i'2 LIVIŒ W. — CllAUFFAUK liT VKNTILATION DES I.IliL'X HABITES.

Le rapport se tenniiic ainsi :

31 J9. « En résLiiné, les expéiieiices auxquelles la suiis-eonimission s'est livrée, ont dénionlré que, dans Tétai aeliiel du casernement de Paris, Taltéralion de l'air dans les chambres n'atteint pas, à la fin de la nuit, et dans les circonstances les plus favorables, un degré qui puisse être considéré comme alarmant pour la salubrité. Le maximum de la production de l'acide carbonique lrou\éa atteint à peine 0,01 en volume, et létal hygrométrique s'est toujours trouvé inférieur au terme de la satiu'ation pour la lempéraliire observée. Ces mêmes analyses ont démontré cpie, dans les chambres des casernes, le renouvellement accidentel de lair par les jointures et par l'ouverture des portes pimdant les entrées et les sorties nocturnes des soldats, dépasse l'effet qui s'observe dans la plupart des chambres habitées et closes, et dans les dortoirs des hôpitaux. Les expériences anémométriques ont constaté reflicacité des moyens auxiliaires de ventilation adoptés par MM. les officiers du génie chargés du casernement de t^iris. L'établissement des ventouses en relation avec des cheminées régnant sur toute la hauteur des bâtiments, permet de réaliser des effets ventilaloires assez énergiques en vertu de fadjles excès de température entre l'air de la cheminée et l'air extérieur. "

3120. Ces conclusions ne me paraissent pas admissibles. Voici un fait que j'ai observé dans l'école primaire, qui a été vérifié par M. Leblanc : La salle étant close, sans ventilation, après cinq heures de séjour des enfants, l'air ne renfermait que 0,0087 d'acide carbonique, l'atmosphère était lourde, le maître se plaignait de la chaleur et attendait avec impatience le moment d'ouvrir les fenêtres, la température n'étant pourtant que de 18\ Ainsi, de l'air qui ne renferme que 0,0087, agit sur nos organes, et ce chitïre a été atteint dans la dernière expérience; et, s'il n'y avait pas eu de ventilation accidentelle, il aurait atteint 0,01 dans les deux premières salles, et 0,0143 dans la dernière; or, ces ventilations accidentelles peuvent varier dans des limites qu'on ne connaît pas, si les portes et les fenêtres fermaient bien, et si aucun homme ne sortait pendant la nuit elle deviendrait nulle; alors, après un certain nombre, d'heures, l'air serait altéré de manière à nuire à la santé, surtout par la continuité de son action. D'ailleurs, indépendamment de l'abaissement de la proportion d'oxygène dans l'air, il y a l'influence des matières organiques en suspension, probablement en fermentation, qui est peut-être plus grande que la présence de l'acide carbonique. D'aprè? tont cela, il me paraît impossible de ne pas admettre que les ca-

'■.IIAI'IIUI': VIII. — A^S.VI.NiSSIiMli.M' DKS i;\MiHNLS. lAÏA

sernes sont insalubres, cl (nrdlcs ne |m>ii\('iiI di-vf-nir s;iint'-« (|iu' pniune ventilalion convciiahlc.

3121. [,;i (lisposiliun (|iii serait eertaiiiement la iiieilleiiie consisterait à clahlir, au moins pendant la nuit, un clianllage et nno ventilation régulières, comme dans ceriaiiis hôpitaux et dans certaines prisons cellulaires; mais les dépenses de premier établissement, l'cntrelicn des appareils, seraient tro|» (•(Uisidérahles pdiir qu'il soit permis d'espérer (pie de pareilles amélioialiuus puissent jamais se réaliser, La seule chose à faire consisterait à établir pour l'hiver un poéh; dans chaqu(! salle, une cheminée garnie d'un orillcc à la partie supérieure et à la i)ailie inférieure, et enlln un canal communiquant avec l'extérieur et débouchant au-dessous du poêle. Pendant les jours d'hiver l'air extérieur arriverait au-dessous du poêle et s'é- •^«Milerait dans la cheminée par l'orifice inférieur. Pendant la nuit 1 oiilice d'accès de l'air extérieur au niveau du plancher resterait ouvert, et on niivrirait lOiince supérieur de la cheminée ; il se produirait alors une veiiliJaiioii naturelle sans chauffage, du moins par la chaleur accumulée pendant le jour dans les murailles et par celle qui provient de la respiration et qui à elle seule peut produire une ventilation assez considérable, car, d'après ce que nous avons vu (2304), la chaleur provenant de la respiration peut élever 9 mètres cubes d'air de \^\ cela pourrait à la rigueur suffire pour la salubrité, attendu que, l'air se mouvant de bas en haut pour gagner l'orifice de sortie, chaque individu ne respire que de l'air pur. Il serait avantageux (juc l'air aj)pelé s'étendit immédiatement sous le plancher, et par conséquent que les orifices d'appel fussent verticaux ou recouverts d'un chapeau s'ils étaient percés dans le plancher.

31i2. Par cette disposition il y a un refroidissement continu de l'air intérieur; mais cet inconvénient est incomparablement moins grand que le maintien ou l'accroissement de température par l'absence de ventilation, d'autant plus que les hommes couchés, enveloppés de l(Mirs couvertui-es qui transmettent mal la chaleur, s'apercevraient peu de cet abaissement de température.

3123. Mais il vaudrait mieux, dans tous les cas, produire ce mouvement ascensionnel au moyen de la chaleur; on |»ourrait alors employer des becs de gaz, dont la lumière pourrait être en tout ou en partie employée à l'éclairage. Ce tirage artificiel permettrait de fournir une quantité d'air suflisaiite, soit 25 à SO"*^ par homme et par heure.

312'(. On ne peut se dissimuler cependant <pie le problème réduit

riti4 LIVKE XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION DES LlEl X HABITES.

à ces termes, c'est-à-dire ù la venlilalidn sciileinenl. ne |)n''sente de graves inconvénients quand la lempéraliire cxlériciire sahaisse beaucoup. C'est ce qui ai-rive dans nos contrées pendant certaines périodes de l'hiver; c'est ce qui arrive surtout dans les contrées du .\ord : aussi en Russie les casernes sont-elles chauiïees en inéuic temps que ventilées, el il y a lieu de désirer qu'il en soi! de même chez nous en hiver.

3125. Caserne, des marins de la Garde impériale dr Saint-Pétersl)07irg. — Les dispositions de cette caserne, en voie de construction, ont été présentées à l'exposition d'hygiène et de sauvetage à Bruxelles, en 1876. Cette caserne est construite pour 960 matelots, elle est à quatre étages, les dortoirs comprennent de 18 à 22 lits. Le chauffage se fait à l'aii' chaud au moyen de quatorze calorifères en briques et de quatre calorifères on fonte à nervures, calculés de façon à fournir 2o à 35 mètres cubes d'air neuf par homme et par heure dans les dortoirs : dans les corridors, les réfectoires et autres dépendances, Tair neuf est envoyé de façon à obtenir le renouvellement complet en une heure. On maintient à l'intérieur une température qui est constamment de 16 à 17°; pour obtenir ce résultat, on fait varier la température de l'air neuf qui ne s'élève pas à plus de 50°, lorsque l'air extérieur est à — 40.

L'extraction de l'air vicié se fait au moyen de douze cheminées d'appel chauffées au moyen d'appareils en fonte.

Au quatrième étage qui est soumis à un relroidissement plus énergique que les trois autres, on installe un chauffage supplémentaire au moyen de poêles.

L'air chaud reçoit une quantité suffisante de vapeiu* d'eau au moyen de vases d'évaporation placés près des calorifères.

3126. Casernements du système Tollet. — En Angleterre, dès le commencement de ce siècle, on avait, renonçant au système des bâtiments considérables à nombreux étages, construit des casernes à bâtiments multiples qui ont été une amélioration considérable au point de vue hygiénique. La comparaison de ce qui se passe à ce point de vue dans les campements permanents à pavillons isolés n'ayant qu'un rez-de-chaussée et les casernes des villes a mené M. Tollet, ingénieur, à rechercher un système de construction donnant des logements incombustibles^ plus commodes, j)Iussalubres et plus économiques que les casernes actuelles. M. Tollet s'est arrêté au système de bâtiments isolés rectangulaires surmontés d'un toit ogival sans charpente intérieure.

•".HAI'ITHK Mil. — ASSAIMSSr.MKNT DKS flASKUNES. ."Ci.""»

.'A2~. In casorncnicnl a «'•(«'' «Mabli à nommes. (l'apivs ce sv>l('iin', |iniii- .'iOO arlillciirs. riia(|iit' pavillon a ÎO nn-lrcs i\o l(in<r mu- li"'..'{() fil' laii:»'. le iij.inclicr df (<■> |ia\ illons csl à ()"',7l) du sol ; h; hàlinicnl <'>! s('|iar(' en doux cliainluccs par nn \r>.|iliiilc plact' an niilicii ri ipii s»'il aii\ «lins (If proproU'; la secliun Iransvcrsalc est oyivalc a iit'i-N pnini, l'ogive connntMire à nnc l'aible hauli'nr au-dessus du plancher de la caserne, la liaulcm- du laKe est de .")'", 70 an-dessiis du plancher: l'ossalnre de i-elle oj;i\e est en fer, elle esl l'ornH-e de l'ernies ogivales relii-es par des lravei-si's anssi en fer, le icnipjissage se lail en liii{pii'N pleines reconverles inlerienrenieni de liriipn-s crenses JMstprà luie lianleur de '2 mètres, elles soni honrdées un ciment ; la partie snperienre. jnscpran sonnnel de l'ogive, esl en briques creuses revêtues intérieureuM'ul de jdàtre et extérieurement de ciment ou de tuiles mécaniques, l'épaisseur de la paroi varie de 15 à 22 centimètres. Le type de ces hâlinienls a ('té représenté ligure (199.

3128. Le chaulï'age se lait au moyen de poêles en l'onte doni les tnvaux de fmuée se rendent au-dessus du toit.

.3129. La ventilation est naturelle ; elle est obtenue au moyen de briques creuses posées transversalement dans l'épaisseur du mur à um» hauteur de 2 mètres au-dessus du sol, et par des chatières ou desmilront^ d'appel posés au sommet du toit.

3130. Les chambrées sont éclairées par six fenêtres de l"',oO de haut sur 1"',60 de large, et de plus elles sont munies de châssis à tabatière (pi'on jieut on\ rir à volonté i\[ qui peuvent servir par consé(juent à laéialioii.

3131 . Ces constructions, très-simples, très-peu coûteuses, ont été, de la part du baron Larivy, l'objet d'un rapport favorable à l'Académie des sciences [Comj'tea rendus, 13 avril t874y. La seule objection faite par ce savant est le grand espace occupé ; c'est là une objection qui sera facile à lever dans la plupart des cas par un choix convenable du tenain. Il nous semble qu'au point de vue qui nous occiqie, il en (;st \Mie autre Irès-séi'iense, celle (lisi)osition d'accès d'air neuf et froid an-dessus de la tête des hommes couchés peut avoir, en hiver, des inconvénients graves, lors(pie la température sera très- basse ; l'air introduit, souvent avec une faible vitesse, coulera en nappe glaciale sur la tète ou les bras des hommes, et il peut y avoir là un danger i(''el. Il semble qu'on pourrait, sans grande dépense, employer des poêles à enveloppes qui introduiraient dans la salle de lair chiudl'e au préalable ; il faudrait alors suppi"imei- les

oO(i MVnE XV. ~ CHAUFFAGR ET VEN'TIIATION DE? LIETX HABITÉS.

briques creuses venlilatrices de la paroi, on du moins en l)ouclier les orifices, ce qui serait facile.

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